jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100317 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS KOVALEX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 janvier 2021, 6 avril et
20 juillet 2023, Côtes-d'Armor Habitat, office public de l'habitat, devenu Terres d'Armor Habitat, représenté par Me Guillon-Coudray (Selarl cabinet Coudray), demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la société MMA IARD Assurances Mutuelles à lui verser :
' la somme de 65 503,86 euros toutes taxes comprises (TTC), au titre des travaux de reprise des désordres affectant le programme de construction d'Erquy ;
' la somme de 152 262,96 euros TTC au titre des préjudices consécutifs subis ;
' la somme de 24 408,42 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum ou à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, la Selarl TCA, en qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, la société IE3C et la société MG Construction à lui verser :
' la somme de 65 503,86 euros TTC, au titre des travaux de reprise des désordres;
' la somme de 152 262,96 euros TTC au titre des préjudices consécutifs subis ;
' la somme de 24 408,42 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;
3°) de décider que ces sommes porteront intérêt au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et que les intérêts seront capitalisés chaque année à la date anniversaire de l'enregistrement ;
4°) de mettre à la charge, in solidum ou à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, de la société MMA IARD Assurances Mutuelles, de la Selarl TCA, en qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, de la société IE3C et de la société MG Construction, une somme de
10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la société MMA IARD Assurances Mutuelles, auprès de laquelle il avait souscrit une assurance dommage-ouvrage, a une obligation de préfinancement, en application de l'article L. 242-1 du code des assurances, des travaux de reprise des désordres constatés dans l'exécution par la société Ferreira des prestations de terrassement et de gros œuvre concernant l'opération de construction de 5 pavillons sur le territoire de la commune d'Erquy ;
- la société MMA IARD Assurances Mutuelles a commis une faute en s'abstenant de lui faire part de sa position, dans le délai imparti, à la suite de sa déclaration de sinistre du
9 mai 2016 ;
- la société MMA IARD Assurances Mutuelles a manqué à ses obligations contractuelles en refusant sa garantie pour des désordres manifestement de nature décennale et en ne permettant pas, en conséquence, un préfinancement rapide des travaux de reprise, alors même que l'entreprise attributaire du lot de travaux faisait l'objet d'une procédure de liquidation judiciaire ;
- son refus de garantie est insuffisamment motivé ;
- aucune prescription ne peut lui être opposée ;
- le jugement prononçant la clôture de la procédure de liquidation judiciaire pour insuffisance d'actif emporte résiliation tacite du contrat ;
- son assureur ne saurait lui opposer une exclusion de garantie s'agissant des préjudices consécutifs au sinistre déclaré, dès lors que ceux-ci résultent directement de son refus fautif d'assurer le préfinancement nécessaire à la reprise des travaux ;
- les désordres affectant l'ouvrage, consistant en des linteaux, des poutres de type L1 et L2, des bandes noyées type BN1 non conformes et en des chaînages verticaux absents, portent atteinte à la solidité de l'ouvrage et ont donc un caractère décennal ;
- le montant de ses préjudices, dont il réclame la réparation intégrale, s'élève à
65 503,86 euros TTC ;
- les préjudices consécutifs, résultant des pertes locatives, de l'augmentation du coût des travaux, compte tenu de la modification du taux de la taxe sur la valeur ajoutée et de frais divers, sont estimés à 152 262,96 euros TTC ;
- les frais d'expertise judiciaire devront être mis à la charge définitive de la société MMA IARD Assurances Mutuelles ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle des constructeurs doit être engagée du fait des graves non-conformités affectant la solidité de l'ouvrage, ayant conduit à l'ajournement des travaux qui n'ont pu être ni achevés, ni réceptionnés ;
- les prestations réalisées par la société Ferreira ne respectent ni les prescriptions du marché, ni les règles de l'art ;
- le maître d'œuvre a commis des manquements à sa mission de surveillance de l'exécution des travaux (DET), ainsi qu'à son devoir de conseil ;
- la responsabilité de la société MG Construction, sous-traitante de l'entreprise Ferreira, désormais insolvable, peut également être utilement recherchée ;
- les désordres en litige trouvent leur origine dans des fautes conjointes et communes des différents participants à l'opération de travaux qui devront être condamnés conjointement et solidairement à l'indemniser des préjudices subis ;
- le maître d'œuvre ne peut s'exonérer de sa responsabilité dans les désordres constatés en contestant la procédure de passation du marché ainsi que l'analyse des offres par des moyens inopérants et alors que le délai de contestation de la validité du marché de travaux en litige est expiré ;
- la société Areas Dommages ne justifie pas d'un intérêt à intervenir dans l'instance, dans la mesure où le litige est sans incidence directe sur ses droits et obligations.
