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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100038

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100038

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100038
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BIBAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 janvier 2021 et 17 juin 2022, Mme E C et M. B C, qui ont déclaré reprendre l'instance engagée par leur frère F, décédé le 17 mai 2021, représentés par Me Mahieu, demandent au tribunal, dans le dernier état des écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier bretagne atlantique (CHBA) à verser les sommes suivantes en réparation des préjudices subis par F :

- déficit fonctionnel temporaire : 6 397,50 €

- souffrances endurées : 10 500 €

- préjudice esthétique temporaire : 10 500 €

- déficit fonctionnel permanent : 21 852,54 €

- préjudice esthétique permanent : 10 500 €

- préjudice d'agrément : 15 000 €

- préjudice sexuel : 6 000 €

- préjudice d'établissement : 15 000 €

- frais divers : 3 650 €

- assistance par tierce personne avant consolidation : 35 458,12 €

- assistance par tierce personne après consolidation : 120 422,13 €

- incidence professionnelle : 45 000 €

2°) de majorer les sommes dues des intérêts légaux à compter de la demande initiale ainsi qu'à la capitalisation annuelle de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge du CHBA les dépens et la somme de 5 000 € au titre des frais de procès non compris dans les dépens.

Ils soutiennent que :

- le CHBA a commis une faute dans la prise en charge des deux poussées hypertensives de F par le service des urgences les 12 et 31 décembre 2007, l'ayant privé d'une chance de 30 % d'éviter les séquelles dont il demeure atteint ;

- les préjudices en résultant doivent être indemnisés dans les proportions précédemment rappelées.

Par un mémoire enregistré le 9 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Finistère, demande au tribunal :

1°) de condamner le CHBA à lui verser, la somme de 10 522,21 € au titre de ses débours et de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

2°) de mettre à la charge du CHBA la somme de 500 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le CHBA a commis une faute dans la prise en charge des deux poussées hypertensives de M. C ;

- elle justifie avoir engagé la somme 31 414,03 € de frais médicaux à laquelle il convient d'appliquer un taux de perte de chance de 30%.

Par des mémoires enregistrés les 13 mai 2022 et 2 mars 2023, le CHBA, représenté et la société hospitalière d'assurances mutuelles, désormais dénommée Relyens Mutual Insurance (société Relyens), représentés par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions les sommes demandées ;

3°) de mettre à la charge de M. et Mme C les dépens.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Maillard représentant le centre hospitalier Bretagne Atlantique et la société Relyens mutual insurance.

Considérant ce qui suit :

I Les faits :

1. Le 12 décembre 2007, F a été admis au service des urgences du CHBA pour des vertiges, frissons et paresthésies des doigts. Au cours de l'examen médical, une pression artérielle de 205/139 mmHg a été mesurée chez un patient souffrant d'une hypertension chronique. L'absence de syndrome méningé a été constatée. Le médecin a conclu à une poussée hypertensive mise sur le compte de l'hypertension artérielle chronique non traitée avec pour retentissement fonctionnel une paresthésie, des sensations de vertiges, associé à un dérangement intestinal au retour d'un voyage aux Antilles. Le médecin urgentiste a renvoyé F à son domicile et lui a recommandé de consulter son cardiologue pour rééquilibrer son traitement hypertenseur. Le 31 décembre 2007, F a de nouveau été admis aux urgences du CHBA. Sa pression artérielle était de 205/130 mmHg. L'examen neurologique a révélé l'absence de signe de localisation, de déficit moteur, de céphalées, de syndromes méningé, vestibulaire et cérébrelleux. Les paires crâniennes étaient normales. Le diagnostic de poussée tensionnelle a été retenu et il est indiqué dans le compte-rendu de l'examen que le patient devait être vu par son cardiologue " dans les trois jours ". Le 4 janvier 2008, F a consulté son cardiologue, qui l'a reçu à nouveau le 8 janvier pour une échographie cardiaque. Au cours de cet examen, F a présenté une paralysie brachiale gauche qu'il n'a pas pu dater, une désorientation temporelle et des vertiges. Son cardiologue l'a adressé au service des urgences du CHBA où il a été admis le même jour. L'examen médical a révélé une accident vasculaire cérébral (AVC), résultant d'une dissection de la carotide interne droite avec hémiplégie du membre supérieur gauche et une hypodensité pariétale droite avec œdème discret.

