jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101667 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DEPASSE DAUGAN QUESNEL DEMAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2021 et 24 janvier 2022, l'EARL de Kervos, représentée par la SCP Depasse Daugan Quesnel Demay, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 43 200 euros en réparation du préjudice subi du fait des dégâts causés aux parcelles qu'elle exploite par des choucas des tours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à invoquer la responsabilité sans faute de l'Etat ;
- elle a subi un préjudice s'élevant à la somme de 43 200 euros, comprenant la somme de 5 200 euros de charges engagées à perte, 32 000 euros au titre de la baisse de rendement et 6 000 euros au titre du manque à gagner en raison de la baisse significative du rendement moyen du maïs ;
- ce préjudice présente un lien de causalité direct et certain avec la prolifération des choucas des tours ;
- les dégâts subis ont un caractère grave et spécial et excèdent les aléas inhérents à l'activité agricole ;
- aucune faute de nature à limiter son droit à réparation ne lui est imputable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat ne saurait être engagée ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat ne peut davantage être engagée, dès lors qu'aucun lien de causalité direct et certain avec la prolifération des choucas des tours n'est établi et que le préjudice allégué ne présente pas un caractère anormal et spécial ;
- la requérante a commis une faute en ne recourant pas à des dispositifs d'effarouchement et en ne sollicitant pas d'autorisation de tirs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- la loi n°76-629 du 10 juillet 1976 ;
- l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Boucher, représentant l'EARL de Kervos.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; (). ". En application de l'article R. 411-1 du même code, la liste des espèces protégées est fixée par des arrêtés interministériels qui précisent, en particulier, la nature des interdictions retenues, leur durée et les parties du territoires où elles s'appliquent. L'article 3 de l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection prévoit, en dernier lieu, que les choucas des tours (Corvus monedula) comptent au nombre de ces espèces.
2. Il résulte des principes qui gouvernent l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat que le silence d'une loi sur les conséquences que peut comporter sa mise en œuvre ne saurait être interprété comme excluant, par principe, tout droit à réparation des préjudices que son application est susceptible de provoquer. Ainsi, en l'absence même de dispositions de la loi du 10 juillet 1976, puis du code de l'environnement, le prévoyant expressément, le préjudice résultant de la prolifération des animaux sauvages appartenant à des espèces dont la destruction a été interdite en application des dispositions de cette loi, désormais codifiées à l'article L. 411-1 du code de l'environnement, doit faire l'objet d'une indemnisation par l'Etat lorsque, excédant les aléas inhérents à l'activité en cause, il revêt un caractère grave et spécial et ne saurait, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés.
3. L'EARL de Kervos soutient avoir subi, en mai 2020, sur des parcelles qu'elle exploite en culture de maïs, pour une superficie de 86,75 hectares dans la commune de Mur-de-Bretagne, des déprédations sur une fraction de terrain de 30 hectares sur laquelle, après un second ensemencement, des nouvelles déprédations ont été subies à hauteur de 20 hectares. Elle fait également valoir que les 10 autres hectares, n'ayant pas été touchées par les nouvelles déprédations, ont toutefois vu leur rendement considérablement réduit.
4. D'une part, si, pour établir que son préjudice résulte de la prolifération d'animaux sauvages appartenant à des espèces dont la destruction a été interdite de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, la requérante se prévaut des termes d'un constat d'huissier du
5 août 2020, faisant état, à cette date, de la présence de choucas des tours aux abords des parcelles touchées par les déprédations, ce constat relève toutefois cette présence à proximité immédiate d'un champ ensemencé de pois et non de terres plantées de maïs. Par ailleurs, ni les articles de presse, ni la note de la préfecture des Côtes-d'Armor du 29 novembre 2019 et ni enfin les autres pièces d'ordre général dont se prévaut la requérante ne peuvent suffire à établir que les dégâts subis sur ses parcelles auraient été causés en tout ou en partie par des choucas des tours, alors que le préfet des Côtes-d'Armor fait valoir que les déprédations subies par les exploitations agricoles sont régulièrement imputables à des espèces d'oiseaux non protégées. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que son préjudice présente un lien de causalité direct et certain avec les mesures de protection dont bénéficient les choucas des tours.
5. D'autre part, l'EARL de Kervos, pour établir qu'elle a subi un préjudice excédant les pertes résultant normalement de l'aléa d'exploitation, ne produit que ses résultats d'exploitation de l'exercice 2018/2019, à l'exclusion des années antérieures. Elle n'apporte par ailleurs aucune indication quant à la nature et à l'importance des déprédations dues aux oiseaux ou à d'autres espèces susceptibles d'occasionner des dégâts aux cultures habituellement subis par les parcelles ensemencées de maïs et constituant l'aléa normal d'une telle exploitation. Dans ces conditions, la requérante ne fournit pas d'éléments suffisants de nature à démontrer que le préjudice qu'elle a pu subir dépasse l'aléa inhérent à son activité.
6. Au surplus, l'existence même du préjudice allégué ne peut être regardée comme suffisamment établie par les termes du constat d'huissier du 5 août 2020, dont la réalisation résultait de l'initiative de la commune de Guerlédan pour attester des dégâts subis par les parcelles de différents exploitants et duquel ne ressort que la constatation de déprédations affectant les parcelles de M. A au lieu-dit " Kervos ", sans aucune mention de l'EARL de Kervos alors que l'article de presse du 27 juin 2020 dans lequel cet agriculteur relate les dégâts subis sur les terres qu'il exploite ne fait pas davantage référence à la requérante.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'EARL de Kervos n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle soutient avoir subis du fait de la protection dont bénéficient les choucas des tours.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement à l'EARL de Kervos de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL de Kervos est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL de Kervos et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. B
Le président,
Signé
E. Kolbert
La greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026