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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003967

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003967

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMSS 6ème chambre GRONDIN Thibault
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre 2020 et 21 janvier 2021, Mme E A, représentée par Me Sabatakakis, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 8 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son titre de conduite pour solde de poinst nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de point(s) de son permis de conduire prises à la suite des infractions relevées les 6 octobre 2019 (quatre points) et 13 octobre 2019 (quatre points) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution des points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées à la suite des infractions des 6 et 13 octobre 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. D a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de point (s) prises à la suite des infractions relevées les 6 octobre 2019 (quatre points) et 13 octobre 2019 (quatre points) et, par voie de conséquence, d'annuler la décision référencée " 48SI " du 8 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de point nuls.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions portant retrait de point (s) :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par ces dispositions, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Il en résulte que la circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors, que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que Mme A n'aurait été informée des décisions successives de retrait de points qu'à la lecture de la décision " 48SI " en litige est sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne la délivrance des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1,2 et 4 de l'article L. 223-6. () ".

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. Par ailleurs, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A.37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et les attestations de paiement établies par le comptable public chargé du recouvrement de l'amende, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

S'agissant de l'infraction du 6 octobre 2019 :

7. L'infraction litigieuse, soit le non-respect de l'arrêt à un feu rouge, a été relevée sans interception du véhicule de la requérante, à l'aide d'un système de contrôle automatisé. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit au dossier que Mme A a payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction le 22 novembre 2019. Le paiement par l'intéressée de l'amende forfaitaire permet d'établir qu'elle a bien reçu les avis de contravention, établis selon les indications prévues par l'article A. 37-8 du code de procédure pénale, lesquels comportent les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Mme A n'établit en outre pas que les avis reçus n'auraient pas comporté cette information, ni que le paiement de l'amende est intervenu par la voie du recouvrement forcé. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit relativement à l'infraction du 6 octobre 2019 être écarté.

S'agissant de l'infraction du 13 octobre 2019 :

8. L'infraction litigieuse, soit le non-respect de l'arrêt à un feu rouge, a été relevée sans interception du véhicule de Mme A à l'aide d'un système de contrôle automatisé. En défense, le ministre de l'intérieur produit une attestation du trésorier du contrôle automatisé certifiant l'encaissement de l'amende forfaitaire majorées à hauteur de 375 euros le 9 décembre 2020. Toutefois, Mme A a produit un avis de saisie administrative à tiers détenteur du 29 octobre 2020 qui démontre que ce paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public. Dans ces conditions, l'administration ne peut être regardée comme s'étant acquittée envers la titulaire du permis de conduire de l'obligation d'information qui lui incombe en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision de retrait de point consécutive à cette infraction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48SI " :

9. La décision du ministre de l'intérieur constatant l'invalidation du permis de conduire de Mme A récapitule les décisions de retrait de points. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Par le présent jugement, il est procédé à l'annulation de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 13 octobre 2019. Eu égard à cette annulation, le solde de points rattaché au permis de conduire de Mme A est redevenu positif. Dès lors, la décision ministérielle référencée " 48SI " du 8 juillet 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressée le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose cette dernière doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressée le bénéfice des 4 points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de Mme A dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressée. Ce réexamen devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sollicitée par Mme A au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision référencée " 48 " par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du permis de conduire de Mme A à la suite de l'infraction du 13 octobre 2019 est annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision référencée " 48SI " du 8 juillet 2020, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de Mme C B a perdu sa validité sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à Mme A le bénéfice des quatre points irrégulièrement retirés, et dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de la requérante pour en tirer les conséquences sur son capital de points et sur son droit de conduire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. DLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Le Boëdec

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