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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102581

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102581

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102581
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantGUINAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2021, Mme C A et M. B D, représentés par Me Guignault, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 janvier 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Morbihan leur a notifié un trop perçu d'un montant total de 18 168,75 euros composé d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 8 763,90 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2017 et juillet 2019 inclus, d'un indu d'aide personnalisée au logement (APL) d'un montant de 4 055 euros pour la période comprise entre les mois de décembre 2017 et décembre 2019 inclus et les mois d'avril 2020 et décembre 2020 inclus, d'un indu de prime d'activité référencé IM2 001 d'un montant de 3 255,49 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2017 et mars 2020 inclus, d'un deuxième indu de prime d'activité référencé IM3 001 d'un montant de 990,53 euros pour la période comprise entre les mois d'avril 2020 et novembre 2020 inclus, d'un troisième indu de prime d'activité référencé IM3 002 d'un montant de 798,83 euros pour la période comprise entre les mois d'août 2019 et octobre 2019 inclus et mai 2020 et novembre 2020 inclus et, enfin, de deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'années 2017 et 2018 d'un montant total de 354,90 euros ;

2°) de mettre à la charge de la CAF du Morbihan la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 22 janvier 2021 est entachée d'incompétence dès lors que son auteur n'est pas identifiable et qu'il ne bénéficiait d'aucune délégation de pouvoir ;

- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que :

* le rapport d'enquête de la CAF ne leur a pas été communiqué et le principe du contradictoire n'a donc pas été respecté ;

* le président du conseil départemental du Morbihan n'a pas consulté pour avis la commission de recours amiable de la CAF ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait et de droit dès lors qu'ils n'ont jamais été en situation de concubinage ;

- l'action en recouvrement est en tout état de cause prescrite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2021, le président du conseil départemental du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que :

* elle est dirigée contre la décision de la CAF en date du 22 janvier 2021 qui a été retirée et remplacée par deux décisions du 8 juin 2021 ;

* s'agissant de l'indu de RSA, seule la décision du 29 mars 2021 prise sur le recours préalable obligatoire des requérants est susceptible d'être déférée au juge ;

- s'agissant de cette dernière décision, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, la CAF d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que :

* les intéressés n'ont pas introduit à l'encontre de la décision initiale d'indus du 22 janvier 2021, préalablement à leur action contentieuse, de recours administratif obligatoire, la lettre du 25 janvier 2021, qui n'est au demeurant signée que par Mme A, ne pouvant constituer une contestation du bien-fondé de ces indus ;

* à supposer que la requérante puisse être regardée comme ayant introduit un tel recours préalable obligatoire, seule la décision implicite née le 29 mars 2021 du silence de la CAF est susceptible d'être contestée devant le tribunal ;

* la décision du 21 janvier 2021 a été retirée et remplacée par deux décisions du 8 juin 2021, lesquelles n'ont pas été contestées préalablement à l'action contentieuse des requérants ;

- en tout état de cause, s'agissant des indus de prime d'activité, d'APL et d'aide exceptionnelle de fin d'année, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle de leur situation, la CAF du Morbihan a estimé que les requérants, tous deux domiciliés chez M. D depuis le 1er janvier 2016 mais allocataires en tant que personne isolée, étaient en réalité en situation de concubinage depuis cette même date. Par suite la CAF a modifié leurs droits en conséquence et leur a notifié, par une décision du 22 janvier 2021, un trop perçu d'un montant total de 18 168,75 euros composé d'un indu de RSA d'un montant de 8 763,90 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2017 et juillet 2019 inclus, d'un indu d'APL d'un montant de 4 055 euros pour la période comprise entre les mois de décembre 2017 et décembre 2019 inclus et les mois d'avril 2020 et décembre 2020 inclus, d'un indu de prime d'activité référencé IM2 001 d'un montant de 3 255,49 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2017 et mars 2020 inclus, d'un deuxième indu de prime d'activité référencé IM3 001 d'un montant de 990,53 euros pour la période comprise entre les mois d'avril 2020 et novembre 2020 inclus, d'un troisième indu de prime d'activité référencé IM3 002 d'un montant de 798,83 euros pour la période comprise entre les mois d'août 2019 et octobre 2019 inclus et mai 2020 et novembre 2020 inclus et, enfin, de deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'années 2017 et 2018 d'un montant total de 354,90 euros. Les requérants demandent l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En l'espèce, la CAF et le département du Morbihan font valoir que la décision du 22 janvier 2021 a été retirée et remplacée par deux décisions du 8 juin 2021 adressées d'une part à M. D s'agissant des indus de RSA, d'APL, d'aide exceptionnelle de fin d'année et de l'indu de prime d'activité référencé IM3 002 et, d'autre part, à Mme A s'agissant des indus de prime d'activité référencés IM2 001 et IM3 001. Le retrait de la décision du 22 janvier 2021 étant définitif, les conclusions dirigées contre cette décision ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. Il y a lieu en revanche lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions du 8 juin 2021 qui notifient aux requérants, chacun pour ce qui le concerne toutefois, les mêmes indus et qui ont donc la même portée que la décision du 22 janvier 2021.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes d'autre part de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / () ". Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes enfin de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ".

5. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. En revanche, s'agissant de l'aide exceptionnelle de fin d'année attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année considérée, les décrets des 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 prévoient que cette aide, versée par l'organisme débiteur du revenu de solidarité active, est attribuée au nom de l'État et à la charge de celui-ci. Par suite, les litiges relatifs à son attribution ou à la récupération d'un paiement indu à ce titre n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles et ne sont donc pas soumis à l'obligation d'un recours administratif préalable.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de la CAF du Morbihan en date du 8 juin 2021 sont irrecevables en tant que ces décisions portent sur les indus de RSA, de prime d'activité et d'APL en litige. Elles sont en revanche recevables s'agissant des deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018.

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions du 8 juin 2021 :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

8. En l'espèce, les décisions du 8 juin 2021 sont signées et font apparaître qu'elles ont été prises " pour la directrice " par M. E, " gestionnaire-conseil " à la CAF du Morbihan, lequel avait par ailleurs reçu délégation de signature par une décision de la directrice de la CAF du 13 janvier 2021, que cette dernière verse au débat. La circonstance que ces décisions ne comportent pas le prénom de M. E n'est pas, à elle seule, et en l'absence de toute ambiguïté quant à l'identité de celui-ci, de nature à les entacher d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'incompétence doit être écarté.

Sur le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire :

9. Si les requérants font valoir que le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que les rapports d'enquête de la CAF du 27 novembre 2020 ne leur ont pas été communiqués, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à la CAF de le faire alors, au surplus, que les intéressés n'établissent, ni même ne soutiennent, en avoir demandé la communication. Il résulte en tout état de cause de l'instruction que Mme A et M. D ont été reçus le

23 novembre 2020 par le contrôleur de la CAF, dans le cadre du contrôle de leur situation et dans les locaux de cette dernière, et ont alors pu apporter tous les éléments qui leur étaient demandés et exposer tous ceux qu'ils souhaitaient porter à la connaissance de leur interlocuteur. L'instruction relève de surcroît que par deux lettres du 27 novembre 2020, le contrôleur de la CAF a fait part à chaque intéressé du droit de communication mis en œuvre en application des dispositions de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale auprès de leur(s) établissement(s) bancaire(s) respectifs(s), de la consultation des bases de données à disposition de la CAF et des conclusions de son enquête tendant à retenir une vie de couple à compter du 1er janvier 2016. Par ces mêmes lettres, le contrôleur de la CAF a informé les requérants de leur droit à " obtenir communication des documents et renseignements obtenus auprès des organismes cités dans le cadre du droit de communication en en faisant la demande par courriel ou mail " ce que les intéressés ne soutiennent au demeurant avoir fait. Enfin, il est constant que Mme A et M. D ont tous deux retourné, chacun pour ce qui le concerne, le formulaire de procédure contradictoire en date respectivement des 6 décembre 2020 et 15 décembre 2020 que le contrôleur de la CAF leur a adressé et par lesquels ils ont d'ailleurs manifesté leur accord avec les conclusions de l'enquête diligentée à leur encontre. Par suite, le moyen tiré de la violation du contradictoire doit être écarté.

Sur le moyen tiré du défaut de consultation par le département du Morbihan de la commission de recours amiable de la CAF :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la convention de gestion du RSA établie le 1er août 2017 entre le département et la CAF du Morbihan prévoit explicitement en son annexe n° 1 que les recours administratifs relatifs à l'allocation de RSA ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable de la CAF. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de consultation préalable de cette commission doit être écarté.

Sur la situation de concubinage :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L.262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. ". Selon l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () " Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ".

15. Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

16. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées ci-dessus que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

17. En l'espèce, les requérants soutiennent que M. D aurait hébergé gratuitement Mme A à compter du 1er janvier 2016 jusqu'à son départ récent de son logement, qu'ils n'auraient ainsi été qu'en situation de cohabitation, que la CAF et le département du Morbihan auraient par suite commis une erreur de droit et une erreur de fait en les considérant en situation de concubinage, et que les indus en litige résultant de la prise en compte erronée de cette situation seraient en conséquence infondés. À l'appui de leurs allégations, les requérants font notamment valoir qu'ils n'ont alors partagé aucune dépense commune, qu'ils n'avaient aucun compte bancaire ni projet en commun, qu'ils déclaraient séparément leurs revenus aux services fiscaux, la taxe d'habitation de M. D étant par ailleurs éditée au seul nom du requérant, que Mme A avait ses propres projets immobiliers, auxquels n'a nullement pris part M. D, dont celui concrétisé le 17 décembre 2019 par l'achat de son propre logement, et produisent à l'appui de leurs allégations les documents correspondant, et notamment leurs relevés de comptes bancaires pour la période comprise entre le 8 octobre 2017 et le 24 novembre 2020 pour Mme A, et la période comprise entre le 7 décembre 2017 et le 31 décembre 2020 pour M. D.

18. Toutefois, il résulte de l'instruction, particulièrement des deux rapports d'enquête de la CAF établis le 27 novembre 2020 relativement à la situation de chaque requérant, que dans un courriel du 9 novembre 2019 que la requérante a adressé à la CAF en vue d'obtenir des informations sur l'APL, Mme A, alors domiciliée chez M. D, a déclaré par deux fois " vivre chez son conjoint ". Il ressort par ailleurs des relevés bancaires que les intéressés produisent, de manière incomplète cependant dès lors que Mme A ne produit étonnamment pas ses relevés des périodes comprises entre le 8 août 2018 et le 3 mai 2019 et entre le 6 septembre 2019 et le 26 janvier 2020, et que M. D s'abstient pour sa part de produire ses relevés des périodes comprises entre le 8 octobre 2017 et le 6 décembre 2017, entre le 7 janvier 2018 et le 6 février 2018, entre le 7 et le 29 juin 2020, et produit par ailleurs un relevé incomplet de ses opérations du mois de septembre 2019, établissent que Mme A a, entre le 8 octobre 2017 et le 16 octobre 2020, effectué dix-huit virements bancaires au profit de M. A pour des sommes allant de 10,20 euros à 362 euros, pour des motifs inconnus ou correspondant à des " courses ", à " Internet ", " Saur ", " élec ". Il ressort par ailleurs de ces relevés que Mme A a émis quatre chèques au profit de M. D en dates des 22 mai 2020, 9 août 2020, 19 août 2020 et 16 octobre 2020 pour des montants respectifs de 444,38 euros, 40 euros, 57,71 euros, 52,48 euros, et que M. D a pour sa part émis un chèque au profit de Mme A d'un montant de 118,99 euros le 28 août 2019, l'incomplétude des pièces produites par les intéressés faisant cependant obstacle à ce que le tribunal puisse apprécier pleinement la quantité et la nature, dans la mesure de ce que peuvent révéler de tels relevés, des opérations financières et bancaires intervenues entre eux. À cet égard, le contrôleur de la CAF auteur des deux rapports d'enquête du 27 novembre 2020 note toutefois, en complément de ce qui vient d'être dit, que la requérante a réglé la facture de consommation d'eau du logement de M. D des mois d'août 2018 et mars 2019. En outre, il est constant que M. D a mis son logement à la disposition de Mme A à compter du 1er janvier 2016 sans autres contreparties financières que celles évoquées précédemment.

19. L'instruction révèle par ailleurs que Mme A a présenté à la Banque postale une attestation d'hébergement renseignée le 18 octobre 2019 par M. D et sur laquelle est cochée la case " Conjoint - concubin - partenaire ", ladite attestation disposant pourtant d'une case " Autre ". Si les requérants font valoir que " c'est sans aucune intention [que la requérante] a coché de manière spontanée et rapide " cette case, que " la simple apposition d'une croix sur une case a été faite dans le cadre de deux contrats de prêts volumineux à régulariser ", que " le remplissage de cette case ne présentait strictement aucun intérêt pour [la requérante] dans la mesure où il s'agit d'un projet personnel, qu'elle a sollicité deux prêts personnels, que la réalisation de ce projet a été financé notamment par sa propre épargne et que [le requérant] n'a strictement rien à voir dans ce projet " et qu'elle aurait dès lors pu " pu cocher n'importe quelle autre case ", cette attestation d'hébergement, et ce qu'elle révèle, doit être rapprochée du courriel précité du 9 novembre 2019 ainsi que d'une lettre du 25 janvier 2021 par laquelle Mme A a sollicité du président du conseil départemental du Morbihan une remise gracieuse de sa dette et dans laquelle elle indique qu'" entre Mr D et moi-même cela reste une relation complexe car nous savons que cela ne pourra pas durer dans le temps ". Il est de surcroît incontestable que les intéressés se sont tous les deux déclarés d'accords, ainsi qu'il a été dit au point 9, avec les conclusions du rapport d'enquête de la CAF ayant conclu à une situation de concubinage entre eux.

