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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101645

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101645

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101645
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 mars 2021 et 30 juin 2022, M. et Mme E et H F, Mme B F, Mme J F, et M. G F représentés par Me Logeat, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest à leur verser la somme de 124 003 € augmentée des intérêts et de leur capitalisation à compter de la réception de leur demande indemnitaire préalable du 28 mai 2019, en réparation des préjudices causés par le décès de leur fille A F ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest la somme de 2 500 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du CHRU de Brest est engagée :

* sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique à raison de la faute commise lors de la prise en charge médicale A F qui n'a pas fait l'objet d'une surveillance d'examens adéquats ;

* sur le fondement de l'article L. 1110-1 du code de la santé publique en n'organisant pas la procédure collégiale relative à l'arrêt des soins, impliquant la consultation des tuteurs ou proches en méconnaissance ;

* en raison des modalités d'annonce à ses proches du décès A F ;

- ces fautes ont causé :

* à A F, des préjudices résultant des troubles dans les conditions d'existence, des souffrances physiques, une douleur morale liée notamment au fait de décéder seule sans famille ainsi qu'une perte de chance de survivre, qui peuvent être évalués à 25 000 € ;

* à sa famille, des frais d'obsèques pour 4 003 € et un préjudice moral évalué à 25 000 € pour chacun des parents et 15 000 € pour chacun des frère et sœurs.

Par un mémoire en défense, enregistré les 28 janvier 2022, le CHRU de Rennes, représenté par Me Maillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2000 € soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pottier,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Clairay, représentant les consorts F, et de Me Gasmi, représentant le CHRU de Brest ;

- et les déclarations de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. A F, née en 1992, atteinte du syndrome congénital polymalformatif dit K, a été hospitalisée le 14 août 2018 aux urgences du CHRU de Brest pour une fièvre et un encombrement bronchique dus à une broncho-pneumopathie. Elle est décédée le 29 août 2018 des suites d'un choc septique accompagné d'une polypnée, de troubles de la conscience, d'une désaturation en oxygène, et d'une hypotension artérielle à 60/40 mmHg. Une autopsie a conclu à une probable décompensation cardiaque sur maladie de Barlow associée à une malformation des valves cardiaques. Après une médiation organisée le 10 octobre 2018, le médecin médiateur a conclu à une prise en charge médicale en adéquation avec la situation de la patiente et à la survenue de difficultés de communication entre l'équipe médicale et la famille durant son hospitalisation. Le 28 mai 2019, les parents A F ont présenté une demande indemnitaire au CHRU de Brest qui l'a rejetée le 25 septembre 2019. La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Bretagne a été saisie le 25 novembre 2019 et une expertise réalisée le 9 octobre 2020. Par un avis du 29 janvier 2021, la CCI a délivré un avis par lequel elle a rejeté la demande d'indemnisation présentée par la famille F au motif qu'aucune faute imputable au CHRU n'a eu pour conséquence le décès de la patiente. Les consorts F demandent au tribunal de condamner le CHRU de Brest à les indemniser des préjudices qu'ils ont subis, ainsi ceux subis par leur fille et sœur, à raison des fautes qu'ils imputent au CHRU dans la prise en charge A F.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute médicale :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise réalisée le 9 octobre 2020, de l'avis de la CCI et de l'autopsie du 24 septembre 2018, que le décès A F a été provoqué par une " probable décompensation cardiaque globale droite et gauche sur maladie de Barlow ", induisant une insuffisance cardiaque, et à des lésions d'œdème aigu pulmonaire et de pseudo-emphysème aigu, malgré l'absence de " foyer infectieux mis en évidence ". Selon l'expert qui a réalisé son expertise à la demande de la CCI le 12 octobre 2020, " cette autopsie est parfaitement compatible avec l'histoire clinique, puisqu'il y a eu un choc septique à l'origine du décès " " d'origine pulmonaire ", " cette infection [étant] la conséquence des fausses routes, toujours présentes, du fait de la production de salive au moins. Cette infection a évolué en choc, évolution qui est la conséquence directe et exclusive du syndrome K, syndrome comprenant un déficit immunitaire humoral. ". L'expert conclut que le décès A F " est la conséquence directe et exclusive de l'évolution de son état antérieur ", qu'" aucun manquement technique ne peut être mis en évidence, dans la prise en charge dont A F a bénéficié ", que " les soins et comportement de l'équipe ont été conformes aux données acquises de la science médicale ", que le " premier épisode infectieux " a été bien traité, mais que " malheureusement, la maladie, dont l'immunodépression A, a été la plus forte, lors de la deuxième infection qui a rapidement évolué en choc septique ". Si les requérants font valoir qu'une prise de tension plus régulière ainsi qu'un examen cardiaque auraient dû être réalisés, toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les examens et le suivi médical de l'intéressée aient été défaillants et que de tels examens auraient été de nature à prévenir le choc septique du 29 août 2018, ni d'y remédier, compte tenu de l'impossibilité constatée le 29 août de poser une voie d'abord veineuse, ni de nature à prévenir la décompensation cardiaque qui a entraîné le décès A F. Il résulte de ce qui précède qu'aucun manquement dans le traitement et le diagnostic de la pathologie A F ne peut être reproché au CHRU de Brest.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute dans l'organisation et le fonctionnement du service :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () ". Aux termes de l'article L. 1110-5-1 du même code : " Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 1111-4 du même code : " () Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale mentionnée à l'article L. 1110-5-1 et les directives anticipées ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou, à défaut la famille ou les proches, aient été consultés. La décision motivée de limitation ou d'arrêt de traitement est inscrite dans le dossier médical () ". L'article R. 4127-37-2 du même code précise que : " () II. - Le médecin en charge du patient peut engager la procédure collégiale de sa propre initiative. () La personne de confiance ou, à défaut, la famille ou l'un des proches est informé, dès qu'elle a été prise, de la décision de mettre en œuvre la procédure collégiale. / III. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est prise par le médecin en charge du patient à l'issue de la procédure collégiale. Cette procédure collégiale prend la forme d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et de l'avis motivé d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant. Il ne doit exister aucun lien de nature hiérarchique entre le médecin en charge du patient et le consultant. L'avis motivé d'un deuxième consultant est recueilli par ces médecins si l'un d'eux l'estime utile. /(). ".

