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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102878

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102878

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102878
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS DELPEYROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 4 juin 2021, la SAS C Automobiles Saint-Malo, représentée D la SELARL Delpeyroux et Associés, demande au tribunal :

1°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 ;

2°) la décharge des cotisations primitives de taxe sur les surfaces commerciales qui lui ont été réclamées au titre des années 2016 à 2018.

Elle soutient que :

- elle a appliqué correctement le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge ; l'administration a utilisé des éléments de sa comptabilité analytique destinés au suivi de ses ventes et de sa marge pour soutenir qu'elle a appliqué la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge selon la méthode du coup D coup et non selon la méthode globalisée, alors que les tableaux de suivi de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge démontrent que la taxe sur la valeur ajoutée déclarée correspondait bien à la marge globale constatée entre les ventes du mois et les achats du mois ; le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée ne saurait aboutir à ce qu'un redevable de la taxe sur la valeur ajoutée se voit réclamer une taxe sur la valeur ajoutée sur des sommes qu'il ne perçoit pas ;

- c'est à tort que l'administration a estimé que les factures, dont elle a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondent, à des dépenses personnelles de son dirigeant ; les factures d'entretien et de location d'un droit de quai correspondent au bateau de son dirigeant qu'il utilisait afin d'emmener en mer les clients et partenaires de la société lors de l'entraînement ou de la participation à des compétitions d'un bateau appartenant à une association avec laquelle la société a conclu un contrat de partenariat lui apportant une notoriété supplémentaire ; les factures payées D carte bancaire correspondent à l'acquisition de cadeaux pour la clientèle, à des frais de parking, et des dépenses d'achats de matériels de bricolage et d'éclairage pour les besoins de la concession automobile ; elle a pris en charge les dépenses d'électrification du portail du domicile de son dirigeant ainsi que sa réparation car des véhicules de la concession stationnés devant ce domicile avaient été vandalisés D un ancien salarié ; l'achat d'un casque audio a été effectué dans l'intérêt de l'entreprise afin de communiquer avec les clients ou les fournisseurs en vidéo conférence ;

- elle a été soumise à la taxe sur la surfaces commerciales, sur la base d'une surface de 720 m² dont il convient de déduire 175 m² correspondant à un espace de stockage des véhicules non accessible au public, l'emprise au sol d'un escalier de 10,68 m², l'espace pièces détachées, d'une surface de 63 m², qui n'est pas accessible au public, et une surface technique de 33 m² comprise dans le hall central ; ainsi, la surface réellement accessible et ouverte au public pour la vente n'est que de 446 m² ;

- elle doit obtenir la décharge de la majoration pour manquement délibéré en raison de l'absence de bien-fondé des rappels en faisant l'objet et au regard de la faiblesse des montants de la taxe sur la valeur ajoutée dont l'administration a remis en cause la déduction.

D un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés D la SAS C Automobiles Saint-Malo n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS C Automobiles Saint-Malo, qui exerce l'activité de concessionnaire automobile de la marque Peugeot, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, au cours du second semestre de l'année 2019. L'administration a, D ailleurs, exercé le droit de communication qu'elle détient en vertu des dispositions des articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales, auprès de l'autorité judiciaire afin d'avoir accès aux pièces de la procédure pénale ayant abouti à la condamnation du dirigeant de cette société, M. B C, pour abus de biens sociaux, D un jugement du tribunal correctionnel de Saint-Malo du 23 janvier 2019, devenu depuis définitif. L'administration a informé la SAS C Automobiles Saint-Malo des rectifications envisagées à l'issue de ce contrôle dans une proposition de rectification du 5 décembre 2019 portant à sa connaissance, notamment, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée procédant de la remise en cause des modalités de détermination de la base d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge des véhicules d'occasion, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée regardée comme déduite à tort, et son assujettissement à la taxe sur les surfaces commerciales au titre des trois années comprises dans la période vérifiée. La société a contesté une partie des rectifications notifiées dans des observations du 6 février 2020. L'administration y a répondu le 9 mars 2020 en confirmant toutes les rectifications. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et la taxe sur les surfaces commerciales ont été mis en recouvrement le 16 novembre 2020. D une réclamation du 22 juin 2020, la SAS C Automobiles Saint-Malo a contesté le bien-fondé d'une partie des impositions ainsi mises à sa charge. Cette réclamation ayant été rejetée le 6 avril 2021, la société a choisi de saisir le tribunal D la requête visée ci-dessus.

