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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102608

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102608

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102608
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MARION LEROUX SIBILLOTTE ENGLISH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2021 et 25 septembre 2023, la commune de Pordic, représentée par Me Renard (Selarl Kovalex), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui donner acte du désistement de ses conclusions dirigées contre la société Sportingsols ;

2°) de condamner in solidum ou, à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, la société SMACL assurances, le cabinet Le Borgne et associés, la société GEFI Ingénierie, la société chauffage et sanitaire Armor (CSA) et la société APAVE Nord-ouest à lui verser la somme de

130 736,59 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des travaux de reprise des désordres affectant le complexe sportif situé rue Pierre de Coubertin, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation ;

3°) de condamner la société SMACL assurances à lui verser les intérêts au double du taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ;

4°) de condamner in solidum ou, à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, le cabinet Le Borgne et associés, la société GEFI Ingénierie, la société CSA et la société APAVE Nord-ouest à lui verser la somme de 6 000 euros en remboursement des dommages immatériels consécutifs à ces désordres, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation ;

5°) de mettre à la charge, in solidum ou, à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, de la société SMACL assurances, du cabinet Le Borgne et associés, de la société GEFI Ingénierie, de la société CSA et de la société APAVE Nord-ouest les entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge, in solidum ou, à défaut, chacun pour son fait ou sa faute, de la société SMACL assurances, du cabinet Le Borgne et associés, de la société GEFI Ingénierie, de la société CSA et de la société APAVE Nord-ouest, la somme de 15 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle se désiste de ses conclusions dirigées contre la société Sportingsols, qui a repris les désordres relatifs au revêtement du sol sportif dans le cadre d'un protocole transactionnel ;

- sa demande à l'encontre de l'assureur dommages ouvrage, qui n'est pas prescrite, est recevable ;

- les désordres affectant la ventilation et le chauffage, relatifs d'une part, à la condensation et à l'humidité du sol, d'autre part, aux nuisances sonores et enfin, aux températures très basses de la salle omnisports, sont de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale et sont couverts par l'assurance dommages ouvrage ;

- les désordres relatifs à l'absence de chauffage et à la ventilation sont imputables au contrôleur technique auquel il appartenait de vérifier le respect des règles relatives à l'isolation thermique et aux économies d'énergie ;

- les désordres relatifs à l'absence de chauffage sont imputables à l'architecte pour défaut de conception à avoir proposé un ouvrage qui ne pouvait satisfaire aux conditions normales d'utilisation de la salle en raison de températures anormalement basses ;

- l'architecte a manqué à son devoir de conseil ;

- le bureau d'étude technique GEFI Ingénierie ne pouvait ignorer le risque de condensation en l'absence de chauffage ;

- la société CSA n'a émis aucune observation sur l'absence de chauffage ;

- la mauvaise définition par le maître d'ouvrage de ses besoins n'est pas de nature à exonérer totalement les constructeurs de leur responsabilité ;

- les constructeurs auraient dû refuser de réaliser des travaux non conformes à la réglementation ;

- aucune faute ne saurait lui être reprochée quant à l'absence de chauffage ;

- le dysfonctionnement de la ventilation est entièrement imputable à la société CSA ;

- elle a réalisé les travaux préconisés par l'expert pour un montant total de

130 736,59 euros toutes taxes comprises (TTC) ;

- l'installation d'un chauffage n'apporte aucune plus-value à l'ouvrage mais le rend conforme à sa destination ;

- le bureau d'études techniques Armor Ingénierie a chiffré la plus-value apportée par la mise en place de tubes radiants gaz en hauteur à la somme de 7 500 euros hors taxe ;

- elle est fondée à demander à être indemnisée du coût des travaux réparatoires toutes taxes comprises, dès lors qu'elle ne peut pas bénéficier des sommes du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) ;

- l'immobilisation de la salle pendant six mois lui fait subir un préjudice résultant de la nécessité de louer une autre salle omnisports ;

- elle a droit à la majoration de l'intérêt au taux légal dû par la société SMACL assurances à compter de l'enregistrement de sa requête.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021, 20 janvier 2022 et