Par des interventions en défense, enregistrées les 25 août 2021 et 5 septembre 2023, la société Areas Dommages, représentée par Me Gaël Collet (Selarl Ares) conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Côtes-D'Armor Habitat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable, en sa qualité d'assureur de l'entreprise Ferreira, ayant été assignée par Côtes-d'Armor Habitat devant le tribunal judiciaire de Saint-Brieuc de conclusions tendant au paiement du coût des travaux de reprise de l'opération de construction en litige et de ses préjudices consécutifs ;
- le marché de travaux conclu par Côtes-d'Armor Habitat avec la société Ferreira est entaché de vices d'une particulière gravité impliquant sa nullité et l'impossibilité de régler le litige sur le terrain contractuel ;
- les désordres constatés résultent des fautes du maître de l'ouvrage, qui a sélectionné, en parfaite connaissance de cause, une entreprise qui n'avait pas les capacités de mener à bien les travaux ;
- la responsabilité de la société MG Construction, sous-traitante, sera seule retenue puisqu'elle était chargée de la réalisation des poutres, planchers et poteaux, ce qui correspond aux parties de l'ouvrage affectées de malfaçons ;
- le montant des travaux de réparation à indemniser devra être retenu hors taxe sur la valeur ajoutée, dès lors que Côtes-d'Armor Habitat récupère cette taxe dans le cadre de son activité de location ;
- les préjudices consécutifs allégués devront être réduits, dès lors que Côtes-d'Armor Habitat est seul responsable de l'aggravation de son préjudice locatif ;
- la part de responsabilité du maître d'œuvre dans la survenue des désordres ne saurait être inférieure à 40 %.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, la société MMA IARD Assurances Mutuelles, représentée par Me Renard (cabinet Kovalex), conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les demandes indemnitaires de Côtes-Terres d'Armor Habitat soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que le préjudice résultant du coût des travaux réparatoires soit limité à la somme de 32 122,80 euros hors taxes (HT) et les préjudices consécutifs garantis au titre du contrat d'assurance dommages ouvrage à la somme de
66 867 euros ;
3°) à titre reconventionnel, à ce que la société IE3C, la société MG Construction et la SELARL TCA soient condamnés à lui verser la somme de 252 175,24 euros, à parfaire au jour de la subrogation ;
4°) à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Côtes-Terres d'Armor Habitat ou de toute partie succombante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête de Côtes-d'Armor Habitat est irrecevable, faute pour l'office public d'habitat de s'être conformé aux exigences du code des assurances, quant à la description du sinistre et à la réalisation d'une expertise amiable préalable ;
- la demande de garantie de Côtes-d'Armor Habitat sur des dommages dont elle avait connaissance dès le mois de novembre 2015 est désormais prescrite ;
- Côtes-d'Armor Habitat ne justifie pas avoir mis en demeure l'entrepreneur défaillant avant de procéder à la déclaration de sinistre ;
- la garantie souscrite par Côtes-d'Armor Habitat couvrant les dommages immatériels n'est pas mobilisable pour des travaux qui n'ont pas été réceptionnés ;
- la seule sanction prévue au contrat du retard ou du défaut de mise en œuvre de la garantie prévue est la majoration de plein droit de l'intérêt légal en cas d'engagement des dépenses nécessaires à la réparation des dommages par l'assuré ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles ;
- elle n'a pas été en mesure d'instruire le sinistre déclaré par Côtes-d'Armor Habitat, en raison des manquements de l'office public qui ne l'a pas autorisée à accéder au chantier pour constater la matérialité des désordres et leur caractère décennal ;
- Côtes-d'Armor Habitat n'est pas fondé à demander le paiement du coût des travaux réparatoires pour les poutres non-conformes, l'expert n'ayant pas estimé que ce désordre avait un caractère décennal ;
- un taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 5,5 % doit être appliqué au coût des travaux réparatoires, conformément à l'article 278 sexies du code général des impôts ;
- l'assurance facultative souscrite au titre des dommages immatériels prévoit un plafond de garantie, fixé à 66 867 euros pour l'opération de travaux en litige ;
- les demandes indemnitaires de Côtes-d'Armor Habitat devront être réduites, s'agissant tant des pertes locatives et de l'augmentation du taux de TVA ;
- les frais d'expertise judiciaire devront être laissés à la charge de Côtes-d'Armor Habitat ;
- elle est bien fondée à demander, à titre reconventionnel, la condamnation in solidum des constructeurs à lui verser la somme de 252 175,24 euros, dès lors que les désordres affectant les ouvrages de gros œuvre en litige sont imputables à des défauts d'exécution de l'entreprise Ferreira et de la société MG Construction et à un défaut de surveillance du chantier de la société IE3C et sont de nature à engager leur responsabilité contractuelle.
La procédure a été communiquée à la Selarl TCA, en sa qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, à la société MG Construction et à la société IE3C, qui n'ont fait valoir aucune observation.
Par une ordonnance du 28 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 12 septembre 2023.
