LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100504

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100504

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100504
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantL'HOSTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, Mme B C représentée par Me L'Hostis, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier (CH) des Pays de Morlaix à lui verser les sommes qu'elle détaille dans ses écritures en réparation des préjudices résultant de la maladie professionnelle contractée par son époux, ces sommes portant intérêts à compter du 3 novembre 2014 et les intérêts étant capitalisés ;

2°) de mettre à la charge du CH des Pays de Morlaix la somme de 5 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal la responsabilité pour faute du CH des Pays de Morlaix est engagée : le CH a exposé D à un risque, les mesures de sécurité requises pour l'utilisation de produits toxiques n'étant pas respectées ;

- à titre subsidiaire, il y a lieu de retenir la responsabilité sans faute de l'établissement ;

- les préjudices de D doivent être indemnisés comme suit :

*dépenses de santé actuelles : 954, 09 € ;

*frais divers : 22 827, 50 € ;

*perte de gains professionnels : 10 659 € ;

*déficit fonctionnel temporaire : 25 000 € ;

*souffrances endurées : 30 000 € ;

*préjudice esthétique temporaire : 15 000 € ;

- ses propres préjudices doivent être indemnisés comme suit :

*frais d'obsèques : 3 926, 46 € ;

*perte de revenus : 72 232,42 € ;

*frais de déplacement : 18 453 € ;

*frais d'assistance par tierce personne : 12 307,18 € ;

*préjudice d'affection : 30 000 € ;

*préjudice d'accompagnement : 30 000 € ;

La procédure a été communiquée au CH des Pays de Morlaix qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me L'Hostis, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. D employé par le CH des Pays de Morlaix en qualité d'ouvrier professionnel buandier, a été placé à compter du 3 novembre 2014 en congé de longue maladie puis de longue durée pour un cancer de l'œsophage dont il a sollicité le 15 juin 2015 la reconnaissance de l'imputabilité au service. Par décisions des 8 et 19 août 2016, le directeur de l'établissement a refusé de faire droit à cette demande. Le recours gracieux formé le 24 août 2016 par D a été rejeté le 7 septembre 2016. D est décédé le 23 avril 2018 des suites de sa pathologie. Par un jugement du 19 mai 2021, le tribunal a annulé les décisions des 8 et 19 août 2016 ainsi que celle du 7 septembre 2016 et a enjoint au directeur du CH des Pays de Morlaix de reconnaître la pathologie de D comme imputable au service et de lui accorder à ce titre ainsi qu'à son épouse, le bénéfice des dispositions de la loi du 9 janvier 1986. Par une réclamation du 30 septembre 2020 reçue le 6 octobre suivant, Mme C a saisi le CH des Pays de Morlaix d'une demande tendant à l'indemnisation des préjudices de son époux ainsi que de ses propres préjudices. Cette demande a été implicitement rejetée par l'établissement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils de l'Etat qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services, qui doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de cette incapacité. Les articles 36 et 37 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des agents affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales prévoient des règles comparables au profit de ces agents. En vertu des articles 40 et suivants du même décret, les ayants cause de ces agents et notamment leurs conjoints ont droit sous certaines conditions à une pension de réversion, à laquelle s'ajoute le cas échéant la moitié de la rente d'invalidité dont le fonctionnaire bénéficiait ou aurait pu bénéficier.

3. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'une maladie professionnelle ainsi que ses ayants cause peuvent prétendre au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elle ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité. Ces dispositions ne font pas davantage obstacle à une telle action introduite par les ayants cause du fonctionnaire concerné en réparation de leurs préjudices propres.

Sur la responsabilité pour faute du CH des Pays de Morlaix :

4. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". L'article L. 4121-1 du code du travail, applicable aux établissements de santé mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée en vertu de l'article L. 4111-1 du même code, dispose : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". Aux termes de l'article L. 4121-2 de ce code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : / 1° Eviter les risques ; / 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; / 3° Combattre les risques à la source ; / 4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ; / 5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ; / 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ; / 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral, tel qu'il est défini à l'article L. 1152-1 ; / 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ; / 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs ". Le manquement à l'obligation légale de sécurité et de protection de la santé à laquelle l'employeur est tenu envers le travailleur a le caractère d'une faute lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était soumis le travailleur et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver.

