vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003725 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BLUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août 2020 et 13 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Bluteau, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné et, pris en son établissement secondaire, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Roseaux de L'Ille à lui verser la somme de 27 956,63 euros en réparation des préjudices subis en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée et des conditions du non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée ;
2°) de mettre à la charge du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, pris en son établissement secondaire des Roseaux de l'Ille, à titre principal, la somme de 2 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné a commis une faute en la recrutant afin de pourvoir un poste permanent pendant plus de six années, par des contrats à durée déterminés conclus sur le fondement des articles 3-1 et 3-2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 alors que les conditions de recours à ces articles n'étaient pas remplies ;
- il a commis une faute en ne lui notifiant pas son intention de renouveler ou de ne pas renouveler son contrat de travail au moins un mois avant le terme de ce contrat, en méconnaissance des dispositions de l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- il a commis une faute en décidant de ne pas renouveler son contrat de travail non pour un motif d'intérêt du service mais en raison de sa volonté de la priver de la possibilité de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée, ce qui entache la décision de non renouvellement de son contrat d'un détournement de pouvoir ;
- ces fautes sont de nature à engager la responsabilité du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné ;
- elle a subi un préjudice évalué à 10 000 euros en raison du recours illégal à des contrats précaires, un préjudice de 4 100 euros correspondant à l'indemnité de licenciement qu'elle aurait dû percevoir, un préjudice économique de 5 000 euros en raison de sa perte d'emploi, un préjudice de 2 500 euros justifié par le fait qu'elle n'a pas pu prétendre aux mêmes avantages financiers que ceux auxquels elle aurait pu prétendre si elle avait été recrutée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, un préjudice moral de 5 000 euros et un préjudice de 1 356,63 euros pour méconnaissance du délai de prévenance.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 avril et 10 novembre 2022, le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est mal dirigée, son ancien employeur étant le centre communal devenu centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné et non l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Roseaux de L'Ille ; la demande indemnitaire préalable de Mme B a été adressée au directeur de l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille ;
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- le lien de causalité n'est pas établi ;
- la requérante a commis une faute de nature à l'exonérer en totalité ou à tout le moins partiellement de sa responsabilité ;
- la réalité des préjudices allégués n'est pas démontrée.
Par un mémoire, enregistré le 14 avril 2022, l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est mal dirigée, son ancien employeur étant le centre communal devenu centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné et non l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Roseaux de L'Ille ; la demande indemnitaire préalable de Mme B a été adressée au directeur de l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille ;
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- le lien de causalité n'est pas établi ;
- la requérante a commis une faute de nature à l'exonérer en totalité ou à tout le moins partiellement de sa responsabilité ;
- la réalité des préjudices allégués n'est pas démontrée.
Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 décembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Deux mémoires, présentés par l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille et le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, représentés par la SELARL Cabinet Coudray, ont été enregistrés le 18 juillet 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2020.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Guillon-Coudray, représentant le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le centre communal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné en qualité d'agent social affectée à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Roseaux de L'Ille par un contrat à durée déterminée conclu le 2 décembre 2013 pour la période du 2 au 13 décembre 2013, puis par un contrat unique d'insertion pour la période du 16 décembre 2013 au 15 décembre 2014, renouvelé pour une période de douze mois prenant fin le 15 décembre 2015. Elle a ensuite bénéficié de quatre contrats à durée déterminée conclus les 27 novembre 2015, 30 décembre 2016, 10 janvier 2018 et 31 décembre 2018 pour les périodes du 16 décembre 2015 au 31 décembre 2016, du 1er janvier au 31 décembre 2017, du 1er janvier au 31 décembre 2018 et, enfin, du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par courrier du 15 juin 2020, Mme B a demandé auprès de l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille la communication des motifs de la décision de ne pas renouveler son contrat de travail, ainsi que la réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis au regard du recours abusif par l'administration aux contrats de travail à durée déterminée et de l'absence de renouvellement de son contrat de travail. Par courrier du 2 juillet 2020, le directeur de cet établissement l'a informée que l'absence de renouvellement de son contrat de travail était justifiée par son souhait de s'orienter vers une reconversion professionnelle et de débuter une formation en janvier 2020. Il a également, par ce courrier, rejeté sa demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, Mme B demande la condamnation du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, pris en son établissement secondaire des Roseaux de l'Ille à lui verser la somme de 27 956,63 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par ailleurs, l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille ne disposant pas de la personnalité juridique, il y a lieu de regarder les mémoires de cet établissement enregistrés au greffe du tribunal les 14 avril 2022 et 18 juillet 2023 comme étant présentés par le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné qui le gère.