4 janvier 2024, l'APAVE Nord-ouest, aux droits de laquelle vient l'APAVE Infrastructures et construction France, représentée par Me Marié, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à ce que sa part de responsabilité dans les désordres soit limitée à 5 %, à ce que le cabinet Le Borgne et associés, la société GEFI Ingénierie et la société CSA soient condamnés à la garantir des condamnations qui pourraient être mises à sa charge, au rejet des appels en garantie dirigés contre elle, à ce que les dépens soient mis à la charge de la commune de Pordic ou de toute partie perdante et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Pordic ou de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité n'est pas engagée dans la survenance des désordres ;

- aucune demande n'est formulée à son encontre en ce qui concerne les désordres affectant le revêtement du sol sportif ;

- le désordre relatif à la condensation sur le sol de la salle n'est pas avéré et n'a pas été constaté contradictoirement ;

- le défaut de chauffage résulte d'un choix du maître de l'ouvrage qui n'a pas souhaité financer de tels travaux et il ne s'agit pas d'un vice de conception dans ce contexte ;

- la commune n'a pas indiqué qu'elle souhaitait l'homologation fédérale de la salle ;

- la responsabilité du constructeur technique ne peut être engagée pour une éventuelle méconnaissance des règles d'homologation des salles omnisports, qui ne font pas partie des référentiels que le contrôleur technique doit prendre en compte ;

- la norme NFP 90-207, qui régit l'acoustique dans les salles de sport, concerne les installations de chauffage et de climatisation et non les installations de ventilation ;

- le contrôleur technique n'avait pas d'avis à émettre sur la ventilation ;

- il n'est soumis à la présomption de responsabilité décennale que dans les limites de sa mission et de son périmètre d'intervention ;

- les travaux de reprise de la société EREO portent partiellement sur des postes sans lien avec les désordres, qui ne sauraient être indemnisés tels que le chauffage des gradins et l'extension de la gestion technique du bâtiment (GTB) ;

- aucune condamnation solidaire ne saurait être prononcée ;

- le contrôleur technique n'est tenu de supporter la réparation des dommages qu'à concurrence de sa part de responsabilité, laquelle ne saurait excéder 5 % ;

- elle est fondée à demander que les autres constructeurs la garantisse des éventuelles condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2021 et 26 décembre 2023, la Sarl Didier Le Borgne et associés, représentée par Me Groleau, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la demande de la commune de Pordic en ce qui concerne les désordres relatifs au chauffage des gradins et à ce que la société SMACL assurances, la société GEFI Ingénierie, la société CSA et l'APAVE Nord-ouest soient appelées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être mise à sa charge et enfin, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Pordic ou de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les désordres relatifs au revêtement du sol ont été repris et la commune de Pordic s'est désistée de ses conclusions relatives à ce désordre ;

- le désordre de condensation des sols ne présente pas un caractère certain ;

- l'absence de chauffage résulte d'une volonté délibérée de la commune qui a contribué à son propre préjudice, ce qui est de nature à exonérer entièrement les constructeurs de leur responsabilité ;

- elle n'a commis ni vice de conception, ni manquement à son obligation de conseil en respectant la volonté de la commune de ne pas chauffer la salle pour minimiser la consommation d'énergie ;

- l'installation d'un chauffage constitue une plus-value qui doit être entièrement prise en charge par la commune ;

- le montant des travaux réparatoires comporte des postes sans lien avec les désordres, tels que le chauffage des gradins ;

- elle est fondée à demander que les autres constructeurs la garantisse des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;

- le bureau d'étude techniques GEFI Ingénierie est intervenu au stade de la conception du projet, notamment sur les lots techniques et ne l'a pas alertée sur les éventuelles incidences d'un défaut de chauffage de la salle omnisports.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2021, 7 décembre 2023 et

