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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005629

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005629

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005629
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMSS 2ème chambre M. ALBOUY
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés respectivement les 15 décembre 2020, 11 décembre 2022 et 9 mars 2023, M. D G, représenté par la Selarl Valadou - Josselin et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 4 novembre et 12 novembre 2020 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du Finistère a rejeté ses trois réclamations ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établies au nom de Mme A B, défunte, dont le paiement a été réclamé à l'indivision successorale, dont M. G est l'un des deux membres, au titre des années 2018 à 2020, à raison du lot de copropriété dont Mme B était propriétaire au sein d'une maison située à Quimper ;

3°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a déposé les réclamations préalables en son nom personnel en tant que membre de l'indivision successorale et non au nom de celle-ci ;

- les fins de non-recevoir opposées par l'administration doivent être écartées et sa requête est recevable ;

- les avis d'imposition ne mentionnent pas l'identité de l'autorité compétente, par suite il n'est pas possible de vérifier sa compétence et ces avis sont illégaux ;

- les avis d'impositions méconnaissent les articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'ils ne comportent pas la signature de leur auteur, ses nom et prénom et sa qualité ;

- le bien taxé ne constitue pas une propriété ou une fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte au sens de l'article 1494 du code général des impôts dès lors qu'il s'agit d'une fraction d'un même logement correspondant à l'immeuble lui-même ; l'immeuble comporte une entrée unique et des pièces imbriquées appartenant à l'indivision de Mme A B, d'une part, et à la succession de Mme C B d'autre part ; l'existence d'un logement unique a été confirmée par la décision du Conseil d'État n° 401627 ; dès lors que les pièces occupées par Mme A B ne constituaient pas un logement autonome, les biens relevant de l'indivision B ne peuvent pas constituer une unité de valorisation, faisant l'objet d'une imposition propre à la taxe foncière sur les propriétés bâties.

Par un mémoire en défense et un mémoire purement confirmatif, enregistrés respectivement les 11 mai 2021 et 19 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il oppose une fin de non-recevoir aux conclusions en annulation des décisions des 4 novembre et 12 novembre 2020 en soulevant une exception de recours parallèle, la contestation d'une imposition relevant du plein contentieux et non de l'excès de pouvoir, ainsi qu'une fin de non-recevoir aux conclusions présentées au titre de l'année 2018, au motif que la réclamation préalable n'a pas été présentée au nom de l'indivision de Mme B, mais au nom de M. G, et deux fins de non-recevoir aux conclusions présentées au titre des années 2019 et 2020 aux motifs, d'une part, qu'une indivision étant dépourvue de personnalité juridique, elle ne peut pas agir en justice et par suite déposer une réclamation préalable, d'autre part, que M. G n'a pas justifié détenir un mandat pour représenter l'indivision ; il soutient, par ailleurs, qu'aucun des moyens soulevés par M. G n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Albouy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G est propriétaire indivis avec sa sœur, Mme F E, née G, de six pièces d'habitation, d'une superficie de 125 m², au sein d'une maison, située route de Pont-l'Abbé à Quimper, dont ils ont hérité de leur mère, Mme C B, décédée en 1998. Les autres pièces de la maison étaient la propriété de Mme A B, tante de M. G, décédée en 2011, dont la succession n'est pas réglée. M. G et Mme E sont les héritiers légataires de Mme A B et, à ce titre, membres de l'indivision successorale de leur tante. Ils ont successivement déposé des réclamations contestant les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établies sur les pièces d'habitation comprises dans cette indivision successorale. Par une décision du 4 novembre 2020, l'administration a rejeté les réclamations déposées par M. G au titre des années 2018 et 2019. Sa réclamation relative à l'année 2020 a été rejetée le 12 novembre 2020. Par sa requête visée ci-dessus, M. G a décidé de porter ce litige devant le tribunal.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation des décisions des 4 et 12 novembre 2020 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du département du Finistère a rejeté les réclamations de M. G :