5. Il résulte de ces dispositions législatives, ainsi que de l'interprétation que le Conseil constitutionnel en a donnée dans sa décision n° 2017-632 QPC du 2 juin 2017, qu'il appartient au médecin en charge d'un patient hors d'état d'exprimer sa volonté d'arrêter ou de ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, les traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. En pareille hypothèse, le médecin ne peut prendre une telle décision qu'à l'issue d'une procédure collégiale, destinée à l'éclairer sur le respect des conditions légales et médicales d'un arrêt du traitement et, sauf dans les cas mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 1111-11 du code de la santé publique, dans le respect des directives anticipées du patient ou, à défaut de telles directives, après consultation de la personne de confiance désignée par le patient ou, à défaut, de sa famille ou de ses proches, ainsi que, le cas échéant, de son ou ses tuteurs.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que le 15 août 2018, soit le lendemain de son hospitalisation, il a été mentionné sur le dossier médical A F dans la colonne prescription " non réanimation " assortie d'une mention relative à la consultation de la famille. En outre, le compte-rendu d'hospitalisation du 10 septembre 2018 rédigé par le docteur D indique qu' " une décision médicale avait été organisée dans le service sur l'attitude à adopter en cas d'aggravation clinique. Il nous avait paru déraisonnable, compte tenu du polyhandicap de Mme F, de proposer une prise en charge réanimatoire ". Enfin, il résulte du rapport de médiation, rédigé par le médecin médiateur le 7 novembre 2018 que " le 29 août au matin la température est à 40°5. La patiente est polypnéique et surtout la tension artérielle est très basse (60) la saturation en oxygène est basse aussi, la patiente est transférée par précaution en salle de réveil d'anesthésie. Là encore, la pose d'une voie d'abord veineuse échoue. Vers 9h40, Mme le Dr D (interne) et Mme le Dr C (anesthésiologue) décident l'arrêt des soins techniques et la patiente décède à 10 heures. ". Le CHRU indique en outre que le 18 août, le Dr I a contacté la famille et a spécifié à la mère le " caractère non-réanimatoire " de sa fille par téléphone. Il résulte ainsi de l'instruction qu'une décision de non réanimation a bien été prise le 29 août 2018. Or, l'expert a indiqué que " la décision de l'absence de réanimation a été prise sans concertation avec la famille, selon celle-ci. Aucun élément dans le dossier ne permet de démontrer le contraire ". En outre, la CCI a mentionné dans son rapport que " rien ne permet de considérer que les parents A F aient été associés à [la] décision [de ne pas réanimer] la patiente. Or dès son admission, cette discussion sur les soins qui pourraient être mobilisés en fonction de l'état A aurait dû être instaurée avec les parents ce qui n'a pas été le cas ". Enfin, la seule mention d'un état " non réanimatoire " évoqué par téléphone ne peut être regardée comme remplissant les conditions visées par les dispositions précitées. Il résulte de ce qui précède qu'en méconnaissant la procédure visée à l'article L. 1110-5-1 du code de la santé publique, associant pour les consulter les parents et tuteurs de Mme F, le CHRU de Brest a commis une première faute dans l'organisation et le fonctionnement du service public hospitalier.