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte des contrats à durée déterminée conclus par Mme B que l'employeur de cette dernière était le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné. Si sa requête est mal dirigée contre l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille, elle est en revanche également dirigée contre le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, et est dans cette mesure recevable. La circonstance que Mme B ait adressé au directeur de l'EHPAD sa demande indemnitaire préalable est par ailleurs sans incidence sur la recevabilité de sa requête dès lors qu'il appartenait à ce dernier de transmettre cette demande au président du centre intercommunal d'action sociale par la voie hiérarchique. La fin de non-recevoir opposée par le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné et l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille doit dès lors être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
S'agissant de la conclusion et du renouvellement de contrats à durée déterminée :
3. Aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les États membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. () ". En vertu des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relative aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée ".
4. Il résulte des dispositions de cette directive, telles qu'elles ont été interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, qu'elles imposent aux États membres d'introduire de façon effective et contraignante dans leur ordre juridique interne, s'il ne le prévoit pas déjà, l'une au moins des mesures énoncées aux a) à c) du paragraphe 1 de la clause 5, afin d'éviter qu'un employeur ne recoure de façon abusive au renouvellement de contrats à durée déterminée. Lorsque l'État membre décide de prévenir les renouvellements abusifs en recourant uniquement aux raisons objectives prévues au a), ces raisons doivent tenir à des circonstances précises et concrètes de nature à justifier l'utilisation de contrats de travail à durée déterminée successifs. Il ressort également de l'interprétation de la directive retenue par la Cour de justice de l'Union européenne que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause citée ci-dessus, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Dès lors que l'ordre juridique interne d'un État membre comporte, dans le secteur considéré, d'autres mesures effectives pour éviter et, le cas échéant, sanctionner l'utilisation abusive de contrats de travail à durée déterminée successifs au sens du point 1 de la clause 5 de l'accord, la directive ne fait pas obstacle à l'application d'une règle de droit national interdisant, pour certains agents publics, de transformer en un contrat de travail à durée indéterminée une succession de contrats de travail à durée déterminée qui, ayant eu pour objet de couvrir des besoins permanents et durables de l'employeur, doivent être regardés comme abusifs.
5. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs ". Aux termes de l'article 3-1 de la même loi alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent ". Aux termes de l'article 3-2 de la même loi alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".
6. Les dispositions précitées des articles 3, 3-1 et 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée, s'agissant des emplois permanents, à la nécessité de remplacer des fonctionnaires temporairement ou partiellement indisponibles, de faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire, et, s'agissant des emplois non permanents, à la nécessité de faire face à un besoin lié à un accroissement temporaire d'activité ou à un accroissement saisonnier d'activité. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que, en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il incombe au juge, pour apprécier si le renouvellement des contrats présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
7. Il résulte de l'instruction qu'en dehors de la période allant du 16 décembre 2013 au 15 décembre 2015 au cours de laquelle Mme B a bénéficié d'un contrat unique d'insertion, la requérante a, entre le 2 décembre 2013 et le 31 décembre 2019, conclu cinq contrats à durée déterminée. Les contrats de travail de l'intéressée des 2 décembre 2013, 27 novembre 2015 et 30 décembre 2016, ont été conclus sur le fondement de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable, respectivement " pour accroissement temporaire d'activité " pour le premier et pour " faire face temporairement et pour une durée de 12 mois à la vacance d'un emploi d'agent social qui ne peut être immédiatement pourvu dans les conditions prévues par la loi " pour les deux autres. Les deux derniers contrats de travail conclus les 10 janvier 2018 et 31 décembre 2018 sont quant à eux fondés sur l'article 3-1 de la même loi du 26 janvier 1984, également en raison de la nécessité de " faire face temporairement et pour une durée de 12 mois à la vacance d'un emploi d'agent de service qui ne peut être immédiatement pourvu dans les conditions prévues par la loi ".
