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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101392

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101392

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101392
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 16 mars 2021 et 3 octobre 2022, M. D E et Mme F G, représentés par la SCPA Bondiguel et Associés, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, des pénalités correspondantes et de la majoration de 80 % appliquée au titre de l'année 2017 ;

3°) la mise à la charge de l'État du versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la société E EOOD ne dispose pas d'un établissement stable en France, alors même que son gérant, M. E a son domicile fiscal en France ; le siège de direction de cette société est en Bulgarie, pays où cette société détient son attestation de capacité de transport ; les moyens d'exploitation sont en Bulgarie ; les contrats de transport sont signés sur une plateforme sur internet ; la consommation de services en France ne saurait caractériser la présence d'un établissement stable ; M. E ne détenant pas la capacité professionnelle d'exercer en France l'activité de transporteur routier, il ne détenait pas le pouvoir d'engager la société ; en l'absence d'établissement stable en France, il ne peut pas y avoir d'activité occulte ;

- à titre subsidiaire, ils sont fondés à invoquer le droit à l'erreur permettant d'écarter l'existence d'une activité occulte ; c'est par erreur que M. E n'a pas rempli ses obligations déclaratives en France ; la société E EOOD est à jour de ses obligations fiscales en Bulgarie ; le niveau d'imposition des résultats de la société en Bulgarie est de 10 % alors que les résultats notifiés sont imposés en France dans la catégorie des BIC au taux de 6,5 % (2016) et 8 % (2017) : l'écart d'imposition en valeur absolue n'est pas important, mais de 1 156 euros en 2016 et 2 792 euros en 2017 ; le délai de reprise applicable était donc le délai de trois ans et la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu établie au titre de l'année 2016 doit ainsi être déchargée, ainsi que les pénalités afférentes ; il n'y avait pas lieu d'appliquer à la majoration pour 80 % pour activité occulte au titre de l'année 2017.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 juin 2021 et 28 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E et Mme G n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre la République française et la République populaire de Bulgarie en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôt sur le revenu du 14 mars 1987 ;

- le code général des impôts ;

- le code des transports ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Delibes, de la SCPA Bondiguel et Associés, représentant M. E et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. La société Transport E EOOD, société de droit bulgare créée en 2012 dont le dirigeant et unique associé est M. E, résident fiscal français, et qui a pour activité le transport routier international de marchandises, a fait l'objet en 2019 d'une vérification de comptabilité au titre des années 2016 et 2017. Le 13 février 2019, lors de la première intervention au domicile de M. E, le vérificateur n'a pas pu obtenir de ce dernier la remise de la comptabilité de la société vérifiée et a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité. À la demande du vérificateur, M. E a toutefois présenté, en juillet 2019, des copies des factures clients et fournisseurs, ainsi que les relevés des comptes bancaires de la société. Parallèlement au déroulement de ce contrôle, l'administration a exercé le droit de communication, qu'elle détient des dispositions des articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales, auprès des clients de la société Transport E EOOD, de ses fournisseurs, de la caisse primaire d'assurance maladie, de la direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement et de la direction des impôts des non-résidents. Le service a également adressé aux autorités bulgares une demande d'assistance administrative qui lui a permis d'obtenir des relevés bancaires. Par une proposition de rectification du 23 janvier 2020, le vérificateur a porté à la connaissance de la société contrôlée qu'elle devait être regardée comme disposant en France d'un établissement stable et comme y exerçant depuis celui-ci une activité occulte en l'absence de déclaration de cet établissement et de dépôt de déclarations fiscales. Il l'a également informée de son intention de soumettre son chiffre d'affaires à la taxe sur la valeur ajoutée et ses bénéfices industriels et commerciaux à l'impôt sur le revenu entre les mains de son unique associé, sur le fondement de l'article 8 du code général des impôts, en raison de sa forme juridique comparable à celle d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée et de l'absence d'exercice d'une option pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Les bénéfices industriels et commerciaux ont été évalués d'office en application du 1° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales et les rappels d'impôt sur le revenu, mis à la charge du foyer fiscal de M. E au titre des années 2016 et 2017, ont été assortis des intérêts de retard et de la majoration de 80 % prévue au c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts. Après la mise en recouvrement des impositions supplémentaires et pénalités, M. E et Mme G, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité, ont formé une réclamation contentieuse contestant principalement l'existence en France d'un établissement stable de la société Transport E EOOD. Cette réclamation a été rejetée par une décision reçue le 17 janvier 2021, qui est à l'origine de la présente instance.