9 janvier 2024, la société Chauffage et sanitaire Armor (société CSA), représentée par Me Poilvet (cabinet Guillotin-Le Bastard et associés), conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la société Le Borgne et associés, la société GEFI Ingénierie et l'APAVE Nord-ouest soient appelées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être mise à sa charge, au rejet des appels en garantie dirigés contre elle et enfin, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Pordic ou de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le phénomène de condensation sur le sol n'a jamais été constaté ;

- ce désordre n'est pas de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

- la seule non-conformité de la salle à la réglementation thermique ne revêt pas un caractère décennal ;

- le maître d'ouvrage a choisi de ne pas chauffer la salle dans une démarche environnementale, la salle non chauffée ne pouvant être comparée, quant à sa destination, à un ouvrage chauffé ;

- il n'est pas établi que la salle était destinée à une homologation fédérale exigeant une température minimale ;

- l'installation d'un chauffage apporterait une plus-value à l'ouvrage ;

- la faute du maître d'ouvrage a un caractère exonératoire ;

- la seule non-conformité de la ventilation aux normes acoustiques ne rend pas l'ouvrage impropre à destination, la norme NFP 90-207 relative à l'acoustique des salles sportives n'étant pas même visée par le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) et aucun niveau sonore n'étant défini pour la salle omnisports ;

- les nuisances sonores n'empêchent pas l'utilisation de la salle ;

- le choix des tourelles à l'origine des nuisances sonores résulte du CCTP ;

- les travaux réparatoires réalisés par la commune portent sur des travaux sans lien avec les désordres, qui ne sauraient être indemnisés ;

- le marché n'autorisait pas de variante et elle ne pouvait ainsi proposer une alternative ;

- elle est fondée à demander à être appelée en garantie par les autres constructeurs en cas de condamnation prononcée à son encontre s'agissant des désordres liés à la condensation sur le sol et à l'absence de chauffage.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2022 et 5 janvier 2024, la société SMACL assurances, représentée par Me Mouriesse (Selarl BRG), conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les sommes qui pourraient être mises à sa charge soient réduites à de plus justes proportions et à ce que la société Le Borgne et associés, la société GEFI Ingénierie, la société CSA, l'APAVE Nord-ouest et la société Sportingsols soient appelées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être mise à sa charge et enfin, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le désordre affectant le revêtement du sol sportif ne présente pas un caractère décennal ;

- l'expert n'a pas observé le phénomène de condensation sur le sol ;

- le phénomène de condensation sur le sol est regardé comme hypothétique par l'expert ;

- la méconnaissance de la norme applicable à l'acoustique des salles de sports n'engage pas nécessairement la responsabilité décennale des constructeurs, la norme NFP 90-207 n'étant pas visée par les pièces du marché, ne concernant pas les équipements de ventilation et l'impropriété à destination de la salle n'étant pas établie ;

- le caractère décennal du désordre relatif aux températures basses n'est pas établi ;

- la commune n'a jamais exprimé le souhait d'une homologation de la salle par la fédération et a choisi de ne pas chauffer le complexe sportif ;

- l'article 6 du contrat " dommages ouvrage " exclut la garantie de l'assureur lorsque les dommages résultent du fait intentionnel de l'assuré ;

- la commune ne saurait être indemnisée pour les mêmes préjudices par les constructeurs et l'assureur dommages ouvrage ;

- la commune ne saurait être indemnisée du montant des travaux d'installation d'un système de chauffage, qu'elle n'avait pas prévu et qui apporte une plus-value à l'ouvrage ;

- les travaux réparatoires dont la commune demande le préfinancement comprennent des travaux étrangers aux désordres en litige ;

- les condamnations ne peuvent pas être assorties de la taxe sur la valeur ajoutée que la commune peut récupérer par le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) ;

- la demande de majoration des intérêts est infondée en l'absence de mise en demeure préalable ;

- subsidiairement, la majoration des intérêts sera calculée à compter de l'enregistrement de la requête ;

- elle est fondée à demander à être garantie par les constructeurs des condamnations qui seraient mises à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, la société Sportingsols, représentée par Me Tertrais (cabinet Atlantic Juris), conclut à ce qu'il soit donné acte du désistement des conclusions de la commune de Pordic à son encontre et au rejet de toute demande dirigée contre elle.

