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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102917

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102917

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102917
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BONDIGUEL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 7 juin 2021 et 13 janvier 2023, l'EURL le Chat Bada, prise en la personne de sa liquidatrice, Me Collin, et représentée par la SELARL Bondiguel et Associés, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui lui ont été réclamées au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamées au titre de la période correspondant aux années 2014 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, l'administration n'ayant pas répondu à sa demande de communication des factures d'achat obtenues des fournisseurs ;

- la reconstitution de ses bénéfices est sommaire et radicalement viciée ; le chiffre d'affaires reconstitué est incohérent avec la progression de son activité, l'évolution des conditions d'exploitation de l'entreprise, notamment de la composition du personnel, et avec l'existence de dates de fermeture ;

- il y a lieu de retenir des pertes à hauteur de 20 et 10 % sur les vins et les " bulles " ; l'administration a refusé à tort de porter de 4 cl à 5 cl le dosage du Cachaça et du Havana 3 et 7 ans ;

- l'administration n'établit pas l'existence d'un manquement délibéré pouvant justifier la majoration de 40 % dont elle a fait application.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 10 décembre 2021 et 17 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'EURL Le Chat Bada n'est fondé.

Les parties ont été informées, le 24 janvier 2023, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge d'une majoration de 40 % appliquée à la taxe sur la valeur ajoutée qui été réclamée à l'EURL Le Chat Bada au titre de la période correspondant à l'année 2016, en raison de l'inexistence de cette pénalité.

Le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a produit, le 24 janvier 2023, des observations en réponse à cette information.

L'EURL Le Chat Bada a produit, le 27 janvier 2023, des observations en réponse à cette information.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Poirrier-Jouan, pour la SELARL Bondiguel et Associés, représentant l'EURL Le Chat Bada.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Le Chat Bada, qui exploitait un débit de boissons, bar de nuit depuis le 2 février 2012, a fait l'objet en 2017 d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée et des exercices clos en 2014 et 2015 en matière d'impôt sur les sociétés. Le 21 juin 2017, la vérificatrice a dressé un procès-verbal constatant l'absence de présentation d'une comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. A l'issue de ce contrôle, l'administration a adressé, le 27 juillet 2017, une proposition de rectification à l'EURL Le Chat Bada l'informant du caractère irrégulier et non probant de sa comptabilité, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, et des conséquences de la reconstitution de recettes opérée au titre de cette même période. La vérificatrice a mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 et la procédure de taxation d'office, prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 après avoir constaté que l'EURL n'avait pas déposé de déclaration de chiffre d'affaires sur l'ensemble de cette période et de déclaration de résultat au titre de l'exercice clos en 2015. L'EURL Le Chat Bada a présenté des observations contestant les modalités de la reconstitution de ses recettes. L'administration a, dans sa réponse du 24 octobre 2017, pris en compte une partie de ces observations. Une entrevue s'est déroulée le 21 décembre 2017 avec le supérieur hiérarchique de la vérificatrice, à l'issue de laquelle la société a accepté l'ensemble des rectifications maintenues par la réponse aux observations du contribuable. Le 13 février 2018, l'EURL Le Chat Bada a été placée en redressement judiciaire. Les impositions supplémentaires procédant de la vérification de comptabilité ont été mises en recouvrement le 15 mars 2018, ainsi que les pénalités correspondantes, à l'exception des intérêts de retard et de la majoration de 10 % qui ont été abandonnés en raison de l'ouverture de la procédure collective. Cette dernière procédure a été convertie en liquidation judiciaire le 8 avril 2019. L'EURL Le Chat Bada, représentée par sa liquidatrice, Me Collin, a présenté une réclamation, le 30 décembre 2020, afin de contester l'ensemble des impositions et pénalités mises à sa charge consécutivement à la vérification de comptabilité. Cette réclamation a été rejetée par une décision reçue le 6 avril 2021 par l'EURL qui a, par suite, formé la requête visée ci-dessus.

