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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102056

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102056

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102056
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 22 avril 2021, 6 septembre 2022 et 5 mai 2023, Mme B A, assistée par son curateur, l'Association tutélaire du Ponant et représentée par Me Sirgant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Cornouaille à Quimper et son assureur à lui payer la somme totale de 613 048,84 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cornouaille et de son assureur la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Cornouaille doit être engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique des manquements commis entre le 31 mai 2015 et le 8 juin 2015 dans la pose du diagnostic d'une rupture d'un anévrysme de la communicante antérieure ;

- elle a subi une perte de chance d'éviter son dommage de 55 % ;

- ses préjudices en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille et après application du taux de perte de chance s'élèvent à la somme totale de 613 048,84 euros, correspondant aux sommes de, s'agissant de ses préjudices patrimoniaux temporaires, 147,10 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 92,40 euros au titre des frais divers, 4 545,75 euros au titre de l'assistance par tierce personne et 11 160 ,60 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels, s'agissant de ses préjudices patrimoniaux permanents, 58 655,02 euros au titre de l'assistance par tierce personne, 378 352,40 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs, 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle et 18 156,20 euros au titre des frais de véhicule adapté, s'agissant de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, 6 689,37 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 11 000 euros au titre des souffrances endurées et 1 100 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire, et, s'agissant de ses préjudices extrapatrimoniaux, 66 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, 1 650 euros au titre de son préjudice esthétique permanent et 5 500 euros au titre de son préjudice d'agrément.

Par deux mémoires, enregistrés les 23 juin 2021 et 3 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures et dans le cas où la faute du centre hospitalier de Cornouaille serait retenue, de condamner ce centre hospitalier et son assureur à lui verser la somme de 314 894,16 euros au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion et de mettre à sa charge la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ainsi que l'a estimé l'expert, d'une part, le centre hospitalier de Cornouaille a commis deux fautes dans la prise en charge de Mme A, à savoir une erreur de diagnostic et un retard de diagnostic et, d'autre part, le taux de perte de chance s'élève à 55 % ;

- le montant de ses débours en lien avec cette faute, attesté par le médecin conseil, s'élève à 314 894,16 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le centre hospitalier de Cornouaille et la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par Me Maillard, concluent à ce que la somme allouée à Mme A en réparation de ses préjudices, la somme allouée à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère et la somme mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient réduites à de plus justes proportions qu'ils détaillent dans leurs écritures.

Ils soutiennent que :

- ils s'en remettent à justice quant à l'éventuelle responsabilité du centre hospitalier de Cornouaille et admettent, le cas échéant, l'application d'un taux de perte de chance de 55 % tel que retenu par l'expert ;

- les préjudices de Mme A en lien avec la faute du centre hospitalier de Cornouaille et après application du taux de perte de chance doivent être évalués comme suit : les sommes allouées au titre des préjudices liés aux dépenses de santé, à l'assistance tierce personne temporaire, à l'assistance par tierce personne permanente, à l'incidence professionnelle, au déficit fonctionnel temporaire, aux souffrances endurées et au déficit fonctionnel permanent doivent être réduites à de plus justes proportions, soit respectivement 111,65 euros, 2 598,51 euros, 50 834,35 euros, 11 000 euros, 1 189,76 euros, 7 425 euros et 52 250 euros ;

- les préjudices liés à la perte de gains professionnels actuels et futurs, aux frais d'adaptation du véhicule, au préjudice esthétique temporaire et au préjudice d'agrément ne sont pas établis ;

- ils ne s'opposent pas à l'indemnisation de ses préjudices liés aux frais divers et au préjudice esthétique permanent telle que demandée par la requérante ;

- les sommes allouées au titre des préjudices de la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère doivent être réduites à de plus justes proportions.

Par lettre du 26 juillet 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 4 septembre 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2023 par une ordonnance du même jour.

Un mémoire, présenté pour Mme B A, a été enregistré le 2 avril 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Sirgant, représentant Mme A, ainsi que celles de Me Gasmi, représentant le centre hospitalier de Cornouaille et la société Relyens Mutual Insurance.