Elle fait valoir que :

- il convient de prendre acte du désistement des conclusions de la commune de Pordic dirigées contre elle ;

- elle ne saurait être condamnée à verser une somme à l'assureur dommages ouvrage au bénéfice de la collectivité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la société GEFI Ingénierie, représentée par Me Leroux (SCP Marion-Leroux-Courcoux), conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions de la SMACL assurances, à titre subsidiaire, à ce que la société Le Borgne et associés, la société CSA et l'APAVE Nord-ouest soient appelées à la garantir de toute condamnation qui pourrait être mise à sa charge et enfin, à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la commune de Pordic ou de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la réalité du désordre relatif à la condensation sur le sol de la salle n'est pas établie, l'expert n'ayant pas observé ce phénomène ;

- un désordre ponctuel ne saurait revêtir un caractère décennal ;

- la réglementation relative aux températures invoquée par la commune s'applique aux compétitions fédérales, alors que la commune n'établit pas l'organisation de manifestations d'un tel niveau ou avoir informé la maîtrise d'œuvre de la nécessité de respecter un tel niveau d'homologation ;

- la faute du maître d'ouvrage, qui a choisi de ne pas chauffer la salle, est de nature à exonérer les constructeurs de toute responsabilité ;

- il n'y a pas de vice de conception, la salle ayant été réalisée conformément à la demande du maître d'ouvrage qui disposait de services techniques compétents ;

- l'installation d'un système de chauffage constituerait une plus-value qui ne saurait être indemnisée ;

- certains des travaux dont la commune demande à être indemnisée sont sans lien avec les désordres, tel que le chauffage des gradins ou l'extension de la GTB ;

- la commune demande un préfinancement de l'assureur dommages ouvrage et doit ainsi être déboutée de sa demande à l'encontre des constructeurs ;

- les demandes de la société SMACL assurances à son encontre sont irrecevables en l'absence de subrogation ;

- elle est fondée à demander à être garantie des sommes qui seraient mises à sa charge par les autres constructeurs ;

- le défaut de conception de l'ouvrage relève de la seule responsabilité de l'architecte ;

- sa responsabilité n'est pas engagée dans les désordres relatifs aux nuisances sonores.

Vu :

- l'ordonnance n° 1803169 du 11 septembre 2018 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes désignant M. B en qualité d'expert ;

- l'ordonnance n°s 1803169-1806205 du 12 février 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes taxant et liquidant les frais de l'expertise à la somme de 30 774,79 euros toutes taxes comprises ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des marchés publics ;

- le décret n° 99-443 du 28 mai 1999 relatif au cahier des clauses techniques générales applicables aux marchés publics de contrôle technique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guillois pour la commune de Pordic, Me Mouriesse pour la société SMACL assurances, Me Garnier pour la société Chauffage sanitaire d'Armor et Me Marié pour la société APAVE Infrastructures et construction France.

