mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101493 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, l'EARL Hervé, représentée par la SCPA Bondiguel et Associés, demande au tribunal :
1°) la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période correspondant à son exercice clos en 2014 ;
2°) la mise à la charge de l'État du versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- alors que la rectification à l'origine du rappel procède d'un droit de communication exercé par le service auprès de son fournisseur la société Construction Européenne en Kit (CEK), l'administration n'a pas clairement listé les éléments recueillis notamment auprès de ce fournisseur, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, du principe général des droits de la défense et de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le service ne l'a pas informée précisément sur l'origine et la teneur des informations qu'il détenait alors qu'il disposait manifestement d'éléments recueillis auprès de tiers avant de mettre en œuvre le droit de communication auprès de la société CEK ;
- elle a verbalement demandé au service la copie des éléments qu'il avait recueillis auprès des tiers ; dès lors qu'il existait un litige entre elle et la société CEK, le service ne pouvait pas s'en tenir à la seule version du fournisseur, sans lui avoir remis les éléments recueillis par le service.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'EARL Hervé n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Delibes, de la SCPA Bondiguel et Associés, représentant l'EARL Hervé.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Hervé, qui exerce une activité d'élevage de bovins, a fait l'objet, en 2016, d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2015. À l'issue de ce contrôle, l'administration lui a adressé une première proposition de rectification, le 23 décembre 2016, qu'elle a toutefois annulée et remplacée par une nouvelle proposition de rectification en date du 13 janvier 2017 informant l'EARL, selon la procédure contradictoire, notamment de la remise en cause du caractère déductible d'une partie de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur une facture émise, le 29 septembre 2014, par l'un de ses fournisseurs, la société Constructions Européennes en Kit (CEK), portée en déduction sur sa déclarations CA 12 de l'année 2014, au motif que l'usage du droit de communication auprès de ce fournisseur avait permis de constater que les biens concernés par cette facture n'avaient pas tous été livrés. L'EARL Hervé a présenté des observations en réponse à cette proposition de rectification le 7 février 2017, auxquelles l'administration a répondu le 5 avril 2017 en maintenant cette rectification. Les droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement le 16 août 2017. L'EARL Hervé a formé une réclamation le 6 août 2019, complétée le 9 juillet 2020, que l'administration a rejetée par une décision du 18 janvier 2021. L'EARL Hervé demande la décharge de ce rappel d'imposition.
Sur les conclusions tendant à la décharge de l'imposition en litige :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Cette obligation ne s'impose à l'administration que pour les seuls renseignements effectivement utilisés pour fonder les rectifications.
4. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a, dans la proposition de rectifications du 13 janvier 2017, informé l'EARL Hervé que le service avait exercé, le 19 décembre 2016, son droit de communication auprès de la société CEK et obtenu en retour, le 10 janvier 2017, des renseignements relatifs à la facture n° 2014-30. Il y indique que ce fournisseur a précisé que cette facture n'était qu'une facture pro-forma et non une facture de vente, que la somme de 163 200 euros toutes taxes comprises y figurant correspondait à la commande de deux bâtiments, effectuée le 2 octobre 2014, dont un seul a été livré et facturé le 6 novembre 2014, pour un montant hors taxes de 71 500 euros assorti de 14 300 euros de taxe sur la valeur ajoutée. Le vérificateur y souligne également que la société CEK a mentionné que l'EARL Hervé lui avait remis le 10 juin 2015, un chèque de 77 400 euros pour la construction du second bâtiment, qui n'a pas été encaissé, en raison de l'absence de paiement de la totalité du prix du premier bâtiment. Par ces indications, l'administration a informé l'EARL Hervé, dès la proposition de rectification du 13 janvier 2017, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus de la société CEK qu'elle entendait utiliser pour fonder la remise en cause du caractère déductible d'une partie de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur la facture n° 214-30 et ainsi l'a mise à même de demander que les documents contenant ces renseignements, voire tous les documents ainsi obtenus de la société CEK, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement du rappel de taxe sur la valeur ajoutée procédant de cette rectification. Si l'EARL Hervé soutient qu'elle a demandé oralement à l'administration la communication des documents obtenus de la société CEK, elle ne l'établit pas alors que l'existence de cette demande est contestée par l'administration. Elle ne peut pas davantage valablement faire valoir que