lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004579 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre 2020 et 30 novembre 2021, M. A D, représenté par Me Antona Traversi, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 267 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2020, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à raison des erreurs commises par les services de l'État à l'occasion de l'examen de son projet de reconversion professionnelle en pêcheur de civelles ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les services de l'État ont commis une faute en méconnaissance de leur obligation de conseil en ne l'informant pas avant le dépôt de sa demande puis en l'informant tardivement de ce que l'obtention d'un permis de mise en exploitation était subordonnée à la détention depuis deux ans du navire faisant l'objet de l'engagement de sortie de flotte ;
- ils ont commis une faute en instruisant sa demande dans un délai excessivement long ;
- ces fautes sont à l'origine de plusieurs préjudices matériels constitués par l'achat en pure perte du navire " Loup " pour un montant de 7 000 euros, par l'impossibilité d'exercer la pêche à la civelle jusqu'à sa retraite, soit un total de 210 000 euros et par une perte de chance de pouvoir vendre le navire " Team Seven II " avec ses droits de pêche qu'il évalue à 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de M. D.
Il fait valoir que :
- il doit être mis hors de cause s'agissant de la contestation des décisions prises par les comités régionaux des pêches maritimes et des élevages marins et par le préfet de la région Bretagne ;
- les refus d'autorisation pour la pêche à pied sont sans lien avec les fautes et les préjudices invoqués par le requérant et n'ont pas fait l'objet d'un recours en annulation dans les délais requis ;
- les services de la délégation à la mer et au littoral n'étaient tenus à aucune obligation de conseil à l'égard de M. D à l'occasion du dépôt de sa demande de permis de mise en exploitation ;
- la condition de durée de détention du navire est fixée à l'article R. 921-11 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'instruction de la demande de permis de mise en exploitation du requérant relevait des services de la préfecture de la région Bretagne ;
- en tout état de cause, un délai de cinq mois entre le dépôt de la demande et la réponse apportée à cette demande n'est pas excessif ;
- les préjudices du requérant ne peuvent être évalués de manière certaine ;
- les navires " Team Seven II " et " Loup ", alors que le second est toujours titulaire d'un permis de mise en exploitation, peuvent être revendus sur le marché de l'occasion des navires professionnels ;
- le requérant ne saurait être indemnisé de ses préjudices dès lors qu'ils résultent de la circonstance qu'il ne remplissait pas les conditions lui permettant d'obtenir les autorisations qu'il a sollicités ;
- la pratique extra-légale de la vente des droits à permis de mise en exploitation attachés aux navires, ne saurait constituer un droit dont le requérant aurait pu être privé ;
- un lien de causalité n'est pas établi entre les fautes reprochées aux services de l'État et le défaut d'obtention, par M. D, des autorisations sollicitées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il doit être mis hors de cause s'agissant de la contestation des décisions prises par les comités régionaux des pêches maritimes et des élevages marins et par le préfet du Morbihan ;
- les services de l'État n'ont pas commis les fautes qui leur sont reprochés relativement aux demandes de permis de mise en exploitation déposées les 3 mai 2016 et 19 avril 2018 ;
- les préjudices invoqués par M. D ne présentent pas de lien direct avec les fautes reprochées au services de l'État ;
- ils ne présentent pas non plus un caractère certain.
Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2021, le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne a présenté des observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Corillion, représentant M. D, et de M. B, représentant le préfet de la région Bretagne.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a déposé le 3 mai 2016, à l'antenne de la délégation à la mer et au littoral située à Lorient, une demande de permis de mise en exploitation du navire " Team Seven II " associée à une opération de renouvellement de navire. Par courrier du 14 octobre 2016, les services de la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique - Manche Ouest, agissant pour le compte du préfet de la région Bretagne, ont demandé à M. D de compléter sa demande, notamment par la production de tout document lui permettant de s'exonérer de la règle des deux ans de propriété du navire faisant l'objet de l'engagement de retrait. L'intéressé n'ayant pas produit les pièces demandées, le préfet de la région Bretagne ne lui a pas accordé le permis sollicité. M. D, estimant que les services de l'État ont commis plusieurs fautes à l'occasion de l'examen de son projet de reconversion professionnelle, a adressé une réclamation préalable indemnitaire aux services de l'État par l'intermédiaire de l'antenne de la délégation à la mer et au littoral de Lorient. Faute pour les services compétents de l'État d'y avoir répondu, M. D demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 267 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2020, date de réception de sa réclamation préalable.
2. Aux termes de l'article L. 921-7 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version alors en vigueur : " La mise en exploitation des navires est soumise à une autorisation préalable dite permis de mise en exploitation des navires de pêche professionnelle qui précise, s'il y a lieu, les zones d'exploitation autorisées. / Le permis de mise en exploitation des navires de pêche professionnelle est exigé pour tout navire de pêche professionnelle maritime avant la déclaration de nouvelles capacités de pêche dans le fichier de la flotte de pêche de l'Union européenne, sans préjudice de la délivrance des autorisations de pêche maritimes à caractère général ou spécifiques prévues par la réglementation de l'Union européenne ou nationale. () / Les conditions d'attribution des permis de mise en exploitation des navires de pêche professionnelle, qui en aucun cas ne seront cessibles, sont fixées par décret en Conseil d'Etat. Ce décret détermine, en fonction des objectifs prévus à l'article L. 921-6 et de la situation effective des capacités de capture de la flotte, les critères de délivrance des permis. () ".
