mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100352 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Morbihan lui a notifié trois indus d'aide exceptionnelle de fin d'années 2017, 2018 et 2019 d'un montant total de 457,35 euros ;
2°) de le décharger du paiement de cette somme ;
3°) de mettre à la charge de la CAF du Morbihan le somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cette décision, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations requises par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration
- elle n'est par ailleurs pas motivée ;
- les droits de la défense n'ont de surcroît pas été respectés dès lors que cette décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; le rapport d'enquête de la CAF ne lui a en outre pas été communiqué ;
- cette décision est en tout état de cause entachée d'erreurs de droit et d'appréciation dès lors que la CAF s'est abstenue d'examiner la réalité de sa situation ; il n'a en effet jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, la CAF du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un contrôle de la situation de M. A, intervenu entre les mois de juillet 2020 et septembre 2020, la CAF du Morbihan a constaté que le requérant résidait essentiellement en Thaïlande depuis le mois de février 2017 et a dès lors considéré qu'il n'avait plus sa résidence stable et effective en France. Par suite, la CAF a modifié les droits de l'intéressé en conséquence et lui a notifié, par une décision du 28 octobre 2020, un trop-perçu d'un montant total de 22 719,72 euros, dont 457,35 euros au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'années 2017, 2018 et 2019. Le requérant demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte sur cette aide.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'État. ". Aux termes de l'article R. 311-3-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : 2° Les données traitées et leurs sources ; 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; 4° Les opérations effectuées par le traitement. ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision en litige résulte non d'un traitement algorithmique ainsi que le soutient le requérant mais d'une analyse de la situation de M. A faite par la CAF du Morbihan au regard d'un rapport d'enquête établi le 30 septembre 2020 par un agent assermenté, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, et de ce que le requérant n'avait plus aucun droit au revenu de solidarité active (RSA) à compter du 30 septembre 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
6. En l'espèce, la décision du 28 octobre 2020 indique qu'elle a été prise sur le fondement, notamment, des articles L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles et des décrets en dates des 27 décembre 2017, 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019 visés ci-dessus. Cette décision précise par ailleurs qu'elle a été prise en considération des conclusions du rapport d'enquête du 30 septembre 2020 précité et de la décision du président du conseil départemental du Morbihan de radier l'intéressé du dispositif RSA à compter du 30 septembre 2017. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". Aux termes enfin des article 6 des décrets précités des 27 décembre 2017, 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. () "
8. La décision par laquelle la CAF du Morbihan, qui est un organisme de sécurité sociale, a notifié à M. A le trop-perçu d'aide exceptionnelle de fin d'année en litige ne constituant pas une sanction, son édiction n'était pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision du 28 octobre 2020 aurait été prise en méconnaissance d'une procédure contradictoire préalable. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'agent ayant procédé au contrôle de la situation de l'intéressé a, par une lettre du 28 septembre 2020, informé M. A de la mise en œuvre du droit de communication dévolu à la CAF en application des dispositions de l'article L. 114-19 du code la sécurité sociale, lui a précisé les organismes consultés et les constations faites à cette occasion, et l'a enfin avisé que les conditions requises pour le bénéfice du RSA n'étaient finalement remplies qu'au titre des mois de mai 2017, juin 2017 et août 2018. L'instruction révèle de surcroît que le requérant a fait part de ses observations à la CAF par un formulaire du 9 octobre suivant. Enfin, aucune disposition n'impose à cette dernière de communiquer à un allocataire le rapport d'enquête établi à la suite du contrôle de sa situation, M. A ne soutenant ni n'établissant en tout état de cause, et au surplus, en avoir demandé la communication.
9. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
10. D'autre part, aux termes de l'article 3 des décrets en dates des 27 décembre 2017, 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019, une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du RSA qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année correspondante
11. En l'espèce, le requérant soutient que la CAF du Morbihan se serait abstenue d'examiner la réalité de sa situation et qu'il n'aurait jamais perdu sa résidence stable et effective en France. Il résulte pourtant de l'instruction, particulièrement du rapport d'enquête précité du 30 septembre 2020, que M. A a, pour la période de 1 333 jours comprise entre le 6 février 2017 et le 30 septembre 2020, résidé hors du territoire français du 6 février 2017 au 5 avril 2017, du 14 juillet 2017 au 4 août 2017, du 14 août 2017 au 13 septembre 2017, du 25 octobre 2017 au 30 novembre 2017, du 18 décembre 2017 au 29 décembre 2017, du 13 janvier 2018 au 31 juillet 2018, du 9 septembre 2018 au 6 août 2019, puis de manière permanente à du 19 septembre 2019 jusqu'au 30 septembre 2020 au moins, soit une période cumulée de 1 059 jours. Par suite, en application des dispositions citées au point 10, l'intéressé ne pouvait effectivement plus être regardé, à compter du mois de juillet 2017, comme ayant sa résidence stable et effective en France, M. A ne disposant dès lors plus d'aucun droit au RSA et ne pouvant, par voie de conséquence en application des dispositions citées au point 11, bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année. Il s'ensuit que l'intéressé, qui ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, qui a donc omis d'informer la CAF de la réalité de sa situation et de déclarer par ailleurs, et notamment, une somme placée à hauteur de plus de 70 000 euros sur ses comptes bancaires lors de sa demande de RSA en date du 11 janvier 2017, ne peut raisonnablement contester le bien-fondé des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année dont il est redevable pour un montant de 457,35 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse d'allocations familiales du Morbihan et à Me Desfarges.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026