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Dans les suites de la prise en charge médicale de Mme A par le centre hospitalier de Cornouaille en 2015, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du centre hospitalier devenue la société Relyens Mutual Insurance, a mis en place une expertise amiable, confiée au docteur C qui a rendu un premier rapport d'expertise le 13 avril 2016 retenant des fautes du centre hospitalier de Cornouaille, puis une seconde le 12 février 2018 après consolidation de l'état de santé de Mme A. L'intéressée a par la suite présenté une réclamation indemnitaire auprès de la SHAM, qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, elle demande la condamnation du centre hospitalier de Cornouaille et de son assureur à lui payer la somme totale de 613 048,84 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé (), ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte du rapport d'expertise que le 31 mai 2015, vers 11 heures, Mme A a ressenti un craquement dans son cou. Se sentant étrange, asthénique et dans l'incapacité de se lever, elle est restée alitée toute la journée avec d'importants vomissements et des céphalées. Le 1er juin 2015, en l'absence d'amélioration de son état, elle s'est rendue dans l'après-midi avec son père chez son médecin traitant, lequel a diagnostiqué une migraine associée à une gastro-entérite. Le 3 juin 2015, elle n'a plus eu de migraine mais la nuque raide et douloureuse. Une ambulance envoyée par le service d'aide médicale urgente (SAMU) qu'elle avait contacté l'a conduite au service des urgences du centre hospitalier de Cornouaille à Quimper où a seulement été réalisée une prise de sang, sans scanner ni ponction lombaire. Elle y est restée la nuit et a continué à vomir. Le lendemain, après qu'elle a bénéficié d'une séance d'hypnose qui l'a provisoirement soulagée de ses douleurs, elle a été autorisée à quitter le centre hospitalier avec un diagnostic de cervicalgies banales. A 15 heures, lors de son retour à domicile en ambulance, elle a à nouveau vomi, puis encore le soir. Du 4 au 7 juin 2015, elle s'est sentie mieux et est restée à son domicile. Le 7 juin 2015, vers 20 heures, est apparu un déficit sensitivo-moteur de l'hémicorps gauche touchant principalement le membre inférieur, mais également le membre supérieur. Le SAMU qu'elle a contacté lui a renvoyé une ambulance et, à son arrivée au service des urgences du centre hospitalier de Cornouaille à 21 heures, le déficit de l'hémicorps gauche avait récupéré mais sa nuque était très raide. Des radiographies du rachis cervical ont été pratiquées, qui se sont révélées normales. Le 8 juin 2015, à 3 heures du matin et en dépit de la réapparition d'un déficit du membre inférieur gauche, il lui a été demandé de quitter le service des urgences en raison d'un manque de lits. Au matin, elle a à nouveau consulté son médecin traitant qui l'a réadressée au service des urgences du centre hospitalier de Cornouaille en demandant explicitement la réalisation d'une imagerie par résonnance magnétique (IRM) cérébrale et un avis neurologique. L'IRM a montré la présence d'un anévrysme de la communicante antérieure rompu avec spasme artériel et début d'ischémie dans le gyrus rectus droit, ainsi que d'un anévrysme sylvien droit qui n'avait pas saigné.

