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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101642

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101642

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101642
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantQUENTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 9 septembre 2021,

M. A C, représenté par Me Quentel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national des forêts (ONF) à lui verser la somme de

58 704,50 euros, cette somme avec intérêts et capitalisation à la date de sa demande indemnitaire préalable du 27 novembre 2020, en réparation du préjudice que lui a causé son accident de service ;

2°) de mettre à la charge de l'Office national des forêts la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été agressé verbalement, le 19 mai 2017, par un collègue de travail, en présence de son supérieur hiérarchique, lequel s'est abstenu d'intervenir pour faire cesser cette agression ;

- les conséquences de cet évènement sur son état de santé ont été reconnues imputables au service, l'ont conduit, à être déclaré inapte à toutes fonctions et à être placé à la retraite pour invalidité imputable au service, dans ces conditions la responsabilité pour faute de l'ONF est engagée, notamment en raison de l'abstinence fautive de son supérieur hiérarchique lors de l'évènement du 19 mai 2017 ;

- l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire, coté de classe II, doit être fixée à 7 012,50 euros ;

- l'indemnisation de ses souffrances endurées, évaluées à 3 sur 7, doit être fixée à

7 000 euros ;

- l'indemnisation de son déficit fonctionnel permanent, sur la base du taux d'invalidité consécutif à son accident et établi à 30%, doit être fixée à 43 692 euros ;

- l'indemnisation de son préjudice d'agrément sera fixée à 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, l'Office national des forêts (ONF) conclut à ce qu'une expertise soit ordonnée par le tribunal.

Il soutient que :

- il n'y pas lieu de retenir sa responsabilité pour faute ;

- concernant sa responsabilité sans faute, le tribunal ne saurait se fonder sur la seule expertise du docteur B qui n'a pas été soumise au contradictoire ;

- il appartient au tribunal d'ordonner la tenue de l'expertise demandée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mai 2017, M. C, technicien supérieur forestier (TSF) à l'Office National des Forêts (ONF), a été victime d'une agression verbale de la part d'un de ses collègues, en présence de leur supérieur hiérarchique. M. C a alors été placé en arrêt de travail, lequel

a été prolongé. Ces arrêts ont fait l'objet d'une reconnaissance d'imputabilité au service le

21 novembre 2017, en bornant leur couverture jusqu'au 5 juin 2017. A compter du

14 décembre 2017, il a pu reprendre ses fonctions mais uniquement en temps partiel

thérapeutique, sur un poste de commercial. Il a ensuite été désinstallé le 25 juin 2018. Son état de santé ne s'améliorant pas, il a de nouveau été placé en arrêt de travail par son médecin traitant, à compter du 11 février 2019. Le 28 mai 2019, l'ONF a reconnu l'imputabilité au service de cette nouvelle période d'arrêt. Par un arrêté du 23 octobre 2020, M. C a été admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité imputable au service. Son titre de pension a retenu un taux d'invalidité de 30 %. Par courrier du 8 janvier 2021, M. C a sollicité auprès du directeur de l'ONF, l'indemnisation des conséquences de son accident de service, lequel est resté sans réponse, de sorte qu'une décision implicite de rejet est née le 12 mars suivant. M. C demande au tribunal de condamner l'ONF à lui verser la somme de 58 704,50 euros en réparation des préjudices résultant de l'évènement du 19 mai 2017.

Sur la responsabilité de l'Office National des Forêts :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

2. L'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 garantit aux fonctionnaires : " des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique () durant leur travail ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985.

3. M. C soutient que l'ONF a commis une faute en ne le préservant pas du tempérament " explosif " de son collègue, lequel était connu du service et souligne que son supérieur présent lors de l'altercation du 19 mai 2017 s'est abstenu d'intervenir lors de cet évènement. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément venant attester de la notoriété du comportement " explosif " de son collègue ou de l'abstention de son supérieur à intervenir lors de l'agression verbale dont il a été victime. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'ONF aurait commis une faute dans l'organisation ou le fonctionnement de l'établissement de nature à engager la responsabilité de ce dernier pour faute.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

4. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, la rente viagère d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service

ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent cette prestation déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions.

Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité

ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que l'accident subit le 19 mai 2017 par M. C a été reconnu comme imputable au service le 21 novembre 2017, que l'arrêt de travail initial couvrant la période du 20 mai 2017 au 5 juin 2017 sera pris en charge au titre de la couverture du risque accidents de service et maladie professionnelle des fonctionnaires, que sa maladie constatée le 11février 2019 a été reconnue comme une maladie à caractère professionnel, le 28 mai 2019, et par un arrêté du 23 octobre 2020, il a été admis à faire valoir ses droit à la retraite au titre de l'invalidité imputable au service à compter du 1er octobre 2020. D'autre part, son titre de pension retient un taux d'invalidité de 30 %, conformément aux termes de l'expertise du

docteur D du 9 décembre 2019.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que la responsabilité de l'ONF peut être engagée à raison des risques encourus lors de ses fonctions.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. L'ONF, qui ne conteste pas sérieusement le fondement de l'engagement de sa responsabilité sans faute, demande que le tribunal ordonne la tenue d'une nouvelle expertise, de sorte à écarter celle du 24 novembre 2020 du docteur B et réalisée à la demande du requérant. L'Office reproche principalement à cette dernière de se limiter à la période comprise entre la date de l'accident de service et la date de consolidation, fixée au 9 décembre 2019 et conteste le taux d'invalidité retenu de 30 %. Il ajoute que le barème officiel du concours médical, indicatif d'évaluation des taux d'incapacité en droit commun retient pour les névroses traumatiques, un taux maximum indicatif est de 20%, de surcroît appliqué exceptionnellement. Ces critiques, alors qu'en tout état de cause, l'expertise susmentionnée n'a pas été soumise au contradictoire, ne peuvent être à ce stade qu'être écartées.

8. Dans ces conditions, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de se prononcer sur l'évaluation des préjudices que M. C a subis du fait de l'accident de service survenu le

19 mai 2017. Il y a donc lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise aux fins qui sont indiquées à l'article 1 du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. C, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin spécialiste en psychiatrie avec mission de :

- examiner M. C, décrire son état, se faire communiquer tous les documents médicaux et toutes pièces relatives à son état de santé qu'il estimera utiles.

- de proposer une évaluation de chacun de ces préjudices conformément à la nomenclature Dintilhac.

Article 2 : L'expert prendra connaissance du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer l'intégralité du dossier médical de M. C. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office national des forêts.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

SIGNE

Y. E

Le président,

SIGNE

G. Descombes

Le greffier,

SIGNE

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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