Une note en délibéré présentée par la commune de Pordic a été enregistrée le

25 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Pordic a entrepris des travaux d'extension du complexe sportif situé rue Pierre de Coubertin consistant notamment à créer une salle omnisports permettant d'accueillir les sports collectifs attenante à la salle existante, la réalisation d'une salle à usage de dojo et une tribune d'environ 300 places. Elle a conclu une assurance dommages ouvrage auprès de la société SMACL assurances. La maîtrise d'œuvre de cette opération a été attribuée, par un acte d'engagement du 7 janvier 2011, à un groupement conjoint, composé de la société Didier Le Borgne et associés, mandataire commun, de la société PLBI et de la société GEFI Ingénierie. Une convention de contrôle technique a été attribuée à l'Apave Nord-ouest, aux droits de laquelle vient l'Apave Infrastructures et construction France, le 1er décembre 2010. Le lot n° 11 " Revêtement sol sportif " a été attribué à la société Sportingsols par un acte d'engagement du 6 février 2012. Le lot n° 14 " Ventilation, chauffage, plomberie " a été attribué à la société Chauffage sanitaire d'Armor (CSA). Les travaux ont débuté le 25 février 2012 et ont été réceptionnés avec des réserves, sans lien avec le présent litige, le 25 mars 2013. Le 27 janvier 2016, la commune de Pordic a adressé une première déclaration de sinistres à la société SMACL assurances pour sol glissant en raison de problèmes de condensation. La société SMACL assurances a opposé un refus de garantie le 22 mars 2016. La commune de Pordic a adressé une seconde déclaration de sinistres à l'assureur dommages ouvrage, le 23 janvier 2017, pour des désordres liés au système de ventilation et de chauffage, à des températures anormalement basses, des infiltrations sur les murs et des décollements du revêtement du sol sportif. La société SMACL assurances a opposé un refus de garantie, le 31 mars 2017. Par une ordonnance du 11 septembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a désigné M. B en qualité d'expert. M. B a déposé son rapport le 28 janvier 2021. Par la présente requête, la commune de Pordic demande, sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale, la réparation des désordres affectant le complexe sportif à la société SMACL assurances et aux constructeurs.

Sur le désistement des conclusions dirigées contre la société Sportingsols :

2. Par un mémoire, enregistré le 25 septembre 2023, la commune de Pordic déclare se désister de ses conclusions tendant à la condamnation de la société Sportingsols à lui verser la somme de 11 628 euros au titre des désordres affectant le revêtement du sol sportif, dès lors que ces désordres ont été repris par la société Sportingsols dans le cadre d'un protocole transactionnel. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions dirigées contre les constructeurs :

3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne les désordres relatifs à la condensation et au caractère glissant du sol de la salle omnisports :

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, d'une part, que la salle de sport n'est pas chauffée et que le système de ventilation puise directement l'air extérieur, y compris en période de basses températures. L'expert estime ainsi, alors même qu'il n'a pas constaté le phénomène lors de sa visite du 23 octobre 2018, que le point de rosée est souvent atteint et conduit à une condensation sur le sol de la salle qui le rend glissant. Il résulte ainsi du procès-verbal de la commission sportive du 28 janvier 2016 que deux matchs de basket-ball ont dû être annulés, le 24 janvier 2016. Un article de presse relève, qu'en raison de la condensation, le terrain était glissant le 20 janvier 2018 et que deux matchs de basket-ball ont dû être annulés. L'expert judiciaire estime que le phénomène de condensation ne fait aucun doute en raison de la conjonction de l'absence de chauffage de la salle et de la ventilation qui puise directement l'air extérieur.

5. Cependant, il résulte de l'instruction que ni l'expert judiciaire au cours de ses quatre visites sur les lieux dont deux en automne et en hiver, ni les experts mandatés dans le cadre de l'assurance dommages ouvrage conclue entre la commune de Pordic et la société SMACL assurances, les 19 février 2016 et 10 février 2017, ni l'expert mandaté par la commune, le

8 janvier 2020, alors même qu'ils ont observé des traces d'eau et d'humidité sur les murs intérieurs de la salle, n'ont observé directement le phénomène de condensation et le caractère glissant du sol. L'association de basket-ball de Pordic indique, dans un courrier du 19 janvier 2017, que le terrain " reste praticable " depuis la mise en service de la ventilation automatique. Ainsi, la réalité du phénomène de condensation rendant le sol de la salle de sports glissant n'est pas suffisamment établie et ne permet pas d'estimer que ce phénomène serait de nature à rendre la salle de sports impropre à sa destination. La solidité de la salle n'est pas davantage affectée par ce désordre.

6. Il résulte de ce qui précède que le phénomène de condensation sur le sol de la salle omnisports n'est pas de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale. Les conclusions présentées par la commune de Pordic au titre de ce désordre à l'encontre des constructeurs doivent, en conséquence, être rejetées.

