vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2100628 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LIMONTA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 février, 15 juillet 2021 et 8 mars 2022, Mme A B, représentée par la selarl avocats partenaires, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) de Dinan à lui verser les sommes qu'elle détaille dans ses écritures en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge par cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du CH de Dinan la somme de 4 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CH de Dinan est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en ce qu'elle a été victime d'une infection nosocomiale ;
- ses préjudices doivent être indemnisés comme suit :
*déficit fonctionnel temporaire : 550 € ;
*incapacité permanente partielle : 8 050 € ;
* souffrances endurées : 4 500 € ;
*préjudice esthétique temporaire : 4 000 € ;
* préjudice esthétique permanent : 2 000 € ;
* perte de gains professionnels : 1 577 € ;
* préjudice sexuel : 15 000 € ;
* préjudice d'agrément : 5 000 € ;
Par des mémoires enregistrés les 2 avril 2021 et 4 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner le CH de Dinan à lui verser la somme de 6 696,10 € au titre de ses débours avec intérêts au taux légal à compter du jugement, outre l'indemnité forfaitaire de gestion et la somme de 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CH de Dinan est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- ses débours doivent être chiffrés à la somme de 6 696,10 € ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 juin 2021, 4 février et 8 avril 2022 le CH de Dinan représenté par Me Limonta, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête et des conclusions de la CPAM et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation à 800 € du montant de la somme allouée à Mme B et au rejet des conclusions de la CPAM ;
Il soutient que :
- la preuve du caractère nosocomial de l'infection dont Mme B a été victime n'est pas rapportée : il n'est pas établi que cette infection ait été contractée au CH ; à supposer que ce soit le cas, elle n'est pas la conséquence des soins mais est secondaire à la déchirure non fautive du périnée.
- les préjudices dont il est sollicité réparation ne sont pas en lien avec l'infection mais avec la déchirure non fautive du périnée.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.²
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allex,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Laynaud, représentant Mme B, présente et les observations de Me Atlani, représentant le CH de Dinan.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, alors âgée de 31 ans, a accouché le 24 mai 2018 au CH de Dinan, soit deux jours avant le terme de sa grossesse fixé au 26 mai suivant. Une épisiotomie pratiquée au cours de l'accouchement n'a pas permis de prévenir la survenance d'une déchirure vaginale et périnéale sans atteinte du sphincter, qui a été suturée. Mme B est sortie de l'établissement hospitalier le 28 mai 2018. Le lendemain, il a été constaté un lâchage complet de la déchirure jusqu'à la marge de l'anus du côté droit et la surinfection de cette déchirure. Un traitement antibiotique a alors été prescrit, les examens effectués révélant l'existence d'une infection par Escherichia Coli. Mme B a subi le 10 août 2018 une première intervention chirurgicale sous anesthésie générale pour reprise de l'épisiotomie et le 6 décembre 2018 une seconde intervention pour reprise de la cicatrice d'épisiotomie et du périnée. Le 1er février 2019, il a été relevé un lâchage vaginal au niveau de la fourchette avec béance vulvaire et défect vaginal. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge par le CH de Dinan, Mme B a saisi le 4 janvier 2019 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a ordonné une expertise médicale confiée à un gynécologue obstétricien. Par un avis du 30 septembre 2019, la CCI s'est déclarée incompétente pour émette un avis sur la demande d'indemnisation de Mme B au regard des critères de gravité du dommage. Le 12 octobre 2020, Mme B a saisi le CH de Dinan d'une demande d'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a été implicitement rejetée.
Sur la responsabilité :
Sur le caractère nosocomial de l'infection :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise médicale, qu'aucun manquement fautif n'a été relevé à l'encontre du CH de Dinan, tant en ce qui concerne la réalisation d'un accouchement par voie basse, qu'en ce qui concerne celle d'une épisiotomie au cours de l'accouchement. Alors que la pratique d'une épisiotomie a pour but de prévenir la déchirure du périnée lors du passage de l'enfant, laquelle constitue une complication connue de l'accouchement par voie basse, cette épisiotomie n'a pas permis dans le cas de Mme B d'empêcher une telle déchirure, dont le risque de survenance était un peu augmenté par les manœuvres par forceps réalisées pour extraire l'enfant, lesquelles étaient fondées. Selon l'expert, en l'absence d'épisiotomie, la déchirure du périnée se serait produite de la même façon, en étant peut-être plus grave que ce qu'elle a été. L'expert a indiqué que le germe retrouvé lors de l'examen cytobactériologique des urines et lors du prélèvement vaginal est un germe endogène présent dans le vagin, la contamination par les germes du vagin étant toujours possible lors d'un accouchement par voie naturelle avec épisiotomie ou déchirure du périnée, en dépit des mesures d'asepsie, ce qui a été le cas pour Mme B. Si le CH de Dinan conteste le caractère nosocomial de l'infection, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que cette infection, constatée le 29 mai 2018, soit le lendemain de la sortie de Mme B de l'établissement, serait la conséquence d'un lâchage de la suture, l'expert indiquant n'avoir retrouvé aucun facteur ayant favorisé ou facilité son développement. Cette infection doit donc être regardée du seul fait qu'elle est survenue au cours ou au décours de la prise en charge de Mme B au sein de l'établissement hospitalier et qu'il n'est pas établi qu'elle ait été présente ou en incubation au début de celle-ci, comme présentant un caractère nosocomial, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection ait pu être la déchirure du périnée qui avait le caractère d'un accident médical non fautif.
