jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003564 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENTEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août 2020 et 11 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Quentel, demande au tribunal :
1°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 6 897,89 euros avec intérêts et capitalisation des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice qu'elle a subi en raison du non versement de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) pour la période du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- compte tenu que son établissement d'affectation accueille au moins dix élèves en situation de handicap elle était éligible à la NBI ;
-la note du 28 octobre 2021 ne peut lui être opposée dans la mesure où elle est postérieure à la période en litige ;
-le recteur a méconnu le principe d'égalité de traitement entre agents publics ;
- en lui refusant le bénéfice, le rectorat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
-elle est donc fondée à demander la mise à la charge de l'Etat de la somme de 6 897,89 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le versement de la NBI est conditionné à disponibilité des crédits ;
- compte tenu de cette disponibilité des crédits et de la difficulté à définir la notion de handicap lourd, le versement de la NBI a été réservé aux seules infirmières affectées dans des établissements régionaux d'enseignement adaptés (EREA) ;
- la note du 28 octobre 2021 vient préciser qu'un groupe de travail a permis de dégager un critère d'attribution fondé sur un taux d'invalidité de 80 %.
Par un courrier du 14 octobre 2022, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité de ce que lorsqu'une décision purement pécuniaire est devenue définitive, son destinataire n'est pas recevable à demander par la voie du recours indemnitaire la réparation du préjudice subi en raison de l'illégalité de cette décision.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 91-1229 du 6 décembre 1991 ;
- l'arrêté du 6 décembre 1991, fixant les conditions d'attribution de la nouvelle
bonification indiciaire dans les services du ministère de l'éducation nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,
- et les observations de Me Quentel, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est infirmière de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur et affectée au Lycée Marie Le Franc à Lorient depuis le 1er septembre 1995. Par un courrier du 4 juillet 2018, Mme B a sollicité auprès du recteur d'académie de Rennes le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) avec effet rétroactif à compter du 1er septembre 2009. Elle a réitéré cette demande le 18 septembre 2018, puis le 19 décembre 2018, à laquelle il a été fait une réponse d'attente. Sans réponse, Mme B a saisi le médiateur académique le 26 mars 2019, qui l'a informée que le rectorat ne prendra pas de décision tant que le ministère n'aura pas donné ses instructions. Le 24 février 2020, Mme B a par l'intermédiaire de son conseil sollicité du Rectorat d'académie de Rennes la réparation de son préjudice par le versement d'une somme de 6897,89 euros correspondant à la NBI auquel elle estimait avoir droit pour la période du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2020. Le 11 mars 2020, le recteur lui a de nouveau fait une réponse d'attente en mentionnant être dans l'attente d'une position ministérielle sur le sujet. Mme B demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 897,89 euros correspondant au préjudice résultant de la non attribution de la NBI " handicap " qu'elle estimait être en droit de toucher pour la période du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2020.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. ". Aux termes de l'article 1 du décret du 6 décembre 1991 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de l'éducation nationale : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La perception de la nouvelle bonification indiciaire est liée à l'exercice des fonctions y ouvrant droit. () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées en annexe au présent décret sont fixés au titre de chaque année par arrêté conjoint des ministres chargés de la fonction publique, du budget et de l'éducation nationale. ". Aux termes de l'annexe du même décret : " () IV. Fonctions exercées dans les établissements publics locaux d'enseignement : () - fonctions exercées par certains personnels infirmiers. () ". Il résulte du tableau annexé à l'arrêté du 6 décembre 1991 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de l'éducation nationale que sont éligibles à une nouvelle bonification indiciaire de 20 point les " Infirmier (e) s des établissements régionaux d'enseignement adapté, des écoles régionales du 1er degré et des établissements accueillant des élèves lourdement handicapés () ". Dans le cas où un service assure à la fois certaines missions relevant des fonctions décrites par ces dispositions et d'autres missions, ces mêmes dispositions doivent être interprétées comme ouvrant le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire aux agents répondant aux conditions statutaires requises et auxquels sont assignées, à titre principal, des missions relevant de ces fonctions.
3. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est ouvert aux infirmiers exerçant effectivement leurs fonctions au sein d'un établissement accueillant au moins dix élèves lourdement handicapés.
4. En premier lieu, à l'appui de sa requête, Mme B produit des tableaux dressant, d'une part les nombres d'élèves en situation de handicap scolarisés au Lycée Marie Le Franc au cours des années scolaires 2015-2016, 2016-2017, 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020 ainsi que les listes nominatives des élèves inscrits au sein des unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS) au titre des années 2018-2019 et 2019-2020.