8. Il résulte de l'ensemble de ces contrats que Mme B, qui a occupé les postes d'" agent social " et d'" agent de service ", a dans les faits exercé des fonctions similaires durant toute la période considérée. Le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné ne justifie ni d'un " accroissement temporaire d'activité " en décembre 2013, ni, pour la période allant du 16 décembre 2015 au 31 décembre 2019, de la vacance du poste alléguée et de démarches réalisées en vue de procéder au recrutement d'un fonctionnaire pour exercer les fonctions en cause, ni encore, spécifiquement pour les années 2018 et 2019, de la nécessité pour le centre intercommunal d'action sociale d'assurer le remplacement temporaire d'un agent indisponible ou autorisé à exercer ses fonctions à temps partiel, alors que les deux derniers contrats de l'intéressée sont fondés sur l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Dans ces conditions en l'absence de telles justifications et eu égard au caractère récurrent et prolongé des missions confiées à l'intéressée, le centre communal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné, devenu centre intercommunal d'action sociale, en décidant à plusieurs reprises et sur une longue période de renouveler les contrats à durée déterminée de Mme B pour pourvoir à un emploi permanent alors même que les conditions prévues par les articles 3 à 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale n'étaient pas remplies, a recouru de manière abusive à une succession de contrats à durée déterminée et a méconnu les dispositions de ces articles, commettant ainsi une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.
9. Le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné fait valoir que le recours à des contrats à durée déterminée successifs a résulté du refus de Mme B d'être titularisée sur l'emploi qu'elle occupait. Toutefois, les circonstances qu'une titularisation aurait été proposée à la requérante et que cette dernière l'aurait refusée ne sont pas établies par les pièces du dossier, notamment par les deux attestations d'agents produites en défense et contredites par les attestations produites par la requérante. La délibération du conseil d'administration du centre communal d'action sociale du 22 octobre 2014 versée au débat n'est en outre pas de nature à démontrer qu'un poste d'agent social de jour aurait été créé dans l'intention de le faire pourvoir à terme par Mme B. Dans ces conditions, il ne résulte de l'instruction aucune circonstance de nature à atténuer voire à exonérer le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné de sa responsabilité.
S'agissant du non-renouvellement du dernier contrat à durée déterminée :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale dans sa version alors en vigueur : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / -huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / -deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; -trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. / () ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que le dernier contrat de Mme B conclu le 31 décembre 2018, qui ne relevait pas des dispositions de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, n'était pas susceptible d'être reconduit pour une durée déterminée, les parties n'invoquant d'ailleurs aucune circonstance nouvelle justifiant le recours à un contrat à durée déterminée pour pourvoir à l'emploi en cause pour la période suivant le terme de ce contrat de travail. Par suite, et alors même que ce dernier stipulait qu'il était " susceptible de renouvellement par reconduction expresse ", le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné n'a pas commis d'illégalité fautive en s'abstenant de l'informer de son intention de ne pas renouveler son contrat de travail conformément au délai de prévenance prévu par les dispositions précitées de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale.
12. En second lieu, un agent public recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service qui s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
13. Pour établir le détournement de pouvoir qu'elle invoque, Mme B fait valoir que l'absence de renouvellement de son contrat de travail n'était pas justifiée par un motif lié à l'intérêt du service mais par la volonté de l'administration de la priver de la possibilité de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, la circonstance invoquée dans le courrier du directeur l'EHPAD Les Roseaux de L'Ille du 2 juillet 2020, non sérieusement contestée par la requérante dans ses écritures et corroborée par les deux attestations d'agents du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné produites en défense, selon laquelle elle avait informé l'administration de son souhait de réaliser une reconversion professionnelle et de ce que sa future formation débuterait en janvier 2020 justifiait le non-renouvellement de son contrat de travail. Ainsi, la requérante n'établit pas le détournement de pouvoir qu'elle invoque alors en tout état de cause qu'il ne résulte pas de l'instruction, eu égard à ce qui a été dit précédemment, que les conditions étaient remplies pour qu'elle puisse légalement bénéficier d'un nouveau contrat à durée déterminée, de sorte que l'absence de renouvellement du dernier contrat de travail de Mme B ne pouvait qu'être regardée comme procédant de l'intérêt du service.
