vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101350 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BONNOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, Mmes E C et Marion B, représentées par Me Le Bonnois, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes à leur verser la somme de 8 461,60 €, assortie des intérêts de droit ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- sur la responsabilité :
- M. C a contracté une infection nosocomiale au cours de l'intervention de cimentoplastie du 13 octobre 2015 ;
- sur les préjudices : frais de déplacement de Mme C : 7 021,20 € ; frais de déplacement de Mme B : 1 440,40 € ;
- ces sommes porteront intérêts à compter du 18 novembre 2020, date de réception de la demande indemnitaire préalable.
La requête a été communiquée au CHRU de Rennes qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dayon,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Avinee, représentant le CHRU de Rennes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 17 février 1958, a été victime d'une chute en glissant sur un sol mouillé le 10 août 2015 en Corse. Les examens réalisés à l'hôpital de Bastia, où il a été transféré, ont mis en évidence une fracture de L2 sans complication neurologique, justifiant la réalisation d'une cimentoplastie vertébrale au centre hospitalier universitaire CHU de Rennes le 13 octobre 2015. M. C a regagné son domicile dès le lendemain. Les suites de cette intervention ont été marquées par une dégradation brutale de l'état de santé de M. C dès le 15 octobre 2015, caractérisée par de violentes douleurs rachidiennes et un état fébrile, justifiant son hospitalisation au CHU de Rennes. Le bilan infectieux a mis en évidence une infection à staphylocoque aureus metisensible, et les examens complémentaires ont permis de diagnostiquer une spondylodiscite infectieuse, traitée par antibiothérapie. Le 30 novembre 2015, M. C a été transféré au centre de rééducation de Saint Hélier à Rennes, où il est resté hospitalisé, sauf les week-end et pendant une courte période de 15 jours passée chez son fils, jusqu'au 8 juillet 2016. Par un jugement n° 1804262 du 17 décembre 2020, le tribunal administratif a condamné le CHRU de Rennes à verser à M. C une somme de 57 464,02 €. Par un courrier daté du 16 novembre 2020, reçu le 18 novembre 2020, Mmes C et B ont adressé au CHRU de Rennes une demande tendant à l'indemnisation de leurs préjudices propres. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mmes B et C demandent au tribunal de condamner le CHRU de Rennes à les indemniser des conséquences dommageables de la prise en charge de M. A C par cet établissement.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne l'infection nosocomiale :
2. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. Il résulte de l'instruction que les premiers signes cliniques de la spondylodiscite infectieuse dont a été victime M. C se sont déclarés très rapidement après l'intervention de cimentoplastie, moins de 48 heures pour les douleurs lombaires, et moins de 72 heures pour la fièvre. Si l'expert a indiqué que, selon la littérature médicale, le délai séparant l'intervention de cimentoplastie des premiers symptômes de l'infection à staphylocoque aureus metisensible était en principe de 10 à 395 jours, avec une moyenne de 118 jours, il a également estimé que le délai de deux jours observé en l'espèce restait compatible avec une infection causée par l'intervention, dès lors que le germe en cause était un pyogène très virulent et que les infections en découlant pouvaient évoluer très rapidement. Il résulte également de l'instruction que l'imagerie par résonnance magnétique (IRM) réalisée le 28 août 2015 ne montrait pas d'éléments pouvant orienter vers une spondylodiscite, et que la pneumopathie infectieuse dont a été atteint M. C après l'intervention, dont il n'est pas établi qu'elle préexistait à l'intervention, ne peut être regardée de façon certaine comme étant à l'origine de la spondylodiscite, cette dernière infection pouvant au contraire, comme l'a indiqué l'expert, être à l'origine de l'infection pulmonaire subie par le patient.
4. Par suite, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la spondylodiscite infectieuse dont a été victime M. C au décours de sa prise en charge au sein du CHU de Rennes, était présente ou en incubation au début de celle-ci, et qu'il n'est pas établi qu'elle aurait une autre origine que cette prise en charge, la responsabilité du CHRU de Rennes est engagée sur le fondement des dispositions précitées.
En ce qui concerne le défaut d'information :
5. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
6. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
7. II résulte de l'instruction que M. C n'a pas été informé du risque infectieux connu lié à une intervention de cimentoplastie vertebrale, alors qu'il s'agit d'un risque grave au sens des dispositions citées au point précédent, le chirurgien ayant pratiqué l'intervention ayant expressément indiqué, à l'occasion des opérations d'expertise, n'avoir pas informé le patient sur ce point. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que, compte tenu de ce qu'était l'état de santé de M. C et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. Par suite, un tel défaut d'information constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
Sur les préjudices :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du Dr D que M. C a été réadmis au CHRU de Rennes le 15 octobre 2015 en raison de fortes douleurs dorsales. A la suite de cette réadmission, Mmes B et C ont dû effectuer des déplacements en lien avec le dommage de M. C. Ainsi, Mmes B et C sont fondées à obtenir le remboursement des frais de déplacement qu'elles ont exposés entre le 15 octobre 2015 et le 8 juillet 2016, date de consolidation et de sortie de M. C du centre de rééducation de Saint-Hélier, à Rennes. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C justifie s'être rendue à Rennes à 135 reprises au cours de la période précitée. Compte tenu de la distance qui sépare son lieu de domicile de ces lieux, ainsi que du barème kilométrique applicable pour un véhicule de 5 cv, il y a lieu de condamner le CHRU de Rennes à lui verser la somme de 7 021,20 €. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B justifie s'être rendue à Rennes à 54 reprises au cours de la période précitée. Compte tenu de la distance qui sépare son lieu de domicile de ces lieux, ainsi que du barème kilométrique applicable pour un véhicule de 5 cv, il y a lieu de condamner le CHRU de Rennes à lui verser la somme de 1 440,40 €.
Sur les intérêts et la capitalisation :
9. Mmes B et C ont droit aux intérêts sur les sommes qui leurs sont dues à compter du 18 novembre 2020, date de réception de leur demande indemnitaire préalable par le CHRU de Rennes. Il sera fait droit à cette demande.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme totale de 1 000 € à verser à Mmes B et C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHRU de Rennes est condamné à verser les sommes suivantes, assorties des intérêts à compter du 18 novembre 2020 :
1°) à Mme C : 7 021,20 € ;
2°) à Mme B : 1 440,40 €.
Article 2 : Le CHRU de Rennes versera à Mmes B et C la somme totale de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mmes E C et Marion B et au centre hospitalier régional universitaire de Rennes.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
C. Dayon
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026