Sur les conclusions présentées à titre principal :

En ce qui concerne le principe de l'imposition en France sur le terrain du droit interne :

2. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal () ". Aux termes de l'article 4 bis du même code : " Sont également passibles de l'impôt sur le revenu : () 2° Les personnes de nationalité française ou étrangère, ayant ou non leur domicile fiscal en France, qui recueillent des bénéfices ou revenus dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. ".

3. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. () / Il en est de même, sous les mêmes conditions : / () / 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique () ".

4. Il est constant que durant les deux années en litige, M. E avait son foyer en France et y disposait, par suite, de son domicile fiscal au sens de l'article 4 B du code général des impôts. Il était ainsi, en vertu des dispositions de l'article 4 A du même code, passible de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de ses revenus.

5. Il résulte, par ailleurs, de l'instruction que la société Transport E EOOD est, de par ses caractéristiques et le régime juridique qui lui est applicable en Bulgarie, assimilable à une société à responsabilité limitée dont l'unique associé est une personne physique, M. E. Par suite, l'administration a pu légalement estimer, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article 8 du code général des impôts que M. E devait être, en tant qu'unique associé de cette société, soumis à l'impôt sur le revenu sur ses bénéfices sociaux.

En ce qui concerne le principe de l'imposition sur le terrain de la convention entre la République française et la République populaire de Bulgarie du 14 mars 1987 :

6. Aux termes de l'article 1er de la convention entre le République française et la République populaire de Bulgarie en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôt sur le revenu du 14 mars 1987 : " 1. La présente Convention s'applique aux personnes qui sont des résidents d'un État contractant ou des deux États contractants. / 2. Au sens de la présente Convention, sont considérés comme résidents : / De la République populaire de Bulgarie, les personnes physiques qui ont la nationalité de la République populaire de Bulgarie, les personnes morales et groupements de personnes ayant leur siège en République populaire de Bulgarie ou y étant enregistrés ; / b. de la République française, les personnes qui, en vertu de la législation française, sont assujetties à l'impôt en France en raison de leur domicile, de leur résidence, de leur siège de direction ou de tout autres critère de nature analogue (). " Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " 1. Au sens de la présente Convention, à moins que le contexte n'exige une interprétation différente : / () / b/. Le terme " personne " comprend : - les personnes physiques ; / - les personnes morales () / Il comprend notamment, en France, les sociétés de personnes () / c. Les expressions " entreprise d'un État contractant " et " entreprise de l'autre État contractant " désignent respectivement une entreprise exploitée par un résident d'un État contractant et une entreprise exploitée par un résident de l'autre État contractant / () ". Aux termes de l'article 4 de cette convention " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires par l'intermédiaire de laquelle une entreprise d'un État contractant exerce tout ou partie de son activité dans l'autre État contractant. / 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : / a. Un siège de direction ; / () / 3. Nonobstant les dispositions précédentes du présent article, on considère qu'il n'y a pas " établissement stable " si / a. Il est fait usage d'installations aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison de marchandises appartenant à l'entreprise ; / b. Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison ; / c. Des marchandises sont exposées par l'entreprise à une foire ou à une exposition et sont vendues après la clôture de celle-ci ; / d. Des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de transformation par une autre entreprise ; / e. Une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins d'acheter des marchandises ou de réunir des informations, pour l'entreprise ; / f. Une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins d'exercer, pour l'entreprise, toute autre activité de caractère préparatoire ou auxiliaire ; / g. Une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins de l'exercice cumulé d'activités mentionnées aux alinéas a à f, à condition que l'activité d'ensemble de l'installation fixe d'affaires résultant de ce cumul garde un caractère préparatoire ou auxiliaire. / 4. Nonobstant les dispositions des paragraphes 1 et 2, lorsqu'une personne - autre qu'un agent jouissant d'un statut indépendant auquel s'applique le paragraphe 5 - agit pour le compte d'une entreprise et dispose dans un État contractant de pouvoirs qu'elle y exerce habituellement lui permettant de conclure des contrats au nom de l'entreprise, cette entreprise est considérée comme ayant un établissement stable dans cet État pour toutes les activités que cette personne exerce pour l'entreprise, à moins que les activités de cette personne ne soient limitées à celles qui sont mentionnées au paragraphe 3 et qui, si elles étaient exercées par l'intermédiaire d'une installation fixe d'affaires, ne permettraient pas de considérer cette installation comme un établissement stable selon les dispositions de ce paragraphe () ".

7. Aux termes de l'article 6 de la même convention : " Les bénéfices d'une entreprise d'un État contractant ne sont imposables que dans cet État, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre État par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre État, mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable () ".

