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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102446

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102446

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102446
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ACCENSE CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 12 mai 2021 et 23 décembre 2022, la SAS Midi-Auto 56, représentée par Me Bulot, demande au tribunal :

1°) de réformer la décision du 16 mars 2021 rejetant sa réclamation préalable ;

2°) de lui accorder la décharge à concurrence de 113 233 euros des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

3°) de lui accorder la décharge à concurrence de 175 766 euros des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 .

Elle soutient que :

- elle justifie de l'enlèvement chez le constructeur, avant le 1er janvier 2019, des véhicules au titre desquels l'administration a estimé que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé leur acquisition avait été déduite de façon prématurée en 2018 ; la date de remise du bien au transporteur correspond à la date de sortie usine et non à la date d'entrée sur le parc Gefco ; les dates de sortie usine sur le document Gefco correspondent aux dates d'expédition selon l'application Dialog du site Citroën " Accecit " ; la date sortie d'usine engage le constructeur ; à partir du moment où Citroën a mentionné une date de sortie d'usine ou d'expédition en décembre 2018, la taxe sur la valeur ajoutée est devenue exigible et par suite déductible en décembre 2018 ;

- les véhicules de courtoisie sont affectés à une activité locative à titre principal et doivent à ce titre ouvrir droit à la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ; la mise à disposition est rémunérée soit de façon spécifique, soit est comprise dans le prix facturé au titre de la réparation ; elle est tenue en vertu des contrats conclus avec les constructeurs ou les assureurs de disposer de véhicules de courtoisie ;

- la provision pour dépréciation des véhicules d'occasion en stock est calculée en se basant sur les statistiques propres de l'entreprise ; l'administration a remis en cause la déductibilité de la provision correspondant aux véhicules en stock depuis moins d'un an ; elle ne peut donc pas contester la méthode de calcul de la provision dans son ensemble ; les stocks étant évalués unité par unité, la circonstance que la vente globale de ces véhicules génère un bien ne fait pas obstacle à la constatation d'une provision et à sa déductibilité dès lors que certaines reventes de ces véhicules se font à perte ; le montant des provisions est en corrélation avec les marges négatives constatée au titre de chacun des trois exercices en litige ; la jurisprudence admet une méthode statistique pour l'évaluation d'une provision pour créances douteuses ;

- les provisions comptabilisées au titre des frais de remise en état de véhicules d'occasion sont fondées ; elles sont justifiées par l'engagement qu'elle prend lors de la vente de véhicule neuf de le racheter à un prix déterminé à une date fixée à l'avance ; le prix de reprise ainsi fixé étant supérieur au prix susceptible d'être obtenu de la revente de ces véhicule, la marge sur la vente initiale est amputée d'une charge ; le principe d'un telle provision est admis par la jurisprudence ; le provisionnement des aides buy-back versées par le construction correspond aux préconisations du constructeur ; le montant de ces provisions correspond sensiblement au montant de la perte constatée lors de la revente des véhicules repris ; la réintégration de cette provision au moment de la revente permet de constater globalement une marge plus importante ;

- les loyers acquittés par elle au titre des véhicules de courtoisie ne doivent pas être plafonnés en application du 4 de l'article 39 du code général des impôts ; elle apporte des justifications, au sens de cet article, à la détention de ces véhicules qui sont nécessaires à son activité en raison même de son objet social ; elle n'a pas la maîtrise du type de véhicule devant être mis à disposition des clients de son activité de réparation ; elle invoque le bénéfice du BOI-BIC-AMT-20-40-40 du 1er mars 2017.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 18 octobre 2021 et 9 janvier 2023, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions relatives à la taxe sur la valeur ajoutée, à concurrence de 13 429 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SAS Midi-Auto 56, à l'appui du surplus de ses conclusions, n'est fondé et que les conclusions en réformation de la décision du 19 mars 2021 sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Midi-Auto 56, qui exploite une concession automobile de la marque Citroën, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, au titre de la période correspondant aux années 2016 à 2018. À l'issue de ce contrôle, l'administration lui a adressé, le 19 décembre 2019, une proposition de rectification l'informant, selon la procédure contradictoire, notamment de la remise en cause de déductions de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que du caractère déductible de certaines provisions comptabilisées et d'une fraction des loyers acquittés en raison de la location de véhicules utilisés comme véhicules de courtoisie. La SAS Midi-Auto 56 a contesté ces rectifications dans des observations présentées le 21 janvier 2020, auxquelles l'administration a répondu le 12 février 2020 en confirmant sa position. Après mise en recouvrement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés en résultant, la société a formé une réclamation contentieuse qui a été admise partiellement, le 16 mars 2021, en matière d'impôt sur les sociétés.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 18 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre Ouest a prononcé le dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SAS Midi-Auto 56 à concurrence de la somme de 13 409 euros (13 224 euros en droits et 185 euros d'intérêts de retard). Les conclusions de la requête de la SAS Midi-Auto 56, tendant à la décharge à concurrence de 175 766 euros des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, sont désormais dépourvus d'objet à hauteur de la somme ainsi dégrevée.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à la réformation de la décision du 16 mars 2021 :