Vu :
- l'ordonnance nos 1603306, 1705209 du 24 septembre 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Rennes a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code général des impôts ;
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d'exécution des éléments de mission de maîtrise d'œuvre confiés par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,
- et les observations de Me Fekri, représentant Terres d'Armor Habitat, de Me Guillois, représentant la société MMA IARD Assurances Mutuelles et de Me Collet, représentant la société Areas Dommages.
Considérant ce qui suit :
1. En 2013, Côtes-d'Armor Habitat, office public de l'habitat (OPH), a décidé d'entreprendre la construction de cinq pavillons au sein du lotissement " Saint-Pabu " situé sur le territoire de la commune d'Erquy. La maîtrise d'œuvre de ce projet a été confiée à un groupement d'entreprises, composé de la société Atelier BAAU-Habitat Création, en qualité de mandataire, de la société IE3C, de la société Icofluides Ingénierie et de la société Bati Structures. Ce marché a été décomposé en huit lots, dont le lot n° 1 relatif au " Gros-Œuvre-voies et réseaux divers (VRD) - Ravalement- Espaces verts ", d'un montant total de 190 800 euros TTC, a été attribué à la société Ferreira et fils. Pour l'exécution de ces travaux, la société Ferreira a souscrit un contrat d'assurances auprès de la société Areas Assurances. Côtes-d'Armor Habitat a, pour sa part, souscrit une assurance dommages ouvrage auprès de la société MMA IARD Assurances Mutuelles. Avant que les opérations de construction, débutées le 7 avril 2015, ne s'achèvent, la société Bureau Véritas, chargée d'une mission de contrôle technique, a, par un compte rendu du 30 novembre 2015, formulé un avis défavorable sur la structure de l'ensemble des pavillons, compte tenu des nombreuses malfaçons affectant les ouvrages de gros œuvre. Informé de l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire concernant l'entreprise Ferreira,
Côtes-d'Armor Habitat a décidé, par ordre de service du 18 janvier 2016, d'interrompre les travaux et a adressé, le 18 février 2016, puis à nouveau, le 9 mai 2016, une déclaration de sinistre à son assureur. La société MMA IARD Assurances Mutuelles a néanmoins refusé de mettre en œuvre sa garantie. L'office public d'habitat a, en conséquence, saisi le président du tribunal administratif de Rennes d'une demande d'expertise. Désigné le 10 novembre 2016, M. A a remis son rapport d'expertise le 27 juillet 2020. Par la présente requête, Côtes-d'Armor Habitat, devenu en cours d'instance, Terres d'Armor Habitat, demande, à titre principal, de condamner la société MMA IARD Assurances Mutuelles à lui verser une somme de 65 503,86 euros TTC au titre du coût des travaux de reprise des désordres, une somme de 152 262,96 euros TTC au titre des préjudices consécutifs à ces désordres, ainsi qu'une somme de 24 408,42 euros au titre des frais d'expertise et, à titre subsidiaire, de condamner in solidum ou à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, la Selarl TCA, en qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, la société
MG Construction et la société IE3C à lui verser ces mêmes sommes. La société MMA IARD Assurances Mutuelles formule, pour sa part, des conclusions reconventionnelles dirigées contre les participants à l'opération de construction.
Sur l'intervention volontaire de la société Areas Dommages :
2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () ". Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur.
3. La Selarl TCA a eu communication, en sa qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, de la requête introductive de la présente instance ainsi que de l'ensemble de la procédure, mais n'a pas formulé de conclusions tendant au rejet des demandes indemnitaires de Terres d'Armor Habitat. Par suite, l'intervention volontaire de la société Areas Dommages, en sa qualité d'assureur de la société Ferreira, tendant au rejet de la requête de Terres d'Armor Habitat, ne peut être admise.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la société MMA IARD Assurances Mutuelles :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil. / () L'assureur a un délai maximal de soixante jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, pour notifier à l'assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat. / Lorsqu'il accepte la mise en jeu des garanties prévues au contrat, l'assureur présente, dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, une offre d'indemnité, revêtant le cas échéant un caractère provisionnel et destinée au paiement des travaux de réparation des dommages. En cas d'acceptation, par l'assuré, de l'offre qui lui a été faite, le règlement de l'indemnité par l'assureur intervient dans un délai de quinze jours. / Lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d'indemnité manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'avoir notifié à l'assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal. () ". Ces dispositions instituent une procédure spécifique de préfinancement des travaux de réparation des désordres de nature décennale avant toute recherche de responsabilité des participants à l'opération de travaux.
