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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102356

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102356

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102356
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHRISTIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2021 et le 28 juin 2023, M. C A B et Mme D B, représentés par Me Christian, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Plougastel-Daoulas au versement de la somme de 35 467,14 euros en réparation des préjudices subis en raison des fautes de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Plougastel-Daoulas la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commune de Plougastel-Daoulas a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en leur délivrant un permis de construire sur la parcelle cadastrée section BZ n° 44 et en classant cette dernière en zone constructible ;

- il existe un lien de causalité entre les fautes commises et les préjudices qu'ils ont subis ;

- leur préjudice s'élève à la somme de 35 467,14 euros, correspondant aux frais d'architecte déboursés pour leur projet de construction, aux frais déboursés pour l'étude d'assainissement, aux frais d'avocat et aux frais exposés et non compris dans les dépens mis à leur charge par la cour administrative d'appel de Nantes, au surcoût financier lié aux conditions d'emprunt moins avantageuses qu'ils ont dû accepter pour acquérir un autre bien, aux frais de location d'un bien immobilier au-delà de la période de quatorze mois initialement prévue et à leur préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, la commune de Plougastel-Daoulas, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité eu égard aux difficultés d'application de la loi littoral ;

- le lien de causalité entre les frais d'architecte et les supposées fautes de la commune n'est pas établi ;

- s'agissant des frais d'étude d'assainissement, les requérants n'établissent pas avoir payé la facture ;

- le caractère direct et certain du préjudice économique invoqué n'est pas établi ;

- le préjudice invoqué au titre de la location d'un bien immobilier n'est pas établi ;

- les requérants n'étaient pas obligés de recourir à un avocat dans les instances relatives à la légalité du permis de construire dès lors qu'elle était elle-même défenderesse puis appelante ;

- les requérants ne justifient pas de leur préjudice moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le jugement n° 1601208 du 23 novembre 2018 du tribunal ;

- l'arrêt n° 19NT00298, 1900322 du 24 janvier 2020 de la cour administrative d'appel de Nantes ;

- l'ordonnance n° 2102343 du 29 mars 2022 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villebesseix,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de MeJincq--Le Bot, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Plougastel-Daoulas.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 juillet 2015, M. et Mme A B ont déposé une demande de permis de construire, complétée le 17 septembre suivant, en vue de la réalisation d'une maison d'habitation de 217,41 mètres carrées de surface de plancher sur la parcelle cadastrée section BZ n° 44 sur le territoire de la commune de Plougastel-Daoulas. Le 15 octobre 2015, le maire de Plougastel-Daoulas leur a accordé le permis sollicité. Toutefois, par un jugement du 23 novembre 2018, confirmé par un arrêt du 24 janvier 2020 de la cour administrative d'appel de Nantes, le tribunal administratif de Rennes a annulé ce permis. Après le rejet implicite de leur réclamation préalable indemnitaire, M. et Mme A B ont saisi le juge des référés provision qui, par une ordonnance du 29 mars 2022, a condamné la commune à leur verser la somme de 8 105,14 euros. Par la présente requête, ils demandent, au fond, la condamnation de la commune à leur verser la somme de 35 467,14 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur le principe de la responsabilité :

2. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire s'il en est résulté pour lui un préjudice direct et certain.

3. Aux termes de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme alors applicable, désormais repris à l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " () III - En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux () ". Ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale de cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces. L'espace à prendre en considération pour déterminer si un projet de construction concerne un espace urbanisé au sens de ces dispositions est constitué par l'ensemble des espaces entourant le sol sur lequel doit être édifiée la construction envisagée ou proche de celui-ci, quels qu'en soient les propriétaires.

4. Il n'est pas contesté que le maire de Plougastel-Daoulas a délivré aux requérants un permis de construite une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section BZ n° 44. Toutefois, le tribunal administratif, par un jugement du 23 novembre 2018 confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes du 24 janvier 2020, a annulé ce permis au motif qu'il méconnaissait les dispositions de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme.

5. L'illégalité de ce permis est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune. Il n'est en outre pas contesté que le classement en zone constructible de cette parcelle alors qu'elle se situe en dehors des espaces urbanisés de la bande des 100 mètres méconnaissait les dispositions de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme. Ce classement illégal était donc également de nature à engager la responsabilité de la commune, sans que cette dernière puisse utilement invoquer, pour s'exonérer de sa responsabilité ou l'atténuer, les difficultés d'interprétation ou d'application des dispositions de la loi littoral.