En ce qui concerne les désordres relatifs à la température de la salle omnisports :

7. Il résulte de l'instruction qu'en période hivernale, les températures intérieures de la salle omnisports sont souvent inférieures à 12° C, température minimale selon les règles d'homologation fédérale des salles omnisports. Le 1er mars 2018, un huissier a ainsi constaté une température interne de 3,2° C à 16h11 dans la nouvelle salle omnisports et de 7,2° C dans l'ancienne salle à 16h18. Les relevés de températures effectués par l'ALEC dans la salle omnisports à la demande de la commune du 11 novembre au 2 décembre 2017 révèlent que la température intérieure a évolué entre 7,8° C et 15,8° C, avec une température moyenne de

11,5° C mais de 9,8° C sur la période du 26 novembre au 2 décembre 2012. Un courrier du

19 janvier 2017 de l'association de basket-ball de la commune indique que les températures sont " glaciales " l'hiver et notamment de 6,5° C le 19 janvier 2017 et que de telles températures, difficiles pour les joueurs qui peuvent néanmoins se réchauffer, sont intenables pour les entraîneurs, les remplaçants qui entrent sur le terrain avec un faible échauffement et le public.

8. Cependant, il résulte de l'instruction que le programme de concours pour la construction d'une salle omnisports défini par la commune de Pordic précisait que le maître d'ouvrage entendait réaliser un bâtiment respectueux de l'environnement et minimiser la consommation d'énergie. Le point 4 sur la gestion de l'énergie du chapitre relatif aux " démarches environnementales à prendre en compte " mentionnait que " seules les salles dojo et accueil seront chauffées ". Le point 8 relatif au " confort technique " indiquait que " la salle principale ne comportera pas de système de chauffage. Une bonne isolation sera donc mise en œuvre ". En cours d'exécution du marché de maîtrise d'œuvre, l'architecte a demandé aux services techniques de la commune, par courriel du 10 février 2011, s'il convenait de prévoir une réserve de puissance pour pouvoir chauffer " d'autres zones ultérieurement ". Les services techniques de la commune ont répondu, le lendemain, que " conformément au programme ", le chauffage servirait pour les locaux précédemment chauffés, les nouveaux vestiaires et le dojo, aucune extension n'étant projetée. La commune de Pordic n'est pas fondée à faire valoir que cet échange portait sur une extension future de la salle omnisports, dès lors que la question de l'architecte portait expressément sur l'éventuelle réserve de puissance à prévoir pour chauffer d'autres zones du complexe sportif que celles prévues par les pièces contractuelles du marché et non sur un éventuel agrandissement ultérieur de ce bâtiment. Enfin, les articles I.05 et II.01 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n° 14 " chauffage-ventilation-plomberie " du marché confirment expressément l'absence de chauffage dans la salle omnisports. Seul le compte-rendu de chantier du 26 mars 2012, un peu plus d'un mois après le début des travaux, mentionne une interrogation sur la faisabilité de chauffer la grande salle, sans qu'il ne résulte de l'instruction que des travaux supplémentaires d'installation de chauffage dans cette salle aient été ensuite décidés.

9. D'autre part, il ne résulte d'aucune pièce du marché que la salle omnisports, alors même qu'elle devait, selon le programme de concours, permettre d'accueillir tous les sports collectifs, devait être homologuée au niveau fédéral et ainsi répondre à la réglementation prévue à cette fin, s'agissant notamment de la température intérieure des salles de sports, lesquelles prévoient une température intérieure minimale de 12° C et une température optimale de 16° C, pour tous les usagers de ces salles et tous les niveaux de compétition.

10. Il résulte de ce qui précède que l'absence de chauffage de la salle omnisports de la commune de Pordic résulte des stipulations contractuelles et que les travaux de reprise de ce désordre consistant à l'installation d'un chauffage seraient constitutifs d'une plus-value ne pouvant être mise à la charge des constructeurs. Par suite, dès lors que les stipulations contractuelles ne prévoyaient pas le chauffage de la salle omnisports, celle-ci ne peut être regardée comme impropre à sa destination en raison de températures particulièrement basses à certaines périodes de l'année.

11. Il résulte de ce qui précède que ce désordre n'est pas de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale. Les conclusions présentées par la commune de Pordic au titre de ce désordre doivent, en conséquence, être rejetées.