4. Elle a alors été transférée en hélicoptère au centre hospitalier régional universitaire de Brest puis, le 9 juin 2015, en l'absence d'embolisateur dans ce centre hospitalier, au centre hospitalier régional universitaire de Rennes où elle a été le 10 juin suivant embolisée de son anévrysme de la communicante antérieure puis a subi une angioplastie chimique et mécanique, suivie le lendemain d'une nouvelle angioplastie et d'une hypertension artérielle provoquée qui sont restées sans effet sur l'hémiplégie gauche qui avait été constatée. De retour au centre hospitalier régional universitaire de Brest le 15 juin 2015, elle est restée huit jours en soins intensifs puis trois semaines dans le service de neurochirurgie. Du 29 juin au 1er octobre 2015, elle a séjourné au service de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalier de Cornouaille, où elle est retournée en hospitalisation de jour du 19 octobre au 12 novembre 2015.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que Mme A a présenté une rupture d'anévrysme de l'artère communicante antérieure le 31 mai 2015, avec une symptomatologie typique et un tableau clinique alors le moins grave sans trouble de la conscience ni aucun déficit, en grade 1 de la classification de Hunt et Hess. Or, ainsi que l'a relevé l'expert, lors du premier passage de l'intéressée au service des urgences le 3 juin 2015, un diagnostic erroné de cervicalgies banales a été posé alors que ces cervicalgies étaient associées à des vomissements et qu'un interrogatoire de Mme A aurait dû aboutir au diagnostic d'hémorragie méningée par rupture anévrysmale compte tenu de ses symptômes le 31 mai 2015. De plus, lors de sa deuxième prise en charge dans ce service, le fait de la renvoyer à son domicile dans la nuit du 7 au 8 juin 2015 alors qu'elle présentait un déficit intermittent du membre inférieur gauche constitue un autre manquement. Ce n'est qu'à l'occasion du troisième passage au service des urgences de la requérante le 8 juin 2015 qu'une IRM a été réalisée et ce n'est qu'à partir de cette IRM que sa prise en charge a été conforme. Ainsi, tant l'erreur initiale de diagnostic que le retard de diagnostic en dépit des symptômes évocateurs présentés par Mme A constituent des fautes de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Cornouaille et de son assureur, la Société hospitalière d'assurances mutuelles devenue la société Relyens Mutual Insurance.

En ce qui concerne la perte de chance :

6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Selon l'expert, le retard de diagnostic imputable au centre hospitalier de Cornouaille a été à l'origine d'une perte de chance pour Mme A d'éviter l'ensemble des dommages dont elle a été victime, qu'il a évalué au taux de 55 %, pourcentage qui n'est pas remis en cause par les parties et qu'il y a lieu de retenir.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du cadre juridique :

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, que le législateur a entendu que la priorité accordée à la victime sur la caisse pour obtenir le versement à son profit des indemnités mises à la charge du tiers responsable, dans la limite de la part du dommage qui n'a pas été réparée par des prestations, s'applique, notamment, lorsque le tiers n'est déclaré responsable que d'une partie des conséquences dommageables de l'accident. Dans ce cas, l'indemnité mise à la charge du tiers, qui correspond à une partie des conséquences dommageables de l'accident, doit être allouée à la victime tant que le total des prestations dont elle a bénéficié et de la somme qui lui est accordée par le juge ne répare pas l'intégralité du préjudice qu'elle a subi. Quand cette réparation est effectuée, le solde de l'indemnité doit, le cas échéant, être alloué à la caisse. Toutefois, le respect de cette règle s'apprécie poste de préjudice par poste de préjudice, puisqu'en vertu du troisième alinéa, le recours des caisses s'exerce dans ce cadre.

S'agissant de la date de consolidation :

9. Eu égard aux conclusions du second rapport d'expertise, la date de consolidation de l'état de Mme A en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille doit être fixée au 1er février 2018.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :

Concernant les dépenses de santé actuelles :

10. Au titre de ses dépenses de santé actuelles, Mme A justifie avoir exposé la somme de 267,46 euros par la production de plusieurs factures des 29 septembre 2015, 23 août 2018, 18 mars 2019 et 12 juillet 2019, en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier de Cornouaille.

11. Par ailleurs, au titre des débours qu'elle a exposés, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère justifie, par une attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie et un relevé actualisé des débours, de prestations liées aux dépenses de santé antérieures à la date de consolidation imputables au retard de diagnostic, s'élevant à la somme totale de 81 513,62 euros correspondant aux frais d'hospitalisation de Mme A pour un montant de 56 898,85 euros, aux frais médicaux pour un montant de 2 356,44 euros, aux frais de transport pour un montant de 12 786,52 euros, aux frais pharmaceutiques pour un montant de 3 232,66 euros, aux frais de kinésithérapie pour un montant de 3 974,06 euros et aux soins infirmiers pour un montant de 2 265,09 euros.