7. En second lieu, en application de l'article R. 1112-69 du code de la santé publique, relatif au décès des personnes hospitalisées : " La famille ou les proches sont prévenus dès que possible et par tous moyens appropriés de l'aggravation de l'état du malade et du décès de celui-ci. () ".

8. Il résulte de l'instruction que le 29 août à 9h18, une infirmière a appelé la mère A pour lui indiquer que celle-ci avait " beaucoup de fièvre et qu'elle [était] très fatiguée ". La décision d'arrêter le traitement, faute de voie d'abord veineuse, et de ne pas réanimer A a été prise à 9h40, A est décédée à 10h selon le rapport de médiation, et, à 10h23, le Dr D par téléphone a annoncé à Mme F que sa fille " part[ait] tranquillement ". Les époux F qui sont arrivés à 12h30 au CHRU, ont appris seulement à leur arrivée qu'Eva était décédée seule sans sa famille et ont vu la dépouille de leur fille sur son lit d'hôpital et " sans préparation ". La CCI a en outre relevé, dans les suites de l'expertise, que l'hôpital " n'a pas suffisamment informé la famille et ne l'a pas, dans les suites du décès, correctement reçue, n'a pas fait preuve d'empathie ni de l'humanité indispensable ". En outre, il résulte de l'instruction que les parents A F, qui se tenaient informés de son état, la mère A ayant appelé la veille du décès à 21 h afin de parler à un médecin, n'ont pas été alertés ni le 29 août au matin, ni auparavant, de l'aggravation de l'état de leur fille et de la nécessité de se rendre à l'hôpital immédiatement s'ils souhaitaient l'accompagner. Si le CHRU fait état de l'appel téléphonique passé à 9h18 mentionnant à la mère A F que celle-ci était très fatiguée, toutefois, il n'établit pas que Mme F ait été informée à cet instant de la gravité de l'état de sa fille alors que cette dernière présentait une température de plus de 40° à 8h45, était polypnéique et marbrée avec une tension artérielle à 6/4. En outre, l'hôpital a ensuite estimé préférable de dire à Mme F qu'Eva était en train partir " tout doucement " alors que son enfant était décédée vers 10h. Enfin il ressort de l'avis de la CCI en date du 29 janvier 2021 que " la prise en charge n'a donc pas été conforme aux règles de l'art et le CHRU de BREST () n'a pas suffisamment informé la famille et ne l'a pas, dans les suites du décès, correctement reçue, n'a pas fait preuve d'empathie ni de l'humanité indispensable a commis une faute ". En revanche, si les requérants se plaignent de ce que les discours tenus par le personnel du CHRU auraient été irrespectueux à l'égard de leur fille en la mentionnant comme une chose au lieu d'une personne, ils ne l'établissent pas.

