jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003431 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2020 et 30 avril 2021, M. B A et Mme C A, représentés par Me Bouchet-Bossard (SELARL BELWEST), demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise à leur payer une somme de 11 000 euros en réparation du préjudice né de l'obligation de vidanger leur fosse septique à une fréquence mensuelle ;
2°) de condamner solidairement la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise à leur payer une somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis depuis l'achat de la maison qu'ils ont acquise le 29 septembre 2010 à Lanrivoaré et de leur perte de chance ;
3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la prescription quadriennale ne saurait être opposée ;
- l'absence d'envoi aux précédents propriétaires de la maison d'une mise en demeure de mettre leur installation d'assainissement non collectif en conformité avec la réglementation est constitutive d'une faute de la commune de Lanrivoaré et de la communauté de communes du Pays d'Iroise ;
- cette faute présente un lien de causalité direct et certain avec leurs préjudices, tenant d'une part à l'obligation de vider leur fosse septique à une fréquence mensuelle, représentant un coût de 11 000 euros, et d'autre part à la perte de chance de ne pas acquérir cette maison, de l'acquérir à un coût moindre ou d'obtenir une résolution de la vente, qui doit être évaluée à 25 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2021 et 16 décembre 2021, la commune de Lanrivoaré, représentée par Mes Gourvennec et Durieux (SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur), conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance invoquée par les requérants est prescrite, en application de la loi du
31 décembre 1968 ;
- la requête est mal dirigée, dès lors que la compétence de l'assainissement a été transférée à la communauté de communes du Pays d'Iroise depuis le 1er janvier 2020 ;
- l'absence de transmission de la mise en demeure litigieuse n'est pas constitutive d'une faute ;
- il n'existe pas de lien de causalité entre la faute invoquée et le préjudice tenant à l'obligation mensuelle de vidange, ni entre cette faute et la perte de chance alléguée ;
- le montant demandé par les requérants au titre de la perte de chance ne fait l'objet d'aucune justification.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, la communauté de communes du Pays d'Iroise, représentée par Mes Gourvennec et Durieux (SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur), conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance invoquée par les requérants est prescrite, en application de la loi du
31 décembre 1968 ;
- l'absence de transmission de la mise en demeure litigieuse n'est pas constitutive d'une faute ;
- il n'existe pas de lien de causalité entre la faute invoquée et le préjudice tenant à l'obligation mensuelle de vidange, ni entre cette faute et la perte de chance alléguée ;
- le montant demandé par les requérants au titre de la perte de chance ne fait l'objet d'aucune justification.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 12 mars 2020, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme A.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Plunier, représentant la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A et Mme C A ont acquis, par acte de vente du
29 septembre 2010, une maison située à Lanrivoaré (Finistère). L'action qu'ils ont engagée contre la vendeuse de cette maison en raison de désordres affectant, notamment, l'installation d'assainissement non collectif, a été rejetée par la cour d'appel de Rennes, par un arrêt du
5 septembre 2017. Par une réclamation préalable du 4 novembre 2019, M. et Mme A ont demandé à la commune de Lanrivoaré réparation du préjudice tenant à l'obligation de vidange de la fosse septique à une fréquence mensuelle, qu'ils imputent à l'absence d'envoi aux précédents propriétaires de la maison d'une mise en demeure de mettre leur installation d'assainissement non collectif en conformité avec la réglementation. Cette demande a été rejetée par la commune le 26 février 2020. Par une seconde réclamation, rejetée implicitement, M. et Mme A ont sollicité de la commune la réparation du préjudice tenant à la perte de chance de ne pas acquérir cette maison, de l'acquérir à un coût moindre ou d'obtenir une résolution de la vente.
Sur la responsabilité :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale. () ". L'article L. 2212-2 du même code dispose que " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment :/ () 5° Le soin de prévenir par des précautions convenables, et de faire cesser () les pollutions de toute nature. () ". En application de l'article L. 2224-8 de ce code : " I. - Les communes sont compétentes en matière d'assainissement des eaux usées / () III. - Pour les immeubles non raccordés au réseau public de collecte, la commune assure le contrôle des installations d'assainissement non collectif. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-1-1 du code de la santé publique : " I. - Les immeubles non raccordés au réseau public de collecte des eaux usées sont équipés d'une installation d'assainissement non collectif dont le propriétaire assure l'entretien régulier et qu'il fait périodiquement vidanger par une personne agréée par le représentant de l'Etat dans le département, afin d'en garantir le bon fonctionnement. / () II. - Le propriétaire fait procéder aux travaux prescrits par le document établi à l'issue du contrôle prévu au III de l'article
L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales dans un délai de quatre ans suivant la notification de ce document. () ".
4. Il résulte de l'instruction qu'un contrôle de l'assainissement non collectif de la maison acquise le 29 septembre 2010 par M. et Mme A avait été réalisé par le service public de l'assainissement non collectif en 2008 et qu'il avait conclu à la non-conformité de l'installation aux exigences réglementaires. En conséquence de ce rapport, un courrier, daté du 22 juin 2010 et signé du maire de Lanrivoaré, a été rédigé aux fins de mettre en demeure l'un des propriétaires de la maison de réaliser sous un an, à peine de sanction, les travaux de mise en conformité. Il est constant que ce courrier n'a jamais été adressé à son destinataire.