Sur les conclusions relatives aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

En ce qui concerne la détermination de la base d'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge :

2. Aux termes de l'article 297 A du code général des impôts : " I. - 1° La base d'imposition des livraisons D un assujetti revendeur de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité qui lui ont été livrés D un non redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou D une personne qui n'est pas autorisée à facturer la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette livraison est constituée de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. / La définition des biens d'occasion, des œuvres d'art, des objets de collection et d'antiquité est fixée D décret ; / () / II. - La base d'imposition définie au I peut être déterminée globalement, pour chacune des périodes couvertes D les déclarations mentionnées à l'article 287, D la différence entre le montant total des livraisons et le montant total des achats de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité effectués au cours de chacune des périodes considérées. / Si au cours d'une période le montant des achats excède celui des livraisons, l'excédent est ajouté aux achats de la période suivante. / Les assujettis revendeurs qui se placent sous ce régime procèdent à une régularisation annuelle en ajoutant la différence entre le stock au 31 décembre et le stock au 1er janvier de la même année aux achats de la première période suivante, telle que définie au deuxième alinéa, si cette différence est négative, ou en la retranchant si elle est positive. / Cette modalité de calcul de la base d'imposition ne fait naître, au profit des assujettis revendeurs, aucun droit à restitution de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de ces opérations. ".

3. Il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité, la SAS C Automobiles Saint-Malo a indiqué faire application, lors de la revente des véhicules d'occasion, du II de l'article 297 A du code général des impôts pour déterminer la base d'imposition. Afin d'en justifier, la société a produit, à la demande du vérificateur, des pièces présentées D l'administration comme constituant des relevés mensuels des opérations soumises à la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Constatant, d'une part, que sur ces relevés, la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de chaque mois était calculée à partir de la marge réelle dégagée D la revente de chacun des véhicules et qu'ainsi la marge taxée était une marge nette issue de la compensation entre les ventes dégageant une marge positive et les ventes à perte et, d'autre part, que la société n'avait constaté sur ses déclarations de chiffre d'affaires aucune variation des stocks et n'avait procédé à aucune régularisation annuelle, le vérificateur a reconstitué les montants de la taxe sur la valeur ajoutée collectée, qui auraient dû être déclarés et acquittés D la SAS C Automobiles Saint-Malo en faisant une application stricte des dispositions du II de l'article 297 A du code général des impôts.

4. Dans le cadre de la présente instance, la SAS C Automobiles Saint-Malo fait valoir que les tableaux remis au vérificateur constituaient en réalité des documents de sa comptabilité analytique ayant pour objet de lui permettre de suivre la marge réalisée sur les ventes de véhicules d'occasion et que si des véhicules y figurent avec une marge négative, cela résulte d'une répartition des marges, opérée D le logiciel utilisé pour établir ces documents, sur les véhicules vendus en lots, pour un prix global faisant ressortir une marge positive. La société requérante produit, D ailleurs, des tableaux annuels comportant D mois un calcul de taxe sur la valeur ajoutée due conforme aux prévisions du II de l'article 297 A du code général des impôts et une prise en compte de la variation du stock. Toutefois, les tableaux remis au vérificateur se présentent formellement, notamment au regard de leur titre, comme ayant pour objet de déterminer de façon mensuelle la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge collectée et non d'opérer un suivi de la marge réalisée lors de la revente des véhicules d'occasion. De plus, l'indication sur ces documents d'une marge négative lors de la revente de certains véhicules n'apparaît pas comme étant limitée aux véhicules vendus au sein d'un lot, dès lors que des marges négatives y sont portées devant des véhicules vendus de façon isolée à des particuliers. D ailleurs et surtout, l'administration souligne, sans être contredite, que les montants figurant sur les pièces remises au vérificateur correspondent aux montants de taxe sur la valeur comptabilisés, déclarés et spontanément acquittés D la SAS C Automobiles Saint-Malo, contrairement aux montants figurant sur les tableaux produits D la société requérante dans le cadre de la présente instance. Dès lors, la SAS C Automobiles Saint-Malo ne conteste pas valablement les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Ces rappels ayant été déterminés, conformément aux dispositions du II de l'article 297 A du code général des impôts, pour chaque mois, à partir des montants totaux des livraisons de véhicules d'occasion et des montants totaux des achats de véhicules d'occasion et en faisant application des corrections prévues D ces dispositions, la SAS C Automobiles Saint-Malo n'est pas fondée à soutenir qu'elle s'est vu réclamer une taxe sur la valeur ajoutée sur des sommes qu'elle n'aurait pas perçues et à invoquer pour ce motif une méconnaissance du principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée.

