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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102867

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102867

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102867
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIÉTÉ D'AVOCATS ELGHOZI GEANTY GAUTIER PENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, Mme B A, représentée par Me Quentel, demande au tribunal :

1°) de condamner le groupe hospitalier Bretagne sud (GHBS) à lui verser la somme de 72 728,34 €, assortie des intérêts de droit et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge du GHBS la somme de 3 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 28 septembre 2017 est entachée d'illégalité de nature à engager la responsabilité du GHBS :

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique ;

- la sanction est disproportionnée ;

- sur le préjudice : perte de gains professionnels : 67 728,34 € ; préjudice moral : 5 000 € ;

- ces sommes porteront intérêts à compter du 1er avril 2021 et seront capitalisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le GHBS, représenté par Me Pennec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 € soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentel, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a exercé les fonctions d'aide-soignante au sein du GHBS depuis 1988. Par une décision du 28 septembre 2017, le directeur du GHBS a prononcé à son encontre la sanction de rétrogradation. Par un courrier du 30 mars 2021, Mme A a présenté auprès du GHBS une demande indemnitaire préalable qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner le GHBS à l'indemniser en raison de l'illégalité de la décision du 28 septembre 2017.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne l'inexactitude matérielle des faits :

2. En premier lieu, dès lors que l'arrêté attaqué ne se fonde pas sur les faits survenus en 2015 mais exclusivement en 2017, le moyen tiré de ce que les faits survenus en 2015 serait non établis présente un caractère inopérant.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 28 septembre 2017 retient une " réponse inadaptée et agressive ainsi qu'une prise en charge brutale du patient de la chambre n° 47 qui, poussé dans son fauteuil s'est cogné la tête contre la fenêtre ". Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de saisine du conseil de discipline, du rapport circonstancié établi par le supérieur hiérarchique de Mme A et fondé sur les témoignages recueillis auprès des agents du GHBS et des patients que le 16 juin 2017, que Mme A s'est rendue dans la chambre n° 47 en réponse à une sollicitation de la patiente et n'a pas procédé à la fermeture de la fenêtre en dépit de la demande de celle-ci. En outre, il résulte de l'instruction que Mme A a fait preuve d'agressivité à l'égard de cette patiente lors de sa prise en charge et l'a poussée sur son fauteuil, ce qui a causé un coup à la tête contre la fenêtre. A ce titre, si Mme A fait valoir que ce déséquilibre est dû aux douleurs ressenties à la hanche ainsi qu'à la rupture du tendon d'Achille dont elle a été victime, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les propos recueillis auprès de la patiente ainsi que des courriers de sa fille, qui font état de l'anxiété de la patiente à l'idée d'être de nouveau prise en charge par Mme A. Dans ces conditions, le moyen pris en cette branche doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'arrêté se fonde sur la prise en charge brusque du patient de la chambre n° 56 à l'occasion de la pose d'un pénilex, ce qui a entrainé une plaie cutanée. Si Mme A fait valoir qu'elle a utilisé, préalablement à la pose d'un système permettant d'uriner proprement dans une position alitée, un rasoir qui ne peut occasionner de plaie cutanée et qu'elle avait prévu deux dispositifs de tailles différentes, ces circonstances ne sont pas de nature à sérieusement remettre en cause le fait que Mme A n'a pas attendu la fin des explications de l'infirmière et a causé des douleurs au patient. Dès lors, le moyen pris en cette branche doit être écarté.

5. En quatrième lieu, l'arrêté se fonde sur la circonstance que Mme A a infantilisé le patient de la chambre n° 61 avec une peluche. Il résulte de l'instruction que celle-ci ne conteste pas sérieusement ces faits au cours de la procédure disciplinaire et fait valoir qu'elle a utilisé une peluche de chien et adopté un comportement infantilisant afin de rassurer le patient. Par suite, le moyen doit être écarté en cette branche.

6. En cinquième lieu, l'arrêté se fonde sur la réalisation du change d'un patient réalisé du fait de l'insistance de l'infirmière, qui s'apprêtait à la suppléer. Il résulte de l'instruction que le 17 juin 2017, lors du changement d'équipes, Mme A a assisté les équipes de nuit dans le changement d'un patient souillé, après que sa collègue infirmière a insisté pour que la prise en charge soit réalisé par l'équipe de jour. Dans ces conditions, Mme A ne conteste pas sérieusement le motif, de sorte que le moyen doit être écarté en cette branche.

7. En sixième lieu, dès lors que l'arrêté ne se fonde pas sur la circonstance que Mme A a refusé de changer le matelas d'un patient en dépit de ses demandes, elle ne peut utilement contester la matérialité de ces faits. Par suite, le moyen pris en cette branche est inopérant.