Sur les préjudices :
5. Il résulte de l'instruction que la surinfection de la déchirure constatée le 29 mai 2018 a nécessité un traitement antibiotique et des soins locaux jusqu'à la fin du mois de juillet 2018. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction et notamment de l'expertise médicale, que l'infection est à l'origine du lâchage de la suture d'épisiotomie. Si le 10 août 2018, Mme B s'est présentée aux urgences où un écoulement purulent a été constaté et a nécessité une reprise de l'épisiotomie, il n'est pas établi que cet écoulement est en lien avec l'infection contractée au CH de Dinan, cette complication étant mise en rapport avec un artéfact, après que l'hypothèse d'une fistule du canal anal vers le vagin a été écartée. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la désunion de la cicatrice d'épisiotomie à l'origine d'une béance vaginale ayant justifié une nouvelle intervention chirurgicale le 6 décembre 2018 pour reprise de la cicatrice d'épisiotomie et du périnée, puis le nouveau lâchage vaginal constaté le 1er février 2019 présentent un lien de causalité avec l'infection.
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux pertes de gains professionnels :
6. Ainsi qu'il a été dit, les soins et traitements nécessités par l'infection nosocomiale dont Mme B a été victime ont pris fin en juillet 2018. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation des pertes de revenus professionnels qu'elle a subis à compter du mois de septembre 2018, dont le lien de causalité avec cette infection n'est pas établi.
S'agissant des préjudices extra patrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
7. Ainsi qu'il a été dit, il n'est pas établi que les interventions chirurgicales des 10 août et 6 décembre 2018 sont en lien avec l'infection nosocomiale. Le déficit fonctionnel temporaire total en résultant ne peut donc donner lieu à indemnisation. En revanche, Mme B est fondée à obtenir réparation du déficit fonctionnel temporaire en lien avec l'infection. L'expert ayant estimé que le déficit fonctionnel temporaire de Mme B était un déficit de classe 1, il sera fait une juste appréciation du déficit en lien avec l'infection, déduction faite de celui qui aurait été nécessairement subi à la suite d'un lâchage de cicatrice d'épisiotomie en l'évaluant à la somme de 100 €.
Quant à l'incapacité permanente partielle :
8. La consolidation de l'état de santé de Mme B a été fixée au 21 janvier 2019 par l'expert qui a évalué à 5% le taux d'incapacité permanente partielle de Mme B, compte tenu de la persistance de douleurs au niveau du périnée et du retentissement psychologique de ces séquelles. Il n'est toutefois pas établi que ces séquelles sont en lien avec l'infection nosocomiale dont Mme B a été victime. Sa demande à ce titre ne peut donc être accueillie.
Quant aux souffrances endurées :
9. Elles ont été évaluées à 2 sur 7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation des souffrances en lien avec l'infection nosocomiale en les évaluant à la somme de 1 500 €.
Quant au préjudice esthétique :
10. L'expert a évalué à 2 sur 7 le préjudice esthétique temporaire et à 1 sur 7 le préjudice esthétique permanent en raison de la béance vulvaire et de la bride périnéale avec défect. Le lien de ces préjudices avec l'infection nosocomiale n'est pas établi. La demande de Mme B à ce titre ne peut donc pas être accueillie.
Quant au préjudice sexuel :
11. L'expert a retenu l'existence d'un tel préjudice, Mme B ayant fait état lors des opérations d'expertise d'une abstinence sexuelle compte tenu de sa peur d'avoir des rapports sexuels. L'existence d'un lien de causalité entre ce préjudice et l'infection nosocomiale n'est pas établi.
Quant au préjudice d'agrément :
12. L'existence d'un préjudice d'agrément en lien avec l'infection nosocomiale n'est pas établie.
Sur les demandes de la CPAM :
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que les interventions chirurgicales des 10 août et 6 décembre 2018 et les arrêts de travail de Mme B à compter du 1er septembre 2018 ne présentent pas de lien de causalité avec l'infection nosocomiale dont elle a été victime. Les demandes de la CPAM relatives aux frais d'hospitalisation exposés au cours de ces deux interventions et aux indemnités journalières servies à Mme B postérieurement au mois de septembre 2018 ne peuvent donc être accueillies. Par ailleurs, la CPAM ne justifie pas par la seule attestation d'imputabilité de son médecin conseil qui se borne à relier ses débours à " l'acte médical du 24 mai 2018 " que les frais médicaux et pharmaceutiques dont elle sollicite l'indemnisation sont en lien avec l'infection nosocomiale. Par suite, les demandes de la CPAM doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de Dinan la somme de 1 500 € au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le CH de Dinan et par la CPAM d'Ille-et-Vilaine la requérante sur le fondement de ces dispositions.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
16. Compte tenu du rejet des conclusions présentées par la CPAM au titre de ses débours, la demande présentée au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Dinan est condamné à verser à Mme B la somme de 1 600 € en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le centre hospitalier de Dinan versera à Mme B la somme de 1 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Dinan sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier de Dinan et aux caisses primaires d'assurance maladie.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
A. Allex
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100628
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026