vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2004896 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BONNOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 novembre 2020 et 2 novembre 2022, M. D B et Mme C B représentés par Me Le Bonnois demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM,) à leur verser les sommes qu'ils détaillent dans leurs écritures, en réparation des préjudices résultant de la prise en charge de M. B dans cet établissement, majorées des intérêts à compter du 6 novembre 2020 et de leur capitalisation à compter du 6 novembre 2021.
Ils soutiennent que :
- leurs demandes sont recevables ;
- le CHRU de Rennes a commis une faute dans la gestion de l'infection bactérienne communautaire dont M. B a été victime qui a nécessité le retrait du matériel, cette faute étant à l'origine d'une perte de chance de 25 % d'éviter les complications initiales de cette infection et les préjudices dont elles sont à l'origine entre le 23 décembre 2014 et le 13 juin 2015 ;
- le CHRU de Rennes doit par ailleurs être condamné à les indemniser totalement des préjudices en lien avec l'infection nosocomiale résultant de l'intervention du 3 juin 2015 et ses conséquences à compter de cette date ;
- les préjudices de M. B indemnisables à hauteur de 25 % doivent être évalués comme suit avant perte de chance :
*déficit fonctionnel temporaire : 4 035 € ;
*assistance par tierce personne : 1 914 € ;
- ses préjudices indemnisables à hauteur de 100% doivent être évalués comme suit :
* frais divers : 300 € ;
*déficit fonctionnel temporaire : 14 362,50 € ;
*assistance par tierce personne : 17 295 € ;
* perte de gains professionnels : 20 395 € ;
*souffrances endurées : 45 000 € ;
*préjudice esthétique temporaire : 4 000 € ;
*déficit fonctionnel permanent : 19 200 € ;
*préjudice esthétique permanent : 5 000 € ;
*préjudice d'agrément : 20 000 €.
- les préjudices de Mme B doivent être évalués comme suit :
*préjudice d'affection : 10 000 € ;
* troubles dans les conditions d'existence : 10 000 € ;
*frais de déplacement : 4 535,98 € à lui allouer ou à allouer à son époux, propriétaire du véhicule utilisé pour les déplacements.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2021, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la selarl RRM avocat, conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que :
- il s'en remet à l'appréciation du tribunal s'agissant de la recevabilité de la requête ;
- les conditions d'engagement de la solidarité nationale ne sont pas réunies.
Par un mémoire enregistré le 12 janvier 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner le CHRU de Rennes à lui verser la somme de 275 160,93 € en remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. B, outre l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que :
- le CHRU de Rennes a commis une faute dans la gestion de l'infection bactérienne communautaire dont M. B a été victime, ce qui lui a fait perdre une chance d'éviter les complications de cette infection ainsi qu'une intervention avec CEC au cours de laquelle une infection nosocomiale a été contractée, cette perte de chance devant être évaluée à 25% ;
- M. B a par ailleurs été victime d'une infection nosocomiale ;
- le montant de ses débours dont le détail est produit s'élève à la somme totale de 275 160,93 €.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le CHRU de Rennes représenté par la selarl Efficia, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la réduction à de plus justes proportions des sommes susceptibles d'être allouées aux requérants et à ce que soit mise à leur charge la somme de 1 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable comme tardive ;
- les préjudices de M. B en lien avec l'infection nosocomiale devront être indemnisés comme suit :
* déficit fonctionnel temporaire : 6 116,50 €.
* assistance par tierce personne : elle devra être calculée à partir d'un taux journalier de 13 € ;
* souffrances endurées : 17 500 € ;
* préjudice esthétique temporaire : 2 500 € ;
* déficit fonctionnel permanent : 14 000 € ;
* préjudice d'agrément : la demande à ce titre doit être rejetée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Amrom-Bibas, représentant M et Mme B et de Me Girault représentant le centre hospitalier Régional universitaire de Rennes et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1956 et souffrant d'une maladie vasculaire évoluée était porteur d'un stimulateur et d'un défibrillateur implantés en 2007, une sonde atriale droite ayant été ajoutée en 2010 et reprise en 2012. En juillet 2014, suite à une rupture de la sonde de défibrillation, la fonction défibrillateur a été interrompue, seule la fonction de stimulation étant maintenue, ce réglage ayant été fait en transcutané sans incision. La survenue d'une infection bactérienne communautaire en novembre 2014 a conduit à la réalisation le 25 novembre 2014 d'une opération chirurgicale dans le service de chirurgie thoracique, cardiaque et vasculaire du CHRU de Rennes pour l'ablation de l'ensemble du matériel implanté (stimulateur, défibrillateur et sondes). La récidive d'épisodes infectieux a justifié de nouveaux soins et interventions chirurgicales et notamment une thoracotomie avec circulation extra corporelle (CEC) réalisée le 3 juin 2015 au CHRU de Rennes, dans les suites de laquelle est survenu une nouvelle infection, conduisant à de nouveaux soins et interventions. L'état de santé de M. B a été déclaré consolidé le 3 septembre 2018. M. B et son épouse ont saisi le 11 juillet 2019 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a ordonné une expertise médicale confiée à un spécialiste en maladies infectieuses et en réanimation et à un spécialiste en chirurgie cardiovasculaire et thoracique, qui ont remis leur rapport le 6 janvier 2020. Par un avis du 3 mars 2020 la CCI a estimé que la réparation des préjudices incombait au CHRU de Rennes. La réclamation préalable présentée le 6 novembre 2020 au CHRU de Rennes a donné lieu à un rejet implicite.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le CHRU de Rennes :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.
4. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces dommages devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision. La victime peut faire de même devant le juge d'appel, dans la limite toutefois du montant total de l'indemnité chiffrée en première instance, augmentée le cas échéant de l'indemnité demandée au titre des dommages qui sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement au jugement de première instance.
5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 15 juillet 2015 M. B a saisi le CHRU de Rennes d'une demande d'indemnisation de ses préjudices sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'établissement. A supposer même qu'il ait entendu également se prévaloir dans ce courrier de l'existence d'une infection nosocomiale, il doit être regardé comme ayant uniquement fait état de l'infection à l'origine de l'intervention chirurgicale du 25 novembre 2014 et de ses conséquences et non pas de celle résultant de l'intervention chirurgicale du 3 juin 2015, dont le caractère nosocomial n'a été révélé que dans le cadre de l'expertise médicale du 6 janvier 2020. Dès lors, si les requérants, dont le recours a été enregistré le 9 novembre 2020, soit après expiration du délai de deux mois dont ils disposaient pour contester la décision du 25 janvier 2016 rejetant leur réclamation préalable et qui leur a été notifiée le 2 février 2016 avec l'indication des voies et délais de recours, ne sont plus recevables à solliciter l'indemnisation de préjudices en rapport avec l'infection initiale ayant donné lieu à l'intervention du 25 novembre 2014 ni à invoquer une faute de l'établissement hospitalier, ils sont en revanche recevables à solliciter l'indemnisation des préjudices en lien avec l'infection résultant de l'intervention du 3 juin 2015 et qui constitue un fait générateur distinct.
Sur la responsabilité :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise médicale, que la rupture en juillet 2014 de la sonde de défibrillation dont M. B était porteur n'a pas eu de conséquence sur son état de santé. Par ailleurs, les experts ont indiqué que l'infection initiale du site d'implantation du stimulateur et du défibrillateur par staphylococcus epidermidis résistant à la méticilline est apparue spontanément et n'est associée à aucun acte de soins. Elle n'est notamment en lien ni avec la rupture de la sonde, ni avec l'intervention en juillet 2014 pour arrêt du pacemaker réalisée en transcutanée, sans intervention chirurgicale ni incision, M. B présentant, outre la présence d'un matériel intravasculaire, des facteurs de risque d'infection élevés compte tenu principalement d'un diabète évolué insulinorequérant. Cette infection ne présente donc pas un caractère nosocomial. Les experts ont cependant relevé que sa gestion n'avait pas été réalisée conformément aux règles de l'art, dès lors qu'en l'absence d'isolement d'une bactérie dans les hémocultures, cette infection a été traitée comme une infection locale sans mise en place immédiate d'une antibiothérapie, alors qu'eu égard au diagnostic clinique elle aurait dû être assimilée à une endocardite nécessitant une réunion interdisciplinaire réunissant infectiologue, cardiologue et microbiologiste et la mise en place d'une antibiothérapie avec réalisation systématique d'hémocultures réparties dans la journée sur 48 heures pour le choix du traitement ainsi que des réévaluations régulières afin de suivre l'évolution et décider de la durée de ce traitement. Compte tenu de ces éléments qui ne sont pas utilement remis en cause par le CHRU de Rennes, la responsabilité de cet établissement pour faute doit être retenue.