l'administration était tenue de procéder à cette communication, même en l'absence de demande, au motif qu'elle était à l'évidence en litige avec son fournisseur et que l'administration ne pouvait pas se contenter de sa seule version, dès lors qu'il lui était entièrement loisible dans ce cas, d'en informer pleinement l'administration notamment en relevant, au sein des renseignements portés à sa connaissance par la proposition de rectifications, ceux qui éventuellement étaient erronés ou biaisés et ne s'expliquaient que par l'existence de ce litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l'effectivité de l'accès à la justice ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-199/11 Europese Gemeenschap c/ Otis NV et autres du 6 novembre 2012, que le principe de protection juridictionnelle effective figurant à cet article 47 est constitué de divers éléments, lesquels comprennent, notamment, les droits de la défense, le principe d'égalité des armes, le droit d'accès aux tribunaux ainsi que le droit de se faire conseiller, défendre et représenter. S'agissant du respect des droits de la défense invoqués dans un litige fiscal portant sur une fraude à la TVA, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans son arrêt C-189/18 Glencore Agriculture Hungary du 16 octobre 2019, que ce principe a pour corollaire le droit d'accès au dossier au cours de la procédure administrative et qu'une violation du droit d'accès au dossier commise lors de la procédure administrative n'est pas, en principe, régularisée du simple fait que l'accès au dossier a été rendu possible au cours de la procédure juridictionnelle concernant un éventuel recours visant à l'annulation de la décision contestée. La Cour de justice a également jugé dans ce même arrêt que, dans un tel litige de fraude à la TVA, le respect des droits de la défense n'impose pas à l'administration fiscale une obligation générale de fournir un accès intégral au dossier dont elle dispose, mais exige que l'assujetti ait la possibilité de se voir communiquer, à sa demande, les informations et les documents se trouvant dans le dossier administratif et pris en considération par cette administration en vue d'adopter sa décision, lesquels incluent en principe non seulement l'ensemble des éléments du dossier sur lesquels l'administration fiscale entend fonder sa décision mais aussi ceux qui, sans fonder directement sa décision, peuvent être utiles à l'exercice des droits de la défense. Au nombre de ces derniers figurent en particulier les éléments que cette administration a pu rassembler et qui seraient susceptibles de faire douter de la participation du contribuable, en connaissance de cause, à des opérations impliquées dans une fraude à la TVA mais qu'elle a regardés comme non probants.
6. A l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'EARL Hervé fait valoir que le service a pu recueillir auprès de la société CEK des éléments qui, portés à sa connaissance, aurait pu être utile à l'exercice des droits de la défense et qu'à défaut d'avoir établi une liste de l'ensemble des éléments communiqués par son fournisseur, l'administration l'a privée du droit d'en demander communication. Toutefois, le litige ne repose pas sur la constatation d'un élément intentionnel et notamment d'une participation à un système de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée, mais uniquement sur l'absence de naissance du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en litige qui résulte en l'espèce de circonstances objectives que la société requérante pouvait utilement contester, après avoir éventuellement demandé la communication de l'ensemble des documents obtenus de la société CEK, en remettant en cause ou en apportant des explications aux éléments qui lui ont été explicitement opposés par l'administration. Par suite, l'EARL Hervé n'est pas fondée à soutenir qu'à défaut de lui avoir communiqué une liste des éléments obtenus de la société CEK l'administration a méconnu l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, si l'EARL Hervé fait également valoir que le vérificateur aurait dû, au cours de la vérification de comptabilité, porter à sa connaissance les raisons pour lesquelles il l'interrogeait sur les achats réalisés auprès de la société CEK et l'informer à cette occasion de l'origine et de la teneur des informations recueillies auprès de tiers justifiant ses questions. L'administration n'est pas tenue au stade de la vérification de comptabilité de faire part à l'entreprise vérifiée des informations qu'elle détient sur le contexte dans lequel celle-ci exerce son activité, et ceci quelle que soit leur origine. Au demeurant, aucun élément du dossier ne permet de suspecter que l'administration avait recueilli à ce stade des renseignements auprès de tiers.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EARL Hervé doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
9. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 par l'EARL Hervé.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL Hervé est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Hervé et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
E. ALe président,
signé
E. Kolbert
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026