12. Il résulte de ce qui précède que le montant total des dépenses de santé actuelles en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille s'élève à la somme de 81 781,08 euros (267,46 + 81 513,62). Le montant imputable au centre hospitalier, après application du taux de perte de chance, est ainsi de 44 979,59 euros (81 781,08 x 0,55). Il s'ensuit qu'en vertu du principe de priorité à la victime, il y a lieu d'indemniser Mme A à hauteur des dépenses restées à sa charge, soit 267,46 euros, le solde de l'indemnité mise à la charge du centre hospitalier revenant à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère s'élevant à la somme de 44 712,13 euros (44 979,59 - 267,46).

Concernant les frais divers :

13. Mme A, qui a été contrainte à reprendre des leçons de conduite en véhicule équipé d'une boite automatique en raison de son handicap en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille, justifie par la production d'une facture avoir exposé la somme de 168 euros à ce titre. Il y a lieu dès lors d'indemniser la requérante à hauteur de la somme de 92,40 euros au titre des frais divers.

Concernant l'assistance par tierce personne :

14. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

15. Il résulte de l'instruction qu'après sa sortie du service de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalier de Cornouaille le 1er octobre 2015 et jusqu'au 27 janvier 2016, Mme A a été hébergée par son père avec une infirmière à domicile. Le premier rapport d'expertise précise qu'à la suite de son hospitalisation, elle avait un périmètre de marche très limité, soit 160 mètres parcourus en six minutes. Elle était notamment dans l'incapacité d'utiliser seule la baignoire et de conduire un véhicule, son père l'accompagnant pour les courses. Elle fait en outre valoir qu'elle ne pouvait se déplacer qu'à l'aide de cannes anglaises et d'un releveur et qu'elle était dans l'impossibilité de soulever des charges lourdes, ayant besoin d'aide notamment pour s'habiller, faire sa toilette ou le ménage. Si l'expert ne s'est pas prononcé sur ses besoins en assistance par tierce personne temporaire, il a estimé son déficit fonctionnel temporaire pendant cette période au taux non contesté de 75 %, ce qui est cohérent avec les déclarations de la requérante. L'intéressée a ensuite déménagé le 28 janvier 2016 dans l'attente d'un appartement de plain-pied équipé d'une douche, l'expert ayant par ailleurs estimé son déficit fonctionnel temporaire sur la période du 28 janvier 2016 jusqu'au 31 janvier 2018 au taux également non contesté de 40 %. Compte tenu de ces considérations, il y a lieu d'évaluer le besoin de Mme A en assistance par tierce personne à deux heures par jour entre le 2 octobre 2015 et le 27 janvier 2016 puis à trois heures par semaine entre le 28 janvier 2016 et le 31 février 2018, période dont il convient toutefois de déduire celle allant de mai 2016 à février 2017 au cours de laquelle il résulte du second rapport d'expertise qu'elle a bénéficié d'une aide-ménagère de trois heures par semaine prise en charge par la sécurité sociale. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer le besoin en assistance par une tierce personne non spécialisée, sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et jours fériés et par application d'un taux horaire de 13 euros entre 2015 et 2017 et de 14 euros en 2018, au montant total de 6 191 euros, soit 3 405 euros après application du taux de perte de chance.

Concernant la perte des gains professionnels actuels :

16. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui avait un conclu un contrat à durée indéterminée le 4 novembre 2013 en qualité d'opératrice de montage, a fait l'objet d'un licenciement pour motif économique environ un mois avant son dommage, dont elle a été informée par lettre du mandataire judiciaire du 16 avril 2015. A la date de l'accident médical, elle n'avait pas retrouvé de travail et n'établit ni même n'allègue être alors en recherche d'emploi. Elle ne démontre en outre pas, par les seuls avis d'imposition et le curriculum vitae qu'elle produit, qu'en l'absence de dommage, elle aurait eu des chances sérieuses de reprendre une activité rémunérée antérieurement à la date de consolidation. L'existence d'un préjudice lié à une perte de gains professionnels actuels en lien direct et certain avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille n'est ainsi pas établie et il n'y a dès lors pas lieu de l'indemniser.