5. Il résulte des motifs de l'arrêt de la cour d'appel de Rennes du 5 septembre 2017 que la saturation du puits perdu, à l'origine de l'obligation de vidanger mensuellement la fosse septique, est due au fait que la maison est habitée par six personnes tandis que l'installation est prévue pour quatre personnes. Les requérants ne contestent pas que le sous-dimensionnement de l'installation soit la cause immédiate des frais qu'ils ont exposés pour vidanger la fosse à un rythme anormalement élevé. Dès lors que M. et Mme A n'établissent pas que les travaux de mise en conformité auxquels le courrier du 22 juin 2010 mettait en demeure les précédents propriétaires de procéder auraient nécessairement conduit à la mise en place d'une extension du dimensionnement de l'installation, l'absence d'envoi du courrier du 22 juin 2010, à la supposer fautive, ne présente pas de lien de causalité direct et certain avec leur préjudice. A supposer que les requérants invoquent une telle faute, l'absence de mise en demeure immédiatement après le compte-rendu de 2008 ne présente pas davantage un tel lien de causalité. Au surplus, alors que le courrier du 22 juin 2010 laissait à ses destinataires un délai d'un an pour réaliser les travaux nécessaires et qu'une promesse de vente a été conclue avec M. et Mme A le 15 juillet 2010, il ne peut être considéré comme établi que les travaux de mise en conformité auraient été réalisés avant la cession de la maison ni, en conséquence, que les dysfonctionnements à l'origine des frais de vidange auraient été réglés avant l'acquisition de leur maison par les requérants.
6. Par ailleurs, M. et Mme A soutiennent qu'ils ont été privés d'une chance de succès dans leur action en résolution de la vente de la maison, dès lors que, dans l'hypothèse où la mise en demeure aurait été adressée aux précédents propriétaires, il aurait été plus aisé pour eux de rapporter la preuve de vices cachés lors de la vente s'agissant de l'installation d'assainissement. Ils se prévalent à cet égard des motifs de l'arrêt de la cour d'appel de Rennes du 5 septembre 2017, qui retient que l'absence de communication à M. et Mme A par la vendeuse de la maison du compte-rendu du contrôle réalisé en 2008 par le service public de l'assainissement non collectif n'est pas constitutif d'une réticence dolosive, dès lors que ce compte-rendu n'a pas été suivi d'une mise en demeure par l'administration. Toutefois, il n'est pas établi que la mise en demeure, si elle avait été adressée à ses destinataires, serait nécessairement demeurée sans suite. Il ne peut davantage être tenu pour certain que l'existence de cette mise en demeure aurait été cachée par les précédents propriétaires à M. et Mme A lors de la vente. Ainsi, tant dans le cas où les travaux auraient été exécutés que dans celui où les requérants auraient été informés de la mise en demeure, le fait pour la vendeuse de ne pas porter à la connaissance des requérants l'existence du compte-rendu de 2008 n'aurait pas été, en tout état de cause, constitutif d'un dol. Au surplus, l'arrêt précité de la cour d'appel de Rennes retient également que l'absence de réticence dolosive est également caractérisée par le fait que le compte-rendu de 2008 contenait des informations déjà fournies aux acquéreurs dans le cadre d'un autre diagnostic sur l'assainissement, communiqué aux requérants lors de la vente. Dans ces conditions, il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre la perte de chance invoquée et l'omission de la commune à expédier le courrier du 22 juin 2010.
7. Enfin, les requérants soutiennent que l'envoi de la mise en demeure aurait conduit à ce que les travaux de mise en conformité soient réalisés avant l'acquisition de la maison ou, dans l'hypothèse où ils ne l'auraient pas été, à ce qu'ils en négocient le prix en connaissance de cause, de sorte que, dans les deux cas, ils ont perdu une chance de réduire le prix d'achat de la maison. Toutefois, la promesse de vente du 15 juillet 2010 fait état de ce que l'installation d'assainissement n'est pas conforme à la réglementation et que des travaux sont à réaliser sous quatre ans. Ainsi, dans l'hypothèse où la mise en demeure aurait conduit à la réalisation des travaux de mise en conformité avant l'acquisition de la maison, le prix d'achat versé par M. et Mme A aurait été supérieur à celui qu'ils ont acquitté et qui tenait compte de la non-conformité de l'installation d'assainissement. S'agissant de l'hypothèse où la mise en demeure n'aurait pas été suivie d'effet, la seule connaissance en temps utile de l'absence de conformité de l'installation aux obligations légales, imposant à bref délai des travaux, mettait en mesure M. et Mme A de négocier en conséquence le prix de vente, et il ne peut être considéré que l'information supplémentaire de l'existence d'une mise en demeure au sujet de cette non-conformité aurait changé leur appréciation de la valeur du bien dont ils envisageaient l'acquisition. Il n'existe dès lors pas davantage de lien de causalité direct et certain entre la perte de chance invoquée et l'omission de la commune à expédier le courrier du 22 juin 2010. Si M. et Mme A font également état d'une perte de chance de ne pas acquérir la maison si une mise en demeure avait été adressée aux anciens propriétaires, l'absence d'envoi du courrier ne peut, pour les mêmes motifs, être regardée comme présentant un lien de causalité avec la perte de chance invoquée.
8. Par suite, sans qu'il soit besoin de déterminer la personne publique responsable ni d'examiner l'exception de prescription quadriennale opposée en défense, les conclusions indemnitaires de la requête de M. et Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y n'a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme que la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Lanrivoaré et la communauté de communes du Pays d'Iroise, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent aux requérants la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Lanrivoaré et de la communauté de communes du Pays d'Iroise présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, à la commune de Lanrivoaré et à la communauté de communes du Pays d'Iroise.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
A. D
Le président,
signé
G.-V. VergneLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026