jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100385 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier et 20 juillet 2021,
M. B A, représenté par Me Labrunie (Cabinet Teissonnière, Topaloff, Lafforgue, Andreu et Associés), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2020 par laquelle le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) a rejeté sa demande d'indemnisation présentée sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser des indemnités en réparation des préjudices qu'il a subis, à hauteur de 156 255 euros s'agissant de son lymphosarcome, de 219 392 euros s'agissant de son lymphome, de 207 854 euros s'agissant de son cancer du rein et de
228 748 euros s'agissant de son cancer du poumon, ces sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2019 et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) dans l'hypothèse où le tribunal ordonnerait une expertise médicale sur l'évaluation de son préjudice, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 60 000 euros à titre d'allocation provisionnelle ;
4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il satisfait aux conditions de lieu et de temps prévues par la loi du 5 janvier 2010 et est atteint de maladies ouvrant droit à une indemnisation, ce qui lui permet de bénéficier de la présomption légale de causalité ;
- le CIVEN ne renverse pas la présomption légale compte tenu de ses conditions concrètes d'exposition aux rayonnements ionisants, qui rendaient nécessaires une surveillance médicale individuelle ;
- il n'est pas établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français qu'il a reçue lorsqu'il était affecté en Polynésie française entre le
1er février 1971 et le 1er février 1972 a été inférieure à la limite de 1 millisievert (mSv), les mesures de surveillance de la contamination interne ou externe ayant été insuffisantes au regard de ses conditions concrètes d'exposition aux rayonnements ionisants ;
- les préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux, avant et après consolidation, résultant de la maladie induite par son exposition aux rayonnements ionisants s'élèvent à
156 255 euros s'agissant de son lymphosarcome, 219 392 euros s'agissant de son lymphome, 207 854 euros s'agissant de son cancer du rein et 228 748 euros s'agissant de son cancer du poumon ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu d'ordonner une expertise avant-dire droit pour évaluer les préjudices qu'il a subis ;
- en cas d'expertise, une allocation provisionnelle d'un montant de 60 000 euros lui sera versée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril et 10 septembre 2021, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'une expertise médicale soit ordonnée avant-dire droit pour évaluer les préjudices subis par M. A.
Il fait valoir que :
- la présomption de causalité est applicable à la situation de M. A ;
- compte-tenu de ses conditions d'emploi, M. A n'a pas pu être soumis à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires pendant sa période d'affectation en Polynésie française ;
- il n'a pas été exposé à un risque de contamination externe ;
- la dosimétrie d'ambiance à bord du croiseur De Grasse est inférieure à 1 mSv pendant la période litigieuse ;
- le requérant n'a été soumis à aucun risque de la contamination interne, en l'absence de retombées radioactives sur le croiseur De Grasse et la dose maximale ingérée par l'eau traitée par les bouilleurs ne pouvant excéder 0,67 mSv en un an ;
- la mesure de surveillance de la contamination externe était suffisante et aucune mesure de la surveillance de la contamination interne n'était nécessaire au regard des conditions concrètes d'exposition du requérant aux rayonnements ionisants ;
- si le lien de causalité était considéré comme établi, il conviendrait d'ordonner une expertise avant-dire droit permettant l'évaluation des dommages subis par l'intéressé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- et les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 21 juillet 1948, a été affecté en qualité d'artilleur embarqué à bord du croiseur anti-aérien De Grasse, du 1er février 1971 au 1er février 1972. Un lymphosarcome lui a été diagnostiqué en 1980, puis un lymphome en 2016, un cancer du rein en 2018 et un cancer du poumon en 2019. M. A a présenté, le 20 juin 2019, une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Par une décision du
23 novembre 2020, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) a rejeté cette demande. M. A demande l'annulation de cette décision, la condamnation du CIVEN à lui verser la somme totale de 812 249 euros en réparation des préjudices subis en lien avec son exposition aux rayonnements ionisants lors de son séjour en Polynésie française et, dans l'hypothèse où une expertise médicale serait ordonnée avant-dire droit pour évaluer les préjudices qu'il a subis, le versement d'une allocation provisionnelle de 60 000 euros.
Sur la présomption de causalité :
2. Aux termes du I de l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'Etat conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi. ". L'article 2 de la même loi dispose que : " La personne souffrant d'une pathologie radio-induite doit avoir résidé ou séjourné : () / 2° Soit entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 en Polynésie française. () ". L'article 4 de la même loi prévoit que : " I.- Les demandes d'indemnisation sont soumises au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires, qui se prononce par une décision motivée dans un délai de huit mois suivant le dépôt du dossier complet (). / V.- Ce comité examine si les conditions sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité, à moins qu'il ne soit établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants fixée dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 1333-2 du code de la santé publique. () ". Le I de l'article R. 1333-11 du code de la santé publique énonce que : " Pour l'application du principe de limitation défini au 3° de l'article L. 1333-2, la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants résultant de l'ensemble des activités nucléaires est fixée à 1 mSv par an, à l'exception des cas particuliers mentionnés à l'article R. 1333-12. ".