8. En septième lieu, l'arrêté se fonde sur le non-respect par Mme A de la consigne l'interdisant d'approcher les patients du secteur. Il résulte de l'instruction que la responsable hiérarchique de Mme A, a modifié les modalités de prise en charge des patients des chambres n° 47, 56, 60 et 61 et a interdit à Mme A d'entrer en contact avec ceux-ci. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A est allée à la rencontre de la patiente de la chambre n° 47 et a procédé à la toilette du patient de la chambre n° 56. Si Mme A fait valoir que ce dernier patient nécessitait une prise en charge et qu'elle n'est pas allé voir la patiente de la chambre n° 47 afin d'obtenir des explications sur les faits qu'elle avait pu relater à sa hiérarchie en lien avec sa prise en charge le 16 juin 2017, elle ne conteste pas avoir approché les patients en méconnaissance de l'ordre qui lui avait été donné par sa supérieure hiérarchique. Par suite, le moyen pris en cette branche doit également être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

9. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions relatives à la fonction publique hospitalière, alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Troisième groupe : La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; ".

10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 8, que Mme A a adopté un comportement agressif, maladroit et inadapté à l'égard de patients du service de cardiologie du GHBS le 16 juin 2017. En outre, il résulte de l'instruction qu'à la suite de ces faits, Mme A a, contrairement à ce qui lui avait été prescrit par sa supérieure hiérarchique, approché les patients dont la prise en charge le 16 juin 2017 avait présenté des dysfonctionnements. Dès lors, si les faits énoncés au point 6 caractérise la réalisation par Mme A d'une mission qui lui était confiée et ne saurait être qualifié de fait fautif, le comportement de Mme A les 16 et 20 juin 2017, qui a porté atteinte aux principes de dignité et d'obéissance hiérarchique, est de nature à justifier une sanction disciplinaire.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la manière de servir de Mme A à l'égard des patients du GHBS avait justifié la tenue d'un entretien le 7 août 2015 sans toutefois entrainer l'ouverture d'une procédure disciplinaire. En outre, il résulte de l'instruction que Mme A avait obtenu une bonne notation de 2009 à 2016, sans évolution entre 2013 et 2016. Dans ces conditions, au regard des faits reprochés à Mme A et de l'absence d'antécédents disciplinaires, la sanction d'abaissement de grade, qui appartient au troisième groupe des sanctions prévues pour la fonction publique hospitalière et qui, dans les circonstances très particulières de l'espèce, emporte des conséquences financières particulièrement importantes sur le calcul de la pension de retraite de Mme A ne peut être regardée comme proportionnée aux faits décrits au point 11. Par suite, en prenant l'arrêté du 28 septembre 2017, le GHBS a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Sur les préjudices :

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A exerçait la profession d'aide-soignante au sein du GHBS jusqu'au 1er octobre 2017, date de son admission à la retraite en application de la décision du 8 juin 2017. Il résulte de l'instruction que Mme A perçoit une pension d'un montant de 1 435,62 € ainsi qu'un supplément de pension d'aide-soignante d'un montant de 194,94 €. Il résulte également de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté par le GHBS que Mme A produit un brevet de pension établi selon le grade d'aide-soignant principal (échelon 10) et prévoyant la liquidation d'une pension de retraite pour un montant de 1 608 € ainsi qu'un supplément de pension d'aide-soignante d'un montant de 218 €, soit un montant total de 1 826 €. Il résulte de ce qui précède que Mme A justifie d'un préjudice financier mensuel d'un montant de 195,44 €, soit un préjudice annuel de 2 345,28 €. Par suite, le montant de la perte de revenus de Mme A sera évalué, du 1er octobre 2017 à la date du présent jugement, soit 68 mois, à la somme de 13 290 €, puis, à compter du présent jugement, compte tenu de l'âge de la requérante à cette date et par application à la somme de 2 345,28 euros d'un coefficient de capitalisation de 23,689 selon le barème de capitalisation publié à la gazette du Palais 2022, à la somme de 55 557 €, soit un montant total de 68 847 €.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la dégradation de l'image professionnelle ainsi que la diminution des revenus de Mme A ont été à l'origine d'un préjudice moral qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 1 000 €.

15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le GHBS à verser à Mme A la somme de 69 847 €.

Sur les intérêts et la capitalisation :

16. En premier lieu, Mme A a droit aux intérêts sur les sommes qui lui sont dues à compter du 1er avril 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le GHBS. Il sera fait droit à cette demande. Par ailleurs, Mme A a demandé la capitalisation des intérêts le 3 juin 2021, date d'enregistrement de sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHBS la somme de 1 500 € à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Le GHBS est condamné à verser à Mme A la somme de 69 847 €, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er avril 2021. Ces intérêts seront capitalisés à la date du 1er avril 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le GHBS versera à Mme A la somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au groupe hospitalier Bretagne sud.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

C. Dayon

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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