mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2102097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS STREAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 17 février 2022, M. A C et Mme G, représentés par Me Lemarié, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de surseoir à statuer sur leur requête dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Rennes sur l'appel interjeté à l'encontre du jugement rendu par le tribunal de commerce de Saint-Brieuc le 25 octobre 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la chambre de commerce et d'industrie (CCI) des Côtes-d'Armor à leur verser une indemnité de 34 392 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de leur demande indemnitaire préalable, en réparation des préjudices résultant du dommage subi par leur bateau dans le port de Saint-Quay-Portrieux dans la nuit du 27 au 28 mars 2016, dommage qu'ils estiment résulter de la faute commise par la CCI dans l'attribution des postes à quai dans le port ;
3°) de mettre à la charge de la CCI des Côtes-d'Armor une somme de 7 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de réserver les dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de la CCI des Côtes-d'Armor est engagée en sa qualité de délégataire de service public pour l'exploitation du port de Saint-Quay-Portrieux, qui exerce de facto la responsabilité d'attribution des postes à quai ;
- aucune faute n'a été relevée à l'encontre de leur bateau ;
- si, par un jugement du 25 octobre 2021, le tribunal de commerce a condamné l'armateur d'un autre navire à les indemniser, ce jugement a fait l'objet d'un appel, de sorte qu'il y a lieu de statuer jusqu'à l'intervention de la décision de la cour d'appel de Rennes ;
- ils ne sollicitent l'indemnisation que des préjudices qui n'ont pas été pris en charge par leur assureur.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 août 2022 et 29 mars 2023, la CCI des Côtes-d'Armor, représentée par Me Croix, conclut au sursis à statuer et à ce que les dépens soient réservés.
La CCI fait valoir que :
- si la cour d'appel devait confirmer le jugement du tribunal de commerce de Saint-Brieuc, les requérants seraient indemnisés et aucune condamnation ne pourrait être prononcée à son encontre.
Vu :
- la demande indemnitaire préalable adressée à la CCI des Côtes-d'Armor, reçue le 4 janvier 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme F sont propriétaires d'un navire qui était amarré, dans la nuit du 27 au 28 mars 2016, au ponton n°1 du port de Saint-Quay-Portrieux. Au cours de cette nuit, un fort coup de vent a conduit un autre navire amarré de l'autre côté du ponton à rompre ses amarres sauf une qui a arraché le bollard auquel elle était fixée et sur lequel était également fixée l'amarre d'un troisième navire amarré du même côté du ponton que le navire de M. C et Mme F. Cette rupture a entraîné une réaction en chaîne, à l'origine de dommages importants pour plusieurs navires, dont celui de M. C et Mme F. Ceux-ci ont saisi le tribunal de commerce de Saint-Brieuc d'une action en responsabilité dirigée contre l'armateur du premier navire ayant rompu ses amarres, et ses assureurs. D'autres actions ont été engagées par les armateurs des autres embarcations endommagées devant le tribunal de commerce. Par ordonnance du 3 décembre 2017, le président du tribunal de commerce a désigné M. B en qualité d'expert pour se prononcer sur les causes et origines des dommages subis par les différents navires dans le nuit du 27 au 28 mars 2016, et d'évaluer les préjudices en ayant résulté. Parallèlement, M. C et Mme F ont adressé à CCI des Côtes-d'Armor, chargée de l'exploitation du port, une demande indemnitaire préalable, tendant à l'indemnisation des préjudices non pris en charge par leur assureur. Cette demande ayant été rejetée, ils demandent au tribunal de condamner la CCI des Côtes-d'Armor à les indemniser.