5. En outre, l'annexe II de l'article A 243-1 du code des assurances prévoit notamment, s'agissant des obligations de l'assuré, qu'" en cas de sinistre susceptible de mettre en jeu les garanties du contrat, l'assuré est tenu d'en faire la déclaration à l'assureur. / La déclaration de sinistre est réputée constituée dès qu'elle comporte au moins les renseignements suivants : / - le numéro du contrat d'assurance et, le cas échéant, celui de l'avenant ; / - le nom du propriétaire de la construction endommagée ; / - l'adresse de la construction endommagée ; / -la date de réception ou, à défaut, la date de la première occupation des locaux ; / - la date d'apparition des dommages ainsi que leur description et localisation ; / - si la déclaration survient pendant la période de parfait achèvement au sens de l'article 1792-6 du code civil, la copie de la mise en demeure effectuée au titre de la garantie de parfait achèvement. / A compter de la réception de la déclaration de sinistre, l'assureur dispose d'un délai de dix jours pour signifier à l'assuré que la déclaration n'est pas réputée constituée et réclamer les renseignements manquants susvisés. Les délais visés à l'article L. 242-1 du présent code commencent à courir du jour où la déclaration de sinistre réputée constituée est reçue par l'assureur. () ". Cet article précise également que : " L'assuré s'engage à autoriser l'assureur à constater l'état d'exécution des travaux de réparation des dommages ayant fait l'objet d'une indemnisation en cas de sinistre. ". Il résulte de ces dispositions qu'à défaut pour le maître d'ouvrage de respecter l'obligation de déclaration de sinistre, toute réclamation contentieuse contre son assureur tendant à l'indemnisation d'un sinistre non déclaré est irrecevable.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Côtes-d'Armor Habitat a adressé, le
18 février 2016, une déclaration de sinistre qui, contrairement à ce qu'a pu soutenir la société MMA IARD Assurances Mutuelles par courrier du 26 février 2016, était conforme aux exigences prévues par l'annexe II de l'article A 243-1 du code des assurances dès lors qu'elle mentionnait le lieu des désordres, leur date d'apparition, la nature des dommages constatés, résultant notamment d'un rapport d'investigations techniques rédigé par la société Arcalia qui était joint à la déclaration, et précisait la liste des entreprises intervenues sur le chantier. Si à la suite des échanges intervenus entre les deux parties au cours du mois de mars 2016, l'office public de l'habitat (OPH) a pu être regardé comme renonçant à solliciter de son assureur le préfinancement des travaux de reprise des désordres constatés, compte tenu notamment du courriel du 23 mars 2016 par lequel la responsable du service administration marchés de
Côtes-d'Armor Habitat confirme à la société MMA IARD Assurances Mutuelles que " la procédure de déclaration de sinistre dommages-ouvrage doit être annulée ", il est constant qu'une nouvelle déclaration de sinistre a été transmise le 9 mai 2016, sans ambiguïté sur la volonté de mobiliser la garantie dommages ouvrage souscrite. La seule circonstance que la société MMA IARD Assurances Mutuelles n'ait pas, à la suite de cette seconde déclaration, mandaté son expert pour procéder à la constatation de la matérialité des désordres ne saurait permettre d'estimer que Côtes-d'Armor Habitat n'a pas respecté son obligation de déclaration préalable des dommages dont il demande l'indemnisation. Il n'est, au demeurant, nullement établi qu'après avoir réitéré sa déclaration de sinistre, Côtes-d'Armor Habitat aurait, ainsi que son assureur le soutient, refusé de communiquer les documents demandés par l'expert pour instruire ce sinistre. Dans ces conditions, la société MMA IARD Assurances Mutuelles n'est pas fondée à soutenir que Côtes-d'Armor Habitat ne se serait pas conformé à la procédure de recours amiable préalable prévue par les dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des assurances et que sa requête serait, par conséquent, irrecevable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société MMA IARD Assurances Mutuelles doit être écartée.
Sur l'exception de prescription :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 114-1 du code des assurances : " Toutes actions dérivant d'un contrat d'assurance sont prescrites par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. () / Toutefois, ce délai ne court : / 1° En cas de réticence, omission, déclaration fausse ou inexacte sur le risque couru, que du jour où l'assureur en a eu connaissance ; / 2° En cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s'ils prouvent qu'ils l'ont ignoré jusque-là. () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 2241 du code civil : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. () ". Selon l'article 2242 du même code : " L'interruption résultant de la demande en justice produit des effets jusqu'à l'extinction de l'instance. ". Il résulte de ces dispositions que, pour les désordres qui y sont expressément visés, une action en justice n'interrompt la prescription qu'à la condition d'émaner de celui qui a qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait. La demande adressée à un juge de diligenter une expertise interrompt alors le délai de prescription jusqu'à l'extinction de l'instance et, lorsque le juge fait droit à cette demande, le même délai est suspendu jusqu'à la remise par l'expert de son rapport au juge.
