vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2005259 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MATEL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2020 sous le n° 2005259, Mme D C, représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Ploemeur à lui verser la somme de 10 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Ploemeur la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la responsabilité :
- la commune de Ploemeur a commis une faute dans l'organisation de ses services de nature à engager sa responsabilité ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Ploemeur doit être engagée ;
- sur les préjudices : les souffrances endurées par Mme C doivent être réparées à hauteur de 10 000 €.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la commune de Ploemeur, représentée par la SELARL Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune faute ne lui est imputable ;
- aucun lien de causalité n'est établi ;
- le préjudice doit être ramené à de plus justes proportions.
II. Par une requête, enregistrée le 9 février 2021 sous le n° 2100666, Mme D C, représentée par Me Matel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Ploemeur a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Ploemeur la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la commune de Ploemeur, représentée par la SELARL Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens invoqués sont infondés ;
- elle demande à titre subsidiaire une substitution de motifs.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Saulnier, représentant la commune de Ploemeur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C exerce les fonctions de directrice de l'espace culturel Pass Ouest au sein de la commune de Ploemeur. Par un courrier du 14 septembre 2020, Mme C a adressé à la commune de Ploemeur une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par un courrier du 12 novembre 2020, Mme C a demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par une décision du 13 janvier 2021, le maire de la commune de Ploemeur a rejeté cette demande. Par les présentes requêtes, Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Ploemeur et d'annuler la décision du 13 janvier 2021.
Sur les conclusions de la requête n° 2005259 :
En ce qui concerne la responsabilité
S'agissant de la responsabilité pour faute
2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 23 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " Les dispositions de la présente loi s'appliquent aux personnes qui, régies par le titre Ier du statut général des fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales, ont été nommées dans un emploi permanent et titularisées dans un grade de la hiérarchie administrative des communes, des départements, des régions ou des établissements publics en relevant, à l'exception des agents comptables des caisses de crédit municipal. ". Aux termes de l'article 108-1 de cette loi : " Dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2, les règles applicables en matière d'hygiène et de sécurité sont celles définies par les livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application, ainsi que par l'article L. 717-9 du code rural et de la pêche maritime. Il peut toutefois y être dérogé par décret en Conseil d'Etat. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ".
4. Il résulte de l'instruction qu'une altercation est survenue le 13 novembre 2019 au sein de l'espace Passe Ouest entre Mme C et un agent sous sa responsabilité, en raison de la fixation des congés. L'agent, en situation de détachement au sein de l'espace culturel, a adopté à l'égard de Mme C une attitude agressive et véhémente et a remis en cause ses méthodes d'encadrement. Ces faits, non contestés par la commune de Ploemeur, n'ont pas fait l'objet d'une procédure disciplinaire en dépit du courrier de Mme C du 15 novembre 2019 adressé au directeur général des services de la commune et demandant l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'égard de l'agent, mais seulement d'un courrier d'avertissement du 10 février 2021. En outre, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'altercation, la supervision de l'agent, maintenu au sein de l'espace Passe Ouest, a été réalisée par Mme B, directrice de la culture de la commune de Ploemeur. Par ailleurs, si Mme C soutient que la commune de Ploemeur a méconnu son obligation de santé et de sécurité au motif que le maintien de l'agent précité au sein de l'espace Passe Ouest a entrainé une dégradation des conditions de travail en raison de manquements divers et d'insuffisance professionnelle, elle ne l'établit pas en se bornant à produire des courriers et rapport administratif qu'elle a rédigés en qualité de supérieure hiérarchique de l'agent. Dans ces conditions, Mme C ne démontre pas que la commune de Ploemeur a méconnu son obligation de santé et de sécurité de ses agents. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
5. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du Dr A établi le 31 août 2020 que Mme C a été placée en arrêt de travail du 18 au 25 novembre 2019 en raison d'un état dépressif et d'épuisement professionnel postérieur à l'altercation survenue le 13 novembre 2019 et évoquée au point 4. Par un arrêté du 23 janvier 2020, la maire de la commune de Ploemeur a reconnu l'imputabilité au service des arrêts de travail pour la période du 18 au 23 novembre 2019. Par suite, les préjudices subis par Mme C à raison de son syndrome anxio-dépressif présentent un lien direct avec l'exercice de ses fonctions.
En ce qui concerne l'existence de préjudices indemnisables :
7. Il sera fait une juste appréciation des souffrances morales endurées par Mme C consécutivement à l'altercation du 13 novembre 2019, constatées par le Dr A, en les évaluant à la somme de 1 500 euros.
Sur les conclusions de la requête n° 2100666 :
8. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I. - A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / IV La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a, par un courrier du 12 novembre 2020, demandé au maire de la commune de Ploemeur de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison de la dégradation des conditions de travail au sein de l'espace culturel Passe Ouest, de l'altercation survenue le 13 novembre 2019 et des accusations de harcèlement moral proférées à son encontre. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si les propos tenus par un agent du service à Mme C le 13 novembre 2019 manifestaient une défiance à l'égard de ses méthodes d'encadrement et critiquaient le comportement injuste adopté par celle-ci, ils ne sont pas de nature, en dépit de leur caractère négatif, à constituer des violences, menaces ou injures au sens de l'article 11 précité. En outre, la dégradation des conditions de travail au sein de l'espace culturel ne constitue pas, en elle-même, un motif justifiant d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle. Enfin, la transmission au maire de la commune par le représentant du syndicat CGT de la commune de Ploemeur d'un rapport mettant en cause les agissements constitutifs de harcèlement moral de Mme C ne saurait être regardée comme des faits de diffamations au sens des dispositions citées au point précédent dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la réception de ce rapport et de la réalisation d'une enquête administrative, le maire de la commune de Ploemeur a informé Mme C, par un courrier du 6 juillet 2021, de ce qu'il avait transmis le dossier au procureur de la République en application des dispositions de l'article 40 du code de procédure pénale. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que le maire de la commune de Ploemeur a rejeté la demande au motif que la matérialité et la gravité des faits allégués n'étaient pas établies.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Ploemeur doit être condamnée à verser à Mme C la somme de 1 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Ploemeur la somme totale de 800 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2005259.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la commune de Ploemeur au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2100666.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Ploemeur est condamnée à verser à Mme C la somme de 1 500 euros
Article 2 : La commune de Ploemeur versera à Mme C la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune de Ploemeur.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
C. Dayon
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2005259, 2100666
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026