En ce qui concerne la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des dépenses acquittées D la société :

5. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / () ". Il résulte de ces dispositions que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent n'est pas déductible si ces biens et services ne sont pas utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables. Lorsque l'administration, sur le fondement de ces dispositions, met en cause la déductibilité de la taxe ayant grevé l'acquisition d'un bien ou d'un service, il lui appartient, lorsqu'elle a mis en œuvre la procédure de redressement contradictoire et que le contribuable n'a pas accepté le redressement qui en découle, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour soutenir que le bien ou le service acquis n'était pas nécessaire à l'exploitation.

6. En premier lieu, l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à des dépenses de location d'un droit de quai et d'entretien d'un bateau de plaisance appartenant au dirigeant de la SAS C Automobiles Saint-Malo. Elle fait valoir que ces dépenses ont été regardées D le tribunal correctionnel de Saint-Malo comme des dépenses personnelles de M. C et souligne que la convention de mécénat conclue D la société requérante avec l'association Défi Sports Solidaires, invoquée D la SAS C Automobiles Saint-Malo, est sans lien avec elles. Dès lors que la société requérante n'établit pas que le bateau qui a fait l'objet des travaux d'entretien facturés et qui était amarré au quai loué, aurait été mis à la disposition de la SAS C Automobiles Saint-Malo, pour des opérations en lien avec l'activité de cette entreprise, et que les dépenses en cause ont été générées D cette mise à disposition, l'administration doit être regardée comme établissant que les services en cause n'ont pas été utilisés pour les besoins des opérations imposables de la SAS C Automobiles Saint-Malo et, D suite, comme démontrant que la taxe sur la valeur ajoutée les ayant grevés n'était pas déductible.

7. En deuxième lieu, l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, d'un montant de 521 euros, correspondant à des dépenses effectuées chez un caviste, dans un magasin de luminaires, ainsi qu'auprès d'une grande enseigne de bricolage. Le service fait valoir, ici également, que ces dépenses ont été regardées D le tribunal de correctionnel de Saint-Malo comme des dépenses personnelles de M. C et que les pièces fournies au cours du contrôle n'ont pas permis de constater que ces dépenses correspondaient à des frais liés à la concession automobile. Si la société requérante soutient que les achats effectués auprès des " caves de la Madeleine " correspondent à du vin et à des produits destinés à la confection de coffrets cadeaux remis aux acquéreurs de véhicules neufs, elle ne justifie ni la réalité de cette pratique commerciale ni la nature exacte des biens acquis, les trois factures produites ne comportant aucun détail, mais uniquement des montants globaux. Elle n'établit pas davantage que le luminaire et l'ampoule Led facturés le 3 février 2018 lui étaient destinés et non au domicile de son dirigeant. Il en est de même de la facture à en-tête du magasin Leroy-Merlin de Dinard, qui correspond principalement à l'acquisition d'un radiateur, de bois de chauffage, ainsi que d'un niveau laser et d'un télémètre laser, dont la société requérante ne précise pas quel a pu en être l'usage au sein de la concession. D suite, l'administration doit être regardée comme établissant que les achats en cause n'ont pas été utilisés pour les besoins des opérations imposables de la SAS C Automobiles Saint-Malo et, D suite, comme démontrant que la taxe sur la valeur ajoutée les ayant grevés n'était pas déductible.