5. Par jugement définitif du 19 mai 2021, le tribunal a, notamment au vu de l'expertise médicale qu'il a ordonnée, reconnu l'existence d'un lien entre la pathologie cancéreuse dont D est décédé le 23 avril 2018 et son exposition au perchloroéthylène dans le cadre de son activité professionnelle en retenant l'existence d'une exposition indirecte mais régulière de l'agent aux vapeurs de perchloroéthylène de 2001 à 2009 puis irrégulière jusqu'en 2014, l'activité professionnelle de D ayant pu être reconstituée à partir des indications contenues dans les rapports établis par le médecin du travail du CH des Pays de Morlaix ainsi que des informations communiquées par D de son vivant. Il est ainsi établi que de mars 1978 à 2001 D a été affecté sur le poste triage-lavage de l'établissement, le lavage étant effectué d'abord en laveuse jusqu'en 1995, puis à compter de cette date, en tunnel de lavage approvisionné en produits lessiviels par un système de pompe. A compter de 2001, une machine Diseco fonctionnant avec du perchloroéthylène a été installée dans la blanchisserie, et ce jusqu'en 2009, soit pendant 8 ans, ce produit étant pour partie évacué et pour partie recyclé. Aucune mesure d'extraction mécanique et spécifique des vapeurs dégagées n'ayant été mise en place par le CH, son évacuation avait lieu par des soupiraux ou ventaux situés en avant et en arrière de la machine, D ayant déclaré au médecin du travail que l'extraction d'air de la pièce ne fonctionnait pas en permanence, ce qui a été confirmé par le chef de la sécurité de l'établissement. Le remplissage de la machine s'effectuait au moyen d'une canne plongeuse dans un bidon de 25 litres, opération au cours de laquelle selon l'expert, le perchloroéthylène, hautement volatil, pouvait se diffuser. En l'absence de documents comptables relatifs aux bidons utilisés et de justificatifs d'entretien de la machine produits par le CH, l'expert a indiqué qu'il n'avait pas été possible d'apprécier le nombre de remplissages de celle-ci, utilisée chaque année, des appoints en perchloroéthylène étant également effectués en sus de son remplissage, en fonction du nombre de cycles réalisés. L'expert a toutefois relevé que l'exposition au perchloroéthylène avait lieu à chaque utilisation de la machine ainsi que lors du raclage des boues imbibées de ce produit. Bien que D ait exercé à compter de 2001 des tâches administratives, il résulte cependant de l'instruction et notamment des schémas des lieux qu'il a produits, que son bureau était situé à proximité immédiate du lieu de stockage de la machine de lavage et qu'il pouvait être en contact indirect avec les vapeurs de perchloroéthylène, la porte de son bureau, au demeurant non étanche, restant ouverte, la porte coupe-feu de ce local donnant sur la zone de travail étant, selon ses dires non contestés, souvent maintenue ouverte afin d'atténuer les bruits du tunnel de lavage et de favoriser l'évacuation des vapeurs résiduelles. D s'est régulièrement plaint auprès de son encadrement d'être incommodé par les odeurs de cette machine lorsqu'il se trouvait dans son bureau, ce qui a été confirmé par un mail du 24 août 2015 de son encadrement, un de ses collègues agent d'entretien dans l'établissement ayant également indiqué dans une attestation avoir été incommodé par les vapeurs de produit. Par ailleurs, en sus de ses tâches administratives, D secondait ses deux collègues dans l'utilisation de la machine de lavage. Après le démontage de cette machine en 2009, l'expert a relevé que 3 bidons de 25 litres de perchloroéthylène étaient restés stockés au sein de la blanchisserie, leur sortie de stock n'étant intervenue qu'en 2011, 2012 et 2014, permettant de présumer que ce produit avait continué à être utilisé postérieurement à 2009, ce qui a été confirmé par le témoignage de l'agent d'entretien précité.

6. Le CH des pays de Morlaix n'a produit aucun élément permettant d'établir qu'il aurait pris les mesures préventives nécessaires à la protection de la santé et de la sécurité de son agent prévues par les articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail en prenant toute disposition utile afin de permettre l'évacuation des vapeurs dégagées par l'utilisation du perchloroéthylène et de soustraire D à son inhalation, alors par ailleurs qu'il n'est pas contesté qu'il était informé du caractère défectueux de l'évacuation existante et de l'incommodation de son agent exposé à ces vapeurs. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le CH des Pays de Morlaix a commis une faute en méconnaissant l'obligation de sécurité à laquelle il était astreint en application des dispositions citées au point 4.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de D :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

7. En premier lieu, Mme C justifie de frais pharmaceutiques restés à la charge de son époux à hauteur de la somme de 954,09 €, dont il y a lieu de lui accorder le remboursement.