II La responsabilité du CHBA :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Selon le rapport de la première expertise diligentée par les docteurs Cantin, médecin urgentiste et Logak, neurologue, à la demande à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Bretagne et déposé le 13 janvier 2019, il est indiqué qu'un AVC est caractérisé par sa soudaineté et son caractère déficitaire, caractéristiques que ne présentaient pas F lors de son admission aux urgences les 12 et 31 décembre 2007. Le rapport précise en outre que le contexte de l'apparition des symptômes, au retour d'un voyage, le jeune âge du patient, la " modestie de la symptomatologie neurologique " et l'intermittence des autres symptômes (céphalées non pulsatiles, paresthésie des doigts, sensations vertigineuses), associés à une hypertension chronique, ne permet pas de conclure à un manquement dans la prise en charge du patient au CHBA, compte tenu de l'atypie du tableau clinique. Le rapport ajoute que si la dissection de la carotide interne droite peut entraîner une hypertension artérielle secondaire due au stress, F ne présentait, lors de sa prise en charge par le CHBA, aucun des symptômes classiques d'une dissection carotidienne. Le rapport précise que dans ces conditions, la réalisation d'une imagerie cérébrale n'était pas indiquée d'emblée et qu'en tout état de cause, cet examen n'aurait pas permis de diagnostiquer une dissection carotidienne.

4. Selon le rapport de la seconde expertise menée par les docteurs Belpomme, médecin urgentiste et Guéguen, neurologue, déposé le 1er novembre 2019 à la demande de la CCI de Bretagne qui s'est estimée insuffisamment éclairée par le premier rapport, tous les AVC ne se caractérisent pas par la soudaineté de leur survenance, et peuvent se constituer en plusieurs épisodes régressifs, caractéristique d'ailleurs connue des dissections vasculaires. Le rapport précise que le tableau clinique que présentait F lors de son admission aux urgences du CHBA le 12 décembre 2007, à savoir une hypertension artérielle élevée et le caractère focalisé des paresthésies, ne permettait pas d'éliminer un AVC, qu'il soit ischémique ou hémorragique et nécessitait que le patient fût placé en observation " au moins pour un traitement rapidement efficace de son hypertension ", qui aurait pu éviter l'AVC ou son aggravation et au mieux " pour bénéficier d'un examen d'imagerie ou tout du moins d'un bilan neurovasculaire et cardiovasculaire complet qui aurait alors peut-être permis de mettre en évidence une dissection débutante ". Le rapport indique qu'il n'est pas certain qu'une dissection débutante aurait été mise en évidence dès le 12 décembre 2007, mais que " ne pas s'être donné les moyens de l'éliminer laisse planer un doute ".

5. Selon la note médico-technique réalisée par le docteur A à la demande des requérants, les symptômes présentés par F lors de sa prise en charge initiale n'étaient pas celles d'un AVC en devenir, mais que ces symptômes, notamment la valeur élevée de sa pression artérielle, auraient dû nécessiter, selon la littérature médicale à laquelle il se réfère, des investigations complémentaires, à savoir un examen standard du fond de l'œil ou une rétinographie et un avis spécialisé devant la présence d'ondes T négatives en V4-V5-V6 sur l'électrocardiogramme pratiqué le 12 décembre 2007 pour savoir si ces signes étaient évocateurs d'une ischémie. Le médecin ne retient pas la nécessité de recourir à une imagerie médicale - laquelle permet, selon lui, de diagnostiquer une dissection carotidienne - qui n'est recommandée selon la littérature médicale qu'il cite qu'en cas de troubles neurologiques. Cette note indique enfin que malgré le peu de littérature médicale sur le sujet, il " paraît possible que les accès tensionnels aient pu favoriser la survenue d'une dissection carotidienne et qu'une prise en charge plus précoce de l'hypertension artérielle sévère, dès le 12 décembre 2007, aurait pu éviter l'AVC du 8 janvier 2008 ".