Quant aux préjudices patrimoniaux permanents :

Concernant l'assistance par tierce personne :

17. Il résulte du second rapport d'expertise et il n'est pas contesté que l'état de santé de Mme A après consolidation en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille induit un besoin d'assistance par tierce personne à hauteur de trois heures par semaine. Il y a lieu de retenir un besoin en assistance par une tierce personne non spécialisée et sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et jours fériés. De la date de la consolidation le 1er février 2018 jusqu'au jour de mise à disposition du présent jugement, le besoin en assistance par une tierce personne de Mme A, sur cette base et par application d'un taux horaire de 14 euros en 2018 et 2019, de 15 euros en 2020 et 2021, de 16 euros en 2022 et 2023 et de 17 euros en 2024, doit être évalué à la somme de 16 824 euros et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 9 253 euros. Pour la période postérieure au présent jugement, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, en application d'un coefficient de 50,349 issu du barème de la Gazette du Palais de 2022 pour une femme de 46 ans et en retenant un taux horaire de 17 euros, à la somme de 151 133 euros et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 83 123 euros.

Concernant la perte des gains professionnels futurs :

18. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré a droit à une pension d'invalidité lorsqu'il présente une invalidité réduisant dans des proportions déterminées, sa capacité de travail ou de gain, c'est-à-dire le mettant hors d'état de se procurer, dans une profession quelconque, un salaire supérieur à une fraction de la rémunération normale perçue dans la même région par des travailleurs de la même catégorie, dans la profession qu'il exerçait avant la date de l'interruption de travail suivie d'invalidité ou la date de la constatation médicale de l'invalidité si celle-ci résulte de l'usure prématurée de l'organisme ". Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par ces dispositions législatives et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du code de la sécurité sociale, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité.

19. Il convient de déterminer si l'incapacité permanente conservée par Mme A en raison des fautes commises a entraîné, pendant la période postérieure à la date de consolidation de son état, des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils ont donné lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension. Dès lors qu'il est jugé que les fautes commises par le centre hospitalier ont contribué pour 55 % à la réalisation du préjudice, 55 % du montant des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle doit être mis à sa charge. Dans cette limite, la victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par la pension, évaluée ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le solde éventuel étant versé à la caisse primaire d'assurance maladie.

20. Eu égard à ce qui a été dit au point 16 du présent jugement, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du dommage, Mme A, qui ne disposait d'un contrat de travail et ne justifie pas d'une activité professionnelle stable antérieurement à ce contrat conclu en 2013 ni de démarches entreprises après son licenciement pour retrouver un emploi, aurait retrouver une activité rémunérée postérieurement à son licenciement. Par ailleurs, si la requérante n'est plus capable, compte tenu de son état de santé en lien avec le dommage, de reprendre une de ses activités professionnelles antérieures dans les mêmes conditions d'exercice, il ne résulte pas pour autant de l'instruction qu'elle serait dans l'incapacité physique de reprendre toute activité professionnelle, l'expert ayant au contraire estimé qu'" en l'absence de déficit cognitif, [elle] devrait pouvoir retrouver un emploi adapté à son handicap ". Si Mme A perçoit une pension d'invalidité depuis le 1er février 2018, il résulte à cet égard de l'instruction que le médecin conseil a estimé que son état d'invalidité réduisait des deux tiers au moins sa capacité de travail ou de gain, justifiant son classement dans la catégorie 2, et non pas qu'elle n'était plus en capacité de travailler. Dans ces conditions, l'existence d'un préjudice de perte de gains professionnels futurs en lien direct et certain avec le dommage n'est pas établie et il n'y a dès lors pas lieu d'indemniser la requérante de ce préjudice.

Concernant l'incidence professionnelle :

21. L'incidence professionnelle a pour objet d'indemniser les préjudices périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage, ou encore au préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap.

22. Il résulte des rapports d'expertise que l'état de santé de Mme A, âgée de 37 ans à la date du dommage, l'empêche de reprendre l'une de ses activités professionnelles antérieures dans les mêmes conditions d'exercice. Dans ces conditions et compte tenu de la dévalorisation sur le marché du travail que la requérante a subie, en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille, il sera fait une juste appréciation de son préjudice au titre de l'incidence professionnelle en le fixant à la somme de 20 000 euros.