9. En outre, selon l'article 14 des conditions générales du contrat d'assurance de chantier, régissant les relations contractuelles entre la société MMA IARD Assurances Mutuelles et Côtes-d'Armor Habitat, les clauses d'interruption de la prescription sont ainsi décrites : " Pour intenter une action, c'est-à-dire exercer le droit de former une demande susceptible d'être soumise à l'appréciation d'un juge, l'assuré et l'assureur disposent d'un délai de deux ans à compter de l'évènement qui y donne naissance. / Toutefois, ce délai ne court : / - en cas de réticence, omission, déclaration fausse ou inexacte sur le risque couru, que du jour où l'assureur en a eu connaissance, / - en cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s'ils prouvent qu'ils l'ont ignoré jusque-là ou qu'ils ont été dans l'impossibilité d'agir. () / Passé ce délai, il y a prescription : toute action dérivant du contrat d'assurance est éteinte. / Le délai de prescription est interrompu : / () - soit par désignation de l'expert à la suite d'un sinistre, / - soit par une des clauses ordinaires d'interruption de la prescription : () / ' l'exercice d'une action en justice, y compris en référé, devant une juridiction incompétente ou en cas d'annulation de l'acte de saisine pour vice de procédure. L'interruption dure alors jusqu'au terme de cette procédure, sauf carence des parties pendant deux ans, désistement ou rejet définitif de la demande de celui qui agissait en justice. / L'interruption fait courir un nouveau délai de deux ans. () ".
10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Côtes-d'Armor Habitat a eu connaissance des désordres affectant les ouvrages du chantier mené à Erquy par la transmission du compte rendu n° 5 de contrôle technique du 30 novembre 2015, complété par le rapport d'investigation de la société Arcalia daté du 2 décembre 2015, puis les a déclarés à son assureur à deux reprises, le 18 février 2016 et le 9 mai 2016. L'office public de l'habitat (OPH) a, enfin, saisi le président du tribunal administratif de Rennes d'une demande de désignation d'un expert judiciaire, par une requête enregistrée le 19 juillet 2016, à laquelle il a été fait droit. Cette procédure d'expertise judiciaire, à laquelle la société MMA IARD Assurances Mutuelles était partie, a eu pour effet d'interrompre le délai de prescription des actions résultant du contrat d'assurance dommages ouvrage en litige jusqu'à la date de remise du rapport d'expertise le 27 juillet 2020. Dans ces conditions, et contrairement à ce qui est soutenu en défense, le délai d'action de deux ans dont disposait Côtes-d'Armor Habitat à l'égard de la société MMA IARD Assurances Mutuelles n'était pas prescrit le 21 janvier 2021, date d'enregistrement de sa requête. Par suite, l'exception de prescription soulevée par la société MMA IARD Assurances Mutuelles, doit être écartée.
Sur la responsabilité de la société MMA IARD Assurances Mutuelles :
11. L'assurance prévue par l'article L. 242-1 du code des assurances, garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de nature décennale : " prend effet après l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement visé à l'article 1792-6 du code civil. Toutefois, elle garantit le paiement des réparations nécessaires lorsque : / Avant la réception, après mise en demeure restée infructueuse, le contrat de louage d'ouvrage conclu avec l'entrepreneur est résilié pour inexécution, par celui-ci, de ses obligations ; (). ".
12. Côtes-d'Armor Habitat a, en sa qualité de maître d'ouvrage, souscrit avec effet au 18 juin 2015, un contrat d'assurance auprès de la société MMA IARD Assurances Mutuelles, concernant les dommages aux ouvrages aux fins de garantir les sinistres susceptibles d'affecter le programme de construction de 5 pavillons engagé à Erquy.
13. D'une part, il résulte de l'instruction que les désordres en litige ont été constatés avant que les logements n'aient été réceptionnés et que l'OPH, s'inquiétant de l'inachèvement des travaux, a, par un courrier du 18 novembre 2015, mis en demeure la société Ferreira de terminer l'exécution du marché dans un délai de quinze jours. La seule circonstance que le maître d'ouvrage n'ait pas formellement mis en demeure l'entrepreneur de procéder à la reprise des non-conformités constatées par le contrôleur technique est, en l'espèce, sans incidence dans la mesure où le tribunal de commerce de Saint-Brieuc a, par un jugement du 16 décembre 2015, placé la société Ferreira en liquidation judiciaire. Le marché de travaux doit être regardé comme ayant été, en conséquence, implicitement résilié à cette date, sans que Côtes-d'Armor Habitat n'ait été en mesure préalablement de mettre en demeure l'entreprise Ferreira de procéder aux réparations qui s'imposaient. Ces désordres étaient ainsi susceptibles d'être couverts par la garantie dommages ouvrage souscrite par Côtes-d'Armor Habitat auprès de la société MMA IARD Assurances Mutuelles en application des dispositions de l'article L. 242-1 du code des assurances, citées au point 11.
14. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que les désordres affectant les pavillons du programme de construction d'Erquy consistent en des linteaux, poutres et bandes noyées non conformes avec les plans d'exécution. Les investigations destructives faites par échantillonnage ont permis de déterminer que ces malfaçons portent atteinte à la solidité des ouvrages. De tels désordres, présentant un caractère décennal, étaient ainsi au nombre de ceux couverts par le contrat d'assurance dommages ouvrage souscrit par Côtes-d'Armor Habitat auprès de la société MMA IARD Assurances Mutuelles.
