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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2100954

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2100954

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2100954
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, la société SC Mapi, représentée par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2020 ;

2°) l'annulation de la décision 18 décembre 2020 par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation préalable ;

3°) d'enjoindre à l'administration de restituer tout fonds prélevé en application des décisions contestées, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SC Mapi soutient que :

- la compétence du signataire de la décision de rejet n'est pas établie ;

- l'administration ne pouvait pas lui réclamer au titre de la période concernée des sommes autres que celles qui lui ont été réclamées à la suite de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, qui ont été mises en recouvrement pour un montant de 2 447 euros et qu'elle avait acquittées à la date de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur ; aucune autre somme n'a été mise en recouvrement au titre de cette période ; l'avis de saisie à tiers détenteur n'est pas conforme aux conclusions de ce contrôle ;

- la décision du 18 décembre 2020 évoque deux avis de mise en recouvrement qui mentionnent des montants supérieurs à ceux notifiés à l'issue de la vérification de comptabilité effectuée en 2018 et ces impositions supplémentaires font l'objet d'une réclamation formée sur le fondement de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SC Mapi n'est fondé.

Les parties ont été informées, le 18 novembre 2022, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête de la SC Mapi tendant à l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 par laquelle l'administration a rejeté son opposition à poursuites, une telle décision n'étant pas détachable de la procédure de recouvrement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SC Mapi a reçu, le 18 septembre 2020, une notification de saisie administrative à tiers détenteur pour créances privilégiées, en date du 8 septembre 2020, l'informant que le service des impôts des entreprises de Pontivy venait de demander à la société Crédit Mutuel Arkéa AG nationale de lui verser, dans la limite des fonds détenus pour le compte de la SC Mapi ou dont la SC Mapi était débitrice à l'égard de cet établissement bancaire, la somme de 5 679,38 euros, correspondant à des créances de taxe sur la valeur ajoutée et à des pénalités d'assiette ou de recouvrement relatives à de telles créances, dues au titre de la période allant du 1er octobre 2015 au 30 juin 2017. La SC Mapi a formé une opposition contre cet acte de poursuites le 17 novembre 2020, qui a été rejetée par une décision du 18 décembre 2020.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation de la décision du 18 décembre 2020 :

2. La décision par laquelle l'administration statue sur une opposition à poursuites formée par un contribuable n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours ou de conclusions en annulation, dès lors qu'elle n'est pas détachable de la procédure de recouvrement. Par suite, les conclusions de la requête de la SC Mapi tendant à l'annulation de la décision du 18 décembre 2020, rejetant son opposition à poursuites, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. La SC Mapi doit être regardée comme demandant la décharge de l'obligation de payer la somme de 5 679,38 euros, procédant de la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2020.

4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° À l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. / Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; ".

5. En premier lieu, la SC Mapi souligne qu'elle a fait l'objet en 2018 d'une vérification de comptabilité, au titre de la période du 1er avril 2014 au 31 avril 2018, à la suite de laquelle l'administration a procédé, le 31 janvier 2019, à la mise en recouvrement d'un rappel de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant limité à 2 447 euros (2 196 euros de droits, 220 euros de majorations et de 31 euros d'intérêts de retard). Elle fait valoir qu'elle avait acquitté cette somme à la date à laquelle l'administration a procédé à la saisie administrative à tiers détenteur et que, par suite, les créances visées par cet acte de poursuites n'étaient pas exigibles. Il ressort toutefois du rapprochement de la notification de saisie administrative à tiers détenteur et de la proposition de rectification du 4 décembre 2018, que les créances visées par cet avis ne procèdent pas de la vérification de comptabilité dont fait état la société requérante, mais de taxations d'office opérées antérieurement et dont l'administration a tenu compte pour déterminer les conséquences financières des rectifications opérées à la suite de ce contrôle. Il ressort, par ailleurs, des mentions figurant sur la notification de saisie administrative à tiers détenteur qu'une partie de la taxe sur la valeur ajoutée taxée d'office avait déjà été acquittée par la SC Mapi, cette saisie administrative ayant pour objet de recouvrer le solde de ces créances, soit 5 679,38 euros, composé à hauteur de 3 259 euros de pénalités d'assiette ou de recouvrement, dont 1 715 euros de pénalités correspondant à des droits déjà acquittés. Par suite, la SC Mapi ne peut être regardée comme contestant valablement l'exigibilité des créances visées par la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 septembre 2020 en faisant valoir que seule une somme de 2 447 euros lui a été réclamée au titre de la période du 1er avril 2014 au 31 avril 2018 postérieurement à la vérification de comptabilité.

6. En second lieu, la SC Mapi fait valoir que les créances ayant fait l'objet de deux avis de mise en recouvrement du 15 janvier 2019, portent sur des sommes qui ont fait l'objet d'une réclamation contentieuse au motif que leur mise en recouvrement aboutit à mettre à sa charge des sommes excédant les conséquences financières de la vérification de comptabilité de 2018. Toutefois, les créances mises en recouvrement le 15 janvier 2019 sont étrangères à celles visées par la notification de saisie à tiers détenteur du 8 septembre 2020. Par suite, ce moyen est en tout état de cause inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SC Mapi tendant à la décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, des conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte. Par ailleurs, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la SC Mapi, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SC Mapi est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SC Mapi et au directeur départemental des finances publiques du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

E. Kolbert

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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