3. La décision par laquelle l'administration statue sur la réclamation contentieuse d'un contribuable n'étant pas susceptible de faire l'objet d'un recours ou de conclusions en annulation ou en réformation, dès lors qu'elle n'est pas détachable de la procédure d'imposition, les conclusions de la requête de la SAS Midi-Auto 56 tendant à la réformation de la décision du 16 mars 2021 sont irrecevables, ainsi que le relève l'administration, et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé l'acquisition de véhicules neufs :

4. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens () effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien meuble corporel comme un propriétaire. () 3° Sont également considérés comme livraisons de biens : () d) La remise matérielle d'un bien meuble corporel en vertu d'un contrat de vente qui comporte une clause de réserve de propriété () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué () 2. La taxe est exigible : a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 () lors de la réalisation du fait générateur () ". Enfin l'article 271 de ce code prévoit que : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée grevant une livraison de bien est déductible par l'acquéreur, alors même que la vente comporte une clause de réserve de propriété, dès qu'il réceptionne le bien en cause. Toutefois, si l'acquéreur supporte, en application des conditions de vente, les risques inhérents au transport de ce bien, la remise matérielle intervient dès sa remise au transporteur.

5. Il résulte de l'instruction que les quarante véhicules restant en litige ont été vendus à la société requérante par le constructeur Citroën, selon des conditions générales de vente, comportant une clause de réserve de propriété suspendant le transfert de propriété jusqu'au paiement intégral de leur prix, et prévoyant que les risques inhérents au transport sont transférés au concessionnaire dès le chargement des véhicules. Dès lors, la remise matérielle des véhicules en cause doit être réputée intervenue dès leur remise au transporteur. La SAS Midi-Auto 56 produit, pour la première fois, dans le cadre de la présente instance, un tableau qu'elle présente comme établi par le transporteur, la société Gefco, indiquant pour chacun des véhicules en cause, une date de sortie d'usine, une date d'entrée sur le parc de stationnement de la société Gefco, une date de sortie de ce parc et une date d'arrivée à destination. Si elle relève que les dates de sortie d'usine sont, pour l'ensemble des véhicules concernés, antérieures au 1er janvier 2019 et soutient qu'il convient de retenir ces dates comme dates d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée et, par suite, comme dates de naissance du droit à déduction, il ne ressort pas de ce tableau que les véhicules en cause ont été pris en charge, pour leur transport, par la société Gefco antérieurement à leur entrée sur le parc de stationnement de la société Gefco et notamment que le transfert des risques à la charge de la société requérante a pris effet dès la date de sortie de l'usine Citroën, qui est intervenue parfois quelques jours, le plus souvent plusieurs semaines et parfois même plus d'un mois avant l'entrée sur le parc de stationnement de la société Gefco. Les dates d'entrée sur le parc de stationnement de la société Gefco des véhicules restant en litige, après la décision de dégrèvement du 18 octobre 2021, étant toutes postérieures au 31 décembre 2018, le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé leurs acquisitions par la SAS Midi-Auto 56 n'est né que postérieurement à cette dernière date. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause les déductions opérées antérieurement au 1er janvier 2019.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les loyers des véhicules dits " de courtoisie " :

6. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. ". Aux termes de l'article 206 de la même annexe : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / () / IV.-1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants () / 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, à l'exception de ceux : / a. Destinés à être revendus à l'état neuf ; / b. Donnés en location () ".