8. En deuxième lieu, la requérante sollicite la condamnation du CH des Pays de Morlaix à lui verser une somme de 22 827,50 € correspondant d'une part à des frais exposés par D pour l'entretien de son jardin à hauteur de 1 407,50 €, d'autre part à des frais d'assistance par tierce personne entre le 3 novembre 2014 et le 21 avril 2018, estimés à une heure par jour représentant une somme totale de 21 420 €. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et notamment des documents médicaux produits, que l'état de santé de D, dont les médecins ont relevé lors des opérations d'expertise des 14 décembre 2015 et 27 juillet 2016, le bon état général malgré sa pathologie, aurait justifié le recours à un tiers pour l'entretien de son jardin ou pour l'assister dans les actes de la vie courante, alors par ailleurs que D avait comme antécédents une polyarthrite rhumatoïde et qu'il a présenté en juin 2015 des troubles neurologiques qui se sont améliorés en septembre 2015 sans toutefois se normaliser et dont il n'est pas établi qu'ils seraient en lien avec sa pathologie cancéreuse. D a par ailleurs subi en juin 2016 une acromioplastie pour une pathologie tendineuse de l'épaule droite. La demande présentée à ce titre doit donc être rejetée.

9. En troisième lieu, la requérante sollicite le paiement d'une somme de 10 659 € correspondant au préjudice de D résultant du non versement de ses primes d'activités annuelles durant son congé de longue maladie puis de longue durée et de sa rémunération à mi traitement à compter du 2 novembre 2017. Il résulte des avis d'imposition produits aux débats que les revenus de D se sont élevés à 27 450 € en 2014, année au cours de laquelle il a perçu son plein traitement. Ils ont été de 25 032 € en 2015, de 25 744 € en 2016, de 21 792 € en 2017 et de 8 273 € du 1er janvier au 23 avril 2018. La perte de revenus subie par D s'élève dont à 2 418 € en 2015, à 1 706 € en 2016, à 5 658 € en 2017 et à 150 € en 2018 soit un total de 9 932 € qu'il y a lieu de condamner le CH des Pays de Morlaix à verser à Mme C, dont à déduire les sommes susceptibles de lui avoir été versées à ce titre par le CH en exécution du jugement du 19 mai 2021.

S'agissant des préjudices personnels :

Sur le déficit fonctionnel temporaire :

10. Il résulte des documents médicaux produits que suite à la découverte de sa pathologie en 2014, D a suivi une radiothérapie et une chimiothérapie au cours des mois de décembre 2014 et janvier 2015. Il a subi le 24 mars 2015 au CH de Morlaix une oesophagectomie avant d'être transféré le 14 avril 2015 en réanimation au CHU de Rennes suite à la survenance de complications et est resté hospitalisé dans cet établissement avant d'être transféré le 28 mai 2015 au centre de rééducation fonctionnelle de Perharidy à Roscoff où il est demeuré jusqu'au 15 juin 2015. Compte tenu de ces éléments et en l'absence de production par la requérante de tout autre élément médical permettant au tribunal d'apprécier l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire postérieurement à cette date, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant pour cette période à la somme de 2000 €.

Sur les souffrances endurées :

11. Il résulte de l'instruction que D a subi une cure de radiothérapie et de chimiothérapie et une opération chirurgicale le 24 mars 2015 dont les suites ont été marquées par des complications caractérisées par la survenance d'une détresse respiratoire avec choc septique en rapport avec une fistule oesophagienne nécessitant une reprise chirurgicale le 1er avril 2015 suivie d'un séjour prolongé en réanimation suite à de nouvelles complications avec syndrome de détresse respiratoire aigüe sévère, insuffisance rénale aigüe, flutter auriculaire, abcès pulmonaire, l'état de santé de D nécessitant la mise en place d'une jéjunostomie d'alimentation. D a également été astreint à une rééducation fonctionnelle. En l'absence de tout autre élément permettant d'apprécier d'avantage l'existence et l'ampleur du préjudice subi, il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant compte tenu de ce qui a été indiqué précédemment à la somme de 15 000 €, incluant un préjudice moral résultant de l'annonce à D d'une pathologie de mauvais pronostic susceptible d'être en lien avec l'exercice de son activité professionnelle

Sur le préjudice esthétique temporaire :

12. Compte tenu des soins nécessités par la pathologie de D et des complications décrites ci-dessus, qui ont rendu notamment nécessaire la mise en place de drains thoraciques, d'une sonde nasogastrique puis d'une jéjunostomie d'alimentation, ce poste de préjudice sera justement évalué à la somme de 3 000 €

En ce qui concerne les préjudices de Mme C :

Sur les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des pertes de revenus :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Mme C ne peut prétendre à la réparation que des préjudices patrimoniaux qui ne sont pas réparés forfaitairement par la pension de réversion qu'elle perçoit.

