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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2101919

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2101919

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2101919
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS WALGENWITZ & JEAN-PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 14 avril 2021, 2 février 2023 et

18 avril 2023, M. A B, représenté par la Selarl Jean-Pierre et Walgenwitz avocats associés puis par la société d'avocats Ares, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du ministre des armées du 19 octobre 2020 portant prise en compte de son détachement et affectation, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé le 14 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de prendre un arrêté le détachant au 7ème échelon du grade d'ingénieur civil divisionnaire de la défense, et le classant dans un groupe supérieur au titre de l'indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que sa requête est recevable et que l'arrêté litigieux :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il a été accueilli au grade d'ingénieur civil de la défense et non au grade d'ingénieur civil divisionnaire de la défense ; il ne pouvait être détaché à un échelon comportant un indice inférieur à celui dont il bénéficie dans son grade d'origine ;

- l'administration est revenue sur son engament du 1er octobre 2020 par lequel la directrice des ressources humaines l'a informé qu'il serait recruté au grade d'ingénieur civil divisionnaire de la défense ;

- son classement dans le groupe 4 au titre de l'indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2022 et 14 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 2010-309 du 22 mars 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. le Roux, rapporteur public,

- les observations orales de Me Marie, pour M. B,

- et les observations orales de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ingénieur cadre supérieur d'administrations parisiennes (ICSAP) classé au 9ème échelon, est affecté à la direction construction publique et architecture, et bénéficie de l'indice brut 912, indice majoré 743. Le 15 octobre 2020, il a été détaché à sa demande

auprès du ministère des armées en qualité de chargé de gestion technique énergie au sein de l'établissement du service d'infrastructure de la défense de Rennes, au titre de la période courant du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021. Par un arrêté du 19 octobre 2020, le ministre des armées a précisé les modalités de prise en charge du détachement, et a notamment prévu que M. B sera accueilli dans le corps des ingénieurs civils de la défense au 10ème échelon du 1er grade des ingénieurs civils de la défense, pour un indice brut 821, tout en concevant la rémunération afférente à l'indice détenu dans son grade d'origine, soit l'indice brut 912, jusqu'à ce qu'il atteigne dans son nouveau corps d'accueil un indice au moins égal à celui-ci. Cet arrêté classe également son poste de chargé de gestion technique énergie dans le groupe 4 au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE). Estimant qu'il aurait dû être accueilli dans le grade supérieur des ingénieurs civils divisionnaires de la défense, M. B a, par courrier du 14 décembre 2020, formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2020 ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le grade du détachement :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 13 bis de la loi du

13 juillet 1983 : " () Le détachement ou l'intégration directe s'effectue entre corps et cadres d'emplois appartenant à la même catégorie et de niveau comparable, apprécié au regard

des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers ". Aux termes des dispositions de l'article 68-1 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le fonctionnaire peut être intégré directement dans un cadre d'emplois de niveau comparable à celui de son corps ou cadre d'emplois d'origine, ce niveau étant apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers. L'intégration directe est prononcée par l'administration d'accueil, après accord de l'administration d'origine et de l'intéressé, dans les mêmes conditions de classement que celles afférentes au détachement ". L'article 26-1 du décret du 16 septembre 1985 dispose que : " Lorsque le détachement est prononcé dans un corps de fonctionnaires de l'Etat, il est prononcé à équivalence de grade et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont l'intéressé bénéficie dans son grade d'origine. Lorsque le corps de détachement ne dispose pas d'un grade équivalent à celui détenu dans le corps ou cadre d'emplois d'origine, il est classé dans le grade dont l'indice sommital est

le plus proche de l'indice sommital du grade d'origine et à l'échelon comportant un indice

égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui qu'il détenait dans son grade d'origine () ". Pour apprécier si le grade détenu par l'intéressé dans son corps d'origine et celui dans lequel il a été classé lors de son détachement dans un autre corps sont équivalents au sens et pour l'application des dispositions du décret du 16 septembre 1985 citées au point précédent, il y a lieu de

prendre en compte non seulement l'indice terminal des deux grades, mais aussi un faisceau d'indices tels que, notamment, la place des grades dans les deux corps et leur échelonnement indiciaire. Ni la circonstance que le grade dans lequel a été prononcé le détachement d'un fonctionnaire comporte un indice terminal inférieur à celui du grade détenu par l'intéressé dans son corps d'origine, ni celle que la structuration par grades du corps d'accueil du fonctionnaire détaché soit différente de celle de son corps d'origine ne font obstacle, par elles-mêmes, à ce que les deux grades soient regardés comme équivalents.

