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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100320

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100320

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100320
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, la commune de Plédran, représentée par Me Lahalle (société d'avocats Lexcap), demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum la société Perron et l'Etat, ou l'un à défaut de l'autre, à lui verser la somme de 105 128,97 euros au titre de la réparation des désordres affectant la tribune couverte du complexe sportif de La Creusée, majorée des intérêts au taux légal à compter du

20 août 2018, avec capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la société Perron et de l'Etat, ou de l'un à défaut de l'autre, la somme de 7 646,20 euros au titre des frais d'expertise, majorée des intérêts au taux légal à compter des versements qu'elle a effectués, avec capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la société Perron et de l'Etat, ou de l'un à défaut de l'autre, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres affectant le mur nord-ouest de la tribune couverte mettent en cause la solidité de l'ouvrage ;

- ces désordres sont imputables à l'Etat, chargé de la maîtrise d'œuvre des aménagements extérieurs, et à la société Perron, sous-traitante chargée du remblaiement par l'entrepreneur principal ;

- il n'existe aucune cause exonératoire de nature à renverser la présomption de responsabilité pesant sur l'Etat et la société Perron ;

- le coût des travaux de réparation, déjà effectués, s'est élevé à la somme de

105 128,97 euros toutes taxes comprises, de sorte que son préjudice correspond à cette somme et non à la somme de 67 379,41 euros hors taxe, estimée à titre prévisionnel par l'expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le préfet des Côtes- d'Armor s'en remet à l'appréciation du tribunal.

Il soutient qu'une part de responsabilité dans l'apparition des désordres litigieux est imputable à l'Etat.

La requête a été communiquée à la société Perron, qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 5 janvier 2017, M. B a été désigné comme expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

M. B a déposé son rapport d'expertise le 11 juillet 2018.

Par ordonnance du 6 août 2018, les frais et honoraires de l'expert ont été taxés et liquidés à la somme de 7 646,20 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lévêque, représentant la commune de Plédran.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Plédran, maître d'ouvrage du complexe sportif de La Creusée, a, d'une part, fait construire un bâtiment à usage de tribune couverte, de vestiaires et de foyer, et d'autre part, fait procéder au réaménagement de terrains de football. Les aménagements extérieurs ont été réalisés sous la maîtrise d'œuvre de l'Etat. L'entrepreneur principal, chargé dans le cadre des aménagements extérieurs du lot " terrassement ", a sous-traité à la société Perron les travaux de remblaiement. Les travaux de construction de la tribune couverte ont été réceptionnés avec effet au 28 juillet 2004, avec des réserves sans lien avec le litige. En août 2004, une déformation du mur en façade nord-ouest du bâtiment, faisant également fonction de mur de soutènement d'un remblai, s'est produite. Ce mouvement du mur a provoqué des dommages sur une cloison intérieure et des éléments de la charpente métallique. Par protocole d'accord, signé entre juin et octobre 2006 par les parties intéressées, incluant notamment la commune de Plédran, l'Etat et la société Perron, les modalités de répartition du coût des travaux de reprise ont été fixées. Par ordre de service du 15 décembre 2006, la commune a prescrit à la société Perron l'exécution des travaux de reprise du remblai litigieux, qui ont été effectués par l'entreprise et payés à celle-ci en février 2007.

2. Par requête du 27 octobre 2016, la commune de Plédran a sollicité la désignation d'un expert en vue de se prononcer sur des mouvements affectant de nouveau le mur nord-ouest de la tribune couverte. Par ordonnance du 5 janvier 2017, un expert a été désigné aux fins, notamment, de procéder à la constatation des désordres allégués, d'indiquer leur date d'apparition et de dire s'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination ou s'ils sont de nature à en compromettre la solidité, d'en rechercher les causes et d'indiquer la nature et le coût des travaux propres à remédier à ces désordres. L'expert a rendu son rapport le 11 juillet 2018.

