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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100338

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100338

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100338
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2020, Mme G A et M. B D, représentés par Me Menard, demandent au tribunal de réformer l'ordonnance

n°2003883-126 du 15 décembre 2020 du président du tribunal administratif de Nantes en ramenant les frais et honoraires de M. E, expert, et de Mme H, sapitrice, à une somme de 250 euros.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive ;

- les frais et honoraires litigieux ne sont pas assortis de justificatifs permettant d'en apprécier le bien-fondé et de distinguer les frais en cause ;

- les diligences menées dans le cadre de l'expertise se sont bornées à des actes de secrétariat.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2021 et 28 avril 2021, M. C E, expert, et Mme F H, sapitrice, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants des sommes, respectivement, de 150 et 50 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 2 mars 2023, le président du tribunal administratif de Nantes a produit des observations.

La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard ;

- et les conclusions de M. Rémy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 4 septembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a ordonné une expertise à la demande de Mme G A et de M. B D et a confié à M. E la mission, notamment, d'évaluer les nuisances et de déterminer les préjudices subis en raison de la mise en service en 2017 de la ligne de train à grande vitesse Bretagne - Pays de la Loire. Par ordonnance du 15 septembre 2020,

Mme H a été désignée en qualité de sapitrice chargée de l'évaluation foncière. Le président du tribunal administratif de Nantes a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 1 380 euros, dont 1 080 euros correspondant aux frais et honoraires de l'expert et 300 euros correspondant aux frais et honoraires de la sapitrice, et a mis cette somme à la charge des requérants.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés de l'opération, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert () et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. () ". L'article R. 761-4 du même code prévoit que " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. () ". Aux termes de l'article R. 621-13 : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / Sauf lorsque l'ordonnance émane du président de la section du contentieux du Conseil d'État, la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. / Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance ou, au Conseil d'État, le président de la section du contentieux est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée. ".

4. L'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération. Il appartient à la juridiction saisie de réduire le montant des honoraires, frais et débours qui lui paraissent excessifs. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur la régularité des opérations de l'expertise. La taxation des honoraires prend en compte les difficultés des opérations, l'importance, l'utilité et la nature du travail fourni par l'expert.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A et M. D ont sollicité une expertise portant sur quatre propriétés aux fins d'évaluer le montant des préjudices imputés par eux à la mise en service en 2017 de la ligne de train à grande vitesse Bretagne - Pays de la Loire. Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2020, Mme A et M. D se sont désistés de leur demande d'expertise, au motif qu'ils ne pouvaient en assumer les coûts au regard du montant prévisionnel annoncé par l'expert.

6. En premier lieu, d'une part, M. E fait valoir que ses diligences ont consisté en la prise de connaissance du dossier, et notamment des nombreuses pièces jointes aux dires des parties, et en la préparation d'une visite des lieux et de mesures acoustiques et vibratoires permettant d'évaluer les nuisances subies par les requérants, qui n'ont finalement pas été effectuées du fait du désistement des requérants. Ainsi, alors que ces diligences ont été conduites pour quatre propriétés différentes, la somme de 1 080 euros, correspondant aux 6 heures de travail comptabilisés par l'expert, ne présente pas un caractère excessif.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction que les honoraires et frais de la sapitrice correspondent à l'étude du dossier, évaluée à 2 heures de travail. La somme de 300 euros demandée par la sapitrice ne peut dès lors être regardée comme anormalement élevée au regard du fait, notamment, qu'elle concerne quatre propriétés distinctes.

8. En second lieu, si les requérants soutiennent que les frais de secrétariat ne font l'objet d'aucun justificatif, il résulte de l'instruction qu'aucune dépense de secrétariat n'est comprise dans les frais et honoraires litigieux. S'agissant de la justification des honoraires et frais taxés et liquidés par l'ordonnance attaquée, les pièces versées au dossier comportent des informations suffisantes pour mettre les requérants en mesure d'apprécier le bien-fondé des diligences réalisées et des sommes réclamées par l'expert et la sapitrice. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les frais et honoraires litigieux sont insuffisamment justifiés.

9. Dans ces conditions, il n'a pas été fait, par l'ordonnance contestée, qui a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 1 380 euros, une appréciation inexacte des frais en cause et des diligences mises en œuvre. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions de la requête de Mme A et M. D.

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

Mme A et M. D la somme que M. E et Mme H demandent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. E et Mme H présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A et M. B D, au garde des sceaux, ministre de la justice, à M. C E, à Mme F H et au tribunal administratif de Nantes.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

G.-V. Vergne

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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