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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102401

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102401

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102401
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2021 et 21 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner le département d'Ille-et-Vilaine à lui verser la somme de 22 820,36 euros, assortie des intérêts à compter du 22 juillet 2017 avec capitalisation ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le département d'Ille-et-Vilaine à lui verser la somme de 21 583,60 euros, assortie des intérêts à compter du 22 juillet 2017 avec capitalisation ;

3°) de mettre à la charge du département d'Ille-et-Vilaine une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'illégalité fautive de la décision du département d'Ille-et-Vilaine est établie par le jugement du tribunal administratif de Rennes ;

- son préjudice matériel résulte de la privation de revenus à hauteur de 19 820,36 euros net, ou à titre subsidiaire de 18 583,60 euros ;

- il a subi un préjudice moral à hauteur de 3 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le département

d'Ille-et-Vilaine, représenté par Me Phelip (Selurl Phelip), conclut au rejet de la requête et en outre à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le préjudice subi n'est pas démontré ;

- les indemnités d'entretien qui couvrent les frais liés à la garde des enfants ne sont pas des éléments de rémunération et ne doivent pas être pris en compte ;

- il n'est pas certain que M. A aurait eu à garder quatre enfants et la perte de chance ne peut représenter plus de 50 % de la perte des revenus espérés ;

- le préjudice moral n'est pas établi.

Vu :

- le jugement n° 1800556 du 6 juin 2019 du tribunal administratif de Rennes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'action sociale et des familles ;

-le code civil ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Maillard, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 6 juin 2019 devenu définitif, le tribunal administratif de Rennes a annulé la décision du 21 août 2017 du département d'Ille-et-Vilaine rejetant la demande présentée le 22 mai 2017 par M. A pour l'extension à quatre enfants de l'agrément d'assistant maternel pour trois enfants dont il dispose depuis le 26 novembre 2015. Le 4 janvier 2021, M. A a adressé au département d'Ille-et-Vilaine une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité de cette décision. Le silence du département d'Ille-et-Vilaine a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. M. A demande, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation du département d'Ille-et-Vilaine à lui verser, à titre principal, la somme de 22 820,36 euros, ou, à titre subsidiaire la somme de 21 583,60 euros, en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de cette décision.

Sur le préjudice subi par M. A :

2. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 6 juin 2019 devenu définitif, le tribunal a jugé que le département d'Ille-et-Vilaine avait illégalement retenu que M. A ne disposait pas d'un logement suffisant pour accueillir un quatrième enfant tout en admettant que ses compétences auraient pu justifier l'extension de son agrément de trois à quatre enfants.

3. En premier lieu, cette illégalité fautive, qui est de nature à engager la responsabilité pour faute du département d'Ille-et-Vilaine, lui ouvre droit à la réparation du préjudice matériel résultant pour lui de l'impossibilité d'augmenter son activité durant la période courant du

21 août 2017, date de l'arrêté rejetant sa demande d'extension de son agrément, au

27 novembre 2019, date à laquelle il a reçu une décision implicite d'acceptation de sa demande à la suite du réexamen de sa situation après l'annulation de la décision du 21 août 2017 par le tribunal. Il résulte de l'instruction que le préjudice de M. A résulte de la perte de chance d'accroitre son activité durant cette période. Compte tenu de l'importance non contestée de la demande des parents de faire garder leurs enfants en Ille-et-Vilaine, de ce que le requérant avait, à l'exception de quelques mois sur plus de deux ans, autant d'enfants sous sa garde que son agrément le lui permettait, il y a lieu de considérer qu'il avait des chances très sérieuses de garder un quatrième enfant pendant la période en cause et, par suite, de fixer à 90 % le coefficient de perte de chance d'obtenir un revenu supérieur. Pour évaluer la perte de salaire subie par M. A, il y a lieu de retenir le gain moyen obtenu par l'intéressé durant cette période, diminué de l'indemnité d'entretien correspondant aux frais engagés par l'assistant maternel pour la garde des enfants dont M. A n'a pas eu la charge en l'absence de quatrième enfant. Ce gain moyen peut être évalué à 560 euros par enfant en 2017, à 520 euros en 2018 et 550 euros pour 2019. Il sera donc fait une juste appréciation de la perte de chance d'obtenir une rémunération supérieure en gardant un quatrième enfant en fixant, compte tenu du coefficient de 90 % mentionné ci-dessus, le préjudice matériel de M. A à 13 000 euros pour la période ci-dessus retenue.

4. En second lieu, il résulte également de l'instruction que le préjudice moral subi par M. A, résultant des difficultés à faire valoir ses droits, peut être évalué à 2 000 euros pour la période considérée.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation du département d'Ille-et-Vilaine à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :

6. M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable du

4 janvier 2021 par le département d'Ille-et-Vilaine.

7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 mai 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 11 mai 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département d'Ille-et-Vilaine une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

9. M. A n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le département d'Ille-et-Vilaine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le département d'Ille-et-Vilaine est condamné à verser à M. A la somme de 15 000 euros avec intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le département

d'Ille-et-Vilaine de sa demande indemnitaire préalable du 4 janvier 2021. Les intérêts échus le

11 mai 2022 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le département d'Ille-et-Vilaine versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du département d'Ille-et-Vilaine présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

M. C, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

O. C

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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