15. Il résulte de ce qui précède que Terres d'Armor Habitat est fondé à soutenir que les conditions de mise en œuvre de la garantie dommages ouvrage étaient réunies et que la société MMA IARD Assurances Mutuelles a commis une faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles en refusant d'accorder sa garantie suite à la déclaration de sinistre effectuée en dernier lieu le 9 mai 2016 et de procéder au préfinancement des travaux nécessaires.
Sur les préjudices subis :
En ce qui concerne les travaux réparatoires :
16. Terres d'Armor Habitat est fondé à demander à son assureur la prise en charge des travaux nécessaires pour assurer la solidité des logements construits à Erquy. Selon le rapport d'expertise, les travaux propres à remédier aux désordres constatés supposent d'une part, la dépose des linteaux non-conformes, leur reconstruction à neuf ou leur renforcement conformément aux calculs du bureau d'études et d'autre part, la dépose des bandes noyées non-conformes et leur reconstruction à neuf. En outre, l'expert a estimé que les constatations initiales du laboratoire Concrete Sixence selon lesquelles les poutres non-conformes portaient atteinte à la solidité de l'ouvrage n'étaient pas remises en cause par l'ultime sondage effectué et localisé sur la poutre L1 concluant à une absence d'atteinte à la solidité en raison du caractère localisé et isolé de ce sondage. Dans ces conditions, et en l'absence de démonstration contraire par la société MMA IARD Assurances Mutuelles, les travaux de renforcement de ces poutres préconisés par l'expert, afin de les rendre conforme aux documents contractuels, devront être pris en charge par l'assureur. Au regard des devis qui lui ont été présentés, l'expert a évalué le coût des travaux de gros œuvre à la somme de 53 558,78 euros HT, à laquelle s'ajoute une somme de 5 990,18 euros HT pour les travaux de plâtrerie sèche et embellissements. Alors même que la société MMA IARD Assurances Mutuelles demande à ce que le devis, moins onéreux, proposé par la société PLEE TDP soit retenu, il résulte de l'instruction que celui-ci ne prend pas en compte les travaux de renforcement des poutres et ne permet pas, en conséquence, de rendre l'ouvrage conforme à ce qu'il aurait dû être.
17. En outre, la taxe sur la valeur ajoutée étant un élément indissociable du coût des travaux, Terres d'Armor Habitat, dont il n'est pas contesté qu'il relève d'un régime fiscal ne lui permettant pas de déduire tout ou partie de cette taxe perçue à l'occasion de ses propres opérations, est fondé à demander que le coût des travaux réparatoires soit majoré de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, et ainsi que le fait valoir la société MMA IARD Assurances Mutuelles, Terres d'Armor Habitat est seulement fondé à demander à ce que le coût de ces travaux soit majoré du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 %, conformément aux dispositions combinées de l'article 278 sexies et de l'article 278 sexies-0A du code général des impôts, dans leur version en vigueur à la date du présent jugement. L'indemnisation des travaux réparatoires s'élève, ainsi, à la somme de 62 824 euros TTC, que la société MMA IARD Assurances Mutuelles est condamnée à verser à son assuré.
En ce qui concerne les préjudices consécutifs :
18. Terres d'Armor Habitat demande également la réparation des préjudices résultant du refus de son assureur d'assurer le préfinancement des désordres affectant le programme de construction d'Erquy. Il se prévaut principalement de la circonstance que la durée de la procédure a eu pour effet de le priver des loyers des cinq pavillons de ce programme. Le sapiteur adjoint à l'expert a évalué ces pertes locatives à la somme moyenne de 1 989 euros par mois, après application d'un taux de vacance et d'impayés de 1 % et d'un taux de 1,5 % pour économies sur les charges d'exploitation. Si à partir de cette évaluation, Terres d'Armor Habitat réclame une indemnisation s'élevant à 113 359,13 euros au 1er janvier 2021, à parfaire au jour du jugement, à laquelle s'ajoute 18 273,83 euros TTC de frais divers, correspondant à la mise en sécurité du chantier et aux investigations de la société Arcalia, la société MMA IARD Assurances Mutuelles ne saurait utilement opposer le plafond des garanties souscrites au titre des dommages immatériels, soit 66 867 euros, dans la mesure où les préjudices invoqués sont destinés à couvrir ses défaillances dans la mise en œuvre de ses obligations contractuelles à l'égard de Terres d'Armor Habitat. En revanche, la défaillance de l'entreprise attributaire du lot gros œuvre ne résultant pas du fait de l'assureur, celui-ci ne peut être tenu pour responsable du retard inhérent tenant à la nécessité d'engager une procédure pour désigner un entrepreneur susceptible de procéder aux travaux de reprise et de procéder à l'achèvement des travaux. Ainsi, et au regard des conclusions du rapport d'expertise, le préjudice locatif invoqué doit être limité à une période débutant le 16 juin 2016 et se terminant à la date de remise du rapport d'expertise, date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer, à laquelle s'ajoutent cinq mois correspondant à la durée estimée des travaux de reprise des désordres soit le 1er janvier 2021. Enfin, l'expert ayant constaté que le maître d'ouvrage n'était pas étranger aux préjudices qu'il invoque, compte tenu de l'attribution simultanée à l'entreprise Ferreira de plusieurs chantiers sans s'être assuré de ses capacités financières, techniques et professionnelles, les marchés attribués dépassant près de cinq fois son chiffre d'affaires, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation résultant de la perte des revenus locatifs des logements situés dans le lotissement Saint-Pabu, après déduction d'une part de 20 % prenant en compte l'imprudence du maître de l'ouvrage, en la limitant à la somme de 101 329 euros.
