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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005288

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005288

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005288
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMSS 5ème chambre GOURMELON Virginie
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS KERJEAN LE GOFF NADREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Kerjean, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2020 portant titre de pension en tant qu'il ne retient pas une bonification de vingt trimestres ;

2°) d'enjoindre au service des retraites de l'Etat de lui accorder la bonification de vingt trimestres prévue par l'article L. 12 h) ancien du code des pensions civiles et militaires de retraite, de lui accorder une pension à taux plein et d'émettre un nouveau titre de pension et de procéder à la liquidation de ses droits conformément au jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit : si l'article 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite a été abrogé par la loi du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, l'article 49 de cette loi en a maintenu le bénéfice pour les fonctionnaires recrutés avant 2011, la bonification prévue à l'article L. 12h du code des pensions civiles et militaires de retraite a été maintenue par l'article 49 de la loi ; il remplit les conditions pour bénéficier d'une bonification, dans la limite de 5 ans en application de l'article R. 25 de ce code, dès lors qu'il a bien été recruté par concours, au certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique ;

- il subit du fait de la décision litigieuse, une décote injustifiée dès lors qu'il peut prétendre au bénéfice d'une pension à taux plein.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n°2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites ;

- le décret n°51-1423 du 5 décembre 1951 ;

- le décret n°72-581 du 4 juillet 1972;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur certifié de l'enseignement technique, a été admis à la retraite à compter du 1er octobre 2020. Il conteste le titre de pension établi le 28 septembre 2020, en tant que celui-ci ne lui accorde pas la bonification accordée aux professeurs d'enseignement technique

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. M. B ne justifie pas avoir adressé à l'administration une demande préalable indemnitaire sur laquelle l'administration se serait prononcée. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité en réparation de ses préjudices ne peuvent qu'être rejetées

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa rédaction alors applicable : " Aux services effectifs s'ajoutent () les bonifications ci-après : () / h) Bonification accordée aux professeurs d'enseignement technique au titre du stage professionnel exigé pour avoir le droit de se présenter au concours par lequel ils ont été recrutés ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 49 de la loi du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites dans sa version alors applicable : " II. - Les fonctionnaires recrutés avant le 1er janvier 2011 conservent pour les périodes antérieures à cette date le bénéfice du h de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la présente loi. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite, alors applicable : " La bonification accordée aux professeurs d'enseignement technique recrutés avant le 1er janvier 2011, en application du II de l'article 49 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites, est égale, dans la limite de cinq années, à la durée de l'activité professionnelle dans l'industrie dont les professeurs de l'enseignement technique ont dû justifier pour pouvoir se présenter au concours de recrutement dans les conditions exigées par le statut particulier au titre duquel ils ont été nommés ".

6. Enfin, aux termes de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés, dans sa version issue du décret n° 86-488 du 14 mars 1986 applicable au concours pour l'accès au certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique : " Peuvent se présenter au concours externe : () / 2° Les candidats ayant ou ayant eu la qualité de cadre au sens de la convention collective du travail dont ils relèvent ou dont ils relevaient, justifiant de cinq années de pratique professionnelle effectuées en leur qualité de cadre ; / Les conditions fixées au présent article s'apprécient à la date de clôture des registres d'inscription aux concours fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de l'éducation et du ministre chargé de la fonction publique ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la bonification prévue au h) de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite ne peut être attribuée qu'aux professeurs de l'enseignement technique qui, en vertu du statut particulier de leur corps, ont été recrutés par concours et ont dû, pour être admis à concourir, justifier d'une activité professionnelle en qualité de cadre au sens de la convention collective dont ils relevaient.

7. Il résulte de la rédaction même de l'article L. 12 h) précité que le bénéfice de la bonification qu'il institue est ouvert à tous les professeurs d'enseignement technique tenus, qui, en vertu du statut particulier de leur corps, ont été recrutés par concours et ont dû, pour être admis à concourir, justifier d'une expérience professionnelle dans l'industrie.

8. Il résulte de l'instruction que M. B a été nommé dans le corps des professeurs certifiés de l'enseignement technique après avoir été admis en 1988 au concours externe de recrutement du certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique (CAPET), organisé en application des dispositions précitées de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972, et qu'il a pu se présenter à ce concours en se prévalant de cinq années d'expérience professionnelle dans les conditions prévues au 2° de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972. Ainsi, pour lui refuser le bénéfice des bonifications prévues par les dispositions précitées de l'article L. 12 h) du code des pensions civiles et militaires de retraite, le service des retraites de l'Etat ne peut donc valablement soutenir que M. B a été recruté au choix, et non au terme d'un concours. Il s'ensuit que le titre de retraite délivré le 28 septembre 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à son office de juge du plein contentieux, il revient au juge des pensions de statuer sur la liquidation des droits à pension du requérant. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que M. B peut prétendre à une bonification de sa pension, dans une limite de cinq ans soit vingt trimestres. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au service des retraites de l'Etat de délivrer à M. B un nouveau titre de pension tenant compte de cette bonification, et de reconstituer sa situation en conséquence.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre de pension émis le 28 septembre 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au service des retraites de l'Etat de délivrer à M. B un nouveau titre de pension tenant compte d'une bonification de 20 trimestres, et de lui verser les sommes dues en conséquence.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

V. CLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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