En ce qui concerne les désordres liés à la ventilation :

12. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que la responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination.

13. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le fonctionnement du système de ventilation engendre des nuisances sonores particulièrement élevées, supérieures, notamment en cas d'utilisation de la ventilation à grande vitesse, à 45 dB. Alors même que la norme NFP 90-270 appliquée par l'acousticien lors des opérations d'expertise, n'est pas applicable aux équipements de ventilation, il résulte de l'instruction qu'en raison des nuisances sonores, cet équipement ne peut pas être utilisé, en particulier pendant les matchs. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la ventilation ne pourrait pas être mise en service en dehors des matchs, voire des périodes d'utilisation de la salle ou encore que les nuisances sonores en résultant font obstacle à l'utilisation de la salle. Ainsi, il résulte du courrier du 19 janvier 2017 de l'association de basket-ball de Pordic que la ventilation est mise en service pendant les entraînements. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence d'utilisation de la ventilation, en particulier pendant les matchs, entraînerait des dysfonctionnements tels de cet élément d'équipement dissociable que la salle omnisports serait impropre à sa destination.

14. D'autre part, en l'absence de chauffage, le fonctionnement de la ventilation entraîne l'introduction de courants d'air froid extérieur dans la salle en hiver et participe aux températures particulièrement basses de cette salle. En outre le système de ventilation, tel que mis en œuvre, ne permet pas de balayer la partie centrale de la salle omnisports. Ce désordre est toutefois inhérent à l'absence de chauffage de la salle, laquelle résulte, ainsi qu'il a été dit, d'un choix délibéré de la commune de Pordic. Il ne résulte pas de l'instruction que ce dysfonctionnement de l'équipement de ventilation serait de nature à rendre la salle omnisports impropre à sa destination telle qu'elle résulte des stipulations contractuelles et en particulier du choix d'une salle non chauffée.

15. Il résulte de ce qui précède que les désordres affectant le système de ventilation ne sont pas de nature à rendre l'utilisation de la salle omnisports impropre à sa destination et à engager, en conséquence, la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes qui régissent leur garantie décennale.

Sur les conclusions dirigées contre la société SMACL assurances :

16. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l'article 1792 du code civil (). ".

17. L'assurance prévue par l'article L. 242-1 du code des assurances, garantit, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de nature décennale.

18. Ainsi qu'il a été dit, les désordres invoqués par la commune de Pordic ne sont pas de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale. Ils ne sauraient, en conséquence, donner lieu à une indemnité au titre du contrat assurance dommages ouvrage.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Pordic est rejetée.

Sur les dépens :

20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (). ".

21. Les frais et honoraires de l'expertise de M. B ont été taxés et liquidés à la somme de 30 774,79 euros par une ordonnance du 12 février 2021 du président du tribunal et mis à la charge de la commune de Pordic. Il y a lieu de laisser ces frais à la charge définitive de la commune de Pordic.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés SMACL assurances, Le Borgne et associé, GEFI Ingénierie, CSA et APAVE Infrastructures et construction France, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme que demande la commune de Pordic au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pordic la somme de 800 euros chacune à verser aux sociétés SMACL assurances, Le Borgne et associé, GEFI Ingénierie, CSA et APAVE Infrastructures et construction France sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la commune de Pordic dirigées contre la société Sportingsols.

Article 2 : La requête de la commune de Pordic est rejetée.

Article 3 : La somme de 30 774,79 euros TTC au titre des dépens est laissée à la charge définitive de la commune de Pordic.

Article 4 : La commune de Pordic versera aux sociétés SMACL assurances, Le Borgne et associé, GEFI Ingénierie, CSA et APAVE Infrastructures et construction France la somme de 800 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Pordic, à la société APAVE Infrastructures et construction France, à la société Didier Le Borgne et associés, à la société GEFI Ingénierie, à la société CSA, à la société Sportingsols et à la société SMACL assurances.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 16 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

C. GrenierL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

C. Pellerin

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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