Sur la responsabilité décennale :

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, depuis le printemps 2016, le mur nord-ouest de la tribune couverte située au lieu-dit La Creusée subit des mouvements. Des éclatements du béton ont été observés au niveau de deux embases de poteaux de la toiture, ainsi qu'à d'autres endroits du mur, dont certains rendent les armatures apparentes. L'expert a également relevé un déplacement en partie haute du mur en béton, ainsi que la présence de fissures. Si l'expert relève que les étaiements provisoirement mis en place par la commune ont permis de mettre fin aux mouvements du mur, de sorte que la solidité de l'ouvrage n'est pas menacée dans l'immédiat, il précise également que des travaux de réparation pérenne doivent être entrepris afin de garantir la solidité de l'ouvrage de façon pérenne. Dans ces conditions, le désordre litigieux entre dans le champ de la garantie décennale des constructeurs.

5. Ainsi que le relève le rapport d'expertise, l'eau contenue dans le remblai est insuffisamment drainée, de sorte que le mur nord-ouest de la tribune couverte subit une poussée hydrostatique dépassant les contraintes structurelles qu'il doit normalement prendre en charge. Il résulte de l'instruction que l'insuffisance du drainage résulte du défaut de fonctionnement des deux tranchées drainantes mises en place au sein du remblai, respectivement lors des

travaux initiaux puis lors des travaux de reprises réalisés à la suite de l'ordre de service du

15 décembre 2006. Dès lors que la création de ces tranchées a été faite par la société Perron, sous maîtrise d'œuvre de l'Etat, les désordres litigieux sont imputables à leurs interventions. La société Perron et l'Etat engagent donc leur responsabilité décennale à ce titre.

6. La commune de Plédran soutient que le coût des travaux de réparation, déjà effectués, s'est élevé à la somme de 105 128,97 euros toutes taxes comprises, de sorte que son préjudice correspond à cette somme et non à la somme estimée à titre prévisionnel par l'expert. Il résulte toutefois du rapport d'expertise que la somme de 66 865,48 euros hors taxes, soit

80 238,58 euros toutes taxes comprises, a été proposée par l'expert sur la base de devis produits par la commune après une analyse technique réalisée par un bureau d'études sollicité par cette dernière. L'expert a repris l'intégralité du montant des travaux de reprise proposés dans les devis, dès lors que ces travaux étaient de nature à mettre en œuvre la solution technique envisagée pour mettre fin au désordre, en y ajoutant à son initiative les frais de maîtrise d'œuvre, d'un montant de 3 960 euros toutes taxes comprises. La commune se borne à produire, au soutien de ses prétentions, les factures relatives aux travaux de reprise et n'apporte aucune précision quant aux circonstances ayant conduit à ce que les travaux effectivement réalisés représentent un coût supérieur au montant prévisionnel évalué sur la base des devis qu'elle a elle-même transmis à l'expert. Dans ces conditions, le montant du préjudice subi par la commune de Plédran du fait du désordre litigieux doit être évalué à la somme de 80 238,58 euros toutes taxes comprises.

7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat et la société Perron doivent être condamnés in solidum à verser la somme de 80 238,58 euros à la commune de Plédran en réparation des désordres affectant le mur nord-ouest de la tribune couverte située au lieu-dit La Creusée.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise () Ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". En l'espèce, les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 7 646,20 euros toutes taxes comprises par l'ordonnance susvisée du 6 août 2018, qui les a mis à la charge de la commune de Plédran. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre cette somme à la charge solidaire de l'Etat et de la société Perron.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

9. La commune de Plédran a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 80 238,58 euros à compter du 20 août 2018, date de sa réclamation préalable adressée à l'Etat et à la société Perron.

10. La capitalisation des intérêts a été demandée le 20 janvier 2021. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de l'Etat et de la société Perron la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Plédran, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat et la société Perron sont condamnées in solidum à verser à la commune de Plédran la somme de 80 238,58 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 7 646,20 euros sont mis à la charge définitive et solidaire de l'Etat et de la société Perron.

Article 3 : Les condamnations prononcées aux articles 1er et 2 porteront intérêts au taux légal à compter du 20 août 2018. Les intérêts échus à la date du 20 janvier 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : L'Etat et la société Perron verseront solidairement à la commune de Plédran une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Plédran, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à la société Perron.

Une copie de ce jugement sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

A. A

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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