vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100409 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HALNA DU FRETAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés 25 janvier 2021 et 22 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Halna du Fretay, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser des intérêts à taux légal avec capitalisation des intérêts sur la somme de 12 303,73 euros à compter du 23 octobre 2020, date de sa demande préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 22 633,61 euros majorée des intérêts de droit avec capitalisation des intérêts échus à compter du 23 octobre 2020, date de sa demande préalable ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire du ministère des armées est irrecevable car il a été produit plus d'un an après la mise en demeure et la clôture d'instruction ;
- le retard pris pour le versement de ces indemnités journalières dues à compter d'octobre 2019 et versée seulement le 26 novembre 2020 après l'introduction de sa demande indemnitaire préalable du 23 octobre 2020 est fautif ;
- ce retard lui a causé un préjudice financier à hauteur de 12 633,61 euros du fait qu'elle a subi des découverts bancaires, qu'elle a dû emprunter de l'argent à sa famille et utiliser son épargne, et celle de son conjoint, en prélevant plus de 7 000 euros sur son livret A et en fermant les plans épargne logement de son couple ;
- ce retard lui a causé un préjudice moral dont elle demande l'indemnisation à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pottier,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Halna du Fretay, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, agent hospitalier à l'hôpital d'instruction des armées de Brest Clermont-Tonnerre depuis le 1er janvier 2014, a été placée en congé maladie ordinaire du 1er octobre 2019 au 17 avril 2020 et radiée du ministère des armées à compter du 1er octobre 2019 à sa demande. Elle a été placée en congé pathologique du 18 avril au 1er mai 2020, puis en congé maternité du 2 mai au 21 août 2020. Par plusieurs lettres recommandées avec accusé de réception de janvier à mai 2020, la première datant du 17 janvier 2020, Mme A a demandé à son employeur le versement de ses indemnités de congés maladie, grossesse et maternité. Le 23 octobre 2020, Mme A a présenté un recours préalable indemnitaire tendant au versement des intérêts à taux légal avec capitalisation des intérêts sur la somme de 12 303,73 euros, ainsi qu'au versement de la somme de 22 633,61 euros, en réparation des préjudices financier et moral causés par le retard de paiement. Le 26 novembre 2020, le ministère des armées lui a versé la somme de 12 303,73 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 22 633,61 euros avec intérêts au taux légal et capitalisation de ces intérêts à compter de la date de la demande préalable, en réparation de son préjudice financier et moral, ainsi qu'à lui verser les intérêts au taux légal avec capitalisation des intérêts sur la somme de 12 303,73 euros.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. En vertu de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet, le président de la formation de jugement du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel peut lui adresser une mise en demeure. Aux termes de l'article R. 612-6 du même code : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant " ;
3. Devant les juridictions administratives et dans l'intérêt d'une bonne justice, le juge a toujours la faculté de rouvrir l'instruction, qu'il dirige, lorsqu'il est saisi d'une production postérieure à la clôture de celle-ci. Il lui appartient, dans tous les cas, de prendre connaissance de cette production avant de rendre sa décision et de la viser. S'il décide d'en tenir compte, il rouvre l'instruction et soumet au débat contradictoire les éléments contenus dans cette production qu'il doit, en outre, analyser.
4. En l'espèce, le mémoire en défense produit par le ministre de la défense a été communiqué à Mme A, ce qui a eu pour effet et pour objet de rouvrir l'instruction et de le soumettre au débat contradictoire. Il en résulte que le ministre de la défense ne peut être réputé acquiescer aux faits exposés dans les écritures de Mme A.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité de l'Etat :
5. Il résulte de l'instruction que malgré des demandes régulières présentées à son ancien employeur depuis le 17 janvier 2020 aux fins de se voir verser des indemnités journalières dues au titre de ses congés maladie, pathologique, puis maternité à compter du 1er octobre 2019, Mme A n'a perçu ces indemnités que le 26 novembre 2020, après réception de sa demande indemnitaire préalable le 23 octobre 2020 par son employeur. Ni la circonstance que Mme A a saisi l'administration d'une demande expresse seulement le 17 janvier 2020, ni les difficultés techniques mentionnées dans le mail du 21 juillet 2020, ne sont de nature à justifier le retard avec lequel ces indemnités journalières lui ont été versées. Ce délai excessif dans les circonstances de l'espèce doit être regardé comme fautif et de nature à engager la responsabilité de l'administration. Mme A peut ainsi prétendre à l'indemnisation des préjudices qui en découlent.
Sur l'évaluation du préjudice matériel et moral :
6. Mme A demande l'indemnisation du préjudice matériel qu'elle impute au retard dans le paiement des indemnités journalières qui lui étaient dues entre le 1er octobre 2019 et le 26 novembre 2020, en faisant état de frais de découvert et de perte des produits d'épargne sur des PEL qu'elle a clôturés, ainsi que sur un livret A. Toutefois ce préjudice matériel doit être regardé comme indemnisé par les intérêts versés au titre des dispositions de l'article 1231-6 du code civil et qui ont vocation à compenser l'indisponibilité des sommes versées avec retard. Dès lors, la demande de Mme A tendant au remboursement des sommes correspondant à l'épargne qu'elle a dû mobiliser et aux emprunts contractés auprès de ses proches pour faire face à l'absence de revenus liée au versement tardif de ses indemnités journalières doit être rejetée.
7. En revanche, il résulte de l'instruction que malgré des demandes régulières présentées à son employeur depuis le 17 janvier 2020 aux fins de se voir verser les indemnités journalières dues depuis le 1er octobre 2019, Mme A n'a perçu ces indemnités que le 26 novembre 2020, après le dépôt d'une demande indemnitaire préalable, et que cette absence de rémunération durant un an l'a amenée à emprunter de l'argent à ses proches, à mobiliser l'épargne existant sur son livret A à hauteur de plus de 7 000 euros, à clôturer les deux plans d'épargne détenus par son couple, et à multiplier les démarches pour obtenir le paiement des indemnités dues. Elle établit en outre avoir été affectée par un syndrome anxio-dépressif dont atteste son médecin traitant par un certificat du 8 octobre 2020, provoqué, durant sa grossesse à risque, par cette absence de rémunération pendant presque un an. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A à ce titre en l'évaluant à la somme de 4000 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
8. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire. ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts des sommes allouées par le juge sont dus à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette somme, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
En ce qui concerne le versement des intérêts et de leur capitalisation sur la créance de 12 303,73 euros dont s'est acquittée l'administration le 26 novembre 2020 :
9. En application des dispositions précitées du code civil, Mme A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 23 octobre 2020, date à laquelle l'administration a reçu sa demande préalable d'indemnisation. L'administration s'étant acquittée de la créance de 12 303,73 euros le 26 novembre 2020, Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur cette somme pour la période courant du 23 octobre 2020 au 26 novembre 2020. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à valoir sur la somme de 12 303,73 euros, le ministre de la défense s'étant acquitté de cette créance le 26 novembre 2020.
En ce qui concerne le versement des intérêts et de leur capitalisation sur la somme demandée au titre des préjudices :
10. Mme A a droit aux intérêts au taux légal dus en application des dispositions précitées du code civil sur la somme de 4 000 euros à compter du 23 octobre 2020, date à laquelle l'administration a reçu sa demande préalable d'indemnisation. La capitalisation des intérêts à valoir sur cette somme ayant été demandée le 25 janvier 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 4 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 23 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 23 octobre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A les intérêts au taux légal sur la somme de 12 303,73 euros pour la période courant du 23 octobre 2020 au 26 novembre 2020.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
F. Pottier
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026