mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2101790 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LANNUZEL MUNOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 8 avril 2021, 7 juin 2022 et 26 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Bellec Pennec, demande au tribunal :
1°) de condamner le conseil départemental du Finistère pour faute à lui verser la somme de 8 280 euros décompté comme suit :
- 4000 euros au titre des préjudices moral et corporel ;
- 4 280 euros au titre du préjudice matériel ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le dommage subi résulte d'un défaut d'entretien normal de la chaussée, engageant la responsabilité pour faute du conseil départemental du Finistère ;
- le conseil départemental n'a pas procédé au bon entretien de la chaussée ;
- le panneau AK22, placé en amont du lieu de l'accident, aurait dû également être présent à l'entrée immédiate du virage en raison de l'importante couche de gravier sur la chaussée, non contesté par le conseil départemental du Finistère ;
- le conseil départemental du Finistère n'apporte aucune justification sur cette couche disproportionnée de gravier sur la chaussée ;
- aucun panneau de limitation de vitesse n'a été placé alors que ce dernier était indispensable ;
- les panneaux avertissant des gravillons et de limitation de la vitesse ont été rajoutés le lendemain de l'accident, démontrant ainsi la prise de conscience du conseil départemental du risque encouru par les automobilistes ;
- le conseil départemental du Finistère reconnait que seuls deux panneaux étaient installés à une distance de plus de 900 mètres du lieu de l'accident, ce qui parait insuffisant au regard de la dangerosité de la chaussée ;
- elle n'emprunte cette route qu'occasionnellement pour rendre visite à sa mère, de sorte qu'elle n'avait pas connaissance de la présence d'une telle couche de gravier ;
- aucune pièce ne démontre qu'elle conduisait avec une vitesse excessive ;
- l'usure des pneus résulte d'une expertise réalisée après l'accident et n'est donc pas à l'origine de l'accident ;
- l'action en indemnisation n'est pas prescrite ;
- elle a subi un préjudice physique et moral, résultant des souffrances endurées à la suite de l'accident ; elle demande l'indemnisation à hauteur de 4 000 euros ;
- elle a subi un préjudice matériel en rachetant un véhicule ; elle demande l'indemnisation à hauteur de 4 280 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2021, le conseil départemental du Finistère, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité pour faute ne peut être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en ce que la signalisation était suffisante et adaptée ;
- l'accident résulte des seules fautes de Mme B ;
- si la responsabilité pour faute est retenue, une juste appréciation du préjudice corporel de la victime doit être effectuée en lui allouant la somme de 1 000 euros ;
- aucune indemnité ne doit lui être versée s'agissant du préjudice matériel.
Par deux mémoires en intervention, enregistrés les 26 mai 2021 et 23 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère demande au tribunal :
1°) de condamner le conseil départemental du Finistère à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 155,93 euros, la somme totale de 467,79 euros au titre de ses débours, assortie de 72 euros au titre des intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge solidaire du conseil départemental du Finistère la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme B, qui sont en rapport avec la prise en charge de Mme B par le conseil départemental du Finistère.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité social ;
- le code de la voirie routière ;
- l'arrêté du 24 novembre 1967 relatif à la signalisation des routes et des autoroutes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- et les conclusions de M. C, rapporteur-public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 août 2019 Mme B a été victime d'un accident de la circulation sur la route départementale D52 en direction de la commune de Plouvien, à hauteur du lieu-dit
" Le Narret ". Estimant que ce dommage résulte de la présence importante de gravillons sur la chaussée, et engage donc la responsabilité pour faute du conseil départemental du Finistère, elle a sollicité, par un courrier en date du 4 décembre 2020, auprès de ce dernier une indemnité de ses préjudices matériel et corporel. Du silence gardé par l'administration sur sa demande indemnitaire est née une décision implicite de rejet. La requérante demande au tribunal de condamner le conseil départemental du Finistère à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis, à hauteur de 8 280 euros.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B avait la qualité d'usager de la route départementale D52 en direction de la commune de Plouvien, à hauteur du lieu-dit " Le Narret " au moment de son accident et qu'elle peut donc se prévaloir du régime de responsabilité pour faute présumée à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
3. En second lieu, il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
4. D'une part, Mme B produit des photographies contemporaines de son accident qui démontrent que la route était recouverte d'une importante couche de gravillons, ainsi qu'un certificat initial de description de lésions, en date du 4 août 2019, et un avis d'arrêt de travail, établi à la même date, attestant les blessures à la suite de l'accident survenu sur la voie publique le 4 août 2019. Par suite, le lien de causalité entre l'accident et l'état de l'ouvrage public doit être regardé comme établi.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment des photographies contemporaines versées par Mme B, qu'un panneau de signalisation AK 22 " projection de gravillon " ainsi qu'un panneau de signalisation avertissant l'" absence de marquage " étaient installés en amont du lieu de l'accident, que le plan manuscrit, fournit par le conseil départemental du Finistère, indique par une croix noir la présence de ces deux panneaux de signalisation et par une croix rouge le lieu de l'accident, que la distance entre les deux est d'environ trois kilomètres. Dans ces conditions, eu égard à la distance de trois kilomètres entre les panneaux de signalisation et le lieu de l'accident, la signalisation n'est ni adaptée ni suffisante. Dès lors, la responsabilité du conseil départemental du Finistère doit être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, en raison d'une couche anormale de gravillons et d'un défaut de signalisation de la présence de ces gravillons sur la chaussée à proximité immédiate du lieu de l'accident.