23. Il résulte toutefois de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de l'assurance maladie et du relevé actualisé des débours produits par la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère que Mme A perçoit une pension d'invalidité depuis le 1er février 2018 dont le montant des arrérages échus est de 38 815,08 euros. Dans ces conditions, et en application des principes rappelés ci-dessus aux points 18 et 19, l'incidence professionnelle subie par la requérante doit être regardée comme ayant été intégralement réparée par les arrérages échus de cette pension. Sa demande d'indemnisation à ce titre doit dès lors être rejetée.

Concernant les frais de véhicule adapté :

24. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme A consécutif aux fautes du centre hospitalier de Cornouaille, s'agissant en particulier de son déficit moteur plastique du membre inférieur gauche avec un pied varus équin, nécessite un aménagement de son véhicule consistant en l'installation d'une boîte de vitesses automatique. La nécessité d'utiliser une boîte de vitesses automatique n'impliquant pas nécessairement l'acquisition d'un nouveau véhicule, la requérante ne peut être indemnisée du montant du véhicule qu'elle a acquis le 8 février 2019 pour un montant de 8 215 euros, mais seulement du surcoût de la boite de vitesses automatique. Il sera fait une juste appréciation de ce surcoût en évaluant à la somme 1500 euros tous les sept ans. La requérante établissant avoir exposé des frais liés à la nécessité d'avoir un véhicule adapté à son handicap en 2019, il sera fait une juste évaluation du préjudice de Mme A, s'agissant des frais passés, en lui allouant la somme de 1 500 euros à laquelle il convient d'appliquer le taux de perte de chance, soit 825 euros et, s'agissant des frais futurs liés à cette nécessité, en procédant, pour la période postérieure à la date de mise à disposition du présent jugement, à la capitalisation par application d'un coefficient de 50,349 issu du barème de la Gazette du Palais de 2022 pour une femme de 46 ans et d'allouer ainsi à la requérante la somme de 5 934 euros après application du taux de perte de chance.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Concernant le déficit fonctionnel temporaire :

25. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille qui s'est élevé aux taux de 100 % pendant la période d'hospitalisation entre le 6 juin 2015 et le 1er octobre 2015 de laquelle il convient de retirer quinze jours correspondant au délai habituel d'hospitalisation d'un anévrysme rompu au grade 1 d'évolution favorable après embolisation, de 75 % entre le 2 octobre 2015 et le 27 janvier 2016 et de 40 % entre le 28 janvier 2016 et le 31 janvier 2018 en raison de troubles moteurs et neuropsychologiques. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 9710 euros, soit 5 340,50 euros après application du taux de perte de chance.

Concernant les souffrances endurées :

26. Il résulte notamment du premier rapport d'expertise et il n'est pas contesté que les souffrances endurées par Mme A imputables aux fautes du centre hospitalier de Cornouaille s'élèvent au niveau de 5 sur une échelle de 1 à 7 en raison des douleurs à la fois physiques et psychologiques subies par la requérante. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant au montant de 12 000 euros et, après application du taux de perte de chance, à la somme de 6 600 euros.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Concernant le déficit fonctionnel permanent :

27. Il résulte de l'instruction, notamment du second rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de Mme A en lien avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille doit être évalué à 40 %, compte tenu en particulier d'un trouble à la marche lié à une spasticité sévère de son membre inférieur gauche avec pieds varus équin bloqué, douleurs du pied, griffe des orteils et nécessité de marcher avec une canne. Compte tenu de l'âge de l'intéressée à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 114 561 euros. Il s'ensuit qu'il y a lieu de lui allouer la somme de 63 008,55 euros après application du taux de perte de chance.

Concernant le préjudice esthétique :

28. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise, que le préjudice esthétique de Mme A lié au déficit spastique du membre inférieur gauche avec utilisation de deux cannes pour sortir de son domicile doit être évalué tant avant qu'après la consolidation au niveau de 3 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant de manière globale au montant de 4 000 euros et en allouant ainsi à la requérante la somme de 2 200 euros après application du taux de perte de chance.