8. En troisième lieu, l'administration a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des travaux de motorisation du portail du domicile de son dirigeant et de réparation de ce portail. Elle relève que ces dépenses ont été qualifiées de dépenses personnelles au dirigeant de la société requérante D le juge pénal. La SAS C Automobiles Saint-Malo fait valoir que ces travaux ont été réalisés après que des véhicules lui appartenant, stationnés sur la propriété de M. C avaient été endommagés D l'un de ses anciens salariés. Elle indique également, sans qu'un lien soit clairement établi avec la précédente explication, que M. C a subi devant son domicile des dommages en raison de sa qualité de dirigeant de la SAS C Automobiles Saint-Malo. Toutefois, la société requérante n'établit ni la réalité des faits qu'elle invoque, ni l'utilité pour les prévenir à l'avenir de la motorisation de ce portail. L'administration doit, D suite, être regardée comme établissant que les services en cause, réalisés au domicile du dirigeant n'ont pas été utilisés pour les besoins des opérations imposables de la SAS C Automobiles Saint-Malo et, D suite, comme démontrant que la taxe sur la valeur ajoutée les ayant grevés n'était pas déductible.

9. En quatrième et dernier lieu, l'administration, a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, d'un montant de 63,33 euros, ayant grevé l'achat d'un (ou de plusieurs) casque audio. En relevant que cette dépense a été qualifiée de dépense personnelle à M. C D le juge pénal et que cet achat a été effectué en même temps et auprès du même fournisseur qu'un home-cinéma dont M. C a ultérieurement remboursé le prix à la SAS C Automobiles Saint-Malo alors que de son côté la société requérante se borne à faire valoir, sans établir la réalité de cette pratique, que le casque en cause a été acquis D elle afin de communiquer avec ses clients ou ses fournisseurs D visioconférence, le service doit être regardé comme établissant que l'achat en cause n'a pas été utilisé pour les besoins des opérations imposables de la SAS C Automobiles Saint-Malo et, D suite, comme démontrant que la taxe sur la valeur ajoutée l'ayant grevé n'était pas déductible.

Sur les conclusions relatives à la taxe sur les surfaces commerciales :

10. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite. Ne sont pas considérés comme magasins de commerce de détail les établissements de commerce de gros dont la clientèle est composée de professionnels pour les besoins de leur activité ou de collectivités. Lorsque ces établissements réalisent à titre accessoire des ventes à des consommateurs pour un usage domestique, ces ventes constituent des ventes au détail qui sont soumises à la taxe dans les conditions de droit commun. / () / La surface de vente des magasins de commerce de détail, prise en compte pour le calcul de la taxe, et celle visée à l'article L. 720-5 du code de commerce, s'entendent des espaces affectés à la circulation de la clientèle pour effectuer ses achats, de ceux affectés à l'exposition des marchandises proposées à la vente, à leur paiement, et de ceux affectés à la circulation du personnel pour présenter les marchandises à la vente. / La surface de vente des magasins de commerce de détail prise en compte pour le calcul de la taxe ne comprend que la partie close et couverte de ces magasins. / La surface de vente à retenir pour le calcul de la taxe est celle existant au 31 décembre de l'année précédant l'année d'imposition pour les établissements existant à cette date. / () / Si ces établissements, à l'exception de ceux dont l'activité principale est la vente ou la réparation de véhicules automobiles, ont également une activité de vente au détail de carburants, l'assiette de la taxe comprend en outre une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de position de ravitaillement dans la limite de 70 mètres carrés D position de ravitaillement. Le décret prévu à l'article 20 fixe la surface forfaitaire D emplacement à un montant compris entre 35 et 70 mètres carrés. / () ".

11. A l'occasion de la vérification de comptabilité l'administration a constaté que la SAS C Automobiles Saint-Malo n'avait pas déposé de déclarations en matière de taxe sur les surfaces commerciales au titre des années 2016 à 2018 alors que la surface de vente de son établissement de vente excédait 400 m². Elle l'a donc informée de son assujettissement à cette imposition, au titre de ces trois années, dans la proposition de rectification du 5 décembre 2019, en faisant toutefois application de la procédure contradictoire et sur la base d'une surface de vente de 720 m² arrêtée D un technicien géomètre du pôle topographique de la direction régionale des finances publiques d'Ille-et-Vilaine. La SAS C Automobiles Saint-Malo conteste cette surface en soutenant qu'il y a lieu de la ramener à 446 m².

