vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2102002 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 avril 2021, 28 juin 2023 et 14 novembre 2023, Mme B C, représentée par la SELARL Juriadis, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Brest à lui payer la somme de 52 869,50 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable le 22 décembre 2020, en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier régional universitaire de Brest a commis une faute dans sa prise en charge le 27 septembre 2010 compte tenu du retard pris dans le diagnostic de l'embolie pulmonaire ;
- cette faute, en lien direct et certain avec ses préjudices, lui a fait perdre une chance de 50 % d'échapper au risque qui s'est produit ; s'agissant en particulier de son préjudice d'anxiété, la perte de chance est totale ;
- elle a subi des préjudices qui s'élèvent à un montant total de 52 869,50 euros, soit, s'agissant des préjudices avant consolidation, 10 000 euros au titre de la perte des gains professionnels actuels, 2 627,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre des souffrances endurées et 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire et, s'agissant des préjudices après consolidation, 18 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent comprenant 8 000 euros correspondant à son préjudice d'anxiété et 8 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
- elle est fondée à obtenir la somme de 1 140 euros en remboursement des frais et honoraires de l'expert judiciaire mis à sa charge par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de rennes du 9 juillet 2015.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2022 et 27 novembre 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Brest, représenté par Me Maillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C les entiers dépens.
Il fait valoir que :
- il n'a commis aucune faute ;
- le retard de diagnostic invoqué par la requérante ne présente en tout état de cause pas de lien direct et certain avec les préjudices qu'elle estime avoir subis.
Par lettre du 30 octobre 2023, les parties ont été informées, par application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire était susceptible d'être inscrite à une audience au cours du premier semestre 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 7 décembre 2023 par une ordonnance du même jour.
Par une lettre, enregistrée le 14 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère a indiqué qu'elle n'entendait pas intervenir dans la présente instance.
Vu :
- l'ordonnance n° 1404692 du 9 juillet 2015 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise confiée au docteur A à la somme de 1 140 euros ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- ainsi que les observations de Mme C et de Me Gasmi, représentant le centre hospitalier régional universitaire de Brest.
Considérant ce qui suit :
1. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Brest le 27 septembre 2010, Mme C a saisi le juge des référés du tribunal, qui a ordonné la réalisation d'une expertise par une ordonnance du 18 février 2015. Le docteur A a déposé son rapport le 5 juillet 2015. Par un courrier daté du 21 décembre 2020 et reçu le lendemain, l'intéressée a adressé au centre hospitalier régional universitaire de Brest une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Sa demande indemnitaire préalable a été rejetée par une décision du 16 avril 2021. Par la présente requête, elle demande la condamnation de ce centre hospitalier à lui payer la somme totale de 52 869,50 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé (), ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le 26 septembre 2010, Mme C, infirmière au sein de l'unité des soins palliatifs et d'accompagnement au site de l'hôpital de la Cavale blanche du centre hospitalier régional universitaire de Brest, après être arrivée au travail à 6h45 et alors qu'une collègue aide-soignante avait été alertée par la présence d'une dyspnée visible la concernant, s'est vu prendre ses constantes vers 8 heures, à l'arrivée de sa collègue infirmière, montrant une fréquence cardiaque à 110 avec une pression artérielle normale et une saturation en oxygène inférieure à 90 %. Vers 9 heures, ses constantes ont à nouveau été prises à l'arrivée du cadre infirmier et du médecin cheffe du service des soins palliatifs, laquelle a, selon la requérante, estimé qu'il s'agissait d'une crise d'angoisse. Constatant la persistance d'une dyspnée et d'une tachycardie, la collègue infirmière de l'après-midi de Mme C a alerté le service vers 13h45. Les constantes de la requérante ont à nouveau été prises, mettant toujours en évidence une élévation de sa fréquence cardiaque et une désaturation en oxygène. Avant son retour à son domicile, Mme C a téléphoné à son médecin traitant qui lui a conseillé de se rendre aux urgences de pneumologie et de se faire prescrire par la cheffe du service des soins palliatifs une radiographie du thorax. Vers 16 heures, l'intéressée a présenté cette radiographie à la cheffe du service des soins palliatifs qui l'a considérée comme normale et n'a pas demandé d'avis complémentaire. Vers 17 heures, compte tenu de l'insistance de son médecin traitant, elle a consulté au centre hospitalier régional universitaire de Brest un médecin pneumologue qui a soupçonné une embolie pulmonaire et a demandé la réalisation d'une scintigraphie, laquelle a confirmé ce diagnostic par la présence de défects de perfusions multiples bilatéraux. Mme C a alors été adressée au service des urgences où un traitement curatif a été mis en œuvre. Si ce déroulé des faits est contesté par le centre hospitalier régional universitaire de Brest qui se prévaut de l'absence au dossier d'expertise d'éléments médicaux antérieurs à la réalisation de la scintigraphie, il résulte du rapport d'expertise que le centre hospitalier régional universitaire de Brest n'a pas répondu à la convocation aux opérations d'expertise qui lui a été adressée par l'expert et qu'il n'a présenté à l'expert aucun document du dossier médical de Mme C. La requérante fait en outre valoir sans être contestée que le centre hospitalier défendeur a refusé de lui transmettre l'intégralité des pièces médicales dont elle a demandé communication. Dans ces conditions, le déroulé des faits tel qu'exposé dans le rapport d'expertise, s'agissant notamment de la prise en charge par la cheffe du service des soins palliatifs de Mme C et des symptômes que cette dernière a présentés au cours de la journée du 27 septembre 2010, doit être regardé comme matériellement établi.