3. Il résulte du V de l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 relatif au régime de présomption de causalité pour l'indemnisation des victimes des essais nucléaires que, dès lors qu'un demandeur satisfait aux conditions de temps, de lieu et de pathologie prévues par
l'article 2 de la même loi, il bénéficie de la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenance de sa maladie. Cette présomption ne peut être renversée que si l'administration établit que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de 1 millisievert (mSv). Si, pour le calcul de cette dose, l'administration peut utiliser les résultats des mesures de surveillance de la contamination tant interne qu'externe des personnes exposées, qu'il s'agisse de mesures individuelles ou collectives en ce qui concerne la contamination externe, il lui appartient de vérifier, avant d'utiliser ces résultats, que les mesures de surveillance de la contamination interne et externe ont, chacune, été suffisantes au regard des conditions concrètes d'exposition de l'intéressé. En l'absence de mesures de surveillance de la contamination interne ou externe et en l'absence de données relatives au cas des personnes se trouvant dans une situation comparable à celle du demandeur du point de vue du lieu et de la date de séjour, il appartient à l'administration de vérifier si, au regard des conditions concrètes d'exposition de l'intéressé précisées ci-dessus, de telles mesures auraient été nécessaires. Si tel est le cas, l'administration ne peut être regardée comme rapportant la preuve de ce que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de 1 mSv.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a séjourné dans des lieux et pendant une période définis à l'article 2 de la loi du 5 janvier 2010. Le lymphosarcome, le lymphome et les cancers du rein et des poumons dont il souffre figurent sur la liste annexée au décret du
15 septembre 2014 relatif à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Il bénéficie ainsi d'une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenue de ces maladies.
5. Pour renverser la présomption de causalité entre les maladies radio-induites dont est atteint M. A et son exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français du 1er février 1971 au 1er février 1972, le CIVEN fait valoir, d'une part, qu'au cours de sa période d'affectation à bord du croiseur anti-aérien De Grasse, M. A n'a pas été conduit à être exposé aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires et qu'ainsi le port de dosimètres individuels n'était pas nécessaire. Il relève également que la dosimétrie d'ambiance sur ce bâtiment est inférieure à 1mSv sur l'ensemble de la période et que cette mesure a été suffisante au regard des conditions concrètes d'exposition de l'intéressé. Le CIVEN indique enfin que M. A n'a pas été exposé à un risque de contamination interne, dès lors que la dose maximale annuelle par ingestion d'eau traitée par les bouilleurs ne saurait excéder
0,67 mSv et qu'il n'y a eu aucune retombée radioactive sur le bâtiment De Grasse à la suite des essais atmosphériques pendant la période au cours de laquelle il était à bord.
6. D'une part, cinq essais atmosphériques ont été tirés lors du séjour de M. A en Polynésie française entre les mois de juin et d'août 1971. Il résulte de l'instruction que
M. A a travaillé pour le laboratoire de photographie qui relevait du service des artilleurs et qu'à ce titre, il était chargé du chronométrage des caméras ultra rapides installées sur la proue du croiseur anti-aérien De Grasse lors des essais atmosphériques, sans autre protection que des lunettes du type de celles utilisées par les soudeurs et ce notamment lors des essais " Encelade " du 12 juin 1971 et " Rhéa " du 14 août 1971 qui ont été les plus puissants. Il précise que, lors du décompte à rebours, il avait ordre de tourner le dos au tir, dix secondes avant le tir et jusqu'à dix secondes environ après le tir, et qu'il était alors autorisé à se tourner vers la zone de tir, ce qui lui permettait de voir la " boule de feu en train de grossir ", puis l'apparition des " trois anneaux blancs concentriques " et enfin le champignon. Une attestation du responsable du service " artillerie-météorologie " confirme que M. A travaillait pour le laboratoire de photographie et participait à la prise de films pendant les essais. En outre, il résulte également de l'instruction et notamment des relevés de la dosimétrie d'ambiance produits par le CIVEN qu'en août 1971, à la suite de l'essai " Phoebé " du 8 août 1971, une dose de 0,75 mSv a été enregistrée par le dosimètre collectif du croiseur anti-aérien De Grasse. Il est constant que
M. A n'a été soumis à aucune mesure individuelle de l'exposition externe qu'il aurait pu subir après ce tir ou encore les tirs " Encelade " et " Rhéa " qu'il a filmés.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que le croiseur De Grasse retournait mouiller à proximité de l'atoll de Mururoa quelques heures après les tirs, dès lors qu'il hébergeait le service mixte de sécurité radiologique chargé des prélèvements sur la faune et la flore après chaque essai. Il résulte de l'instruction qu'il n'y avait alors aucune restriction aux activités de baignade dans le lagon. Il résulte également de l'instruction que l'eau à bord du croiseur anti-aérien n'était pas servie en bouteilles mais provenait de la désalinisation de l'eau de mer par des bouilleurs. L'eau des bouilleurs était également utilisée pour la cuisine. En outre, il est constant que M. A n'a fait l'objet d'aucune mesure de surveillance de la contamination interne.