14. Il résulte de ce qui précède que ni l'absence d'information de Mme B quant à l'intention du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné de ne pas renouveler son contrat, ni le détournement de pouvoir invoqués par la requérante ne constituent des illégalités fautives susceptibles d'engager la responsabilité de l'administration.
En ce qui concerne les préjudices :
15. Le recours abusif à une succession de contrats à durée déterminée et l'illégalité du recours à ces contrats ont eu pour effet de maintenir Mme B dans une situation de précarité qui a duré environ quatre années, en excluant la période au cours de laquelle elle a bénéficié d'un contrat unique d'insertion pour lequel la responsabilité du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné ressort de la compétence de l'autorité judiciaire. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence de la requérante en lui allouant une indemnité d'un montant de 3 000 euros.
16. Les documents médicaux produits par la requérante tendent en revanche à démontrer que les difficultés psychologiques qu'elle a rencontrées en 2019 n'étaient pas liées à cette précarité, mais plutôt à l'absence d'accompagnement dans son projet de reconversion professionnelle par le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné qu'aurait ressenti l'intéressée. Il n'est pas davantage établi que le recours à ces contrats à durée déterminée l'aurait empêchée de mener à bien des projets personnels. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'allouer à Mme B une somme au titre d'un préjudice moral.
17. En revanche, si Mme B se prévaut d'un préjudice spécifique tenant à la circonstance que la succession des contrats à durée déterminée qu'elle a contractés ne lui aurait pas permis de prétendre aux mêmes avantages financiers que ceux auxquels elle aurait pu prétendre si elle avait été recrutée en contrat à durée indéterminée, elle n'apporte aucune précision permettant au tribunal d'apprécier la réalité de ce préjudice.
18. Aux termes de l'article 45 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. / Le montant de la rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement d'un agent employé à temps partiel est égal au montant de la rémunération définie à l'alinéa précédent qu'il aurait perçue s'il avait été employé à temps complet () ". Aux termes de l'article 46 de ce décret, dans sa version alors applicable : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. () / Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte ".
19. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné peut se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
20. Comme il a été dit précédemment, Mme B ne conteste pas sérieusement qu'au terme de son dernier contrat de travail conclu le 31 décembre 2018, elle ne souhaitait pas poursuivre sa relation contractuelle avec le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné mais s'était inscrite dans une démarche de reconversion professionnelle. Cette volonté de reconversion professionnelle et le projet de la requérante de débuter une formation de secrétaire médicale résulte tant des attestations versées aux débats que des documents médicaux produits par l'intéressée. Dans ces conditions, et alors que la responsabilité du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné n'est pas engagée au titre des conditions du non-renouvellement de ce contrat de travail, elle ne peut prétendre à une indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi correspondant à l'indemnité de licenciement dont elle aurait bénéficié si elle avait bénéficié d'un contrat à durée déterminée.
21. Enfin, eu égard à ce qui vient d'être dit et dès lors que la responsabilité du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné au titre des conditions du non-renouvellement du dernier contrat de travail de Mme B n'est pas engagée, la requérante ne peut davantage obtenir réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa perte d'emploi, de l'annonce brutale de ce non-renouvellement, pour méconnaissance du délai de prévenance prévu par les dispositions précitées de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale.
22. Il résulte de tout ce qui précède que le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné doit être condamné à verser à Mme B la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subi par cette dernière.
Sur les frais liés au litige :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné le versement de la somme de 1 500 euros à Me Bluteau, avocate de la requérante, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à sa mission d'aide juridictionnelle.
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné est condamné à verser à Mme B la somme de 3 000 euros.
Article 2 : Le centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné versera à Mme B la somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre intercommunal d'action sociale du Val d'Ille Aubigné.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026