7. La SAS Midi-Auto 56 demande que soit admise la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les loyers acquittés en exécution des contrats de location de longue durée relatifs aux véhicules de tourisme, dits " de courtoisie ", qu'elle met à disposition des clients de son atelier de mécanique pendant la durée de l'immobilisation de leur véhicule, en faisant valoir que l'administration a pu constater qu'elle avait comptabilisé des recettes provenant de la mise à disposition de véhicules de courtoisie, soit 4 366 euros en 2016, 6 854,40 euros en 2017 et 6 991,20 euros en 2018, circonstance démontrant, selon elle, leur affectation au moins partielle à une activité locative. Toutefois, la société requérante ne conteste pas que les recettes comptabilisées correspondent uniquement aux mises à disposition de véhicules prises en charge par les assureurs de ses clients et non à l'ensemble des mises à disposition pratiquées. La SAS Midi-Auto 56 ne peut utilement faire valoir que la contrepartie des autres mises à disposition de véhicules serait incluse dans le montant de la facturation des réparations, dès lors qu'elle ne produit aucun élément permettant d'identifier cette prestation sur les factures en cause et d'en chiffrer le prix. L'administration souligne par ailleurs, sans être contredite, que SAS Midi-Auto 56 ne dispose d'aucun élément permettant de rattacher les mises à disposition effectivement facturées aux véhicules correspondant, et donc d'apprécier pour chacun des véhicules concernés, la part d'affectation à une activité soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et la part d'affectation à une activité de mise à disposition à titre gratuit. Il est, par suite, impossible de déterminer un coefficient de déduction applicable à chaque véhicule. Dès lors, les véhicules en cause ne peuvent être regardés comme ayant été donnés en location au sens du b du 6° du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts et l'administration est fondée à estimer que la taxe grevant leur acquisition, dont le coefficient d'admission est nul, n'était pas déductible.

8. Si la SAS Midi-Auto 56 peut être regardée comme invoquant les points 60 et 70 du Bulletin officiel des finances publiques-impôts publié sous l'identifiant juridique BOI-TVA-DED-30-30-30 (édition du 12 septembre 2012), ils ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale contraire à l'application qui en est faite au point précédent.

En ce qui concerne le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

S'agissant des provisions pour dépréciation du stock des véhicules d'occasion :

9. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôts sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes du 3 de l'article 38, également applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 : " () les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour de la clôture de l'exercice, si ce cours est inférieur au prix de revient () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsqu'une entreprise constate que l'ensemble des matières ou produits qu'elle possède en stock ou une catégorie déterminée d'entre eux a, à la date de clôture de l'exercice, une valeur probable de réalisation inférieure au prix de revient, elle est en droit de constituer, à concurrence de l'écart constaté, une provision pour dépréciation si elle est en mesure de justifier de la réalité de cet écart et d'en déterminer le montant avec une approximation suffisante.

10. La SAS Midi-Auto 56 souligne qu'elle calcule les provisions pour dépréciation de son stock de véhicules d'occasion en s'appuyant sur les statistiques issues de sa propre activité et que, alors même que la méthode mise en œuvre a été constante durant la période vérifiée, l'administration a uniquement remis en cause le caractère déductible des provisions relatives aux véhicules d'occasion en stock depuis moins d'un an, constituées au titre des exercices clos de 2016 à 2018. Il résulte de l'instruction que les provisions litigieuses ont été calculées, pour chacun des exercices concernés, en appliquant au prix de revient des véhicules en stock depuis moins d'un an, le résultat du rapport entre, d'une part, le total des pertes générées par la revente au cours de l'exercice de constitution de la provision des véhicules acquis au cours de l'exercice précédent et revendus à perte et, d'autre part, le prix de revient total de l'ensemble des véhicules acquis au cours de l'exercice précédent et vendus au cours de l'exercice de constitution de la provision. Or, ce mode de calcul ne tient compte que des ventes de véhicules acquis au cours de l'exercice précédent qui ont généré des pertes et ne tient pas compte de celles qui ont généré des gains, alors que l'administration souligne que les ventes de véhicules d'occasion acquis au cours de l'exercice précédent, prises dans leur ensemble, ont généré pour les trois exercices en litige des marges positives, et notamment une marge de 5 % en 2018. Ainsi la méthode statistique mise en œuvre par la société requérante n'apparaît pas comme de nature à établir, à la date de comptabilisation des provisions litigieuses, la valeur probable de réalisation des véhicules d'occasion en stock depuis moins d'un an et par suite le caractère probable d'une perte globale sur leur revente au cours de l'exercice suivant. La SAS Midi-Auto 56 ne peut valablement se prévaloir de ce que, selon le plan comptable général, les stocks sont évalués unité par unité, dès lors qu'elle a entendu mettre en œuvre une méthode statistique d'évaluation de la dépréciation de son stock dont elle a appliqué le résultat, calculé sur une partie des véhicules qui remplissaient lors de leur vente au cours de l'exercice clos la condition d'ancienneté, à l'ensemble des véhicules qui remplissaient cette condition à la date de clôture de l'exercice et qu'elle ne peut pas ainsi être regardée comme ayant procédé à une évaluation unité par unité de son stock. Ainsi, La SAS Midi-Auto 56, n'est pas fondée à contester la remise en cause par le service du caractère déductible des provisions pour dépréciation du stock de véhicules d'occasion acquis moins d'un an auparavant.