9. Selon les experts, il était hautement probable que même dans l'hypothèse d'une gestion conforme de l'antibiothérapie, il aurait dû être procédé à l'enlèvement du matériel résiduel (reliquats de sonde) dont la présence a été constatée postérieurement aux interventions des 25 novembre et 23 décembre 2014 sans qu'elle soit pour autant imputable à une maladresse des opérateurs. En revanche, ils ont estimé que la gestion inappropriée de l'infection initiale a fait perdre une chance à M. B de se soustraire aux complications infectieuses qui se sont déclarées rapidement après l'intervention chirurgicale du 25 novembre 2014, ainsi qu'à la reprise du 23 décembre 2014 et à une intervention chirurgicale avec CEC, qu'ils ont évaluée à 25%.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'au décours de l'intervention de sternotomie sous CEC du 3 juin 2015 pour ablation du matériel résiduel, M. B a été victime d'une infection précoce (médiastinite) à Enterobacter cloacae sauvage et Klebsiella oxytoca, bactéries retrouvées dans le site opératoire, à l'origine d'un sepsis grave et qui s'est compliquée par la suite d'une pleurésie purulente nécessitant un drainage chirurgical et d'une sternite, des soins pendant plus de trois ans étant nécessaires pour parvenir à une cicatrisation sans récidive. Selon les experts, cette infection qui présente un caractère nosocomial est à l'origine d'une incapacité permanente partielle de 12%. Il résulte des dispositions citées au point 7 que les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale lorsqu'ils correspondent à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 %. Eu égard au déficit fonctionnel permanent retenu par les experts, les conséquences de cette infection doivent être prises en charge par le CHRU de Rennes qui ne rapporte pas la preuve de l'existence d'une cause étrangère et l'ONIAM doit être mis hors de cause.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de M. B :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais divers :
11. En premier lieu, M. B peut obtenir le remboursement des frais de médecin conseil, qui présentent un caractère utile dans le cadre du litige l'opposant au CHRU de Rennes et dont le montant s'élève à la somme de 300 € selon les justificatifs produits.
12. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a effectué des déplacements pour rendre visite à son mari et dont elle produit la liste détaillée. Seuls les frais de déplacement en lien avec l'infection nosocomiale dont le diagnostic a été posé le 6 juin 2015 pourront être indemnisés, soit ceux exposés à compter du 14 juin 2015 en tenant compte de la période d'hospitalisation qui aurait été nécessaire même en l'absence de complication après l'intervention chirurgicale du 3 juin. Compte tenu de la distance séparant Rennes, lieu d'hospitalisation de M. B du domicile de Mme B situé à Vitré et du barème fiscal applicable en 2015 et 2016 pour un véhicule 6 CV ainsi qu'il en est justifié par la production de la carte grise, il sera alloué à M. B, propriétaire du véhicule avec lequel ces déplacements ont été effectués, la somme de 3 245 € à ce titre.
Quant à l'assistance par tierce personne :
13. Il résulte de l'expertise médicale que les besoins en assistance par tierce personne de M. B en lien avec l'infection nosocomiale ont été de trois heures par jour pendant les périodes de déficit fonctionnel temporaire de classe 4, d'une heure par jour pendant les périodes de déficit fonctionnel temporaire de classe 3 et de quatre heures par semaine durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire de classe 2. Ces besoins peuvent être évalués, par application d'un taux horaire de 13 € tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme totale de 10 226 €, M. B attestant sur l'honneur n'avoir perçu aucune aide à ce titre.
Quant aux pertes de gains professionnels :
14. Selon l'expert, l'arrêt des activités professionnelles de M. B en lien avec l'infection nosocomiale a eu lieu du 16 juillet 2015 au 22 octobre 2017. Au vu des avis d'imposition de M. B sur les revenus 2013 et 2014, son revenu annuel moyen avant la complication litigieuse peut être évalué à 24 459 €. La perte de revenus subie par M. B peut être ainsi évaluée au vu des avis d'imposition pour les années 2015 à 2017 à la somme de 7 325 € en 2016 et à celle de 8 258 € entre le 1er janvier et le 22 octobre 2017, M. B n'ayant subi aucune perte de revenus au cours de la période du 1er janvier au 16 juillet 2015. La perte de revenus totale subie par le requérant s'élève donc à la somme de 15 583 €.
S'agissant des préjudices extra patrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
15. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise médicale, que le déficit fonctionnel temporaire subi par M. B imputable à l'infection nosocomiale a été total durant les périodes d'hospitalisation en lien avec cette infection, soit du 14 juin au 14 août 2015, du 1er au 15 avril 2016, du 11 mai au 27 juin 2016, du 1er au 28 novembre 2016, du 5 au 20 décembre 2016 et du 24 janvier au 8 février 2017, ainsi que lors de consultations hospitalières pour la gestion d'un abcès et son drainage qui ont eu lieu en août et septembre 2016. Ce déficit a été partiel, de classe 3 du 15 août 2015 au 31 mars 2016, du 16 avril au 10 mai 2016, du 29 juillet 2016 au 31 octobre 2016, du 29 novembre au 3 décembre 2016 et du 9 février au 18 avril 2017, de classe 4, du 28 juin au 28 juillet 2016, du 21 décembre 2016 au 23 janvier 2017, et de classe 2 du 19 avril 2017 au 3 septembre 2018. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 9 650 €.
