jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2005927 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 décembre 2020 et 14 avril 2023, la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud (CMBS), représentée par Me Levacher, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Nivillac à lui verser la somme de 33 061,79 euros en règlement du solde de son marché, avec intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir ;
2°) de condamner la commune de Nivillac à lui verser la somme de 9 048,78 euros en remboursement des frais de l'expertise judiciaire ;
3°) de rejeter la demande reconventionnelle de la commune de Nivillac ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Nivillac la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable en ce que les délais de réclamation et de saisine de la juridiction ne peuvent pas lui être opposés, dès lors que le décompte général ne lui a pas été adressé dans le délai imparti par l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) travaux après qu'elle a adressé son projet de décompte final le 17 avril 2015 ;
- elle est créancière à l'encontre de la maîtrise d'ouvrage dans le cadre de l'apurement des comptes du lot n° 5 du marché relatif à la construction de l'ensemble immobilier à usage de bâtiments municipaux, médiathèque et agence postale communale d'une somme de
33 061,79 euros et le défaut de paiement du solde du marché est constitutif d'une faute du maître de l'ouvrage au sens de l'article 11.2.1 du cahier des clauses administratives générales applicables au marché ;
- le préjudice qu'elle a subi consiste également dans le coût de l'expertise judiciaire qu'elle a payée, soit la somme de 9 048,78 euros ;
- la commune de Nivillac ne peut pas se prévaloir des désordres affectant le parquet dès lors d'une part qu'ils sont imputables à son sous-traitant, la société Abaca Salome, qui s'est approvisionnée auprès d'un fournisseur qui lui a livré un produit non conforme et, d'autre part que le maître d'œuvre, l'atelier Pellegrino, a également manqué à son obligation de contrôle des travaux ;
- la créance de la commune de Nivillac n'est pas certaine, liquide et exigible, n'étant pas constatée par un titre exécutoire ;
- de plus, la procédure d'établissement du décompte général définitif n'ayant pas été suivie, aucun décompte général et définitif intangible n'existe et l'expert judiciaire a bien procédé à l'apurement des comptes entre les parties ;
- la commune ne pouvait ainsi procéder d'office à une compensation avec les sommes dont elle est elle-même débitrice à son égard ;
- la commune de Nivillac dispose d'une action directe contre le sous-traitant techniquement responsable des désordres ;
- la commune de Nivillac ne subit aucun préjudice dès lors qu'elle n'a pas fait réaliser les travaux réparatoires du parquet décrits par l'expert judiciaire et bénéficie ainsi d'un enrichissement sans cause.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2021 et 21 avril 2023, la commune de Nivillac, représentée par Me Gaël Collet (Selarl Ares), conclut au rejet de la requête, à titre reconventionnel à la condamnation de la société CMBS à lui verser la somme de 14 343,11 euros correspondant au solde du marché, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son premier mémoire et capitalisation des intérêts à chaque échéance annuelle, et de mettre à la charge de la société CMBS la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que la société CMBS n'a pas fait parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur un mémoire en réclamation dans le délai de quarante-cinq jours suivant la notification du décompte général et celui-ci est donc devenu définitif ;
- à titre subsidiaire,
- la facture du 17 avril 2015 ne saurait valoir décompte général ;
- l'expert judiciaire n'a procédé à aucune analyse des comptes ;
- la réserve afférente au parquet retenue tant au stade de la réception que dans le décompte général qui a été notifié à la société CMBS a vocation à figurer intégralement en moins-value dans son décompte, dès lors que la sous-traitance dans les marchés publics est effectuée sous la responsabilité du titulaire du marché, que le recours contre le sous-traitant est dérogatoire et que lorsque des réserves ont été émises lors de la réception et n'ont pas été levées, il appartient au maître de l'ouvrage d'en faire état dans le décompte ;
- sa créance à l'encontre de la société CMBS est certaine, liquide et exigible depuis que le décompte général du marché est devenu définitif ;
- la circonstance qu'elle n'ait pas effectué les travaux de réparation du parquet est sans influence sur son droit à réparation ;
- sa demande reconventionnelle est justifiée, dès lors que le décompte général est définitif et intangible et, à supposer même qu'il ne soit pas définitif, la somme demandée doit être mise à la charge de la société CMBS au titre de sa responsabilité contractuelle, à titre de solde, après compensation entre les créances des parties.