8. Pour établir que la société Transport E EOOD disposait en France, durant les deux années en litige, d'un établissement stable au sens de l'article 4 précité de la convention du 14 mars 1987, l'administration a estimé que le domicile de son dirigeant, M. E, constituait un siège de direction et que celui-ci disposait et exerçait habituellement en France des pouvoirs lui permettant de conclure des contrats au nom de la société Transport E EOOD. Elle fait valoir que, si cette société de droit bulgare dispose d'un siège social situé à Sofia, elle réalisait toutefois, en 2016 et 2017, respectivement 96 % et 86 % de son chiffre d'affaires en France et que son dirigeant et unique associé y a son domicile fiscal. Les informations procédant de l'exercice du droit de communication permettent de constater que les factures de la société bulgare étaient rédigées en français et identifiaient M. E comme étant l'interlocuteur des clients et joignable sur un numéro de téléphone portable français ou, pour certaines d'entre-elles, sur une adresse de messagerie française, que M. E démarchait la clientèle de la société en France, que les salariés bulgares ou français de la société travaillaient essentiellement en France et que M. E dépend du régime d'assurance maladie français. En outre, M. E employait un chauffeur français, M. A, chargé de le remplacer en fin de semaine ainsi que le lundi et le mardi afin de lui permettre de rejoindre son domicile et les services de la direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement ont constaté que la société Transport E EOOD réalisait des opérations de cabotage sur le territoire français. Enfin, le ravitaillement en carburant des camions était principalement réalisé en France, pays où ils étaient entretenus et où les pièces détachées nécessaires étaient acquises alors que l'un des camions de la société était même loué auprès d'une société française qui avait M. E comme seul interlocuteur.

9. Si les requérants font valoir que l'activité de transport de marchandises ne pouvait être régulièrement exercée par la société Transport E EOOD qu'en raison de la détention par l'un de ses salariés bulgares, M. B, d'une capacité professionnelle bulgare, et à supposer même que cette personne ait effectivement exercé les fonctions de direction des activités de transport, détenues par un gestionnaire de transport, au sens de l'article R. 3211-43 du code des transports, ces fonctions sont étrangères à la direction, à la gestion ou à l'administration de la société de transport et ne confèrent pas le pouvoir de l'engager à l'égard des tiers et notamment de la clientèle. Par ailleurs, si les requérants justifient de deux déplacements de M. E à Sofia en 2016 et de deux ou trois autres en 2017, sans d'ailleurs préciser la durée de ses séjours, ils n'établissent pas qu'il dirigeait et gérait la société Transport E EOOD depuis la Bulgarie, où d'ailleurs il n'est pas démontré que la société disposait de locaux sociaux. S'ils relèvent également que l'acquisition de deux de ses camions a été financée par des contrats de crédit-bail conclus en Bulgarie, où sont réalisées les révisions semestrielles de ses véhicules et s'ils produisent une facture en bulgare, qu'ils présentent comme correspondant à une location d'un emplacement de stationnement, apparemment pour une journée, et une facture en anglais et en bulgare, datée du 3 juillet 2017, d'achat d'un camion poids lourd auprès de la société Volvo Truck Corporation, ces éléments sont, en eux-mêmes, sans influence sur l'appréciation de l'existence d'un siège de direction en France ou de l'exercice habituel par M. E, dans ce pays, depouvoirs lui permettant de conclure des contrats au nom de la société qu'il dirige. Il en est de même de la circonstance que les chauffeurs de la société Transport E EOOD ont été embauchés en Bulgarie et que la société Transport E EOOD avait recours aux services d'un comptable indépendant en Bulgarie. En outre, en se bornant à relever que M. A n'était pas un employé de la société Transport E EOOD, les requérants ne contestent pas utilement que cette personne déchargeait M. E de ses fonctions de chauffeur en fin et début de semaine, lui permettant ainsi de rester à son domicile. Enfin les relevés bancaires, qu'ils produisent, confirment que la majeure partie des clients de la société Transport E EOOD étaient des entreprises françaises.

11. Au regard de l'ensemble des éléments relatés aux points 8 et 9, la société Transport E EOOD doit être regardée comme ayant disposé en France, durant les deux années en litige, au domicile de son dirigeant et unique associé, d'un siège de direction et M. E, dont les activités en France ne se limitaient pas à celles énumérés au paragraphe 3 de l'article 4 de la convention entre le République française et la République populaire de Bulgarie du 14 mars 1987, doit être regardé comme y ayant exercé, durant cette même période et habituellement, des pouvoirs lui permettant de conclure des contrats au nom de cette société. La société Transport E EOOD disposant ainsi en France, en 2016 et 2017, d'un établissement stable au sens du 1 de l'article 4 de cette convention, les bénéfices imputables à cet établissement y étaient, dès lors, imposables conformément aux prévisions de son article 6 et devaient être imposés, en application des articles 4 A ou 4 bis du code général des impôts et de l'article 8 de ce même code, dès lors que M. E était durant ces mêmes années, résident fiscal français au sens de son article 4 B.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :

12. M. E et Mme G soutiennent que l'absence de déclaration de l'activité de l'établissement stable de la société Transport E EOOD et de souscription de ses déclarations fiscales en France résulte d'une simple erreur et demandent, pour ce motif, la décharge, en droits et pénalités, de l'imposition supplémentaire établie au titre de l'année 2016 qui serait prescrite, ainsi que celle de la majoration de 80 % appliquée au titre de l'année 2017 en application du c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

13. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. / Le droit de reprise mentionné au deuxième alinéa ne s'applique qu'aux seules catégories de revenus que le contribuable n'a pas fait figurer dans une quelconque des déclarations qu'il a déposées dans le délai légal. Il ne s'applique pas lorsque des revenus ou plus-values ont été déclarés dans une catégorie autre que celle dans laquelle ils doivent être imposés. ".

14. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".

15. Il résulte des dispositions citées au point 13 ci-dessus que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un État autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment du niveau d'imposition dans cet autre État et des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux États.

16. Les requérants soutiennent que la société Transport E EOOD a déclaré son chiffre d'affaires et ses résultats en Bulgarie où elle a acquitté notamment l'impôt sur les sociétés, et relèvent qu'en outre, l'article 23 de la convention du 14 mars 1987 prévoit des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales française et bulgare qui permettent de lutter contre la fraude et l'évasion fiscale. Toutefois s'ils font valoir que l'écart entre les cotisations d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la société Transport E EOOD en Bulgarie et les cotisations d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des bénéfices industriels et commerciaux de cette même société n'est que de 1 156 euros en 2016, soit 45 % de l'imposition bulgare et de 2 792 euros en 2017, soit 78 % de l'imposition bulgare, cette comparaison limitée à deux années, entre une imposition au taux fixe de 10 % et une imposition à un taux progressif, dépendant du montant du revenu global du foyer fiscal des requérants, calculée en intégrant des facteurs propres à ce foyer et étrangers à l'exploitation de l'activité de la société Transport E EOOD, tel que le quotient familial qui est passé, en l'espèce, de 3,25 parts en 2016 à 4 parts en 2017, n'apparaît pas comme pertinente pour apprécier l'existence d'une erreur, dès lors notamment que le taux d'imposition du foyer fiscal a vocation à évoluer en fonction de son revenu global et qu'ainsi une variation des bénéfices industriels et commerciaux de la société Transport E EOOD peut avoir des effets sur le taux d'imposition appliqué à l'ensemble des revenus du foyer fiscal imposés au taux progressif. Cette absence de pertinence est d'ailleurs confirmée par la hausse importante entre 2016 et 2017 de l'écart constaté entre l'imposition bulgare et l'imposition française, dont il n'est ni établi ni même soutenu qu'elle résulterait d'une modification du droit applicable et qui est intervenue malgré une augmentation du quotient familial du foyer fiscal des requérants. Par ailleurs, il n'est pas établi que les bases déclarées et imposées en Bulgarie correspondent aux bases évaluées d'office et imposées en France. Ainsi, les bénéfices imposés en France ont été, en l'absence de présentation d'une comptabilité, évalués d'office en retenant des charges arrêtées à 80 % du chiffre d'affaires, conformément aux constatation effectuées au sein des entreprises de transport routier localisées en Bretagne, taux largement favorable aux requérants, dès lors qu'une partie des charges de l'entreprise et notamment une partie des charges salariales et sociales de la société a été acquittée en Bulgarie, où elles sont moins élevées qu'en France. Par ailleurs, il ressort des faits relatés aux points 8 et 9 que la société Transport E EOOD, qui a été créée par M. E, ressortissant français résidant en France, qui en est l'unique associé et le dirigeant et qui a pendant les années en litige dirigé cette société depuis la France, et démarché une clientèle très majoritairement française, ne pouvait pas raisonnablement ignorer qu'elle exerçait son activité en France à partir d'un établissement stable au sens de la convention franco-bulgare et qu'à ce titre elle devait faire connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce et souscrire des déclarations fiscales en France.

17. Il résulte de ce qui précède que, les requérants ne peuvent être regardés comme établissant que les manquements déclaratifs de la société Transport E EOOD résulteraient d'une erreur faisant obstacle à ce que soit constaté le caractère occulte de l'activité, qu'elle a exercée en France en 2016 et 2017. Par suite, ils ne contestent pas valablement l'extension du droit de reprise de l'administration à l'année 2016 ni l'application de la majoration de 80 % prévue au c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées tant à titre principal qu'à titre subsidiaire doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

19. l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. E et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, Mme F G et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

E. CLe président,

signé

E. Kolbert

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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