20. Enfin, Mme A fait valoir qu'elle a eu depuis l'année 2016 plusieurs projets immobiliers, ce qu'elle n'établit au demeurant que partiellement, et qu'elle a souscrit seule un crédit immobilier, ce qu'elle n'établit pas dès lors que les soixante-douze pages du document édité le 24 octobre 2019 par la Banque postale qu'elle produit ne correspondent qu'à une simple offre de crédit non signée par l'intéressée, et acquis seule le 17 décembre 2019 son logement, ce qu'elle n'établit également que partiellement dès lors qu'elle ne verse que la première page d'une attestation notariale non-datée ne permettant pas de connaître ni le bien acquis ni le montant de la transaction. Il est toutefois constant que la requérante a vécu, à titre gratuit, chez et avec M. D du 1er janvier 2016 jusqu'à la fin de l'année 2020, qu'elle a déclaré à au moins trois reprises que M. D était son conjoint, et qu'elle a effectué de nombreuses opérations bancaires en sa faveur au titre des dépenses se rapportant à leur vie commune. Enfin, si les requérants soutiennent que Mme A vit désormais chez ses parents et que des factures de son nouveau logement ont d'ores et déjà été émises, celles-ci n'ont toutefois été éditées par EDF que les 3 février 2021 et 22 avril 2021, la facture de consommation d'eau ayant quant à elle été éditée le 25 février 2021, au demeurant pour une consommation d'un mètre cube pour la période comprise entre les mois de juillet 2020 et janvier 2021.

21. Par suite, les circonstances notamment que les intéressés n'aient eu aucun compte bancaire en commun, qu'ils aient déclaré séparément leurs revenus respectifs aux services fiscaux, qu'ils n'aient partagés aucun projet immobilier et qu'il y ait une différence importante d'âge entre eux, ne sauraient mettre en cause le faisceau d'indices ainsi mis en évidence par la CAF du Morbihan tendant à établir une vie de couple stable et continue entre eux à compter du 1er janvier 2016 et de laquelle résultent les indus de RSA, de prime d'activité et d'APL en litige. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le requérant n'avait, conséquence de la régularisation de sa situation par la CAF, aucun droit au RSA à compter du 1er novembre 2017 et ne pouvait dès lors bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 et 2018 en application des articles 3 des décrets des 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 en vertu desquels seuls les allocataires du RSA qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou décembre de l'année correspondante peuvent en bénéficier. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à contester le bien-fondé des indus mis à leur charge.

Sur le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement :

22. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / () ". Aux termes de l'article L 845-4 du code de la sécurité sociale : " L'article L 553-1 est applicable à la prime d'activité ". Aux termes de L'article L 553-1 du même code : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable à l'action intentée pas un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration. / () ". Aux termes de l'article L351-11 du code de la construction et de l'habitation, applicable jusqu'au 31 août 2019 : " () L'action pour le paiement de l'aide personnalisée au logement se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des sommes indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. / () ". Aux termes de L. 821-7 du même code, applicable à compter du 1er septembre 2019 : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes enfin des articles 6 des décrets des décrets des 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ".

23. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit des points 17 à 21 que les requérants doivent être regardés comme ayant délibérément omis de déclarer leur situation de concubinage afin de percevoir indûment des prestations auxquelles ils ne pouvaient légalement prétendre. Il s'ensuit que les intéressés ne sauraient raisonnablement se prévaloir de la prescription biennale prévue par les dispositions précitées.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A et de M. D doit être rejeté en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du

22 janvier 2021.

Article 2 : La requête de Mme A et de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B D, au président du conseil départemental du Morbihan, au ministre de solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et à la caisse d'allocations familiales du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et au préfet du Morbihan en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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