Sur la recevabilité des conclusions en décharge d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de l'EURL Le Chat Bada au titre de la période correspondant à l'année 2016 :

2. Il résulte de l'instruction que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée établis au titre de la période correspondant à l'année 2016 n'ont pas été assortis d'une majoration pour manquement délibéré. Par suite, ces conclusions, dès l'origine dépourvues d'objet, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions en décharge des rappels de taxe sur la valeur qui ont été mis à la charge de L'EURL Le Chat Bada au titre de l'année 2016 :

3. Il résulte de l'instruction que les moyens soulevés par l'EURL Le Chat Bada à l'appui de l'ensemble de ses conclusions concernent ou le bien-fondé des impositions mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015, ou la procédure d'imposition relative à ces mêmes années, ou le bien-fondé des majorations pour manquement délibéré appliquées aux rappels relatifs aux années 2014 et 2015. Les moyens de la requête sont, par suite, inopérants pour contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée établis au titre de la période correspondant à l'année 2016. Les conclusions en décharge de ces derniers rappels ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions en décharge des impositions établies au titre des années 2015 et 2016 ou de la période correspondante :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Cette obligation ne s'impose à l'administration que pour les seuls renseignements effectivement utilisés pour fonder les rectifications.

5. Il résulte de l'instruction que, dans la proposition de rectification du 27 juillet 2017, la vérificatrice a informé l'EURL Le Chat Bada qu'elle avait obtenu, par l'exercice du droit de communication prévu aux articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales, l'ensemble des factures d'achat délivrées par les fournisseurs France Boissons, Promocash et Cozigou. La société requérante soutient avoir, dans ses observations du 27 septembre 2017, interrogé le service sur le contenu des éléments transmis par les fournisseurs et en avoir sollicité la communication. Il ressort toutefois du texte de ses observations que l'EURL Le Chat Bada y a demandé explicitement et uniquement la communication des montants des achats des exercices clos en 2014 et 2015 " tels qu'ils résultent des dépouillements de factures obtenues sur droit de communication auprès de fournisseurs ", afin de vérifier l'éventuelle existence de charges qui n'auraient été ni portées dans sa comptabilité ni prises en compte dans la reconstitution des bénéfices effectuée par la vérificatrice et non la communication de ces factures. Par ailleurs, l'administration n'a pas fondé les rectifications puis les impositions contestées sur les factures obtenues de ces trois fournisseurs, mais a reconstitué les achats effectués par l'EURL Le Chat Bada à partir des factures comptabilisées et détenues par la société, dont les dates et numéros figurent dans les tableaux des achats reproduits en annexe de la proposition de rectification, et des informations figurant sur les inventaires. Par suite, l'EURL Le Chat Bada n'est pas fondée à soutenir qu'en ne les lui communiquant pas l'administration a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69. ".

7. Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de son article R. 193-1 : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

8. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2°, 5° et 6° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".

9. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; () ".

10. Il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité a débuté le 25 avril 2017, par la première intervention sur place de la vérificatrice, au cours de laquelle les copies des fichiers des écritures comptables ont été remis sous forme dématérialisée, conformément à l'article L. 47 A-1 du livre des procédures fiscales. Durant les opérations de contrôle, la vérificatrice a toutefois constaté que les tickets Z et rouleaux de caisse n'avaient pas été conservés après un changement de caisse intervenu en décembre 2015, qu'aucun brouillard de caisse n'avait été tenu et que l'EURL disposait uniquement de fichiers tenus sur un logiciel tableur regroupant par mois, les recettes journalières globalisées par mode de paiement, leur ventilation par taux de taxe sur la valeur ajoutée, les soldes de caisse en espèces, les dépenses espèces, chèques et carte bancaire. Elle a dressé en raison de cette absence de conservation et de présentation de pièces justificatives des recettes, un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité qui a été signé par la gérante de L'EURL Le Chat Bada le 21 juin 2017. Toutefois, si l'absence de présentation des pièces justifiant les recettes comptabilisées par un contribuable astreint à la tenue d'une comptabilité, constitue une grave irrégularité au sens du deuxième alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, elle ne caractérise pas un défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, au sens du troisième alinéa de cet article, dont les dispositions ne sont, par suite et contrairement à ce que soutient le service, pas applicables en l'espèce.