6. Dans son rapport critique versé à l'instance par le CHBA, le docteur D reconnaît que l'interrogatoire et l'examen neurologique ont été insuffisants lors de l'admission de F au service des urgences le 12 décembre 2007, mais que l'accident ischémique transitoire (AIT), n'était pas, " a priori la première hypothèse ", sans toutefois l'exclure expressément, sauf une cause liée à une dissection carotidienne, que les symptômes présentés par F n'évoquaient pas.

7. Il résulte de l'ensemble de ces avis médicaux que les symptômes que présentait F lors de son admission aux urgences les 12 et 31 décembre 2007, notamment une tension artérielle très élevée, nécessitaient des investigations complémentaires qui n'ont été effectuées ni le 12 décembre, ni le 31 décembre, notamment un avis médical spécialisé pour interpréter les résultats de l'électrocardiogramme pratiqué le 12 décembre, des examens ophtalmologiques ainsi que des actes de soins, en particulier pour maîtriser l'hypertension. D'une part, à l'issue du passage aux urgences le 12 décembre 2007, en orientant F vers son domicile avec un traitement symptomatique par Smecta et paracétamol et en lui conseillant de revoir son cardiologue pour équilibrer le traitement hypertenseur, et d'autre part, après son passage aux urgences le 31 décembre 2007, en le laissant sortir après s'être contenté de constater que le patient avait rendez-vous avec son cardiologue quatre jours plus tard et en lui prescrivant une sérologie VIH, le CHBA a commis une faute dans la prise en charge de F.

III Le préjudice :

8. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède sans que ses droits aient été définitivement fixés, c'est-à-dire, en cas de litige, avant qu'une décision juridictionnelle définitive ait fixé le montant de l'indemnisation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Cependant, le préjudice subi par la victime, ayant cessé au moment du décès, doit être évalué à la date de cet événement, y compris lorsque le décès est lié au fait ouvrant droit à indemnisation, auquel cas d'ailleurs ce décès peut être pris en compte au titre du droit à réparation des proches de la victime.

III.1 La perte de chance :

9. D'une part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

10. D'autre part, lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écartée.

11. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 7 que même si les symptômes présentés par F lors de ses séjours aux urgences les 12 et 31 décembre n'évoquaient pas une dissection carotidienne, il ne peut pas pour autant être affirmé avec certitude qu'une prise en charge adéquate par le CHBA, par le traitement approprié de l'hypertension du patient et la réalisation des examens médicaux induits par les signes cliniques présentés par le patient, n'aurait pas permis d'éviter l'AVC dont a été victime F et diagnostiqué le 8 janvier 2008, ou ses conséquences. La perte de chance pour F de voir son état s'améliorer faute d'une prise en charge adéquate les 12 et 31 décembre au CHBA peut être évaluée, conformément au taux proposé dans le rapport d'expertise des docteurs Belpomme et Guéguen et non contesté en défense, de 30 %.

III.2 Les préjudices patrimoniaux :

III.2.1 Les frais liés au handicap :

12. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, évaluées ainsi qu'il a été dit plus haut.

13. Si dans leur rapport, les docteurs Belpomme et Guéguen ont évalué à 5 heures par jour les besoins en tierce personne de F, c'est en tenant compte des deux AVC dont ce dernier a été victime. La CCI de Bretagne a évalué ce besoin en assistance par tierce personne en lien avec le premier AVC à 1 heure par jour du 8 mai 2008 au 8 janvier 2009, date de consolidation de son état de santé résultant de son premier AVC, puis, à compter du 9 janvier 2009, à 3 heures par semaine, jusqu'à son décès intervenu le 17 mai 2021. Sur une base horaire de 13 € et d'une durée de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, les frais d'assistance par tierce personne peuvent être évalués à 31 985 €, soit 9 595 € à la charge du centre hospitalier après application du taux de perte de chance. La somme qui aura été perçue par F au titre des aides ayant pour objet la prise en charge des frais d'assistance par tierce personne s'élève à 14 007,50 €. Le cumul de ces allocations sur la période en litige avec le montant indemnisable par l'établissement public, qui s'élève à 23 603 €, n'excède pas le besoin en assistance par tierce personne de F, qui a été évalué à 31 985 €. Il y a donc lieu de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier et de son assureur, au titre du besoin en assistance par tierce personne, la somme de 9 595 €.