9. Il résulte de ce qui précède que les conditions dans lesquelles la famille A F a été informée de l'aggravation de son état puis de son décès, sont contraires aux dispositions précitées de l'article R. 1112-69 du code de la santé publique et constitue une seconde faute dans l'organisation et le fonctionnement du service public hospitalier.

En ce qui concerne les préjudices :

Sur les préjudices propres A F :

10. En l'absence de faute médicale établie, le préjudice lié aux souffrances endurées par A F lors de son hospitalisation puis de son décès ne peut qu'être écarté.

11. Si A F ne se trouvait pas dans un état végétatif lors de son hospitalisation, il ressort toutefois des éléments annotés au dossier médical que le 29 août au matin, elle souffrait d'une désaturation en oxygène et d'une tension artérielle très faible ayant pour effet de priver son cerveau d'oxygène, et manifestait des troubles de la conscience. Dans ces circonstances et compte tenu en outre de la rapidité du décès survenu aux environs de 10 heures après un arrêt des traitements à 9h40 selon le rapport établi par le médecin de médiation, l'existence d'un préjudice moral de la victime lié à la circonstance qu'elle est décédée sans être entourée de sa famille ne peut être regardé comme établie.

Sur les préjudices des consorts F :

12. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, A F est décédée des suites d'un choc septique provoqué par la broncho-pneumonie, sans qu'aucune faute technique n'ait été identifiée et qui l'aurait privée de la possibilité de survivre à cette pathologie. En outre, le décès ne peut être imputable aux fautes commises par le CHRU de Brest à raison du défaut d'information et de consultation de ses proches. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit aux demandes de M. et Mme F au titre de l'indemnisation des frais d'obsèques.

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la famille A F n'a pas été associée à la procédure collégiale qui devait être mise en œuvre pour décider d'une non-réanimation A, ni n'a été informée de cette décision ni des motifs pour lesquels elle a été prise. Elle a été ainsi privée de toute possibilité de présenter des observations sur une décision d'une exceptionnelle gravité, ainsi que de se préparer à ses conséquences. En outre, la famille A F a subi une douleur morale liée au manquement du CHRU de Brest à son obligation d'information découlant de l'article R. 1112-69 du code de la santé publique. Il résulte de ce qui précède qu'à raison de ces fautes, il y a lieu, par suite, d'accorder au titre du préjudice moral ainsi subi 10 000 € à chacun des parents A F, et 5 000 € à chaque frère et sœur.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le CHRU de Brest est condamné à indemniser M. E et H F, de la somme de 10 000 € chacun et Mme B F, M. G F et Mme J F, de la somme de 5 000 € chacun.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

15. Les consorts F ont droit aux intérêts sur les sommes qui leurs sont dues à compter du 28 mai 2019, date de réception de leur demande indemnitaire préalable par le CHRU de Brest. Ils ont demandé la capitalisation des intérêts le 29 mars 2021, date d'enregistrement de leur requête. A cette date il était dû plus d'une année d'intérêts. Par suite, les intérêts échus à compter du 29 mars 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par le CHRU de Brest sur ce fondement.

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Brest la somme de 1 500 € à verser ensemble aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHRU de Brest versera les sommes de 10 000 € chacun à M. E et H F, et la somme de 5 000 € chacun à Mme B F, M G F et Mme J F.

Article 2 : Les sommes allouées par l'article 1er du présent jugement porteront intérêts au taux légal à compter du 28 mai 2019 et capitalisation des intérêts à compter du 29 mars 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date.

Article 3 : Le CHRU de Brest versera aux requérants ensemble la somme de 1500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le CHRU de Brest au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, au centre hospitalier régional universitaire de Brest et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

signé

F. Pottier

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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