11. L'administration souligne toutefois que les impositions relatives à l'année 2015 ont été établies selon la procédure d'imposition d'office en l'absence de dépôt par l'EURL Le Chat Bada, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, de déclaration de chiffre d'affaires au titre de cette période et en matière d'impôt sur les sociétés, en l'absence de dépôt d'une déclaration de résultat au titre de l'année 2015 malgré l'envoi d'une mise en demeure. Lorsqu'elle recourt à une procédure d'imposition d'office, il appartient à l'administration d'établir que les conditions de mise en œuvre de cette procédure étaient réunies. Le service établit l'absence, au demeurant non contestée, de dépôt, dans le délai légal, de déclarations de chiffre d'affaires au titre de l'année 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. En revanche, en matière d'impôt sur ses sociétés, il ressort de la proposition de rectification du 27 juillet 2017, que le service a adressé à l'EURL Le Chat Bada, une mise en demeure de souscrire une déclaration de résultat au titre de l'année 2015, le 28 mars 2017. Ce courrier a été reçu par l'EURL le 1er avril 2017 et celle-ci a déposé une déclaration de résultat le 25 avril 2017, soit dans le délai de trente jours, prévu à l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, dont le service a tenu compte pour établir l'impôt sur les sociétés de l'année 2015 et déterminer l'assiette de la majoration pour manquement délibérée. Par suite, l'administration ne peut valablement invoquer les dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales que pour la taxe sur la valeur ajoutée réclamée à la société requérante au titre de la période correspondant à l'année 2015.

12. Il résulte des deux points précédents que la charge de la preuve incombe à l'administration au titre de l'année 2014, pour l'ensemble des impositions en litige, le service ne pouvant se prévaloir d'un défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, ces impositions ayant été établies selon la procédure contradictoire, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'ayant pas été saisie et l'EURL Le Chat Bada ayant contesté ces impositions dans des observations présentées dans le délai légal, dont elle avait obtenu la prolongation de trente jours prévue au deuxième alinéa l'article L. 57. La charge de la preuve lui incombe également au titre de l'impôt sur les sociétés de l'année 2015, à défaut d'établir la régularité du recours à la procédure d'imposition d'office. En revanche, il incombe à l'EURL Le Chat Bada d'établir le caractère exagéré des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période correspondant à cette dernière année.

S'agissant des reconstitutions de chiffre d'affaires et de résultats :

13. L'administration a reconstitué les recettes de l'EURL Le Chat Bada à partir des achats figurant sur les factures comptabilisées par l'entreprises et des inventaires de stocks, à l'exception des stocks d'entrée et de sortie de la période vérifiée, qui ont été écartés en raison des incohérences dont ils étaient entachés. Les recettes ont été reconstituées d'abord par famille de boissons en distinguant les bières, les alcools, les rhums, les vins, et les boissons non alcoolisées, et en appliquant les tarifs communiqués par l'EURL, sans toutefois retenir la majoration d'un euro appliquée entre 1 heure et 3 heures du matin. Les doses servies ont été déterminées au regard des mentions figurant sur la carte de l'établissement et des indications données par la gérante en cours de contrôle. La vérificatrice a retenu une perte pour la bière pression de 10 % mais n'a pas retenu d'autres pertes au motif qu'elles étaient compensées par l'absence de valorisation de nombreuses boissons achetées et revendues. Elle n'a pas valorisé les achats de café et de café décaféiné conformément aux déclarations de la gérante qui avait indiqué qu'ils n'étaient consommés que par elle et ses employés, ni les purées de fruits utilisés pour la préparation des " mojitos fruits ", et les achats utilisés pour préparer les Picon bières, les kirs, les boissons chaudes et les encas (" petit creux "). La gérante de l'EURL ayant établi une liste détaillée des consommations du personnel en 2014, l'administration a déduit les boissons ainsi consommées des boissons ayant pu être revendues en 2014 et 2015. Les vins et " pétillants " ont été regardés comme uniquement vendus au verre et non à la bouteille, ce qui a été favorable à l'entreprise, compte tenu des prix pratiqués pour ces deux types de vente. La vérificatrice a également déduit la somme de 17 617 euros toutes taxes comprises, correspondant selon la gérante de la société requérante au prix de vente des offerts de l'année 2014, du chiffre d'affaires total reconstitué pour 2014 et a déduit du chiffre d'affaires total reconstitué pour 2015, un montant proportionnellement équivalent. Dans la réponse aux observations du contribuable du 24 octobre 2017, l'administration a admis de réduire de 7 euros à 5,50 euros le prix de vente du Captain Morgan au rhum coco pour l'année 2014 et du Rhum Havana Especial pour l'année 2015, de retenir que la bière pression était vendue à hauteur de 50 % en dosage de 50 cl, de ramener à 3 euros le prix du demi de bière Loburg, et de corriger une erreur de calcul commise lors de la détermination des recettes résultant de la vente de jus de pamplemousse de marque Tropicana.

