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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102141

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102141

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102141
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMSS 2ème chambre M. ALBOUY
Avocat requérantPELÉ ANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés respectivement les 27 avril 2021, 24 avril et 2 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) AVG, représentée par Me Pelé, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Rennes à raison d'un ensemble immobilier dont elle est propriétaire ;

2°) à titre subsidiaire, la réduction d'un montant de 16 950 euros de cette même imposition ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, la réduction d'un montant 15 283 euros de cette même imposition ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions pour bénéficier du dégrèvement prévu à l'article 1389 du code général des impôts, les locaux en cause présentant la nature de locaux commerciaux ; ils ont été fermés en raison des mesures de lutte contre la pandémie de Covid 19 du 15 mars 2020 à minuit au 18 juin 2020, puis à compter du 30 octobre 2020, soit un total de 150 jours en 2020 ; cette inexploitation effective de plus de trois mois est indépendante de sa volonté ;

- elle invoque le bénéfice du BOI-IF-TFB-50-20-30 (points 50 et 140) sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

- elle a pu reprendre l'activité précédemment exercée par la SAS Ets Gaillard et A à compter de la mi-janvier 2019 ; elle exploitait elle-même les locaux avant de les donner en location à la SAS Ets Gaillard et A puis à la SARL Soccer Rennais ; elle invoque le bénéfice des réponses ministérielles au sénateur Bécot (JO Sénat 22 mai 2003 n° 5908 p. 1682) et député Morin (JO AN 12 décembre 2006 n° 94588) reprises au BOI-IF-TFB-50-20-30 point n° 60 ;

- la SARL AVG, La SARL Soccer Rennes, la SARL Virtual driving et la SASU NietCo ont fait l'objet de cette fermeture administrative ;

- l'article 1389 du code général des impôts ne prévoit pas que les trois mois d'inexploitation doivent être continus ;

- à titre subsidiaire, elle demande l'application des dispositions de l'article 1389 aux surfaces de 4 200 m² et 2 500 m² affectées aux activités de padel et de football en salle, qui étaient susceptibles d'une exploitation séparée ;

- la SARL Virtual driving (activité récréative de paddock) fait l'objet d'une procédure collective depuis le 1er avril 2020, et les " documents " n'ont pas été produits par le mandataire judiciaire.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 5 novembre 2021, 23 novembre et 8 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SARL AVG n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy, magistrat désigné

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Pelé, représentant la SARL AVG.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL AVG est propriétaire d'une ensemble immobilier sis au 35 rue du Manoir de Servigné à Rennes, composé de quatre locaux commerciaux et d'un local d'habitation. Le 8 octobre 2020, elle a adressé à l'administration fiscale une réclamation afin d'obtenir, sur le fondement des dispositions de l'article 1389 du code général des impôts ainsi que de l'interprétation qui a pu être donnée de ces dispositions par l'administration, un dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties mise à sa charge au titre de l'année 2020 à raison de ces locaux commerciaux, en invoquant les fermetures administratives appliquées au cours de l'année 2020 en raison de la pandémie de la covid 19. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision du 3 mars 2021, la SARL AVG a décidé de saisir le tribunal de sa demande.

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour une année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. / () ".

3. En premier lieu, sur les quatre locaux commerciaux, au titre desquels la SARL AVG revendique le bénéfice des dispositions citées ci-dessus de l'article 1389 du code général des impôts, trois étaient, en 2020, loués respectivement à la SAS Ni et Co, à la SARL Virtual Driving expérience, et à la SARL Soccer Rennais. La SARL AVG qui n'est pas propriétaire des fonds de commerce exploités par les preneurs à bail de ces locaux ne peut être regardée comme les utilisant elle-même à usage commercial au sens de l'article 1389 du code général des impôts. Par suite, elle n'est pas fondée à revendiquer le bénéfice du dégrèvement prévu par cet article au titre de ces trois locaux.

4. En deuxième lieu, la SARL AVG soutient qu'elle exploite depuis 15 janvier 2019 dans le quatrième local commercial en cause une activité de " padel de loisirs " et qu'elle exploitait déjà cette activité dans ces locaux avant leur mise en location au bénéfice de la SAS établissements Gaillard et A, qui a cessé son activité le 1er août 2018. Toutefois, alors qu'elle a pour objet social, la gestion de portefeuille " titres ", la location de véhicules de transports et la location d'immeubles et comme code APE le 60.30 Z gestion de fonds, activités étrangères à celle qu'elle revendique, et que l'administration relève qu'elle n'est pas connue de ses services comme exerçant l'activité de " padel de loisirs ", la société requérante ne produit à l'appui de son argumentation qu'une convention de promotion commerciale réciproque, datée du 19 octobre 2018, conclue sous seing privé avec la SARL Soccer Rennais, société dirigée comme elle par M. A, la présentant certes comme l'exploitante de l'activité de padel, mais dépourvue de date certaine. À défaut pour la SARL AVG d'établir, par tout moyen probant, et notamment par des documents comptables, qu'elle était, en 2020, propriétaire du fonds de commerce de padel, qui aurait été exploité durant cette même année dans le local en cause, elle ne justifie pas qu'elle utilisait ce local à usage commercial avant l'inexploitation dont elle se prévaut. Par suite, elle n'est pas fondée à revendiquer le bénéfice du dégrèvement prévu à l'article 1389 du code général des impôts au titre de ce local commercial.

5. Il résulte de ce qui précède, que la SARL AVG n'est pas fondée à invoquer le bénéfice des dispositions de l'article 1389 du code général des impôts que ce soit à l'appui de ses conclusions principales, subsidiaires ou infiniment subsidiaires.

Sur le terrain de l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".

7. En premier lieu, les points 50 et 140 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-impôts, publié le 6 juillet 2016 sous l'identifiant juridique BOI-IF-TFB-50-20-30, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite aux points 3 et 4. Ils ne peuvent par suite être utilement opposés à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. En second lieu, la SARL AVG ne peut valablement invoquer le bénéfice des réponses ministérielles au sénateur Bécot (JO Sénat 22 mai 2003 n° 5908, p. 1682) et au député Morin (JO AN 12 décembre 2006 n° 94588 p. 12985) reprises au point 60 du BOI-IF-TFB-50-20-30, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les locaux loués par elle l'ont été munis du matériel nécessaire à leur exploitation par le preneur. Ces mêmes réponses ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est fait au point 4.

9. Il résulte de tous ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de la SARL AVG, dont la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL AVG est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL AVG et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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