vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100549 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VALLANTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2021 et le 23 avril 2023, M. C B et Mme E A épouse B, représentés par Me Vallantin, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Crozon à leur verser la somme de 80 850, 07 euros en réparation des préjudices subis à raison des fautes de la commune ;
2°) de majorer cette somme des intérêts au taux légal depuis le 27 novembre 2020 et de capitaliser les intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Crozon la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune de Crozon a commis des fautes qui engagent sa responsabilité, d'une part, en délivrant le 5 juin 2007 un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la constructibilité de la parcelle cadastrée section VX n° 38 dont M. et Mme B sont devenus propriétaires sans mentionner les restrictions de la loi littoral, d'autre part, en classant cette parcelle en zone constructible au plan d'occupation des sols approuvé le 6 mai 1998, modifié le 2 mars 2001 puis au plan local d'urbanisme approuvé le 9 juillet 2015, modifié le 10 septembre 2018 ;
- il existe un lien de causalité entre les fautes commises et les préjudices qu'ils ont subis ;
- leur préjudice s'élève à la somme 80 850,07 euros, correspondant à la perte de valeur vénale de la parcelle à hauteur de 67 225,34 euros, aux frais de notaire à hauteur de 5 074,73 euros, aux frais d'agence à hauteur de 3 550 euros et à leur préjudice moral à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, la commune de Crozon, représentée par la SELARL Le Roy, F, D, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme B le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute eu égard aux difficultés d'interprétation de la loi littoral et de la jurisprudence relative à cette dernière ;
- les époux B n'ayant entrepris aucune démarche tendant à construire sur le terrain pendant douze ans et n'étant pas intervenus au cours de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de Presqu'Île de Corzon Aulne Maritime qui a classé leur parcelle en zone N ne démontrent pas que l'acquisition du terrain était subordonnée à ce qu'il soit constructible. Il n'existe pas de lien de causalité entre les fautes alléguées et d'éventuels préjudices ;
- sur les préjudices :
- la perte de valeur vénale doit être calculée au regard du prix d'un terrain de loisir dès lors que le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de Presqu'Île de Corzon Aulne Maritime autorise le stationnement de caravanes et de camping-car pendant une période de trois mois dans cette zone ;
- les requérants ne peuvent pas demander le remboursement total des frais de notaire et d'agence exposés mais seulement le remboursement de la différence entre les frais de notaire versés et ceux qui auraient dû être versés pour la vente d'un terrain de loisir ;
- les requérants, qui n'avaient aucun projet personnel sur la parcelle, n'ont subi aucun préjudice moral.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villebesseix,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Halna du Fretay, représentant M. et Mme B, et H, G, F, D, représentant la commune de Crozon.
Considérant ce qui suit :
1. Le 5 juin 2007, le maire de la commune de Crozon a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la construction d'une maison d'habitation d'une surface de 400 mètres carrés sur la parcelle cadastrée section VX n° 227 située lieu-dit Trez Rouz, classée en zone constructible par le plan d'occupation des sols alors applicable. Par un acte de vente du 25 juillet 2007, M. et Mme B ont acquis cette parcelle au prix de 67 412 euros. Le plan local d'urbanisme de la commune de Crozon approuvé le 9 juillet 2015 a également classé cette parcelle en zone constructible. Le 11 mai 2019, M. B a déposé une demande de certificat d'urbanisme d'information portant sur cette parcelle. Le 29 mai 2019, le maire de Crozon a délivré un certificat d'urbanisme indiquant que " L'attention du demandeur est attirée sur le fait que l'immeuble, bien que situé en zone constructible UH au regard du document d'urbanisme local, ce règlement est inopérant et doit être écarté au profit de l'applicabilité directe de la loi littoral ". Cette parcelle a finalement été classée en zone naturelle par le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la Presqu'Île de Crozon Aulne Maritime approuvé le 17 février 2020. Le 27 novembre 2020, M. et Mme B ont adressé à la commune de Crozon une demande préalable indemnitaire, reçue le 1er décembre 2020 et tendant à la réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis à raison des fautes de la commune qui a classé leur parcelle en zone constructible et qui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel positif les laissant penser que leur terrain était constructible. Le maire de la commune de Crozon ayant implicitement rejeté cette demande, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner la commune de Crozon à leur verser la somme de 80 850,07 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité de la commune :
2. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire s'il en est résulté pour lui un préjudice direct et certain.
3. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ".
4. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dont les dispositions étaient anciennement codifiées au I de l'article L. 146-4 du même code : " L'extension de l'urbanisation doit se réaliser soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement ". Il résulte de ces dispositions, applicables à tout terrain situé sur le territoire d'une commune littorale, que les constructions peuvent être autorisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
5. Il résulte de l'instruction que le secteur du terrain appartement aux époux B comporte une vingtaine de constructions implantées de manière éparse, principalement sur des parcelles de superficie importante le long des voies de communication. Cette zone comprend en son sein des parcelles non bâties. En l'absence d'une densité et d'un nombre de construction significatifs, ce secteur ne peut être regardé comme un village ou une agglomération au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, en délivrant un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la construction d'une maison d'habitation ne mentionnant pas les dispositions précitées du I de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme, le maire de la commune de Crozon a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. Les auteurs du plan d'occupation des sols puis du plan local d'urbanisme ont également commis une faute en classant cette parcelle en zone constructible dès lors que ce classement était incompatible avec les dispositions précitées de l'article L. 146-4, désormais reprises à L. 121-8 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne les causes exonératoires :
7. La commune de Crozon ne peut utilement invoquer, pour s'exonérer de sa responsabilité ou l'atténuer, les difficultés d'interprétation ou d'application des dispositions de la loi littoral. En outre, la circonstance que les requérants n'aient entrepris aucune démarche pour la réalisation d'un projet de construction et qu'ils ne soient pas intervenus au cours de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal qui a classé leur parcelle en zone naturelle n'est pas davantage de nature à exonérer la commune de sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
8. La responsabilité d'une personne publique n'est susceptible d'être engagée que s'il existe un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes commises par cette personne et le préjudice subi par la victime. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'acte authentique du 25 juillet 2007 portant sur la vente de la parcelle cadastrée section VX n° 227, que la décision d'acquisition de ce terrain par M. et Mme B, qui ne sont pas des professionnels de l'immobilier, a directement résulté de la délivrance du certificat d'urbanisme opérationnel positif du 5 juin 2007 et du classement de cette parcelle en zone constructible.
9. En premier lieu, les requérants ont droit à une indemnité égale à la différence entre le prix versé pour l'acquisition du terrain litigieux supposé constructible et la valeur vénale du même terrain, appréciée à la date à laquelle il a été établi que ce terrain était inconstructible. Il résulte de l'acte authentique de vente que la parcelle cadastrée section VX n° 227 a été acquise au prix de 67 412 euros. Les requérants évaluent ce terrain devenu inconstructible à la somme de 186,66 euros au regard de la valeur moyenne des terres agricoles dans le pourtour de la rade de Brest au titre de l'année 2018 en se prévalant de l'arrêté du 11 juillet 2019 portant fixation du barème indicatif de la valeur vénale moyenne des terres agricoles en 2018. Les requérants chiffrent donc leur préjudice à 67 225,34 euros. Toutefois, ainsi que l'invoque la commune, le terrain litigieux peut être utilisé comme un terrain de loisir dès lors que le plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la Presqu'Île de Crozon Aulne Maritime autorise le stationnement des caravanes et de camping-cars pendant une durée de trois mois et qu'il résulte de l'instruction que ce terrain est non seulement situé à proximité immédiate du rivage, mais également desservi en eau et en électricité. Par ailleurs, la parcelle jouxte des terrains bâtis pour lesquels il pourrait constituer un terrain d'agrément. La circonstance qu'un camping est implanté à proximité est à cet égard sans incidence sur l'intérêt que peut présenter un tel terrain en raison de sa localisation. Il résulte, en particulier, de l'attestation notariée produite par la commune qu'un terrain d'une superficie équivalente, pour lequel l'usage de loisir était à confirmer a été vendu au prix de 10 euros le mètre carré dans la commune voisine en 2019. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir, pour estimer la valeur de la parcelle, un prix de 10 euros le mètre carré, soit pour une surface de 1 009 mètres carrés, 10 090 euros. Par suite, la perte subie par les requérants du fait de l'acquisition de cette parcelle comme un terrain constructible, résultant de la différence entre le prix d'achat du terrain et sa valeur ainsi évaluée, doit être fixée à la somme de 57 322 euros.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que pour devenir acquéreurs de cette parcelles, M. et Mme B ont déboursé 5 074,73 euros de frais de notaire et 3 550 euros de commission d'agence. En l'absence d'évaluation notariale des frais qui auraient été engagés si les intéressés avaient acheté leur terrain à la somme de 10 090 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en leur attribuant la somme de 2 974,73 euros au titre des frais d'acte et de 3 045,50 euros au titre des frais d'agence.
11. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral des requérants en leur allouant la somme de 1 000 euros.
12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont fondés à obtenir la somme de 64 342,23 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur les intérêts et la capitalisation :
13. D'une part, les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 64 342,23 euros à compter du 1er décembre 2020, date de réception par la commune de Crozon de la demande indemnitaire préalable.
14. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle pour la première fois, les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er décembre 2021 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Crozon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Crozon le versement d'une somme de 1 500 euros à M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Crozon est condamnée à verser à M. et Mme B la somme de 64 342,23 euros avec intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2020. Les intérêts échus le 1er décembre 2021 porteront eux-mêmes intérêts à compter de cette date et à chaque échéance annuelle.
Article 2 : La commune de Crozon versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Crozon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme E B et à la commune de Crozon.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026