Sur le principe de la responsabilité de la CCI des Côtes d'Armor :
2. M. C et Mme F entendent engager la responsabilité de la CCI des Côtes-d'Armor en sa qualité d'exploitant du port de Saint-Quay-Portrieux chargé de la responsabilité de l'attribution des postes à quai et, par conséquent, du respect de ces emplacements. Il résulte à cet égard du rapport de l'expert maritime, au terme d'une mission d'expertise à laquelle la CCI était partie, qui a reconstitué la chronologie des événements survenus dans la nuit 27 au 28 mars 2016, que les collisions en chaîne des différents bateaux ont pour origine déterminante la dérive initiale d'un bateau amarré en extrémité intérieure du ponton. L'expert explique ainsi que cette embarcation, sous l'effet de la houle, a exercé une traction intense sur l'amarre traversière constituée d'un cordage d'acier attaché à un bollard qui servait également de point d'amarrage à un autre bateau, qui a entraîné l'arrachage du bollard. Cet arrachage a ensuite entraîné la rupture d'amarres d'un deuxième bateau situé au côté opposé du ponton, auquel était amarré à couple un troisième bateau. Les deux bateaux amarrés à couple ont alors percuté un quatrième bateau qui a dérivé, et heurté notamment l'embarcation des requérants. Si l'expert a considéré que la configuration du port, qui le rend particulièrement vulnérable aux intempéries venant du Sud, et les conditions météorologiques de la nuit, marquées par un vent de force 10, avaient concouru au dommage, il a toutefois relevé que ce phénomène météorologique n'avait rien d'exceptionnel ou d'insurmontable, de sorte qu'il ne peut être considéré que le dommage résulterait d'un cas de force majeure. En revanche, l'expert retient, parmi les autres éléments ayant concouru au dommage, la sur-occupation du ponton, auquel étaient amarrés au cours de la nuit en question neuf navires, dont deux amarrés à couple, situation qui rendait impossible un amarrage des navires dans les règles de l'art, l'espacement entre navires étant insuffisant pour permettre la pose d'amarres de pointes efficaces. Il estime par ailleurs que les premiers navires amarrés étaient situés trop près de l'extrémité intérieure, ce qui rejoint la question plus globale de la sur-occupation du ponton, et que la présence des deux navires amarrés à couple a eu pour effet d'amplifier les pressions exercées sur les amarres et le ponton. Ces circonstances révèlent une faute commise par la CCI des Côtes-d'Armor dans l'exercice de ses compétences en matière de délivrance des postes à quai, et de surveillance du bon usage de ces postes. Il s'ensuit que M. C et Mme F sont fondés à rechercher sa responsabilité sur ce fondement.
3. Toutefois, aux termes de l'article R. 5333-10 alinéa 2 du code des transports, les navires " () sont amarrés sous la responsabilité de leur capitaine ou patron, conformément aux usages maritimes et aux prescriptions qui leur sont signifiées par l'autorité portuaire. () ". Il résulte de l'instruction que le premier navire ayant rompu ses amarres était uniquement amarré par des amarres traversières reliant le navire au bollard de manière quasi-perpendiculaire, sans que cet amarrage soit complété par des amarres de pointe. L'expert relève, à cet égard, qu'en cas d'agitation du plan d'eau, ce type d'amarres courtes s'oppose à l'énergie cinétique engendrée par la masse du navire déplacée, et subit de ce fait des chocs violents, rendant la casse inévitable. La circonstance que ce navire se soit vu délivrer, par la CCI, une autorisation de stationnement au ponton n°1 du port de Saint-Quay-Portrieux n'exonérait pas son capitaine ou patron de veiller à ce que l'amarrage du navire fût réalisé dans les conditions de sécurité requises. Ainsi, le choix de ne procéder qu'à un amarrage par traversière, sans le compléter par un autre système d'attaches, doit être regardé comme révélant une faute de la part du patron du navire, de nature à exonérer partiellement la CCI des Côtes-d'Armor de sa responsabilité. Il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de la CCI et des responsables du navire à l'origine des désordres en mettant à la charge de la CCI des Côtes-d'Armor l'indemnisation de 50 % des préjudices subis par M. C et Mme F.
Sur les préjudices :
4. Les requérants font état d'un préjudice de 34 392 euros, correspondant au préjudice résultant de l'immobilisation du navire appartenant à M. C et Mme F évalué par l'expert judiciaire à 25 364,65 euros, aux indemnités versées pour perte d'activité au patron et au marin travaillant sur leur navire, pour 2 400 euros, et à la franchise d'assurance de 6 627,39 euros restée à leur charge sur le coût des réparations des œuvres vivres du navire. Toutefois, alors qu'il a été demandé aux requérants, par mesure d'instruction, d'apporter tous éléments permettant de justifier de cette franchise, M. C et Mme F n'ont produit aucune pièce ni précision, en réponse à cette demande. Dès lors, ce préjudice ne peut être regardé comme établi, ni dans son principe, ni dans son étendue. Par suite, le préjudice indemnisable subi par M. C et Mme F doit être fixé à la somme de 27 764,65 euros. En application du partage de responsabilité exposé au point 3. du jugement, il y a lieu de condamner la CCI des Côtes-d'Armor à verser à M. C et Mme F une somme de 13 882,33 euros.
Sur les intérêts :
5. M. C et Mme F ont droit aux intérêts sur la somme de 13 882,33 euros à compter du 4 janvier 2021, date de réception de leur demande indemnitaire préalable par la CCI des Côtes-d'Armor.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C et Mme F tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. Par ailleurs, faute pour les requérants de justifier des dépens exposés dans l'instance, leur demande présentée au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doit également être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La CCI des Côtes-d'Armor est condamnée à verser à M. C et à Mme F la somme de 13 882,33 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 janvier 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C et Mme F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, représentante unique des requérants et à la CCI des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
signé
V. ELe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026