vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2005594 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2020, 8 novembre 2021 et 17 février 2022, la société Ouest Expansion, représentée par Me Sophie Guillon-Coudray (SELARL Cabinet Coudray), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Vannes à lui verser la somme de 14 825,62 euros en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation fautive de son marché ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vannes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de résiliation est irrégulière en ce que son motif ne lui a pas été notifié préalablement à la résiliation ;
- la décision de résiliation est irrégulière en ce qu'elle ne repose pas sur un motif d'intérêt général, la commune de Vannes ne pouvant se prévaloir de considérations financières de faible importance ou d'un intérêt purement privé ;
- la résiliation fautive permet l'engagement de la responsabilité de la commune de Vannes laquelle devra réparer ses préjudices résultant des prestations effectuées à hauteur de 9 617,62 euros, de la perte d'image et de la gestion des annulations à hauteur de 3 000 euros et du recours aux services d'un avocat pour la procédure pré-contentieuse à hauteur de 2 208 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juillet 2021 et le 7 janvier 2022, la commune de Vannes, représentée par Me Pierre-Alexis Ramaut (SELARL Cornet-Vincent-Ségurel), conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que soit réduit à de plus justes proportions le montant de l'indemnisation sollicitée et à ce que soit mise à la charge de la société Ouest Expansion la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la motivation du courrier de résiliation renvoyait à une résiliation pour motif d'intérêt général ;
- la résiliation était bien fondée sur un motif d'intérêt général correspondant à la prévention de l'aggravation de la situation des acteurs économiques sur son territoire ;
- les prétentions indemnitaires de la société requérante sont soit non-fondées, soit non justifiées et, en toute hypothèse, disproportionnées.
Par un courrier du 27 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître du litige, le contrat en cause n'étant ni un marché public, ni, en l'absence de participation de la société Ouest Expansion au service public de l'information municipale, un contrat administratif.
Il a été répondu à cette information par un mémoire enregistré le 30 juin 2022, par lequel la société Ouest Expansion conclut à la compétence de la juridiction administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,
- et les observations de Me Geffroy, représentant la société Ouest Expansion.
Considérant ce qui suit :
1. En 2019, la commune de Vannes a conclu avec la société Ouest Expansion un marché de fournitures courantes et de services confiant à cette entreprise une prestation de régie publicitaire pour la réalisation de l'agenda de la ville de Vannes 2020 et du guide pratique de la ville de Vannes 2019-2020, et consistant à prospecter les annonceurs, à promouvoir l'espace publicitaire et à recueillir les publicités à insérer dans les supports de communication concernés, les tarifs de vente des encarts étant déterminés chaque année par un vote du conseil municipal.
Il était prévu au contrat que le pouvoir adjudicateur pourrait, en application du 7° de l'article
30-I 7 du décret n°2016-360 du 25 mars 2016, confier au titulaire du marché un ou plusieurs marchés ayant pour objet la réalisation de prestations similaires, pendant une durée ne pouvant toutefois excéder trois ans. Ces prestations ont donc été reconduites l'année suivant la conclusion du contrat, la commune ayant confié à la société Ouest Expansion la régie publicitaire pour l'agenda 2021 de la ville par une lettre de mission notifiée le 26 mars 2020. Toutefois, par un courrier du 7 juillet 2020, notifié le 13 juillet 2020, elle a résilié ce contrat. Par un courrier du
29 juillet 2020, la société Ouest expansion a adressé à la commune de Vannes une réclamation tendant, d'une part, au versement des sommes correspondant à l'exécution des prestations qu'elle avait déjà réalisées, et, d'autre part, une demande tendant à l'indemnisation des conséquences de la résiliation, selon elle, illégale, du marché. Par un courrier du 2 octobre 2020, la commune de Vannes a rejeté ces demandes et proposé à l'entreprise le versement d'une indemnité de résiliation pour motif d'intérêt général fixée à une somme de 1 620 euros. La société Ouest Expansion demande au tribunal de condamner la collectivité à lui verser la somme totale de 14 825,62 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la résiliation fautive de son marché.
Sur le caractère fautif de la résiliation :
2. Aux termes de l'article 29 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services résultant de l'arrêté du 19 janvier 2009, auquel les pièces du marché en litige se réfèrent : " () Le pouvoir adjudicateur peut également mettre fin, à tout moment, à l'exécution des prestations pour un motif d'intérêt général. () ".
