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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005397

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005397

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005397
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHRISTIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 3 décembre 2020, 16 septembre et 13 décembre 2021, Mme A C et M. B D, représentés par Me Léon, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Erdeven à leur verser une indemnité de 44 825 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité fautive de la commune à avoir classé en 2009 leur parcelle cadastrée section ZY n° 202 en zone NAe ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Erdeven le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ce classement était illégal ;

- cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- cette faute est à l'origine des préjudices dont ils demandent à être indemnisés, à savoir un préjudice financier à hauteur de 43 325 euros et un préjudice moral à hauteur de 1 500 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 28 avril et 23 décembre 2021, la commune d'Erdeven, représentée par Me Rouhaud, de la Selarl Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de Me Idlas, représentant la commune d'Erdeven.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. D entendent engager la responsabilité de la commune d'Erdeven à raison de l'illégalité fautive commise à avoir classé, la parcelle cadastrée section ZY n° 202, lorsqu'ils l'ont acquise, en zone NAe.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il résulte de l'instruction que la parcelle en cause était classée, lorsque Mme C et M. D l'ont acquise, par le plan d'occupation des sols en zone NAe.

3. Aux termes, d'une part, de l'article R. 123-8 du code de l'urbanisme applicable au litige : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espaces naturels. / En zone N peuvent être délimités des périmètres à l'intérieur desquels s'effectuent les transferts des possibilités de construire prévus à l'article L. 123-4. Les terrains présentant un intérêt pour le développement des exploitations agricoles et forestières sont exclus de la partie de ces périmètres qui bénéficie des transferts de coefficient d'occupation des sols. / En dehors des périmètres définis à l'alinéa précédent, des constructions peuvent être autorisées dans des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, à la condition qu'elles ne portent atteinte ni à la préservation des sols agricoles et forestiers ni à la sauvegarde des sites, milieux naturels et paysages. ".

4. Selon, d'autre part, le règlement du plan d'occupation des sols de la commune d'Erdeven applicable lorsque Mme C et M. D ont acquis, en 2010, leur parcelle et le 1er août 2016, date à laquelle, la commune leur a indiqué, dans le cadre d'un certificat d'urbanisme, que cette parcelle était classée en zone NAe, les zones NAe correspondaient à des zones naturelles destinées à recevoir l'habitat de loisir, d'occupation à caractère temporaire ou saisonnier.

5. Pour établir l'illégalité de ce classement, les requérants se prévalent, en premier lieu, du rejet le 3 juillet 2020 par le tribunal administratif de Rennes puis le 20 juillet 2021 la cour administrative d'appel de Nantes du recours en annulation de la délibération du 17 février 2017 par laquelle le conseil municipal d'Erdeven a approuvé le plan local d'urbanisme.

6. Toutefois, en tout état de cause, ces décisions juridictionnelles n'ont pas pour effet d'invalider le classement, en 2009, en zone NAe de leur parcelle même si elles ont validé le classement, par la délibération du 17 février 2017, en zone NA de la zone d'habitat en cause.

7. Les requérants se prévalent, en deuxième lieu, de l'impossibilité d'implanter désormais, en raison du nouveau classement, des mobil-homes sur leur parcelle.

8. Cette circonstance qui est la conséquence du nouveau classement ne permet pas davantage d'en établir l'illégalité.

9. Les requérants ne peuvent, en troisième lieu, de la même manière, se prévaloir utilement de ce qu'ils n'auraient pas acquis leur parcelle en 2010 s'ils avaient été informés du nouveau classement en 2010.

10. Les requérants soutiennent, en quatrième lieu, que leur parcelle était située, lorsqu'ils l'ont acquise, dans une vaste zone à dominante naturelle et agricole. Toutefois, comme indiqué, aux point 4, la zone NAe correspondait, en 2010, à une zone naturelle destinée à recevoir l'habitat de loisir, d'occupation à caractère temporaire ou saisonnier. Si les requérants paraissent évoquer un classement illégal en zone NAe en 2001 et 2009 en raison de l'environnement et de la proximité de la parcelle avec une exploitation agricole, cette argumentation n'est pas assortie des précisions permettant d'établir l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième et dernier lieu, les requérants ne peuvent également se prévaloir d'une incohérence entre le classement en 2001 et en 2009 de leur parcelle en zone NAe puis le classement en 2019 de cette même parcelle en zone NA.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Erdeven, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

13. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C et de M. D le versement d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Erdeven.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et de M. D est rejetée.

Article 2 : Mme C et M. D verseront une somme globale de 1 500 euros à la commune d'Erdeven en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. B D et à la commune d'Erdeven.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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