Quant aux souffrances endurées :
16. Les souffrances endurées en lien avec l'infection nosocomiale ont été évaluées à 5,5 sur 7 par les experts compte tenu notamment de la pluralité des interventions chirurgicales, des séjours en réanimation, des explorations, des soins prolongés de la plaie opératoire avec VAC thérapie, des antibiothérapies prolongées et de la prise en charge psychologique. Il en sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme de 15 500 €.
Quant aux préjudices esthétiques :
17. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 2,5 sur 7 par l'expert compte tenu des drainages, des séjours en réanimation et des pansements de la plaie opératoire et le préjudice esthétique permanent à 2 sur 7 compte tenu de la qualité de la sternotomie du fait des multiples interventions pour l'infection nosocomiale, de la cicatrice de thoracotomie (drainage chirurgical de la pleurésie purulente enkystée). Il en sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme totale de 4 000 €.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
18. Le déficit fonctionnel permanent en lien avec l'infection nosocomiale a été fixé à 12% par l'expert en considération de l'existence d'un retentissement psychologique déstabilisant un état antérieur dépressif et de l'impact de la thoracotomie sur la dyspnée. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 7 700 €
Quant au préjudice d'agrément :
19. Ce préjudice est caractérisé par la privation pour la victime d'une activité sportive ou de loisir dont elle est désormais privée. Il a été qualifié de très important par l'expert. Il ressort des attestations produites que M. B pratiquait régulièrement la pêche et était membre d'une équipe de football locale. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 €.
En ce qui concerne les préjudices de Mme B :
20. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme B en raison de la dégradation de l'état de santé de son époux en l'évaluant à la somme totale de 5 000 €.
Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) :
21. En premier lieu, la CPAM est fondée à obtenir le remboursement des frais qu'elle a exposés à la suite des complications dont M. B a été victime en raison du manquement fautif décrit au point 8, à hauteur de la chance perdue de 25% de les éviter. Ces frais correspondent selon attestation d'imputabilité de son médecin conseil aux frais hospitaliers exposés entre le 7 janvier 2015 et le 17 février 2015, aux frais médicaux et pharmaceutiques du 25 décembre 2014 au 1er mai 2015 et aux frais de transports du 23 décembre 2014 au 27 avril 2015. Toutefois, il résulte de l'expertise médicale que l'hospitalisation du 26 au 30 janvier 2015 a été motivée par la pathologie diabétique de M. B. Par ailleurs, dès lors que les experts ont estimé, ainsi qu'il a été dit au point 9, que l'ablation du matériel aurait été nécessaire même en l'absence de faute, l'hospitalisation du 5 au 6 février 2015 ne peut donner lieu à indemnisation. Après déduction des frais liés à ces hospitalisations d'un montant respectif de 4 500 € et de 1 125 €, le montant de la somme dont la CPAM peut prétendre au remboursement peut être fixée à 28 210,89 €, soit à 7 052,72 € après perte de chance.
22. En second lieu, la CPAM peut également prétendre au remboursement de l'intégralité de ses débours en lien avec l'infection nosocomiale contractée dans les suites de l'intervention chirurgicale du 3 juin 2015, soit la somme totale de 266 701,96 €, correspondant aux frais hospitaliers exposés entre le 14 juin 2015 et le 8 février 2017, aux frais médicaux du 11 août 2015 au 30 août 2018, aux frais pharmaceutiques du 14 août 2015 au 3 septembre 2018, aux frais d'appareillage du 16 juillet 2015 au 4 septembre 2018 et aux frais de transport du 16 juillet 2015 au 5 octobre 2017.
23. Par ailleurs, eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM d'Ille-et-Vilaine a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 1 162 €.
Sur les intérêts et la capitalisation :
24. Les requérants ont droit aux intérêts sur la somme qui leur est due à compter de la date de réception par le CHRU de Rennes de leur réclamation préalable du 6 novembre 2020.
25. La capitalisation des intérêts a été demandée le 9 novembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 novembre 2021 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
26. ll y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme de 1 500 € au titre des frais exposés par le CHRU de Rennes et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Rennes versera à M. B la somme de 68 204 € et à Mme B la somme de 5 000 € en réparation de leurs préjudices. Ces sommes seront assorties des intérêts à compter de la date de réception par le CHRU de Rennes de la réclamation préalable du 6 novembre 2020. Ces intérêts seront capitalisés à la date du 6 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Rennes versera à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une somme de 273 754,68 € au titre de ses débours et une somme de 1 162 € au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier de Rennes versera à M. et Mme B une somme de 1 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, au centre hospitalier régional universitaire de Rennes, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à harmonie mutuelle et à la société hospitalière d'assurances mutuelles.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La rapporteure,
signé
A. A
Le président,
signé
N.Tronel
La greffière,
signé
C.Saladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026