14. Si Mme C soutient que son revenu constitué d'une pension de retraite et d'une pension de réversion s'est élevé à 32 260 € en 2019 et qu'elle subit une perte de revenus annuelle de 2 672, 80 €, l'intéressée a vocation à percevoir suite au jugement du 19 mai 2021 la majoration de la pension de réversion citée au point 3, dont il n'est ni établi ni même soutenu qu'elle ne pourrait en bénéficier. Il n'est pas démontré qu'après versement de cette majoration, Mme C subirait une perte de revenus susceptible d'ouvrir droit à indemnisation. Dans ces conditions, l'existence d'un préjudice économique de la requérante n'est pas établi.

S'agissant des frais d'obsèques :

15. Il est justifié de frais d'obsèques à hauteur de la somme de 3 926,46 € dont il y a lieu d'accorder le remboursement à Mme C.

S'agissant des frais de déplacement :

16. Il résulte de l'instruction que D a été hospitalisé du 14 avril au 28 mai 2015 au CHU de Rennes et du 28 mai au 15 juin 2015 au centre de rééducation fonctionnelle de Roscoff respectivement situés à 187 km et 26 km du domicile de Mme C. Compte tenu du barème des indemnités kilométriques applicable à un véhicule de 7 CV, dont il est produit la carte grise, il y a lieu d'accorder à Mme C la somme totale de 10 441,06 € pour se rendre au chevet de son époux une fois par jour au cours des périodes d'hospitalisation précitées, la requérante ne produisant aucun justificatif au soutien de ses déclarations selon lesquelles D aurait été également hospitalisé du 15 mars au 21 avril 2018.

S'agissant des frais de jardinage :

17. Mme C sollicite l'indemnisation de frais de jardinage pour l'entretien de son jardin, auparavant assuré par son époux sur la base d'une rente annuelle de 455, 40 euros. Compte tenu de l'espérance de vie de son époux qui aurait été âgé de 64 ans à la date du jugement, il y a lieu d'accorder à Mme C la somme totale de 8 000 euros en réparation de ce poste de préjudice, incluant la somme de 455,40 euros qu'elle justifie avoir exposé à ce titre en 2020. [AA2]

Sur les préjudices extra patrimoniaux :

18. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme C en raison du décès de son époux à l'âge de 60 ans et de son préjudice d'accompagnement durant sa pathologie cancéreuse en l'évaluant à la somme totale de 30 000 €.

19. Il résulte de ce qui précède, qu'il y a lieu de condamner le CH des Pays de Morlaix à verser à Mme C la somme de 30 886,09 € au titre de la succession de D et la somme de 52 367,52 € en réparation de ses propres préjudices.

Sur les intérêts et la capitalisation :

20. D'une part, Mme C a droit aux intérêts sur les sommes qui lui sont dues à compter du 6 octobre 2020, date de réception par le CH des Pays de Morlaix de sa réclamation préalable.

21. D'autre part, Mme C a demandé la capitalisation des intérêts le 29 janvier 2021. A cette date, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, si la demande de capitalisation reste recevable, elle ne peut avoir effet qu'à la date à laquelle il sera dû au moins une année d'intérêts. Par suite, les intérêts échus à compter du 6 octobre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés au litige :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH des Pays de Morlaix la somme de 1 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le CH des Pays de Morlaix est condamné à verser à Mme C la somme de 30 886,10 € au titre de la succession de D et la somme de 52 367,52 € en réparation de ses propres préjudices, dont à déduire les sommes susceptibles d'avoir été versées en exécution du jugement du 19 mai 2021 Ces intérêts porteront intérêts à compter du 6 octobre 2020 et seront capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts à compter du 6 octobre 2021.

Article 2 : Le CH des Pays de Morlaix versera à Mme C la somme de 1 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et le centre hospitalier des Pays de Morlaix.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

[SC1]Anonymisation '

[AA2]

Je te propose de réduire un peu les frais de jardinage. J'ai repris les écritures de la requérante qui demande la capitalisation à compter du décès. Mais avant notre jugement elle ne justifie avoir exposé que la somme de 455,40 euros. J'ai capitalisé cette somme à compter du jugement et arrondi à 8 000 euros au total.

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions