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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100803

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100803

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAITALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 16 février 2021 et 7 avril 2022, Mme F C, représentée par Me Naitali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 lui infligeant un blâme ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes de supprimer tout document ou toute mention laissant penser qu'un blâme ait pu être prononcé à son encontre dans un délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la compétence de l'auteur de la sanction n'est pas établie ;

- il ne lui a pas été laissé un délai suffisant pour présenter des observations après consultation de son dossier et elle n'a pas été informée du délai qui lui était accordé ;

- la sanction n'est pas suffisamment motivée ;

- une erreur d'appréciation des faits a été commise ; les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et sont erronés ; elle n'a pas commis de faute ; la sanction prononcée est disproportionnée aux faits et au regard de sa carrière et des circonstances.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 3 janvier et 29 juin 2022, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le décret du 1er avril 2019 portant nomination du recteur de la région académique Bretagne, recteur de l'académie de Rennes - M. A (D) ;

- l'arrêté du 9 août 2004 portant délégation de pouvoirs du ministre chargé de l'éducation aux recteurs d'académie en matière de gestion des personnels enseignants, d'éducation, d'information et d'orientation de l'enseignement du second degré ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Vitour, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, qui est professeure agrégée hors classe (4ème échelon) de mathématiques, affectée depuis 2017 au lycée René Cassin de Montfort-sur-Meu, conteste la légalité du blâme qui lui a été infligée, le 2 octobre 2020, par le recteur de l'académie de Rennes.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / () / Parmi les sanctions du premier groupe, le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement du dossier au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période. () ". Aux termes de l'article 67 de cette même loi : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () / () Le pouvoir de prononcer les sanctions du premier et du deuxième groupe peut être délégué indépendamment du pouvoir de nomination () ".

3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 août 2004 portant délégation de pouvoirs du ministre chargé de l'éducation aux recteurs d'académie en matière de gestion des personnels enseignants, d'éducation, d'information et d'orientation de l'enseignement du second degré : " Délégation permanente de pouvoirs du ministre chargé de l'éduction est donnée aux recteurs d'académie : / I. Pour prononcer à l'égard des personnels enseignants, d'éducation, d'information et d'orientation de l'enseignement du second degré et des personnels stagiaires de ces mêmes corps () les décisions relatives : () 23. Les sanctions disciplinaires des premier et deuxième groupes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que M. D A, nommé recteur de la région académique Bretagne, recteur de l'académie de Rennes, par décret du 1er avril 2019, était compétent pour prendre l'arrêté attaqué, prononçant un blâme à l'encontre de Mme C, professeur agrégée de l'enseignement du second degré.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée à droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classés dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'État, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction doivent être motivés. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. ".

6. Si une sanction ne peut être légalement prononcée à l'égard d'un agent public sans que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense, aucune disposition légale ou réglementaire, ni principe général, n'impose à l'administration, avant l'édiction d'une sanction du premier groupe, d'indiquer à l'agent public concerné le délai dans lequel il peut présenter des observations.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a accusé réception du courrier l'informant de l'engagement d'une procédure disciplinaire le 4 septembre 2020. Ce courrier lui rappelait son droit à obtenir la communication intégrale de son dossier individuel, ainsi que de tous les documents annexes, et la possibilité de se faire assister, à cette occasion, par un ou plusieurs défenseurs de son choix. La requérante a consulté son dossier individuel le 16 septembre 2020. En prenant, l'arrêté attaqué le 2 octobre 2020, soit près d'un mois après l'information de Mme C, le recteur n'a pas privé la requérante de la possibilité de présenter des observations. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les motifs de droit ainsi que l'exposé des faits justifiant selon le recteur l'application de la sanction en litige. L'appréciation du caractère suffisant de cette motivation est indépendante de son bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 2 octobre 2020 doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté attaqué :

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

10. En premier lieu, le jeudi 5 mars 2020, Mme C a informé la direction du lycée René Cassin, quelques minutes avant 14 h, qu'elle n'assurerait pas les deux heures de cours prévues à son emploi du temps de 14 à 16 h en raison de la tension nerveuse qu'elle ressentait à la suite d'une altercation avec la conseillère principale d'éducation quelques minutes auparavant, en salle des professeurs. Si la matérialité de cette altercation verbale est établie, ainsi que la manifestation, durant celle-ci, de l'état d'énervement de la requérante, qui s'est traduit par le jet et le bris d'une tasse dans un évier, il ressort également des pièces du dossier, qu'après cet incident, Mme C a accepté d'aller déjeuner chez une collègue habitant à proximité, puis est revenue au sein de l'établissement dans lequel elle est restée jusqu'à 16 heures, complétant notamment trois feuillets du registre de santé et sécurité au travail. Par ailleurs, Mme C a assuré normalement ses cours les jours suivants jusqu'à la fermeture de l'établissement dans le cadre du confinement dû à l'épidémie de Covid 19. Si Mme C souligne qu'elle a été placée en arrêt maladie à compter du 28 septembre 2020, qu'elle n'a pu reprendre le travail qu'à compter du 17 novembre 2020 en mi-temps thérapeutique pour trois mois et produit également des arrêts de travail prescrits en 2021, les arrêts de travail de septembre 2020, motivés par un burn-out avec sentiment de harcèlement de la part du supérieure hiérarchique identifient l'accident du travail à l'origine de l'état de Mme C comme étant survenu le 17 septembre 2020, soit le lendemain du jour où elle a consulté son dossier individuel et ne sauraient ainsi justifier le comportement constaté le 5 mars 2020. Mme C produit, également, un courrier du médecin des personnels adressé, le 11 décembre 2020, à la secrétaire générale adjointe, directrice des ressources humaines du rectorat de Rennes, attestant du caractère " entendable " de l'explication apportée par la requérante, lors de leur entretien au début du mois de décembre 2020, attribuant à une énorme tension nerveuse le fait de ne pas avoir assuré les cours prévus l'après-midi du jeudi 5 mars 2020. Toutefois, ce courrier est largement postérieur aux faits et à la sanction en litige, n'est pas rédigé par un médecin consulté immédiatement après ceux-ci et repose uniquement sur les propos de la requérante. Par suite, à défaut d'autres éléments au dossier, et notamment d'un certificat médical contemporain, établissant l'impossibilité psychologique dans laquelle se serait trouvée Mme C d'assurer les cours en cause, celle-ci doit être regardée comme ayant, certainement sous le coup de l'énervement et de la colère, délibérément décidé de ne pas respecter son emploi du temps, de s'affranchir ainsi de ses obligations de fonctionnaire, du respect de la hiérarchie et du bon fonctionnement du service public. Un tel comportement fautif justifie l'application d'une sanction disciplinaire.

11. Eu égard à la nature et à la gravité de la faute commise, le blâme prononcé par le recteur de l'Académie de Rennes, deuxième sanction du premier groupe des sanctions disciplinaires, apparaît comme une sanction proportionnée à la faute commise, nonobstant la qualité de service incontestée de Mme C depuis le début de sa carrière et le fait qu'elle n'avait jamais fait l'objet, auparavant, de sanctions disciplinaires.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C en annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme C présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie pour information en sera délivrée au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

E. BLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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