12. Il résulte de l'instruction que la surface retenue D l'administration correspond à un hall d'exposition d'une surface de 436,65 m² dont a été déduite une surface de 8,49 m² attribuée à l'emprise au sol d'un escalier, à un espace de 77,67 m² affecté à la vente de pièces détachées et à la détente de la clientèle puisque notamment équipé de fauteuils et d'un distributeur de café, à un espace de livraison des véhicules neufs d'une surface de 200,48 m² et à un bureau attenant destiné à recevoir les clients, d'une surface de 14,09 m². Si la SAS C Automobiles Saint-Malo soutient que l'espace livraison des véhicules neufs est essentiellement affecté au stockage de ces véhicules et n'est pas accessible à la clientèle à l'exception d'un emplacement de " mise en main des véhicules " de 25 m², elle ne produit aucun élément démontrant l'existence d'une délimitation au sein de cet espace, au 31 décembre 2015, 2016 et 2017, limitant l'accès de la clientèle à un emplacement spécifique, alors qu'elle est la seule partie susceptible de le démontrer et que l'administration fait valoir qu'il s'agit d'un espace non cloisonné. La société requérante ne conteste pas plus utilement l'emprise au sol de l'escalier présent dans le hall d'exposition en se bornant à alléguer que sa surface serait de 10,68 m². De même, si elle soutient que l'espace " pièces détachées " d'une surface de 63 m² n'était pas accessible à la clientèle, elle ne l'établit pas et ne conteste pas qu'il s'agissait d'un espace affecté à la vente de pièces détachées et non à leur stockage. D ailleurs, si elle fait valoir qu'il convient de déduire de la surface du hall d'exposition, une surface de 33 m² qu'elle présente, sans plus de précision, comme une " surface technique ", elle n'a pas répliqué à l'administration qui souligne qu'il s'agit de banques d'accueil des visiteurs non fermées et établit ainsi le bien-fondé de la prise en compte de cette surface dans la surface de vente de l'établissement.

13. Il résulte du point précédent que les conclusions en décharge des cotisations primitives de taxe sur les surfaces commerciales qui ont été réclamées à la SAS C Automobiles Saint-Malo au titre des années 2016 à 2018 doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.

Sur les majorations pour manquement délibéré :

14. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

15. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance délibérée D le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le caractère délibéré du manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

16. En premier lieu, en soulignant que la SAS C Automobiles Saint-Malo a déterminé les bases de la taxe sur la valeur sur la marge en utilisant une méthode non conforme à l'article 297 A du code général des impôts lui permettant de minorer la taxe sur la valeur ajoutée collectée à l'occasion de la revente des véhicules d'occasion, en tenant compte de la marge réellement effectuée à l'occasion de chaque vente, en méconnaissance la méthode de globalisation, puis en opérant une compensation entre les opérations bénéficiaires et les opérations déficitaires, en méconnaissance de la méthode du " coup D coup ", l'administration établit l'intention de la société requérante d'éluder l'impôt et D suite le caractère délibéré des manquements relevés.

17. En second lieu, en faisant valoir que la SAS C Automobiles Saint-Malo ne pouvait pas ignorer qu'elle prenait en charges des dépenses personnelles de son dirigeant et qu'en déduisant la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces dépenses la société requérante a sciemment enfreint des principes comptables et fiscaux simples qu'elles ne pouvait pas davantage ignorer, l'administration établit l'intention d'éluder l'impôt de la société requérante et D suite le caractère délibéré de ces manquements, qui est implicitement confirmé D la SAS C Automobiles qui soutient avoir estimé pouvoir prendre en charge ces dépenses compte tenu de la faiblesse de leur impact financier pour elle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS C Automobiles Saint-Malo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS C Automobiles Saint-Malo et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Tourre, première conseillère.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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