8. Par suite, eu égard aux conditions concrètes d'exposition de l'intéressé, compte-tenu des circonstances qui viennent d'être rappelées, les résultats de trois dosimètres d'ambiance à bord du croiseur De Grasse pour les mois de juillet et d'août 1971, dont l'un fait état de retombées des tirs, ne peuvent suffire à établir que M. A aurait reçu une dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français inférieure à la limite de 1 mSv par an, en l'absence, d'une part, de mesures de surveillance individuelle de la contamination interne ou externe et, d'autre part, de mesures collectives de surveillance à la suite des deux essais du mois de juin 1971, alors que de telles mesures auraient été nécessaires.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui bénéficie de la présomption légale de causalité, est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 novembre 2020 du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires et l'indemnisation des préjudices qu'il a subis en raison de son exposition aux rayonnements ionisants au cours de son séjour en Polynésie française.
Sur l'évaluation du préjudice :
10. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ".
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A est fondé à obtenir la réparation intégrale des préjudices résultant des maladies qu'il a contractées en raison de son exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français. Toutefois, l'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier la réalité et l'étendue des préjudices directement liés aux pathologies dont il souffre. Dès lors, il y a lieu, avant d'évaluer le montant de la réparation, d'ordonner une expertise sur ce point dans les conditions précisées par le dispositif du présent jugement et, dans les circonstances de l'espèce, de mettre provisoirement à la charge de l'Etat (CIVEN), les frais et honoraires de cette expertise.
Sur la demande de provision :
12. Le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
13. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est tenu de réparer les conséquences dommageables de la maladie de M. A. En l'état de l'instruction, il y a lieu de condamner l'Etat à verser au requérant une allocation provisionnelle de 20 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 23 novembre 2020 du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires est annulée.
Article 2 : L'Etat (CIVEN) est condamné à réparer intégralement les conséquences dommageables des maladies dont souffre M. A résultant de son exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français.
Article 3 : Il sera, avant d'évaluer le montant de la réparation, procédé par un expert désigné par le président du tribunal administratif à une expertise avec mission pour l'expert de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et procéder à l'examen sur pièces de son dossier médical ainsi qu'à son examen clinique, recueillir les doléances de M. A et, au besoin, de ses proches ;
2°) décrire l'état de santé de M. A à la date de l'expertise, l'évolution de ses pathologies, les soins, examens, traitements, actes médicaux et chirurgicaux qu'elles ont nécessités ;
3°) dire si l'état de santé de M. A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation pour chacune de ses pathologies ; dire si l'état de santé de celui-ci est susceptible de modification, en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité ;
4°) préciser la nature et l'étendue des préjudices subis par M. A en lien direct avec ses maladies ;
5°) dire si ces pathologies ont entraîné une incapacité temporaire ou permanente, totale ou partielle, et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
6°) dire si l'état de M. A en lien avec ces pathologies ont nécessité l'assistance d'une tierce personne et fixer, en conséquence, les modalités, la qualification et la durée de cette assistance pour ces différentes pathologies ;
7°) évaluer, s'il y a lieu, la perte de revenus temporaire subie par M. A ;
8°) évaluer les préjudices patrimoniaux permanents de M. A ;
9°) décrire les frais et les dépenses de santé exposés par M. A en lien avec ses pathologies, avant et après la consolidation de son état de santé ;
10°) donner son avis sur l'existence de préjudices extrapatrimoniaux en lien avec les pathologies dont souffre M. A et, le cas échéant, en évaluer l'importance, s'agissant des souffrances endurées et du préjudice esthétique, en distinguant entre préjudices temporaires et permanents, ainsi que les préjudices d'agrément, sexuel et d'anxiété lié à ses pathologies évolutives ;
11°) fournir au tribunal tous les éléments utiles sur l'existence éventuelle d'autres préjudices et la réparation des préjudices subis par M. A.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. A et de l'Etat (CIVEN). Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement. L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en cheffe du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 6 : A tout moment au cours de sa mission, l'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le tribunal et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.
Article 7 : Le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires fera l'avance des frais d'expertise, dont la charge définitive sera déterminée en fin d'instance.
Article 8 : Le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires est condamné à verser à M. A la somme provisionnelle de 20 000 euros.
Article 9 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Thalabard, première conseillère,
- Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 16 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. GrenierL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
M. Thalabard
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026