3. L'abandon d'un projet par une personne publique ne constitue pas en lui-même un motif d'intérêt général permettant la résiliation unilatérale du marché correspondant. Il appartient donc au juge administratif de contrôler si le motif justifiant cet abandon revêt un caractère d'intérêt général.
4. Il résulte de l'instruction qu'en renonçant à la parution de son agenda 2021, financé, comme celui de l'année précédente, par les recettes tirées de la vente d'espaces publicitaires à différents annonceurs, principalement des entreprises locales, la ville de Vannes a entendu éviter à celles-ci, dans un contexte économique difficile lié aux conséquences de la pandémie de Covid-19, des dépenses de communication ou de publicité susceptibles d'aggraver leur situation financière. Toutefois, alors qu'il appartenait aux seules entreprises concernées d'apprécier l'opportunité d'acheter des espaces publicitaires dans l'agenda 2021 de la ville de Vannes, ces dépenses étant purement facultatives et relevant de leur liberté de gestion, la décision de suspendre la parution de cet agenda et de résilier le marché en cause ne peut être considérée comme justifiée par un motif d'intérêt général. C'est donc de manière fautive que la commune de Vannes a résilié le marché dont était titulaire la société requérante. Cette dernière est par suite fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis et qui sont en lien direct avec cette résiliation.
Sur les préjudices :
S'agissant du préjudice tiré des prestations déjà exécutées :
5. Ainsi que le fait valoir la commune de Vannes en défense, la société Ouest Expansion ne fournit aucun justificatif permettant d'attester de la réalité et de l'étendue du préjudice correspondant au coût des prestations qu'elle a déjà exécutées et qui, du fait de l'abandon du projet d'agenda, ne seront pas couvertes par les recettes publicitaires dont elle devait conserver 30% du montant. Les conclusions tendant à l'indemnisation de ce chef de préjudice ne peuvent donc être accueillies.
S'agissant du manque à gagner :
6. La somme à laquelle la société Ouest Expansion peut prétendre correspond au manque à gagner qu'elle pouvait escompter de l'exécution de son marché, soit à la marge nette qu'elle aurait réalisée en l'absence de résiliation. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'évaluer le chiffre d'affaires afférent aux insertions publicitaires dans l'agenda 2021 de la ville de Vannes en retenant la moyenne des recettes publicitaires enregistrées les années précédentes pour la même opération, soit une somme de 29 977,45 euros, et d'appliquer à 30% de ce montant, correspondant aux recettes revenant contractuellement au régisseur et constituant son chiffre d'affaires, le taux de marge de 10% dont la société requérante justifie elle-même par une attestation de son expert-comptable. La société requérante est, par suite, fondée à demander l'indemnisation de son manque à gagner à hauteur de 899,30 euros.
S'agissant de l'atteinte à la réputation professionnelle :
7. Si la société Ouest Expansion fait valoir qu'elle a subi un préjudice correspondant à l'atteinte portée par la commune de Vannes à sa réputation professionnelle, une telle atteinte n'est ni caractérisée, ni démontrée. Il ressort au contraire des pièces du dossier que les annonceurs pressentis ont été informés par la commune de Vannes de ce que le choix de ne pas faire paraître l'agenda 2021 de la ville était un choix de la collectivité. Aucun préjudice certain de la société Ouest Expansion résultant d'une mise en cause par la collectivité de son professionnalisme ou de la qualité de ses prestations n'est donc établi.
S'agissant des frais de conseil précontentieux :
8. La société Ouest Expansion fait valoir qu'elle a exposé des frais d'avocat pour la procédure précontentieuse. Il résulte de l'instruction que ces frais s'élèvent à un montant de 1 840 euros hors taxes, dûment justifiés par une facture du 28 juillet 2020. La société requérante est fondée à demander le remboursement de cette somme, dont le paiement est au nombre des préjudices résultant directement de la résiliation fautive du marché dont elle était titulaire.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune de Vannes sur ce fondement.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vannes une somme de 1 500 euros à verser à la société Ouest Expansion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La commune de Vannes est condamnée à verser à la société Ouest Expansion la somme de 2 739,30 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Ouest Expansion est rejeté.
Article 3 : La commune de Vannes versera à la société Ouest Expansion la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Vannes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Ouest Expansion et à la commune de Vannes.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
G.-V. AL'assesseur le plus ancien,
Signé
M. B
La greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026