3. D'autre part, conformément à la délibération du conseil municipal de la ville de Paris des 2, 3 et 4 mai 2018, le corps des ingénieurs cadres supérieurs d'administrations parisiennes est divisé en quatre grades, soit celui des ingénieurs cadres supérieurs, des ingénieurs cadres supérieurs en chef, des ingénieurs cadres supérieurs général de classe normale, et enfin, celui des ingénieurs cadres supérieurs général de classe exceptionnelle. Par ailleurs, en vertu du décret n° 2010-309 du 22 mars 2010 en vigueur depuis le 9 mai 2020, le corps des ingénieurs civils de la défense est composé de trois grades, soit celui des ingénieurs civils de la défense, des ingénieurs civils divisionnaires de la défense, et des ingénieurs civils de la défense hors classe.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B était, à la date de son détachement, titulaire du grade d'ingénieur cadre supérieur d'administrations parisiennes, qui constitue le premier grade de son corps, de catégorie A+. Il était classé au 9ème échelon de ce grade, bénéficiant de l'indice brut 912. Si le grade des ingénieurs civils de la défense constitue également le premier grade du corps dans lequel le requérant a été détaché, celui-ci est néanmoins un corps

de catégorie A. Il en résulte que le nombre de grades, d'échelons et des indices correspondants ne sont pas comparables entre les deux corps ainsi qu'en attestent notamment les indices sommitaux des grades qui diffèrent largement. Ils doivent ainsi être regardés comme n'étant pas des grades équivalent. Dans ces conditions, il aurait dû être classé dans le grade dont l'indice sommital est le plus proche de l'indice sommital du grade d'origine et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui qu'il détenait dans son grade d'origine, soit en l'espèce au 7ème échelon du grade des ingénieurs civils divisionnaires de la défense.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté litigieux en tant qu'il le détache dans le corps des ingénieurs civils de la défense au 10ème échelon du 1er grade des ingénieurs civils de la défense.

En ce qui concerne le groupe au titre de l'IFSE :

6. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise () ". L'article 2 de ce décret dispose que : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard

de son environnement professionnel. Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque

corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé () ". Conformément à l'arrêté du

14 novembre 2016 pris pour l'application au corps des ingénieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014, ce corps comporte 4 groupes de fonctions.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de poste de M. B, qu'il est en charge de l'énergie, anime un réseau " d'energy manager " et seconde le référent énergie. Il doit apporter régionalement une expertise technique, administrative et juridique et est le référent pour les systèmes de management de l'énergie. Toutefois, dès lors que l'intéressé n'encadre aucun effectif, que les compétences requises d'un chargé de gestion technique énergie sont des compétences d'application et de maitrise et non d'expertise, d'une part, et que le poste est ouvert à un premier emploi, d'autre part, l'administration n'a en tout état de cause commis aucune erreur de droit ou manifeste d'appréciation en le classant dans le groupe 4 au titre de l'IFSE.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2020 en tant qu'il le place dans le groupe 4 au titre de l'IFSE, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions d'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En exécution du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au ministre des armées de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. B en tenant compte de ce qui a été dit au point 4, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros au profit de M. B au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2020 est annulé en tant seulement qu'il détache M. B dans le corps des ingénieurs civils de la défense au 10ème échelon du 1er grade des ingénieurs civils de la défense.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder à un nouvel examen de la situation administrative de M. B en tenant compte de ce qui a été dit au point 4, dans un délai d'un mois à compter la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. Grondin

Le président

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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