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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2005796

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2005796

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2005796
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et une lettre, enregistrées les 22 décembre 2020 et 9 septembre 2022, M. A C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices résultant de la carence fautive de l'Etat de l'avoir exposé aux poussières d'amiante sans moyen de protection efficace.

Il soutient que :

- il a travaillé à la DCNS de Brest en qualité d'ouvrier d'Etat du 1er janvier 1995 au 28 février 2005 ;

- il a sollicité le bureau du contentieux afin de se voir indemnisé de son exposition aux poussières d'amiante au cours de sa carrière, et s'est vu notifié une décision de refus en date du 22 octobre 2020 ;

- il produit des attestations justifiant de son exposition aux poussières d'amiante, et des pièces complémentaires justifiant de son anxiété de développer une pathologie grave.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'exception de prescription quadriennale doit être opposée à la requête de M. C.

Vu la demande de régularisation adressée le 19 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de sécurité sociale ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, et notamment son article 41 ;

- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 modifié ;

- le décret n° 2001-963 du 23 octobre 2001 ;

- le décret n° 2001-1269 du 21 décembre 2001 ;

- l'arrêté du 28 février 1995 pris en application de l'article D. 461-25 du code de la sécurité sociale fixant le modèle type d'attestation d'exposition et les modalités d'examen dans le cadre du suivi post-professionnel des salariés ayant été exposés à des agents ou procédés cancérogènes ;

- l'arrêté du 21 décembre 2001 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de M. C.

Le ministre des armées n'était ni présent ni représenté.

Une note en délibéré et des pièces, présentées pour M. C, représenté par Me Beziz ont été enregistrées le 12 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a travaillé au sein de la DCN de Brest, devenue Naval group, société privée, le 1er juin 2003, du 1er janvier 1995 au 1er juin 1999 puis du 1er avril 2000 au 28 février 2005, en qualité de mécanicien de maintenance. Dans le cadre de ses affectations, M. C a pu travailler sur des matériaux ou dans un environnement contenant de l'amiante, au sein de l'atelier du chantier N et l'atelier de l'électronique. Estimant l'Etat employeur responsable d'une carence fautive, dès lors que ce dernier n'a pas mis en œuvre une protection efficace contre son exposition aux poussières durant sa carrière à la DCN de Brest, il a sollicité, par un courrier en date du 28 septembre 2020, le ministre des armées, en vue de la réparation de son préjudice moral. Par une décision du 22 octobre 2020, le bureau du contentieux général a rejeté sa demande indemnitaire.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des

déchéances particulières édictées par la loi et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : () Tout recours formé devant une juridiction relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

3. D'une part, eu égard aux éléments du dossier, M. C doit être réputé avoir acquis connaissance de l'étendue du risque à l'origine du préjudice moral (anxiété) dont il demande la réparation, à compter de la publication intervenue le 10 mai 2006, de l'arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'Etat, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense, lequel répertorie d'une part la profession exercée par l'intéressé, celle de " mécanicien de maintenance " et d'autre part les parties d'établissements de la DCN de Brest où il a travaillé. D'autre part, s'il fait valoir au cours de l'audience publique qu'il est toujours en activité, il ne justifie pas toutefois avoir été exposé aux poussières d'amiante au-delà du 28 février 2005, date de fin d'exposition figurant dans son attestation d'exposition délivré par la DCN de Brest le 13 avril 2005. Par suite, le délai de prescription quadriennale a commencé à courir le 1er janvier 2007.

4. Dans ces conditions, dès lors qu'aucune cause d'interruption ou de suspension de la prescription de la créance en cause ne peut être utilement avancée par le requérant, cette dernière était donc prescrite à la date de sa réclamation préalable, le 28 septembre 2020.

5. Il résulte de ce qu'il précède que la requête de M. C doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. B

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier La greffière,

signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005796

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