19. En outre, si Terres d'Armor Habitat demande également à être indemnisée d'une somme de 20 630 euros, résultant de l'augmentation du montant des travaux du fait du passage d'un taux de taxe sur la valeur ajoutée à 10 % au lieu de 5,5 %, il ne justifie pas de la réalité du préjudice ainsi invoqué. Par suite, ces prétentions indemnitaires complémentaires doivent être écartées.
20. Il résulte de ce qui précède que Terres d'Armor Habitat est seulement fondé à demander la condamnation de la société MMA IARD Assurances Mutuelles à l'indemniser à hauteur de 62 824 euros TTC au titre des travaux réparatoires et de 101 329 euros TTC au titre des préjudices consécutifs, ce qui représente une somme totale de 164 153 euros TTC.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
21. En premier lieu, Terres d'Armor Habitat a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 164 153 euros TTC, à compter du 21 janvier 2021, date d'enregistrement de sa requête.
22. En second lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. La demande de capitalisation d'intérêts formulée par Terres d'Armor Habitat prend, dès lors, effet à compter du 21 janvier 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la société MMA IARD Assurances Mutuelles :
23. Il résulte des dispositions des articles L. 121-12 et L. 242-1 du code des assurances que l'assureur qui a pris en charge la réparation de dommages ayant affecté l'ouvrage de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs se trouve subrogé dans les droits et actions du propriétaire à l'encontre des constructeurs. Il incombe à l'assureur qui entend bénéficier de cette subrogation d'apporter la preuve du versement de l'indemnité d'assurance à son assuré, et ce par tout moyen. Toutefois, lorsque l'assuré a demandé au juge de condamner son assureur à prendre en charge le prix des travaux de réparation des dommages ayant affecté l'ouvrage, cet assureur peut exercer, à l'égard des constructeurs, l'action subrogatoire qu'il tient de l'article L. 121-12 du code des assurances, sans avoir à justifier préalablement du paiement d'une indemnité à son assuré.
24. En l'espèce, la société MMA IARD Assurances Mutuelles demande que la Selarl TCA, en sa qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, la société MG Construction, en sa qualité de sous-traitante de l'entreprise attributaire du lot n° 1 du marché et la société IE3C, membre de l'équipe de maîtrise d'œuvre, soient condamnées in solidum à lui verser la somme de 252 175,24 euros que Terres d'Armor Habitat lui réclame à titre d'indemnisation des préjudices subis. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'indemnisation des préjudices consécutifs résultant de l'arrêt du chantier de construction des logements situés à Erquy résulte du seul refus fautif de la société MMA IARD Assurances Mutuelles d'engager le préfinancement des travaux destinés à assurer la solidité des ouvrages, conformément à la garantie souscrite par l'OPH. Elle n'est, dès lors, pas fondée à rechercher la responsabilité des participants à l'opération de construction pour l'indemnisation de ce préjudice dont ils ne sont pas à l'origine. Son action subrogatoire doit donc être limitée au coût des travaux réparatoires affectant les ouvrages, mis à sa charge par le point 17 du présent jugement.
25. Il résulte du rapport d'expertise que l'ensemble des non-conformités constatées ont pour origine des défauts d'exécution quasiment généralisés, dont la responsabilité technique incombe à 80 % à l'entreprise Ferreira, chargée du lot gros œuvre ainsi qu'à l'entreprise MG Construction, intervenue pour une prestation de sous-traitance déclarée. L'expert a également imputé la responsabilité des désordres en litige, à hauteur de 20 %, à la société IE3C, compte tenu d'un défaut de surveillance du chantier alors que la mission de direction de l'exécution des travaux lui incombait.
26. S'il appartient, en principe, au maître de l'ouvrage, dans les droits duquel la société MMA IARD Assurances Mutuelles est, en l'espèce, subrogée, qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le constructeur avec lequel un contrat de louage d'ouvrage a été conclu, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité de ce cocontractant ne pourrait être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas été conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. S'il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires, il ne saurait, toutefois, se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles.