5. En deuxième lieu, la note de service du 29 août 2016 précise à son point " 4 NBI des infirmiers exerçant dans des établissements accueillant des élèves lourdement handicapés " que " la notion d'élève lourdement handicapé n'est définie par aucun texte et la présence de tels élèves dans l'établissement peut fluctuer d'une année à l'autre. Une approche réaliste des conditions d'octroi de la NBI dans ce cadre consiste à relier celles-ci à la surcharge effective de responsabilité occasionnée par l'accueil d'élèves lourdement handicapés. A ce titre, la lourdeur du handicap doit être évaluée au regard de la charge matérielle supplémentaire, notamment en termes de soins, qu'il représente pour l'infirmier. Cette évaluation doit être réalisée par les services rectoraux, en charge de la répartition de la NBI au niveau académique, en concertation avec le conseiller technique infirmier et le conseiller technique chargé de l'adaptation scolaire et de la scolarisation des élèves handicapés du rectorat. ". Si par ailleurs, le recteur se prévaut de la note du 28 octobre 2021 venant préciser la notion d'élèves lourdement handicapés en renvoyant à un taux d'incapacité d'au moins 80 %, une telle note, toutefois, est postérieure à la période en litige. Dès lors le recteur ne peut en opposer la teneur à Mme B pour contester le fait que les élèves du Lycée Marie Le Franc étaient lourdement handicapés.
6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, pour refuser d'accorder à Mme B le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire sollicitée, le recteur de l'académie de Rennes s'est estimé tenu par le nombre d'élèves scolarisés dans le Lycée Marie Le Franc de Lorient. Toutefois, ce faisant, il n'a pas vérifié s'ils étaient lourdement handicapés au sens de l'arrêté du 6 décembre 1991 modifié ni si l'état de santé d'autres élèves, et notamment ceux relevant du dispositif ULIS, relevait de cette qualification.
7. En quatrième lieu, la requérante produit deux attestation du 23 novembre 2020 de Mme A proviseure du Lycée Marie Le Franc. La première souligne l'investissement de l'intéressée et de son investissement au profit des élèves bénéficiant du dispositif ULIS. La seconde plus détaillée en date du 22 juin 2022 détaille avec précision la charge de travail que représente pour Mme B la prise en compte et le suivi des élèves handicapés, notamment la participation aux équipes de suivi de scolarisation, l'élaboration des guides d'évaluation des besoins de scolarisation des élèves en situation de handicap (GEVA-Sco) et la mise en œuvre et le suivi des projets personnalisés de scolarisation et enfin la participation aux conseils de classe.
8. En dernier lieu, la requérante se prévaut de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre les fonctionnaires aux motifs que plusieurs de ses collègues infirmie(è)r(e)s affecté(e)s en établissement public local d'enseignement, avaient pu bénéficier de la NBI. La disposition de l'article 1er du décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 selon laquelle la nouvelle bonification indiciaire peut être versée mensuellement "dans la limite des crédits disponibles" ne saurait avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité. En ce qui concerne la nouvelle bonification indiciaire, ce principe exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification. Toutefois, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'administration traite différemment des situations différentes alors qu'il appartient à la personne qui s'estime lésée de soumettre au juge les éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement. Charge ensuite à l'administration de renverser cette présomption en établissant que la décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination, puis au juge d'apprécier l'atteinte au principe d'égalité en se fondant sur les échanges contradictoires.
9. En l'espèce, Mme B verse différents arrêtés attestant de l'attribution de NBI à des infirmiers affectés en EPLE durant la période en litige. Le recteur qui ne produit aucun élément au soutien de ses assertions visant à démontrer que les élèves du Lycée Marie Le Franc n'étaient pas en situation de lourd handicap, alors qu'il n'est pas contesté qu'ils étaient toujours plus de dix élèves sur la période considérée, ne démontre pas que les collègues de Mme B n'étaient pas dans la même situation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que l'Etat a commis une faute en ne lui versant pas la NBI pour la période du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2020. Par suite la responsabilité de l'Etat est engagée.
Sur les préjudices :
11. Mme B qui établit la réalité de son préjudice est fondée à ce que la somme de 6 897,89 euros soit mise à la charge de l'Etat en réparation de son préjudice.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. Mme B a droit aux intérêts sur la somme totale en capital de 6 897,89 euros à compter de sa demande indemnitaire du 24 février 2020.
13. Mme B a droit à la capitalisation de cette somme à compter du 24 février 2021.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera la somme de 6 897,89 euros à Mme B. Cette somme portera intérêts à compter du 24 février 2020. Les intérêts échus le 24 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
Y. D Le président
signé
G. Descombes
La greffière,
signé
L. Garval
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026