2. La décision par laquelle l'administration statue sur la réclamation contentieuse d'un contribuable n'étant pas susceptible de faire l'objet d'un recours ou de conclusions en annulation, dès lors qu'elle n'est pas détachable de la procédure d'imposition, les conclusions de la requête de M. G tendant à l'annulation des décisions des 4 et 12 novembre 2020, visées ci-dessus, sont irrecevables, ainsi que le relève l'administration, et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :

En ce qui concerne la loi fiscale :

3. En premier lieu, dans le cadre d'un contentieux d'assiette, les irrégularités dont sont, le cas échéant, entachés les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans incidence sur la régularité et le bien-fondé de l'impôt. Par suite, les moyens tirés de ce que les avis d'imposition relatifs aux cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties en litige ne comporteraient pas l'indication de l'autorité compétente, ainsi que le nom, la qualité et la signature de leur auteur sont inopérants et ne peuvent, par suite qu'être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1388 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après la valeur locative cadastrale de ces propriétés déterminée conformément aux principes définis par les articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 B et sous déduction de 50 % de son montant en considération des frais de gestion, d'assurances, d'amortissement, d'entretien et de réparation. ". Aux termes de l'article 1400 du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404, toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel. ". Aux termes de l'article 1403 du même code : " Tant que la mutation cadastrale n'a pas été faite, l'ancien propriétaire continue à être imposé au rôle, et lui ou ses héritiers naturels peuvent être contraints au paiement de la taxe foncière, sauf leur recours contre le nouveau propriétaire. ". Aux termes de l'article 1494 de ce code : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l'habitation principale ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. ".

5. M. G conteste le bien-fondé des impositions en litige en faisant valoir que les pièces d'habitation prises en compte pour en déterminer l'assiette ne constituent pas un logement autonome, la maison d'habitation, au sein de laquelle elles sont situées, ne comportant qu'un seul logement regroupant ces pièces ainsi que celles dont il est propriétaire indivis avec Mme E, depuis le décès de leur mère Mme C B.

6. Toutefois, il ressort des dispositions citées au point 4 que le caractère imposable d'une propriété bâtie n'est pas subordonné à la condition qu'elle constitue un logement autonome. Les dispositions de l'article 1494 du code général des impôts, invoquées par M. G, ont pour objet, non pas de définir les biens imposables, mais les modalités d'évaluation de leur valeur locative, une même propriété pouvant être constituée de fractions destinées à des utilisations distinctes, circonstance conduisant à faire application de modalités différentes de détermination de leur valeur locative. Il est constant que la clôture de la succession de Mme A B n'était pas intervenue à la date du fait générateur des impositions en litige et que ses biens étaient, par suite, indivis entre ses héritiers. Cette indivision successorale est distincte de l'indivision portant sur l'autre partie de la maison en cause, alors même qu'elle regroupe les mêmes personnes. Par suite cette maison comprend deux propriétés bâties au sens de l'article 1380 du code général des impôts. La mutation cadastrale prévue à l'article 1403 du code général des impôts n'étant pas intervenue, l'administration a légalement établi les impositions litigieuses au nom de M. A B, en application des dispositions de cet article, alors même que M. G et Mme E peuvent être contraints au paiement de ces impositions en leur qualité d'héritiers. Dès lors, M. G n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait dû établir au titre de chacune des années en litige, une seule et même cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties établie sur la base de la valeur locative cadastrale de la totalité de la maison d'habitation en cause.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :

7. À supposer que M. G ait entendu invoquer sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les points 80 à 110 du bulletin officiel des finances publiques-impôts publié sur l'identifiant juridique BOI-IF-TFB-20-10-10-30 (édition du 6 septembre 2017), ce texte relatif à la notion d'unité d'évaluation ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite au point précédent.

Sur les conclusions présentées aux fins de sursis de paiement :

8. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent privées d'objet.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'administration sur lesquelles il n'est pas statué par le présent jugement.

Sur les frais d'instance :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions de la requête de M. G présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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