S'agissant des provisions pour " frais de remise en état " de certains véhicules d'occasion :

11. Lors de la vente de véhicules neufs à des professionnels et notamment à des sociétés de location de véhicules, la SAS Midi-auto 56 s'est engagée à reprendre les véhicules vendus, à une date ou dans un délai donné et à un prix déterminé (clause de " buy back "). Estimant que les prix de reprise consentis à cette clientèle excédaient les prix pouvant être obtenus de la revente de ces véhicules, la SAS Midi-Auto 56 a constitué des provisions, dotées au titre de l'exercice de vente des véhicules neufs qu'elle devra reprendre.

12. Une entreprise peut déduire des résultats de l'exercice au cours duquel est intervenue une vente, une provision représentant une estimation de l'ensemble des coûts ou pertes qu'elle devra probablement supporter en conséquence de cette vente, tels que ceux que peut impliquer la promesse faite au client de lui racheter, à un prix supérieur à leur valeur de revente, tout ou partie des biens qu'elle lui a vendus. Toutefois, une société réalisant des opérations telles que celles en cause n'est fondée à constituer une provision que dans le cas et dans la mesure où le bilan prévisionnel du plus grand des ensembles identifiables d'opérations suffisamment homogènes au sein duquel gains et pertes peuvent être pertinemment calculés de manière agrégée fait apparaître un solde négatif.

13. En l'espèce, les montants des provisions comptabilisées par la SAS Midi-Auto 56 à la clôture de chacun des exercices vérifiés, en raison des engagements de reprise de véhicules, ont été fixés à hauteur des montants des aides " buy back " et des primes de fidélité versées lors de la vente des véhicules neufs en cause, par la société Citroën, afin de compenser les conséquences des prix de reprise consentis aux acheteurs des véhicules neufs. Or, au regard de leur objet, qui les rattache aux opérations présentées par la société requérante comme devant générer des pertes, ces aides et primes, auraient dû être prises en compte par la SAS Midi-Auto 56, en tant que gains, afin d'apprécier la probabilité d'un solde négatif pouvant justifier la constitution d'une provision pour pertes motivée par la clause de " buy back ". Leur montant ne peut, par suite, être regardé comme correspondant à une perte probable pouvant justifier la constitution d'une provision. Par suite, la société requérante, qui n'établit pas le caractère probable des pertes qu'elle a provisionnées, n'est pas fondée à contester la remise en cause par l'administration de la déduction des provisions litigieuses.

S'agissant de la remise en cause de la déductibilité d'une partie des loyers relatifs aux véhicules de courtoisie :

14. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur en 2016 : " () 4. Qu'elles soient supportées directement par l'entreprise ou sous forme d'allocations forfaitaires ou de remboursements de frais, sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt, d'une part, les dépenses et charges de toute nature ayant trait à l'exercice de la chasse ainsi qu'à l'exercice non professionnel de la pêche et, d'autre part, les charges, à l'exception de celles ayant un caractère social, résultant de l'achat, de la location ou de toute autre opération faite en vue d'obtenir la disposition de résidences de plaisance ou d'agrément, ainsi que de l'entretien de ces résidences ; les dépenses et charges ainsi définies comprennent notamment les amortissements. / Sauf justifications, les dispositions du premier alinéa sont applicables : / a) A l'amortissement des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010 pour la fraction de leur prix d'acquisition qui dépasse 18 300 €. Lorsque ces véhicules ont un taux d'émission de dioxyde de carbone supérieur à 200 grammes par kilomètre, cette somme est ramenée à 9 900 € ; / b) En cas d'opérations de crédit-bail ou de location, à l'exception des locations de courte durée n'excédant pas trois mois non renouvelables, portant sur des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010, à la part du loyer supportée par le locataire et correspondant à l'amortissement pratiqué par le bailleur pour la fraction du prix d'acquisition du véhicule qui excède les limites déterminées conformément au a. ".

15. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur notamment en 2017 et 2018 : " 4. Qu'elles soient supportées directement par l'entreprise ou sous forme d'allocations forfaitaires ou de remboursements de frais, sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt, d'une part, les dépenses et charges de toute nature ayant trait à l'exercice de la chasse ainsi qu'à l'exercice non professionnel de la pêche et, d'autre part, les charges, à l'exception de celles ayant un caractère social, résultant de l'achat, de la location ou de toute autre opération faite en vue d'obtenir la disposition de résidences de plaisance ou d'agrément, ainsi que de l'entretien de ces résidences ; les dépenses et charges ainsi définies comprennent notamment les amortissements. / Sauf justifications, les dispositions du premier alinéa sont applicables : / a) A l'amortissement des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010 pour la fraction de leur prix d'acquisition qui dépasse 18 300 € ; / Cette somme est portée à 30 000 € lorsque les véhicules mentionnés au premier alinéa du présent a ont un taux d'émission de dioxyde de carbone inférieur à 20 grammes par kilomètre, et à 20 300 € lorsque leur taux d'émission de dioxyde de carbone est supérieur ou égal à 20 grammes et inférieur à 60 grammes par kilomètre. / Elle est ramenée à 9 900 € lorsque ces véhicules ont un taux d'émission de dioxyde de carbone supérieur à : / -155 grammes par kilomètre, pour ceux acquis ou loués entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2017 ; / -150 grammes par kilomètre, pour ceux acquis ou loués entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2018 ; / -140 grammes par kilomètre, pour ceux acquis ou loués entre le 1er janvier 2019 et le 31 décembre 2019 ; / -135 grammes par kilomètre, pour ceux acquis ou loués entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2020 ; / -130 grammes par kilomètre, pour ceux acquis ou loués à compter du 1er janvier 2021. / b) En cas d'opérations de crédit-bail ou de location, à l'exception des locations de courte durée n'excédant pas trois mois non renouvelables, portant sur des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010, à la part du loyer supportée par le locataire et correspondant à l'amortissement pratiqué par le bailleur pour la fraction du prix d'acquisition du véhicule qui excède les limites déterminées conformément au a. ".

16. L'administration a remis en cause, en application des dispositions précitées du 4 de l'article 39 du code général des impôts, la déduction d'une fraction des loyers acquittés par la SAS Midi-Auto 56 en vertu des contrats de location de longue durée mettant à sa disposition les véhicules qu'elle utilise en tant que véhicules de courtoisie. À l'appui de sa contestation de cette rectification, la société requérante fait valoir qu'elle est tenue de mettre à disposition de la clientèle de son atelier de réparation des véhicules de remplacement en raison du contrat la liant au constructeur Citroën et des conventions conclues avec différentes compagnies d'assurance. Toutefois, en se bornant à souligner que le contrat réparateur agréé Citroën précise que " le nombre et les caractéristiques des véhicules de courtoisie sont déterminés selon les normes du concédant ", sans apporter plus de précision sur la teneur de ces normes, la SAS Midi-Auto 56 n'établit pas qu'elle était tenue de recourir à des véhicules dont le prix d'acquisition est supérieur à l'un des seuils prévus par les dispositions citées au point 13 et 14.

17. Si la SAS Midi-Auto peut être regardée comme invoquant, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le point 50 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-impôts publié sous l'identifiant juridique BOI-BIC-AMT-20-40-50, elle n'entre pas dans les prévisions de ce texte dès lors que si la détention et la mise à disposition de véhicules dits de " courtoisie " n'est pas étrangère à son objet social, puisqu'il s'agit d'une prestation accessoire à celles rendues à la clientèle de son atelier de réparation, la disposition des véhicules visés par les dispositions du 4 de l'article 39 du code général des impôts n'apparaît pas comme nécessaire à l'exercice de son activité en raison même de son objet.

Sur les frais d'instance :

18. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la SAS Midi-Auto 56 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SAS Midi-Auto 56 tendant à la décharge à concurrence de 175 766 euros des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, à concurrence de 13 409 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Midi-Auto 56 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Midi-Auto 56 et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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