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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100448

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100448

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100448
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantSOCIETE D' AVOCATS ALIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 26 janvier 2021 et le 24 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Marchix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor a refusé de lui accorder une remise de dette d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 10 302,39 euros au titre de la période du 1er janvier 2018 au 30 juin 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette de revenu de solidarité active ou de lui accorder une remise partielle de sa dette ;

3°) de mettre à la charge du département des Côtes-d'Armor la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 26 novembre 2020 est entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'il n'a pas été statué sur l'ensemble de ses demandes ;

- la décision du 26 novembre 2020 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions pour avoir le bénéfice du revenu de solidarité active ;

- elle est de bonne foi ;

- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser cette dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021 le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les observations de Me Perennou, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B bénéficiait d'un droit au revenu de solidarité active depuis juillet 2017. En juillet 2019, Mme B a contacté la caisse d'allocations familiales (CAF) des

Côtes-d'Armor afin de l'informer qu'elle exerce une activité professionnelle en Suisse. Un contrôle est ensuite diligenté par les services de l'organisme afin de déterminer la résidence de l'allocataire. Suite au contrôle de la situation de Mme B, la CAF des Côtes-d'Armor a constaté que quatre des cinq plus récentes déclarations trimestrielles de ressources ont été effectuées en Suisse et que l'étude des relevés bancaires de Mme B portant sur les trois dernières années indique qu'elle ne réside plus dans le département des Côtes-d'Armor. Le

28 août 2020, Mme B est informée des conclusions du contrôleur et de l'examen de sa situation par la commission administrative de fraude pour fausse déclaration de résidence dans le département des Côtes-d'Armor depuis le 6 janvier 2018. Suite au constat d'incohérences relevées dans le cadre d'un contrôle de sa situation et en particulier de sa résidence, Mme B s'est vue réclamer la somme de 10 302,39 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active pour la période de janvier 2018 à juin 2020 et un indu de prime d'activité au titre de la période d'octobre 2019 à juin 2020. Par une lettre en date du 21 octobre 2020, Mme B a contesté l'indu et sollicité une remise de sa dette. Par la décision du 26 novembre 2020, le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor a refusé d'accorder la remise de dette sollicitée et confirmé l'indu mis à la charge de la requérante. Mme B demande l'annulation de cette décision et de lui accorder une remise totale de sa dette.

Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active et de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par une lettre en date du

21 octobre 2020 Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire pour " une demande de remise totale de cette créance " que la décision litigieuse en date du

26 novembre 2020 a rejeté en indiquant les dispositions sur lesquelles elle se fonde, le montant de l'indu mis à sa charge, sa période de référence ainsi que son origine à savoir l'absence de résidence dans le département des Côtes-d'Armor. Ainsi, compte tenu des termes de la demande, dénués d'ambiguïté, formée par Mme B tendant à l'obtention d'une remise de sa dette, elle n'est pas fondée à soutenir que le président du département des Côtes-d'Armor a entaché sa décision d'un défaut d'examen.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir les conditions de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France.

6. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives notamment à sa résidence, à sa situation familiale, à ses activités et à l'ensemble des ressources du foyer. Si l'autorité administrative est en mesure d'établir que le bénéficiaire a dissimulé des éléments de sa situation et ne pouvait en réalité pas prétendre au bénéfice de ces allocations, elle est en droit d'y mettre fin et, sous réserve des délais de prescription, de décider de récupérer les sommes qui ont ainsi été indûment versées à l'intéressé.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu dont il est demandé le remboursement à Mme B a pour origine la prise en compte de l'absence de résidence en France de l'intéressée à partir du 6 janvier 2018, absence qui n'a été découverte par la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor qu'en septembre 2020 après avoir diligenté une enquête administrative. Mme B soutient que bien qu'elle ait résidé quelques temps en Suisse pour des raisons professionnelles, son adresse est restée celle communiquée à la CAF des

Côtes-d'Armor lors de ses déclarations successives. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté que Mme B a vécu en Suisse de la période allant de janvier 2018 jusqu'à sa déclaration en juillet 2019, soit une période de plus de trois mois tout en percevant de façon continue le revenu de solidarité active. Il résulte également de l'instruction que la requérante n'a pas signalé à l'organisme chargé de verser sa prestation les informations relatives à son lieu de résidence. Si elle soutient avoir à maintes reprises contacté les services de la CAF des Côtes-d'Armor pour les informer de sa situation elle ne rapporte pas la preuve de l'avoir fait en temps utile c'est-à-dire immédiatement après son changement de situation mais tardivement à partir de juillet 2019 plus d'un an après avoir perçu à tort le revenu de solidarité active. Au surplus, le caractère de fraude a été retenu par la commission des pénalités dans sa séance du 8 février 2021. Eu égard aux éléments précités, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de Côtes-d'Armor a pris la décision contestée.

Sur la remise gracieuse :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant, de la part de l'allocataire, un manquement à ses obligations déclaratives.

10. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il l'a été dit au point 7, que l'indu de revenus de solidarité active mis à la charge de Mme B résulte de ce qu'elle a omis de déclarer son changement de résidence à l'étranger à compter du mois de janvier 2018 et qu'elle ne justifiait, dès lors, d'aucune résidence stable et effective en France au sens de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Eu égard au caractère réitéré de cette omission pendant plus d'un an et de l'absence de justifications convaincantes données par l'intéressée sur ce point, cette omission déclarative doit être regardée comme procédant d'une volonté de dissimulation constituant en conséquence une fausse déclaration au sens de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et faisant obstacle à ce que lui soit accordée une remise gracieuse de sa dette. Par ailleurs et en tout état de cause, si Mme B soutient se trouver dans une situation de précarité de nature à justifier la remise gracieuse de sa dette, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la remise gracieuse de la totalité de sa dette et celles tendant à une remise partielle doivent être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions de Mme B présentées à ce titre doivent être rejetées.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Président du conseil départemental des Côtes-d'Armor.

Copie en sera transmise au directeur de la caisse d'allocations familiales des Côtes d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

G. DescombesLa greffière,

Signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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