III.2.2 Les autres dépenses liées au dommage corporel :

14. M. C justifie à hauteur de 3 650 € d'honoraires de médecin-conseil pour étudier le dossier, l'assister aux opérations d'expertise et rédiger des rapports utiles à la solution du litige. Il y a lieu en conséquence de mettre à la charge solidaire de l'établissement hospitalier et de son assureur cette somme, sans application du taux de perte de chance, ces frais étant entièrement imputables au dommage.

III.2.3 L'incidence professionnelle du dommage corporel :

15. Ce chef de préjudice a pour objet d'indemniser les incidences périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou encore du préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage.

16. Selon l'avis de la CCI du 11 décembre 2019, le premier AVC de F a rendu impossible la poursuite de son activité professionnelle antérieure, mais une reconversion professionnelle était alors envisageable jusqu'au second AVC qui a rendu toute reconversion impossible. Le premier AVC a, ainsi, contraint F, alors âgé de 40 ans, à abandonner sa profession. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à 20 000 €, soit 6 000 € après application du taux de perte de chance.

17. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des préjudices patrimoniaux à la charge solidaire du CHBA et de son assureur s'élève à 19 245 €.

III.3 Les préjudices extra-patrimoniaux :

III.3.1 Les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

III.3.1.1 Le déficit fonctionnel temporaire :

18. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise des docteurs Belpomme et Guéguen que F a subi un déficit fonctionnel temporaire en lien direct avec les fautes commises de 100 % du 8 janvier 2008 au 7 mai 2008, date de son retour à domicile, et de 75% du 8 mai 2008 au 8 janvier 2009, date de consolidation de son premier AVC. Il sera fait une juste appréciation du préjudice ainsi subi par la victime à 17 060 €, soit 5 118 € après application du taux de perte de chance.

III.3.1.2 Les souffrances endurées :

19. Les souffrances endurées en lien avec le premier AVC ont été évaluées à 3,5 sur 7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en les évaluant à la somme de 3 620 €, soit 1 086 € après application du taux de perte de chance.

III.3.1.3 Le préjudice esthétique temporaire :

20. Il résulte de l'instruction que F a présenté, après son premier AVC, une quasi paralysie de son membre supérieur gauche avec une spasticité prononcée au niveau des doigts et débutante au niveau du biceps. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice esthétique en lien avec le premier AVC, évalué par la CCI de Bretagne à 2 sur une échelle de 7, en le fixant à la somme de 2 000 €, soit 600 € après application du taux de perte de chance.

III.3.2 Les préjudices extra-patrimoniaux permanents :

III.3.2.1 Le déficit fonctionnel permanent :

21. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent en lien direct avec les fautes commises peut être évalué à 30%. Pour réparer ce préjudice extrapatrimonial, il y a lieu de tenir compte du décès de F le 17 mai 2021. Compte tenu d'une espérance de vie masculine de 80 ans en France, de l'âge de F au 8 janvier 2009, date de consolidation de son état de santé consécutif à l'AVC du 8 janvier 2009 et de son âge auquel est intervenu son décès, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressé au titre de ce déficit fonctionnel permanent jusqu'à son décès en l'évaluant à la somme de 20 640 € après application du taux de perte de chance.

III.3.2.2 Le préjudice d'agrément :

22. Ce préjudice n'est caractérisé que si la victime pratiquait régulièrement avant l'accident une activité sportive ou de loisirs dont elle est désormais privée.

23. Il résulte de l'instruction que F se produisait dans un groupe de musique et que son premier AVC l'a privé de cette activité de loisir. En revanche, le projet à moyen terme de construire lui-même sa maison n'est pas suffisamment caractérisé pour ouvrir droit à réparation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi, en lien avec la perte de la pratique amateure de la musique en l'évaluant à la somme de 5 000 €, soit 1 500 € après application du taux de perte de chance.