Par deux mémoires, enregistrés les 22 novembre 2021 et 2 mai 2023, l'Office public de l'habitat du Morbihan (Bretagne Sud Habitat), venant aux droits de la société Espace Aménagement et Développement du Morbihan (EADM), représenté par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société CMBS le versement, dans le dernier état de ses écritures, de la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société CMBS n'a pas présenté de réclamation dans les formes et délais requis par le CCAG travaux à la suite de la notification du décompte général et le non-respect, par le maître d'ouvrage, du délai prévu à l'article 13.4.2 précité n'est pas de nature à faire obstacle à la naissance d'un décompte général et définitif :
- la requête est tardive dès lors qu'elle n'a pas été introduite dans le délai de six mois du rejet de la demande de la société CMBS prévu par l'article 50.3.2 du CCAG travaux ;
- la commune de Nivillac n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité en refusant de procéder au paiement de la somme de 33 061,79 euros à la société requérante ;
- le CCAG dans sa version applicable au litige ne prévoyait aucun dispositif permettant au titulaire de faire naître un décompte général et définitif tacite ;
- la société requérante n'est pas fondée à demander le remboursement des frais d'expertise judiciaire, dès lors que l'expertise n'a présenté aucune utilité ;
- la société CMBS, titulaire d'un marché, conserve vis-à-vis du maître d'ouvrage l'entière responsabilité de l'exécution de son marché y compris pour les prestations incombant au sous-traitant ;
- l'expert n'a nullement fait part d'une quelconque appréciation sur le bien-fondé des sommes réclamées ou inscrites dans le document du 17 avril 2015 ;
- le caractère définitif du décompte général suffit à rendre certaine, liquide et exigible la créance découlant du solde du marché ;
- la seule circonstance que le maître d'ouvrage n'ait pas encore procédé à la réalisation des travaux de réfection est sans incidence sur la réalité et le caractère certain de son préjudice ;
- le caractère général et définitif du décompte fait obstacle à ce que le titulaire du marché se prévale d'un enrichissement sans cause au titre des opérations auxquelles donne lieu l'exécution du marché public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Plumerault ;
- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public ;
- et les observations de Me Levacher, représentant la société CMBS, de Me Kerrien, représentant la commune de Nivillac et de Me Geffroy, représentant Bretagne Sud Habitat, venant aux droits de la société Espace Aménagement et Développement du Morbihan.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Nivillac a entrepris, en 2012, la construction d'un ensemble immobilier à usage de bâtiments municipaux, médiathèque et agence postale communale. Par un acte d'engagement du 4 septembre 2012, la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud (CMBS) s'est vue confier le lot n° 6 " Menuiserie bois - Agencement - Parquet " pour un montant de 202 337,66 euros hors taxes. La maîtrise d'ouvrage a été déléguée à la société Espace Aménagement et Développement du Morbihan (EADM), aux droits de laquelle vient Bretagne Sud Habitat. La maîtrise d'œuvre de l'opération était assurée par l'atelier Pellegrino, architecte. Dans le cadre de l'exécution du marché, la société CMBS a notamment sous-traité à la société Abaca Salome, la réalisation des travaux de pose et de fourniture du parquet. Par un courrier du 15 septembre 2014, la société Atelier Pellegrino a informé la société CMBS de la non-conformité des prestations de pose de parquet réalisées par son sous-traitant dans la salle du conseil et le hall d'accueil. Par un courrier du 6 octobre 2014, le maître d'ouvrage délégué a mis en demeure la société CMBS de reprendre l'ensemble du parquet de la salle de mariage de la mairie, avant le 17 octobre 2014, sous peine d'exécution à ses frais et risques, du fait de sa non-conformité aux prescriptions du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché et à l'échantillon présenté à la maîtrise d'œuvre. La réception des travaux a été prononcée avec réserves le 22 octobre 2014, l'une des réserves portant sur " parquet à revoir, le traitement des nœuds n'est pas satisfaisant ". Trois avenants ont été signés en cours d'exécution du marché ramenant son montant à 202 331,95 