4. D'une part, comme l'a relevé l'expert compte tenu des informations qu'il avait en sa possession, aucune des pièces versées au débat ne permet de démontrer que lors de la prise en charge de Mme C vers 9 heures le 27 septembre 2010, la cheffe du service des soins palliatifs aurait procédé à un interrogatoire individualisé et à un examen physique de la requérante, alors qu'un examen plus approfondi de l'intéressée ou la réalisation d'examens complémentaires auraient pu permettre un diagnostic plus précoce de l'embolie pulmonaire. D'autre part, l'expert a également retenu une faute consistant pour la cheffe du service des soins palliatifs à ne pas évoquer le diagnostic d'embolie pulmonaire alors que dès le matin, l'association constatée de dyspnée, tachycardie, désaturation et radiographie normale ou avec des anomalies minimes aurait dû conduire à évoquer un tel diagnostic. Si le centre hospitalier régional universitaire de Brest fait valoir que les conclusions du rapport d'expertise ne reposent sur aucune donnée scientifique, il n'apporte lui-même aucun élément probant de nature à contredire la mention figurant au rapport d'expertise selon laquelle les symptômes de Mme C étaient évocateurs d'une embolie pulmonaire, cette affirmation devant être regardée comme énoncée au regard des connaissances acquises de la science. Ainsi, au regard de ses symptômes évocateurs d'une embolie pulmonaire déjà présents à 9 heures le 27 septembre 2010, la cheffe du service des soins palliatifs aurait alors dû évoquer ce diagnostic ou du moins procéder à des investigations complémentaires afin de le poser, le diagnostic n'ayant finalement été posé qu'à 17 heures. Ce dysfonctionnement dans la prise en charge de Mme C ayant entraîné un retard de diagnostic constitue une faute imputable au centre hospitalier régional universitaire de Brest.
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C a souffert d'une maladie thromboembolique, avec une atteinte sévère correspondant à une amputation initiale de l'ordre de 30 % du lit artériel pulmonaire sous forme de défects multiples bilatéraux. L'expert estime que dans le cas de la requérante, compte tenu en particulier du caractère distal des obstructions, de leur caractère très disséminé dans l'ensemble de l'arbre vasculaire pulmonaire, ainsi que du caractère à la fois récent et ancien de l'aspect de la thrombose constatée sur l'échodoppler réalisé le 28 septembre 2010, le mécanisme à l'œuvre a été la survenue non pas d'un épisode unique d'obstruction artérielle mais d'embolies multiples évoluant discrètement par paliers pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois à partir d'une ou plusieurs thromboses passées inaperçues. Cette analyse est confortée par la circonstance que la fibrinolyse physiologique qui a été pratiquée sur Mme C a été parfaitement efficace au niveau du l'axe veineux du membre inférieur droit alors qu'elle n'a pas été patente au niveau des obstructions artérielles pulmonaires distales, ce qui tend à démontrer que les obstructions artérielles pulmonaires étaient plus anciennes que le thrombus récent poplité droit. Or compte tenu du mécanisme retenu d'embolies évoluant par paliers et en l'absence d'élément de preuve d'une aggravation de sa situation clinique durant cette période, l'expert a estimé qu'indépendamment des fautes qu'auraient commises la cheffe du service des soins palliatifs dans la prise en charge de Mme C lors de ses interventions entre 9 heures et 16 heures le 27 septembre 2010, à savoir l'absence d'interrogatoire individualisé et d'examen physique de l'intéressée ainsi que le retard de diagnostic, son attitude " n'[était] pas en relation directe et certaine " avec les séquelles de l'intéressée. La requérante n'apporte quant à elle aucun élément probant de nature à démontrer que ces fautes qu'elle invoque auraient compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, comme elle le fait valoir. Il doit ainsi être tenu pour établi qu'une prise en charge non fautive de Mme C n'aurait pas permis à l'intéressée d'éviter de présenter les séquelles qui sont advenues. Dans ces conditions, en l'absence de lien direct entre les fautes invoquées par Mme C et une perte de chance d'éviter les séquelles dont elle reste atteinte, la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Brest ne doit pas être engagée à ce titre.
7. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la non-conformité de la prise en charge initiale de Mme C par la cheffe du service des soins palliatifs a en elle-même induit pour l'intéressée des réminiscences anxieuses constitutives d'un état de stress post traumatique qu'il y a lieu d'indemniser. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice d'anxiété en allouant à la requérante la somme de 500 euros à ce titre.
8. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier régional universitaire de Brest doit seulement être condamné à verser à Mme C la somme de 500 euros en réparation de son préjudice d'anxiété.
Sur les intérêts :
9. Mme C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 22 décembre 2020, date de réception par le centre hospitalier régional universitaire de Brest de sa réclamation indemnitaire préalable.
Sur les dépens :
10. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, de mettre définitivement à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest les frais de l'expertise judiciaire confiée au docteur A engagés dans le cadre de la présente instance, taxés et liquidés par l'ordonnance de la présidente du tribunal n° 1404692 du 9 juillet 2015 à la somme de 1 140 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Brest qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel, la somme que réclame Mme C au titre des frais de procès non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Brest est condamné à verser à Mme C la somme de 500 euros, assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 22 décembre 2020.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 140 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Brest.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au centre hospitalier régional universitaire de Brest et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026