Sur les préjudices indemnisables :

6. La responsabilité d'une personne publique n'est susceptible d'être engagée que s'il existe un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes commises par cette personne et le préjudice subi par la victime.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les requérants se sont acquittés d'une facture d'un montant de 1 852,80 euros correspondant aux frais d'architecte déboursés pour déposer le dossier de demande de permis. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que ces frais présentent un lien de causalité direct et certain avec les fautes commises par la commune dès lors qu'en raison du classement en zone constructible de la parcelle cadastrée section BZ n° 44, ils ont cru pouvoir y réaliser leur projet de construction. Il sera fait une exacte appréciation de leur préjudice en leur allouant la somme demandée au titre de ce chef de préjudice.

8. En deuxième lieu, les requérants produisent une facture correspondant à une étude d'assainissement d'un montant de 95,40 euros correspondant à leur projet de construction. Par suite, M. et Mme A B sont fondés à demander le remboursement de cette somme engagée à perte.

9. En troisième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Lorsqu'en revanche une partie autre que l'administration ayant pris la décision illégale avait la qualité de défenderesse à une telle instance ou relève appel du jugement rendu à l'issue de l'instance ayant annulé cette décision, les frais de justice utilement exposés par elle, ainsi que, le cas échéant, les frais mis à sa charge par le juge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à l'administration.

10. Le jugement du tribunal administratif de Rennes comme l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes constatent que M. et Mme A B sont parties perdantes dans ces instances et ont par conséquent rejeté leurs conclusions tendant au paiement des frais liés au litige. En outre, M. et Mme A B ont été condamnés à verser la somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la cour administrative d'appel de Nantes. Ils justifient avoir déboursé la somme de 4 906,94 euros de frais d'avocat. Par suite, M. et Mme A B, qui produisent une facture et une attestation de leur avocat dans ces instances, sont fondés à demander la condamnation de la commune à leur verser les sommes de 4 906,94 et 750 euros en réparation de ces chefs de préjudice, soit un total de 5 656,94 euros.

11. En quatrième lieu, les requérants soutiennent avoir subi un préjudice à raison du surcoût financier lié aux conditions d'emprunt moins avantageuses qu'ils ont dû accepter pour acquérir un autre bien. Ils demandent également le versement de la somme correspondant aux frais d'expertise à laquelle ils ont eu recours pour chiffrer leur préjudice. Ils produisent au soutien de leurs prétentions une simulation de financement correspondant à leur projet initial, des tableaux d'amortissement ainsi que le rapport d'un expert chiffrant ce préjudice. Cependant, les requérants ne démontrent pas par ces pièces que leur projet alternatif n'aurait pas lui-même pu être financé à des conditions au moins aussi avantageuses que le projet initial. Par suite, le préjudice invoqué ne peut pas être regardé comme certain. Il en va de même des honoraires de l'expert-comptable.

12. En cinquième lieu, M. et Mme A B, qui affirment avoir prévu initialement de louer un bien immobilier pendant la durée du chantier, fixée à quatorze mois en vertu du contrat de construction, soutiennent qu'ils ont dû poursuivre leur location un mois de plus que ce qui était prévu en raison des fautes de la commune. Toutefois, en se bornant à produire une quittance de loyer pour le mois de février 2017, qui ne permet pas de démontrer qu'ils ont effectivement loué ce bien pendant plus de quatorze mois, ni que cette quittance correspondrait au mois non prévu, les requérants n'établissent ni la réalité, ni la certitude de leur préjudice alors qu'il n'est pas démontré que les délais d'exécution des travaux de construction de leur maison auraient pu être tenus. Par suite, ce préjudice ne présentant pas de caractère direct et certain, les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme A B ne peuvent qu'être rejetées.

13. En dernier lieu, M. et Mme A B soutiennent avoir subi un préjudice moral à raison des fautes de la commune. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en leur attribuant la somme de 1 000 euros.

14. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à obtenir la condamnation de la commune de Plougastel-Daoulas à leur payer la somme de 8 605,14 euros dont il conviendra de déduire la provision déjà versée de 8 105,14 euros.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Plougastel-Daoulas demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Il y a lieu, en revanche, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Plougastel-Daoulas une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Plougastel-Daoulas est condamnée à verser à M. et Mme A B une somme de 8 605,14 euros dont il conviendra de déduire la provision déjà versée de 8 105,14 euros.

Article 2 : La commune de Plougastel-Daoulas versera à M. et Mme A B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Plougastel-Daoulas titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et MmeFlorence Le B ainsi qu'à la commune de Plougastel-Daoulas.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

J. Villebesseix

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102356

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