3. Aux termes de l'article R. 921-10 du même code, alors en vigueur : " La demande de permis de mise en exploitation est déposée auprès de l'autorité désignée à l'article R. * 911-3 en fonction du lieu d'immatriculation prévu pour le navire par la ou les personnes physiques ou morales figurant ou appelées à figurer sur l'acte de francisation, selon les catégories mentionnées à l'article R. 921-7. () / Pour les navires de vingt-cinq mètres ou moins, le permis de mise en exploitation est délivré par l'autorité désignée à l'article R. * 911-3 en fonction du lieu d'immatriculation prévu, après consultation de la commission régionale de la pêche maritime et des élevages marins. / Le silence gardé par l'autorité administrative, pendant un délai de deux mois, sur une demande de permis de mise en exploitation vaut décision de rejet ". Aux termes de l'article R. 921-11 de ce même code, alors également en vigueur : " Dans le cadre des contingents prévus à l'article R. 921-8, l'autorité chargée de délivrer le permis de mise en exploitation s'assure de la viabilité économique du projet et de la qualification professionnelle du demandeur. / Pour les projets de renouvellement de navires, qu'ils se traduisent ou non par une augmentation de la flotte en capacité, le demandeur, lors du dépôt de la demande, devra être propriétaire depuis deux ans au moins du ou des navires renouvelés. Le permis de mise en exploitation du nouveau navire ne sera délivré que sous réserve que le ou les navires renouvelés soient restés actifs au sens de l'article R. 921-7 jusqu'à cette date, et que la radiation du ou des navires remplacés du registre d'immatriculation des navires de pêche soit effectuée avant la mise en service du nouveau navire. () ".
4. En premier lieu, il ne résulte pas des dispositions précitées que les services de l'État seraient tenus à une obligation de conseil à l'égard des professionnels de la pêche souhaitant obtenir un permis de mise en exploitation. Dans ces conditions, les circonstances que les services compétents n'aient pas informé M. D de la condition de durée de détention du navire faisant l'objet de l'engagement de retrait mentionnée à l'article R. 921-11 du code rural et de la pêche maritime avant le dépôt de sa demande et qu'ils ne l'aient informé que tardivement, selon lui, de cette condition ne sont pas constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
5. En deuxième lieu, ni les correspondances entretenues entre M. D et les services compétents de l'État ni les attestations du comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Morbihan et du directeur des territoires et de la mer du Morbihan ne révèlent que les services de l'État auraient promis la délivrance du permis de mise en exploitation sollicité. Ainsi, à supposer que M. D ait entendu faire valoir le non-respect d'une promesse de délivrance de ce permis qui lui aurait été faite par les services de l'État, il n'y serait pas fondé.
6. En dernier lieu, s'agissant de la faute qui aurait été commise par les services de l'État pour avoir instruit la demande de M. D dans un délai excessivement long, il résulte de l'instruction, d'une part, que le navire " Loup " a été acquis par l'intéressé le 31 mai 2016, soit moins d'un mois après le dépôt de son dossier de demande de permis de mise en exploitation. Or, alors au demeurant que l'autorité compétente disposait, aux termes de l'article R. 921-10 du code rural et de la pêche maritime, d'un délai d'au moins deux mois pour statuer sur la demande de permis de mise en exploitation déposée par l'intéressé, le préjudice tiré de l'achat en pure perte du navire " Loup " ne saurait être la conséquence de la circonstance qu'une demande de pièces complémentaires ne lui a été adressée que par courrier du 14 octobre 2016. Ce préjudice ne saurait dès lors présenter un lien direct avec la dernière faute invoquée par M. D.
7. D'autre part, le second préjudice de M. D résulte de l'absence de délivrance, par les autorités compétentes, de l'ensemble des autorisations requises pour l'exercice de la pêche à la civelle et non de la seule absence de délivrance d'un permis de mise en exploitation. Or, si M. D n'a pas obtenu le permis de mise en exploitation dont il avait besoin en 2016 pour le navire " Team Seven II ", notamment dès lors qu'il ne pouvait justifier être propriétaire du navire " Loup " depuis au moins deux ans, ce permis ne lui a pas été délivré dès lors qu'il n'avait pas non plus produit les éléments comptables et financiers de son entreprise au cours de l'année précédant sa demande ainsi que le compte d'exploitation provisionnel sur trois années requis. Il ne résulte pas non plus de l'instruction qu'un permis de mise en exploitation aurait pu lui être délivré hors le cadre d'une opération de renouvellement de navire. Par ailleurs, si sa demande de licence de pêche à la civelle dite CMEA a pu lui être refusée au motif qu'il ne disposait pas d'un permis de mise en exploitation, le refus qui lui a été notifié expose qu'il ne remplissait pas toutes les conditions d'éligibilité requises. Dans ces conditions, il ne résulte pas non plus de l'instruction que, si un permis de mise en exploitation avait été délivré à M. D, il aurait nécessairement obtenu la licence CMEA. Par suite, le préjudice qu'il prétend avoir subi, tiré de l'impossibilité d'exercer la pêche à la civelle jusqu'à sa retraite ne présente pas un lien direct avec la dernière faute qu'il invoque, relative à la durée excessive du délai d'instruction de sa demande de permis de mise en exploitation.
8. Enfin, il résulte des termes mêmes de l'article L. 921-7 du code rural et de la pêche maritime que les permis de mise en exploitation ne sont pas cessibles. Par conséquent, M. D ne saurait valablement obtenir l'indemnisation d'un préjudice tiré d'une perte de chance de revente du navire " Team Seven II " muni de droits de pêche. Et il ne résulte pas de l'instruction que les fautes reprochées aux services de l'État par M. D seraient à l'origine d'une diminution de la valeur vénale de ce navire. Par suite, M. D n'établit pas l'existence du dernier préjudice qu'il invoque.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à obtenir l'indemnisation demandée. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'obtention d'intérêts.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la Première ministre (secrétariat d'État chargé de la mer).
Copie en sera transmise au préfet de la région Bretagne, au préfet du Morbihan et au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
W. CLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne à la Première ministre en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026