Concernant le préjudice d'agrément :

29. Le préjudice d'agrément n'est caractérisé que si la victime pratiquait régulièrement avant l'accident une activité sportive ou de loisirs dont elle est désormais privée. En l'espèce, si l'expert relève que Mme A n'a pas pu reprendre ses activités d'agrément antérieures au jour de la seconde expertise, Mme A, qui ne produit aucune pièce justificative, n'établit pas l'existence d'un préjudice particulier qui ne serait pas inclus dans les déficits fonctionnels temporaire et permanent déjà indemnisés par ailleurs. Sa demande à ce titre doit dès lors être rejetée.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Cornouaille et la société Relyens Mutual Insurance, doivent seulement être condamnées à verser à Mme A la somme globale de 180 048,91 euros, déduction faite des éventuelles sommes déjà versées au titre de la provision.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère :

En ce qui concerne les débours :

31. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. / () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. / () ".

S'agissant de la période antérieure à la consolidation de Mme A :

32. Ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, le solde de l'indemnité mise à la charge du centre hospitalier de Cornouaille revenant à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère au titre des dépenses de santé actuelles pour Mme A en lien avec les fautes de ce centre hospitalier s'élève à la somme de 44 712,13 euros.

33. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 16 du présent jugement qui ne retient pas l'existence d'un préjudice de Mme A lié à une perte de gains professionnels actuels en lien direct et certain avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille, il n'y a pas lieu d'allouer à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère une somme au titre des indemnités journalières servies à la requérante.

S'agissant de la période postérieure à la consolidation de Mme A :

34. En premier lieu, s'agissant des arrérages de pension d'invalidité échus versés à Mme A et du capital représentatif en invalidité pour le futur, il résulte de ce qui a été dit aux points 20 et 22 du présent jugement que, dès lors que le présent jugement ne retient pas l'existence d'un préjudice de Mme A lié à une perte de gains professionnels futurs en lien direct et certain avec les fautes du centre hospitalier de Cornouaille et qu'il retient un préjudice d'incidence professionnelle en lien avec ces fautes à hauteur de 20 000 euros, il y a lieu de limiter, compte tenu de l'application du taux de perte de chance, à 11 000 euros le montant à allouer à cette caisse à ce titre.

35. En second lieu, eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale qui limitent le recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale à l'encontre du responsable d'un accident corporel aux préjudices qu'elles ont pris en charge, le remboursement des prestations qu'une caisse sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord.

36. Compte tenu des pièces justificatives produites par la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère et en l'absence de contestation par les défendeurs des sommes demandées par cette caisse au titre des frais de santé futurs, il y a lieu de retenir le montant de 11 074,90 euros au titre des frais futurs occasionnels invoqués par la caisse correspondant à des frais relatifs à l'intervention de neuroténotomie du pied gauche de Mme A, des frais d'hospitalisation de la requérante au centre de réadaptation fonctionnelle de quatre semaines, ainsi que des frais médicaux et pharmaceutiques et, s'agissant de la période postérieure à la mise à disposition du présent jugement, le montant du capital représentatif de 315,91 euros pour le renouvellement tous les deux ans d'une canne tripode. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Centre Bretagne, après application du taux de perte de chance, la somme totale de 6 264,95 euros à ce titre.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

37. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

38. Eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement par le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère est en droit d'obtenir, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 précité, le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros.

39. Il résulte de ce qui précède qu'il est mis à la charge du centre hospitalier de Cornouaille et de la société Relyens Mutual Insurance le versement à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère de la somme globale de 61 977,08 euros au titre des dépenses passées et futures ainsi que de la somme globale de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

40. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cornouaille et de la société Relyens Mutual Insurance le versement de la somme globale de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.

41. Par ailleurs, en l'absence de dépens exposés au titre de la présente instance, les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Cornouaille et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés à verser à Mme A la somme globale de 180 048,91 euros, déduction faite des éventuelles sommes déjà versées au titre de la provision.

Article 2 : Le centre hospitalier de Cornouaille et la société Relyens Mutual Insurance verseront à caisse primaire d'assurance maladie du Finistère la somme globale de 61 977,08 euros au titre des dépenses passées et futures ainsi que la somme globale de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : Le centre hospitalier de Cornouaille et la société Relyens Mutual Insurance verseront à Mme A la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Association tutélaire du Ponant, au centre hospitalier de Cornouaille, à la société Relyens Mutual Insurance ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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