27. En l'espèce, alors qu'il résulte de l'instruction que la société Ferreira a fait l'objet d'une procédure de liquidation judiciaire désormais close, la société MMA IARD Assurances Mutuelles est bien fondée à faire valoir que la responsabilité de la société MG Construction est engagée compte tenu des graves défauts d'exécution affectant les ouvrages à la construction desquels elle a participé. Toutefois, en l'absence de toute autre pièce que la déclaration de sous-traitance transmise par la société Ferreira au maître d'ouvrage pour des prestations de gros œuvre, " maçonnerie d'agglos, plancher, poutres, poteaux " pour un montant de 18 400 euros confiées à la société MG Construction, sa responsabilité dans la survenance des désordres, déterminée au prorata du montant des travaux du lot n° 1 du marché, compte tenu d'autres prestations sous-traitées, ne pourra excéder 10 %. En l'absence de toute observation en défense, la responsabilité contractuelle de l'entreprise Ferreira comme de la société IE3C sera retenue à hauteur respectivement de 70 % et de 20 %.
28. De surcroît, l'absence de solidarité entre la société IE3C, membre du groupement de maîtrise d'œuvre, d'une part, et la société Ferreira, attributaire du lot n° 1 du marché de travaux, et son sous-traitant, la société MG Construction, d'autre part, ne fait pas obstacle à leur condamnation in solidum, dès lors que ceux-ci sont, du fait de leurs manquements respectifs, tous trois à l'origine des mêmes désordres. Dans ces conditions, la société MMA IARD Assurances Mutuelles est fondée à demander la condamnation solidaire de ces deux constructeurs à lui verser la somme de 62 824 euros TTC correspondant aux travaux de reprise des désordres. Le surplus des conclusions présentées par la société MMA IARD Assurances Mutuelles est rejeté.
Sur les dépens :
29. Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de la partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
30. Par une ordonnance du 24 septembre 2020, le président du tribunal administratif de Rennes a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A et son sapiteur, Mme B à la somme de 24 408,42 euros TTC, mise à la charge provisoire de
Côtes-d'Armor Habitat, à l'initiative de la procédure d'expertise. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la société MMA IARD Assurances Mutuelles à verser à Terres d'Armor Habitat, venue aux droits de Côtes-d'Armor Habitat en cours d'instance, cette somme de 24 408,42 euros TTC.
Sur les conclusions subsidiaires présentées par Terres d'Armor Habitat dirigées contre les constructeurs :
31. Il résulte de l'instruction que Terres d'Armor Habitat est entièrement indemnisé du coût des travaux de reprise des désordres par le présent jugement. En outre, ainsi qu'il est dit aux points 18 et 19, il ne résulte pas de l'instruction que les demandes présentées au titre des préjudices consécutifs à l'encontre de la société MMA IARD Assurances Mutuelles auxquelles le présent jugement ne fait pas droit et pour lesquelles l'assureur n'est pas subrogé dans les droits du maître d'ouvrage, qu'il s'agisse de l'augmentation du montant des travaux du fait d'un taux de taxe sur la valeur ajoutée à 10 % au lieu de 5,5 % ou encore du surplus des préjudices locatifs subis, seraient fondées. Les conclusions présentées, à titre subsidiaire, par Terres d'Armor Habitat contre les constructeurs ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la société MMA IARD Assurances Mutuelles une somme de 2 000 euros au titre des dépenses exposées par Terres d'Armor Habitat et non comprises dans les dépens. En revanche, les conclusions présentées sur le même fondement par la société MMA IARD Assurances Mutuelles, ainsi qu'en tout état de cause, par la société Areas Dommages, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'intervention volontaire de la société Areas Dommages n'est pas admise.
Article 2 : La société MMA IARD Assurances Mutuelles est condamnée à verser à Terres d'Armor Habitat la somme de 164 153 euros TTC en réparation des préjudices résultant des désordres affectant le programme de construction situé à Erquy.
Article 3 : La somme mentionnée à l'article 2 du présent jugement portera intérêts à compter du 21 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 21 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés.
Articles 4 : La société MMA IARD Assurances Mutuelles versera à Terres d'Armor Habitat la somme de 24 408,42 euros TTC au titre des frais d'expertise judiciaire.
Article 5 : La société MMA IARD Assurances Mutuelles versera à Terres d'Armor Habitat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : La Selarl TCA, mandataire ad hoc de la société Ferreira, la société MG Construction et la société IE3C sont condamnées in solidum à verser à la société MMA IARD Assurances Mutuelles la somme de 62 824 euros TTC au titre du coût des travaux réparatoires des ouvrages.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête ainsi que des conclusions présentées par la société MMA IARD Assurances Mutuelles, sont rejetés.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la société MMA IARD Assurances Mutuelles, à la Selarl TCA, en sa qualité de mandataire ad hoc de la société Ferreira, à la société
MG Construction, à la société IE3C, à la société Areas Dommages et à Terres d'Armor Habitat.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
M. Thalabard
La présidente,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026