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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005539

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005539

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005539
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRIGHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 10 décembre 2020 et 12 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Le Vili, représentée par Me Righi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge à concurrence de 5 883 euros de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, à raison de l'établissement qu'elle exploite au lieu-dit la Garenne, sur le territoire de la commune de Mespaul (Finistère) ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

La SAS Le Vili soutient que :

- l'établissement qu'elle exploite ne constitue pas un établissement industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts ; elle ne dispose pas de moyens techniques importants et le matériel et les outillages utilisés ne présentent pas un caractère prépondérant ; les équipements qu'elle utilise ne permettent pas une automatisation du travail ; la surface de ses locaux est moindre ; son activité n'est pas limitée au conditionnement des produits frais qu'elle achète et revend, mais comporte également une activité d'achat-revente sans conditionnement qui présente un caractère prépondérant ; par suite, le rôle des moyens techniques dans le processus global d'exploitation n'est pas prépondérant ; les zones affectées aux machines ne représentent que 2 % de la surface totale des locaux et les lignes de conditionnement nécessitent beaucoup de personnel ; aucune des machines utilisées ne présente une technicité particulière, ne remplace l'humain, ou a une valeur importante ; il s'agit pour la plupart de machines anciennes ; les salariés affectés à la manutention sont nombreux ; l'administration a pris une position différente s'agissant d'une autre établissement exploité par une société du même groupe, situé dans le Tarn et Garonne ;

- à titre subsidiaire, l'administration a tenu compte d'immobilisations qui doivent bénéficier de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS Le Vili n'est fondé.

Un mémoire présenté par le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a été enregistré le 31 août 2022, antérieurement à l'appel de l'affaire mais postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Le Vili, qui a pour activité le commerce de gros (commerce interentreprises de fruits et de légumes), exploite un établissement situé au lieu-dit La Garenne, sur le territoire de la commune de Mespaul. Elle a fait l'objet en 2017 d'une vérification de comptabilité, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle l'administration a estimé que cet établissement constituait un établissement industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts. Cette qualification a eu pour conséquence l'application de la méthode comptable de détermination de la valeur locative du local et un rehaussement de celle-ci. Au titre des années suivantes, la cotisation foncière des entreprises à la charge de la SAS Le Vili a été déterminée en faisant application de cette méthode. Par une réclamation du 29 décembre 2019, la SAS Le Vili a sollicité la décharge de la cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2019, en contestant la qualification d'établissement industriel des locaux qu'elle exploite au lieu-dit La Garenne. L'administration ayant rejeté tacitement cette réclamation, la SAS Le Vili a saisi le tribunal de sa contestation par la requête visée ci-dessus.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'imposition en litige :

En ce qui concerne la qualification d'établissement industriel :

2. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale () qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. / (). ". Aux termes de l'article 1467 de ce code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / () ".

3. Les règles suivant lesquelles est déterminée la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties sont différemment définies, à l'article 1496 du code général des impôts pour ce qui est des " locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une activité salariée à domicile ", à l'article 1498 en ce qui concerne les locaux autres que ceux mentionnés au I de l'article 1496, les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501 et à l'article 1499 s'agissant des " immobilisations industrielles ".

4. Aux termes de l'article 1500 du code général des impôts : " I.-A.-Revêtent un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'une activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers qui nécessite d'importants moyens techniques. / Revêtent également un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'activités autres que celles mentionnées au premier alinéa du présent A qui nécessitent d'importants moyens techniques lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant. () ".

5. Il est constant que l'activité exercée par la SAS Le Vili dans les locaux en cause ne consiste pas dans la fabrication ou la transformation de biens corporels.

