lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS MICHEL LEDOUX & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 28 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension pour invalidité du fait de l'aggravation de son état de santé, ainsi que la décision du 28 janvier 2020 ;
2°) de retenir, pour la détermination de sa pension, un taux d'infirmité de 40 pour cent pour ses plaques pleurales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son état s'est dégradé, ainsi qu'il ressort des avis médicaux qui concluent tous à la dégradation de son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un courrier du 1er septembre 2022, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de fonder sa décision sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision du 28 janvier 2020, la décision prise par la commission de recours de l'invalidité s'y étant substituée.
Par un courrier, enregistré le 6 septembre 2022, en réponse au courrier du 1er septembre 2022, le ministre des armées conclut aux mêmes fins que précédemment.
Par un courrier, enregistré le 15 septembre 2022, en réponse au courrier du 1er septembre 2022, M. B conclut aux mêmes fins que précédemment.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ancien militaire, a été admis au bénéfice d'une pension militaire d'invalidité à compter du 19 juin 2000, tenant compte notamment d'un taux d'invalidité de 30 pour cent au titre de séquelles de plaques pleurales bilatérales liées à son exposition passée à des poussières d'amiante. Il en a demandé la révision le 7 mai 2018 et conteste la décision du 28 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé de réviser sa pension sur la base d'un taux d'invalidité de 40 pour cent au titre de cette infirmité, et la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours contre ce refus.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 28 janvier 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 711-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les recours contentieux contre les décisions individuelles prises en application du livre Ier et des titres Ier à III du livre II sont précédés d'un recours administratif préalable exercé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. ". La décision prise sur le recours administratif préalable obligatoire institué par ces dispositions se substitue à la décision initiale et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 28 janvier 2020 doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".
5. D'une part, dans le cadre d'une demande de révision, l'infirmité doit présenter des signes objectifs ou cliniques susceptibles d'établir une aggravation significative de la gêne fonctionnelle qu'elle occasionnait en comparaison des diagnostics établis antérieurement à la demande de révision formée par le requérant.
6. D'autre part, le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère, telle qu'une affection distincte de l'affection pensionnée, ne vienne, pour sa part, aggraver l'état de l'intéressé.
7. Si le docteur C et le docteur Kerbourc'h, spécialistes en pneumologie, qui ont examiné le requérant respectivement en avril 2018 et en novembre 2019, ont constaté une aggravation de sa dyspnée, notamment lors des efforts de marche, et si ce second spécialiste s'est prononcé en faveur de la révision de son taux d'incapacité permanente partielle de 30 à 40 pour cent au titre de l'état pulmonaire, ce même médecin a également relevé que cette aggravation était d'origine multifactorielle, évoquant l'effet d'une hernie hiatale et d'une anémie sur l'accentuation des difficultés respiratoires de M. B. Il résulte par ailleurs de l'instruction que les différents examens subis par le requérant confirment une stabilité des plaques pleurales liées à son exposition passée à des poussières d'amiante. Le médecin conseil expert de la sous-direction des pensions, consulté le 23 janvier 2020, a, à son tour, estimé que l'aggravation de la dyspnée de M. B n'était pas exclusivement liée aux séquelles de son exposition. Les éléments médicaux dont le requérant fait état dans la présente instance ne sont pas susceptibles d'établir une aggravation de l'état de santé du requérant depuis l'intervention de la décision litigieuse. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquences, les conclusions tendant à ce que le tribunal révise la pension d'invalidité de M. B.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par celui-ci et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
Mme Pottier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
V. DLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026