euros hors taxes. Par courrier du 17 avril 2015, la société CMBS a transmis au maître d'ouvrage son projet de décompte final. Parallèlement, le juge des référés du tribunal de commerce de Vannes, saisi par la société CMBS, a diligenté une expertise. L'expert a remis son rapport le 10 mars 2016. Le 20 mars 2019, le maître d'ouvrage délégué a notifié à la société CMBS le décompte général du marché, faisant apparaître un solde négatif de 14 343,11 euros toutes taxes comprises. Par courrier du 29 mars 2019, reçu le 1er avril suivant, la société CMBS a informé le maître d'ouvrage délégué de son refus de signer le décompte général et a sollicité le paiement d'une somme de 33 061,79 euros toutes taxes comprises en règlement du solde de son marché. La société CMBS saisit le tribunal afin d'obtenir l'indemnisation du complément de rémunération qu'elle estime devoir lui être dû au titre du solde du marché ainsi que le remboursement des frais de l'expertise judiciaire restés à sa charge.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Nivillac et Bretagne Sud Habitat en ce qui concerne l'établissement du décompte :
2. Aux termes de l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux (CCAG-Travaux), approuvé par l'arrêté ministériel du
8 septembre 2009, applicable au marché en litige : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général avant la plus tardive des deux dates ci-après : / - quarante jours après la date de remise au maître d'œuvre du projet de décompte final par le titulaire ; /- douze jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. / Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire, dans les délais stipulés ci-dessus, le décompte général signé, celui-ci lui adresse une mise en demeure d'y procéder. L'absence de notification au titulaire du décompte général signé par le représentant du pouvoir adjudicateur, dans un délai de trente jours à compter de la réception de la mise en demeure, autorise le titulaire à saisir le tribunal administratif compétent en cas de désaccord. / Si le décompte général est notifié au titulaire postérieurement à la saisine du tribunal administratif, le titulaire n'est pas tenu, en cas de désaccord, de présenter le mémoire en réclamation mentionné à l'article 50.1.1. ". Aux termes de l'article 13.4.4 du CCAG travaux, applicable au marché en litige : " Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer (). / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. / Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG. / Si les réserves sont partielles, le titulaire est lié par son acceptation implicite des éléments du décompte général sur lesquels ses réserves ne portent pas. ". Aux termes de l'article 13.4.5 de ce cahier : " Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de quarante-cinq jours fixé à l'article 13.4.4, ou encore dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, ce décompte général est réputé accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché. ". Aux termes de l'article 50.1.1 du même CCAG : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service, ou sous toute autre forme, entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. ".
3. Il résulte de ces stipulations que l'entrepreneur dispose d'un délai de quarante-cinq jours à compter de la date à laquelle il a reçu notification du décompte général pour faire parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur un mémoire de réclamation. Si, avant l'expiration de ce délai, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas reçu le mémoire contestant le décompte général, celui-ci devient définitif et ne peut plus être contesté.
4. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que, par courrier du 17 avril 2015 reçu le
22 avril suivant, la société CMBS a adressé au maître d'ouvrage délégué une facture intitulée " décompte général et définitif ". Ce document, au regard de son contenu, présente les caractéristiques d'un projet de décompte final tel que prévu par l'article 13.3.1 du CCAG travaux. Ce décompte a été transmis au maître d'œuvre le 29 avril 2015. En vertu de l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicable, il appartenait au maître de l'ouvrage de notifier le décompte général du marché dans un délai de quarante jours après la date de remise au maître d'œuvre du projet de décompte final par le titulaire, elle-même intervenue le 29 avril 2015.