6. Par ailleurs, si le conseil départemental du Finistère fait valoir que l'accident de Mme B est intervenu alors que celle-ci empruntait le trajet entre son domicile et son travail, que les panneaux de signalisation des travaux devaient inciter Mme B à adapter sa vitesse et faire preuve de vigilance, et que l'usure des pneus arrières de sa voiture s'élevait à 70%, ces circonstances toutefois, ne sont pas de nature à établir que l'intéressée aurait abordé avec imprudence ou avec une vitesse inadaptée la portion de voie litigieuse, ni que l'accident résulterait d'une autre cause que celle de la présence d'une couche de gravillons anormalement épaisse sur la voie publique. Dans ces conditions, aucune faute d'imprudence ou d'inattention ne saurait être reprochée à Mme B.
En ce qui concerne les préjudices :
7. En premier lieu, Mme B sollicite l'indemnisation de la somme de
4 000 euros au titre du préjudice corporel et moral. Il résulte de l'instruction, et notamment du certificat initial de description de lésions établi le 4 août 2019, que Mme B a plusieurs traumatiques aux genoux, qu'elle a dû porter une attelle pendant 21 jours, qu'elle a fait l'objet d'un arrêt de travail médical d'une durée de 10 jours, soit jusqu'au 14 août 2019. Toutefois,
Mme B n'établit pas qu'elle aurait des séquelles de ses blessures et qu'elle aurait enduré des souffrances susceptibles d'être indemnisées à hauteur de 4 000 euros. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
8. En second lieu, Mme B sollicite l'indemnisation de la somme de 4 280 euros au titre du préjudice matériel correspondant au rachat d'un véhicule. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 septembre 2019, du certificat de destruction du véhicule du 17 septembre 2019, du bon de commande de l'achat d'un nouveau véhicule, que Mme B a racheté un nouveau véhicule à la suite de l'accident, du fait de la destruction du véhicule utilisé le jour de l'accident et de la réparation possible à hauteur de 10 213 euros, que cette nouvelle voiture a été vendue à la somme de 8 000 euros, qu'il résulte de l'instruction, que la MAAF a versé la somme de 2 390 euros à Mme B pour le rachat de ce véhicule. Par suite, les frais de rachat d'un véhicule étant en lien direct avec l'accident dont elle a été victime, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, eu égard à la facture de la vente et du courrier de la MAAF, en l'évaluant à la somme de 4 280 euros.
En ce qui concerne les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère :
S'agissant des débours :
9. La caisse primaire d'assurance maladie du Finistère peut prétendre au remboursement des débours exposés pour le compte de Mme B et correspondant aux frais médicaux et pharmaceutiques exposés entre le 4 et le 14 août 2019, soit la somme de 467,79 euros.
S'agissant de l'indemnité forfaitaire de gestion :
10. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, le montant maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion est de 1 114 euros et son montant minimum de 110 euros.
11. En application de ces dispositions, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère a droit au versement par le conseil départemental du Finistère de la somme de 155,93 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
12. Il résulte de ce qui précède que le conseil départemental du Finistère doit être condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère une somme globale de 623,72 euros.
Sur les intérêts :
13. La caisse primaire d'assurance maladie du Finistère demande que les condamnations prononcées à l'encontre du conseil départemental du Finistère soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la notification du jugement à intervenir. Il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les frais du litige :
14. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du conseil départemental du Finistère, partie perdante dans le cadre de la présente instance, le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais au titre de la présente instance, la somme que le conseil départemental du Finistère demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le conseil départemental du Finistère est condamné à verser à Mme B la somme totale de 5 280 euros
Article 2 : Le conseil départemental du Finistère est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère la somme de 467,79 euros au titre de ses débours. Cette somme portera au taux légal à compter du présent jugement.
Article 3 : Le conseil départemental du Finistère est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère la somme de 155,93 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le conseil départemental du Finistère versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par le conseil départemental du Finistère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au conseil départemental du Finistère et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
Le président,
Signé
G. Descombes
Le rapporteur le plus ancien
Signé
P. Le Roux
Le greffier,
Signé
J.-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101790
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604449
Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... B.... Ce dernier demandait, en pleine vague de chaleur et avant un rendez-vous médical, sa réintégration dans un hébergement d'urgence, invoquant une atteinte grave à ses libertés fondamentales (droit à l'hébergement, droit à la vie et à l'intégrité physique). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie ou que la demande était manifestement mal fondée, au vu des nombreux hébergements déjà proposés au requérant. La décision s'appuie sur les articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, qui garantissent l'accès à l'hébergement d'urgence, mais dont la carence n'a pas été caractérisée en l'espèce.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2504730
Le Tribunal Administratif de Rennes a pris acte, par ordonnance du 1er juin 2026, du désistement pur et simple de Mme A... de son instance et de l'ensemble de ses conclusions. La requérante demandait initialement la condamnation de la commune de Rennes à l'indemniser de préjudices liés à une maladie professionnelle. Le tribunal, statuant sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, a donné acte de ce désistement et a rejeté les conclusions de la commune présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
01/06/2026