III.3.2.3 Le préjudice sexuel :

24. Si le rapport d'expertise des docteurs Belpomme et Guéguen souligne que le " déficit neurologique et cognitif est un obstacle à la réalisation de l'acte sexuel et à l'établissement d'une relation affective et sexuelle durable ", il ne distingue pas entre les conséquences des deux AVC sur la vie sexuelle de F. Celui-ci précise cependant dans son témoignage versé à l'instance qu'après son premier AVC, il se sentait " diminué en tant qu'homme ". Le préjudice sexuel peut être tenu pour établi dans les suites du premier AVC et sera indemnisé à hauteur de 1 000 €, soit 300 € après application du taux de perte de chance.

III.3.2.4 Le préjudice d'établissement :

25. Le préjudice d'établissement se définit comme la perte d'espoir et de chance de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité du handicap. Il résulte de l'instruction qu'un an après son premier AVC, F a mis fin à sa relation amoureuse faute d'espoir d'amélioration de son handicap et compte tenu de son refus d'être une charge pour son amie. Selon lui, entreprendre une démarche de séduction le " tétanisait ". Compte tenu de l'âge de la victime au moment des faits, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, suffisamment établi en l'espèce, en l'évaluant à la somme de 10 000 €, soit 3 000 € après application du taux de perte de chance.

III.3.2.5 Le préjudice esthétique permanent :

26. Il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice esthétique de F en lien après le premier AVC aurait évolué après la consolidation de son état de santé. Il sera donc fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 000 €, soit 600 € après application du taux de perte de chance.

27. Il résulte de ce qui précède que les préjudices extra-patrimoniaux à la charge solidaire du CHBA et de son assureur s'élèvent à 32 844 €.

III.4 Les droits de la CPAM d'Ille-et-Vilaine :

28. La CPAM d'Ille-et-Vilaine justifie, par une attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie du 2 février 2021, de prestations liées à l'état de santé de F, directement et strictement imputables à la faute médicale commise, s'élevant, à la somme totale de 31 414,03 € correspondant aux frais d'hospitalisation de F du 8 janvier au 7 mai 2008, soit 9 424 € après application du taux de perte de chance, la somme à mettre à la charge du CHBA. Par ailleurs, eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM d'Ille-et-Vilaine a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 1 162 €. La somme totale de 10 586 € étant supérieure à celle 10 522,21 € demandée par la CPAM dans ses écritures, il y a lieu de condamner le CHBA dans la limite des prétentions indemnitaires de la CPAM en mettant à sa charge le montant de 10 522,21 €.

IV Les intérêts et leur capitalisation :

29. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 1142-8 du code de la santé publique : " () / L'avis de la commission régionale est émis dans un délai de six mois à compter de sa saisine. Il est transmis à la personne qui l'a saisie, à toutes les personnes intéressées par le litige et à l'office institué à l'article L. 1142-22 ".

30. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale.

31. Les indemnités dues par le CHBA et son assureur sur les sommes mises à leur charge doivent être assorties des intérêts au taux légal à compter du 6 janvier 2020, date de notification de l'avis de la CCI de Bretagne à ses services. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 6 janvier 2021, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

V Les frais liés au litige :

32. En l'absence de dépens, les conclusions des parties tendant à ce que ceux-ci soient mis à la charge de leur contradicteur doivent être rejetées.

33. Dans les circonstances de l'espèce, le CHBA et la société Relyens verseront solidairement aux requérants la somme totale de 1 500 € au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par le CPAM d'Ille-et-Vilaine.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHBA et la société Relyens sont solidairement condamnés à verser à la succession de F la somme de 52 089 €. Cette somme portera intérêts à compter du 6 janvier 2020. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 6 janvier 2021, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : Le CHBA et la société Relyens sont solidairement condamnés à verser à la CPAM d'Ille-et-Vilaine la somme de 10 522,21 €.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le CHBA et la société Relyens verseront solidairement la somme de 1 500 € aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à M. B C, aux caisses primaires d'assurance maladie du Finistère et du Morbihan, à la compagnie d'assurance Aviva et au centre hospitalier Bretagne Atlantique, à la société Relyens Mutual Insurance.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président rapporteur,

signé

N. Tronel L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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