6. Il résulte de l'instruction que le maître d'ouvrage délégué, la société EADM, a notifié le décompte général du marché le 20 mars 2019. Par courrier du 29 mars 2019 adressé à la société EADM, la société CMBS a indiqué qu'elle refusait le décompte général en indiquant que les travaux avaient été réalisés, que les locaux étaient utilisés, que la retenue mentionnée n'était pas justifiée et en demandant le règlement de la somme de 33 061,79 euros toutes taxes comprises. Cette demande, très succincte, si elle expose les chefs de contestation, ne comporte aucune motivation précise et détaillée et n'explicite pas les bases de calcul des sommes demandées, alors que la retenue liée aux malfaçons affectant le parquet posé à laquelle ce courrier se réfère est d'un montant de 35 587,40 euros hors taxes différent de celui demandé par la société requérante. Dès lors, ce courrier ne peut être regardé comme constituant le mémoire de réclamation prévu par les stipulations de l'article 50.1.1 du CCAG Travaux.
7. D'autre part, la société requérante se prévaut de ce que le maître d'ouvrage ne lui ayant pas notifié le décompte général dans le délai prévu à l'article 13.4.2. du CCAG travaux, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'existence d'un décompte général et définitif et que le délai de réclamation ne lui est dès lors pas opposable.
8. Toutefois, la société CMBS ne justifie pas avoir mis en demeure la commune de Nivillac de procéder à la notification du décompte général conformément à l'article 13.4.2 du CCAG travaux cité au point 2. Par suite, en l'absence de mise en demeure préalable et alors que les dispositions précitées de l'article 13.4.2 du CCAG applicables au litige ne prévoient aucune procédure d'acceptation tacite du décompte final, le document établi le 20 mars 2019, bien qu'il soit intervenu au-delà du délai de quarante jours prévu par l'article 13.4.2 du CCAG travaux, pouvait être regardé comme le décompte général du marché et était de nature à faire courir le délai de réclamation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Nivillac à Bretagne Sud Habitat, venant aux droits de la société EADM, tirée de ce que la demande de la société CMBS est irrecevable à défaut d'avoir été précédée d'un mémoire de réclamation doit être accueillie.
Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Nivillac :
9. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Toutes les conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Lorsque des réserves ont été émises lors de la réception et n'ont pas été levées, il appartient au maître d'ouvrage d'en faire état au sein de ce décompte. À défaut, le caractère définitif de ce dernier a pour effet de lui interdire toute réclamation des sommes correspondant à ces réserves. Les réserves ainsi mentionnées dans le décompte peuvent être chiffrées ou non.
10. Lorsque les réserves sont mentionnées dans le décompte sans être chiffrées, celui-ci ne devient définitif que sur les éléments n'ayant pas fait l'objet de réserves. Lorsque le maître d'ouvrage chiffre le montant de ces réserves dans le décompte et que ce montant n'a fait l'objet d'aucune réclamation de la part du titulaire, le décompte devient définitif dans sa totalité, les sommes correspondant à ces réserves pouvant être déduites du solde du marché au titre des sommes dues au titulaire au cas où celui-ci n'aurait pas exécuté les travaux permettant la levée des réserves.
11. La commune de Nivillac demande le règlement de la somme de 14 343,11 euros, correspondant au solde négatif du marché à recouvrer auprès de la société mentionné sur le décompte général, lequel, compte-tenu de ce qui a été exposé précédemment, est devenu définitif. Par suite, la commune de Nivillac est fondée à demander la condamnation de la société CMBS à lui verser cette somme en règlement du solde du marché.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. La commune de Nivillac a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter du 10 novembre 2021, date d'enregistrement de son premier mémoire en défense.
13. La capitalisation des intérêts a été demandée le 10 novembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'expertise :
14. Il convient, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 9 048,78 euros toutes taxes comprises par ordonnance du juge au tribunal de commerce de Vannes du 26 avril 2016.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Nivillac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud le versement d'une part à la commune de Nivillac, d'autre part à Bretagne Sud Habitat d'une somme de 750 euros chacune au titre des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud est rejetée.
Article 2 : La société Charpente Menuiserie Bretagne Sud versera une somme de
14 343,11 euros à la commune de Nivillac au titre du solde du marché. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à compter du
10 novembre 2022 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La société Charpente Menuiserie Bretagne Sud versera une somme de 750 euros à la commune de Nivillac et une somme de 750 euros à Bretagne Sud Habitat au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Charpente Menuiserie Bretagne Sud, à la commune de Nivillac et à Bretagne Sud Habitat.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. Plumerault
La présidente,
Signé
C. Grenier
La greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026