6. Il résulte de l'instruction que le local en litige d'une surface de 2 050 m² est utilisé pour des opérations de déchargement, stockage dans des installations réfrigérées et expédition de légumes déjà conditionnés à leur arrivée, et pour des opérations de déchargement, de préparation par équeutage et ébarbage, de conditionnement et d'expédition d'échalotes, oignons, et ail. Pour les besoins de son activité, la SAS Le Vili dispose notamment de trois chariots élévateurs, de quatre transpalettes, d'une banderoleuse utilisée pour constituer des palettes, d'une ébarbeuse, de neuf peseuses, d'agrafeuses, de soudeuse, et d'un espace frigorifique de 120 m². Les équipements de conditionnement et pesage sont agencés en sept lignes occupant un espace de 417 m² au sein duquel s'affairent les employés affectés à ces opérations. Le prix de revient de l'ensemble des moyens techniques mis en œuvre représentait au 31 décembre 2015, date la plus proche de l'année d'imposition au titre de laquelle les parties présentent une argumentation, 1 034 634 euros. Ce montant correspondant à 86 %, de l'actif immobilisé de la SAS Le Vili. La circonstance qu'une partie substantielle des équipements en cause serait ancienne est sans influence sur l'appréciation de leur importance, qui n'a pas à tenir compte des amortissements déjà pratiqués. Au regard de ces éléments, les moyens techniques mis en œuvre dans le local en litige sont importants.

7. Si la société requérante fait valoir que les opérations relatives aux denrées, qui lui sont livrées déjà conditionnées, représentent en tonnage un volume d'activité supérieur à celui correspondant aux opérations pour lesquels cette société procède au conditionnement, il résulte toutefois de l'instruction que les équipements de manutention, la banderoleuse, ainsi que les équipements frigorifiques sont utilisés pour le déchargement, le stockage et l'expédition de ces légumes. Par ailleurs, alors même, que les moyens techniques utilisés par la SAS Le Vili ne permettent pas, ainsi qu'elle le fait valoir, une automatisation des tâches de manutention, de conditionnement et de stockage des denrées en cause, plusieurs salariés étant affectés à chaque ligne de conditionnement, ils déchargent toutefois le personnel d'une partie importante des tâches à réaliser, conditionnent ainsi l'organisation du travail au sein de l'entreprise, déterminent directement les volumes de denrées pouvant y être traités et par suite la productivité des salariés et la rentabilité de l'exploitation. Par suite, et ainsi que le confirme également leur part importante à l'actif immobilisé du bilan de la SAS Le Vili, les moyens matériels utilisés dans les locaux en litige présentent un caractère prépondérant pour l'activité qui y est exercée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Le Vili n'est pas fondée à contester la qualification d'établissement industriel appliquée par l'administration au local en litige et à demander par suite la décharge de la cotisation d'impôt en litige.

En ce qui concerne le moyen tiré des dispositions du 11° de l'article 1382 du code général des impôts :

9. Aux termes de l'article 1381 du code général des impôts : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ". Selon l'article 1382 du code général des impôts : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux, équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ".

10. Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.

11. Si la SAS Le Vili fait valoir, à titre subsidiaire, que les immobilisations intitulées rideau métallique, armoire de régulation, générateur air chaud, " install lav main ", raccord Algeco, " Bungalow occas ", Bungalow batix, " support béton pour ban ", butoir de protection, aménagement bureaux, travaux électricité bureaux, dallage en béton armé, décapage terrain, chambre froide, " décapage terrain exten " et extension frigo, doivent bénéficier de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties prévue par les dispositions précitées du 11° de l'article 1382 du code général des impôts et, par suite, être exclues, conformément aux prévisions du premier alinéa de l'article 1467 du même code, des bases soumises à la cotisation foncière des entreprises, ces simples dénominations ne font pas ressortir, à elles seules et en l'absence de la production d'éléments permettant d'en connaître précisément la consistance et les caractéristiques, que ces biens sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement industriel. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur l'application des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :

12. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance et en l'absence, en tout état de cause, de dépens, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées au titre des dispositions susvisées par la SAS Le Vili.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Le Vili est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Le Vili et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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