14. Si l'EURL fait valoir que son personnel a évolué en quantité et en qualité durant la période vérifiée, elle ne précise pas les effets qu'a pu avoir cette modification sur son chiffre d'affaires et ses résultats. L'évolution du chiffre d'affaires entre 2012, année de reprise de l'entreprise par l'EURL Le Chat Bada, et 2016, intégrant la reconstitution des recettes des années 2014 et 2015 réalisées par la vérificatrice, si elle n'est pas linéaire, le chiffre d'affaires de 2016 étant inférieur à celui de 2015, n'apparaît pas incohérente s'agissant d'une entreprise reprise par un nouvel exploitant. Le coefficient " ventes toutes taxes comprises " / " achats hors taxes " est ainsi de 3,64 pour 2014, de 3,79 pour 2015 et de 4,15 pour 2016. Par ailleurs, la circonstance que le bar ait été fermé, pour congés, du 19 mars au 13 avril 2014 et du 5 janvier au 8 février 2015 est sans influence sur la validité de la méthode de reconstitution utilisée par l'administration, dès lors que celle-ci n'est pas fondée sur une extrapolation à l'année des recettes constatées au titre d'une période, mais sur une valorisation des achats-revendus. Cette méthode, qui repose sur la détermination des achats de boissons et des recettes réalisées lors de leur revente, en tenant compte des éléments ressortant aussi bien des documents comptables ou pièces justificatives présentés lors du contrôle que des indications données par la gérante de l'entreprise, qui ont été consignées sur des compte-rendu remis en main propre lui indiquant qu'elle pouvait présenter des observations, ne peut être regardée comme radicalement viciée, dès lors qu'elle apparaît comme adaptée au type d'activité exercé par l'EURL Le Chat Bada et comme tenant compte des conditions d'exploitation de l'entreprise vérifiée. L'administration a pu, sans conférer à la reconstitution des recettes un caractère sommaire, limiter la prise en compte de pertes aux bières servies à la pression, dès lors que la gérante n'avait pas fait état lors du contrôle d'autres pertes et que les autres pertes éventuelles apparaissent comme globalement compensées par l'absence de valorisation de nombreuses boissons achetées et revendues, par une détermination du chiffre d'affaires des reventes des vins et vins pétillants ne tenant pas compte des ventes à la bouteille, qui dégagent une marge supérieure à la vente au verre, et par l'absence de prise en compte du supplément de prix de 1 euro appliqué aux consommations à compter de 1 heure du matin, qui correspond à la période de plus forte affluence dans un bar de nuit. Enfin, si l'EURL Le Chat Bada soutient qu'il convient pour la cachaça et le rhum Havana Club, de retenir des doses de 5 cl et non de 4 cl, elle ne produit aucun élément confirmant le dosage qu'elle réclame alors que l'administration souligne qu'elle a retenu le dosage communiqué lors du contrôle par la gérante de l'EURL qui a indiqué à cette occasion utilisé une verre doseur d'alcool d'une contenance de 4 cl.

15. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme établissant le bien-fondé des rappels d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de l'EURL Le Chat Bada au titre de l'année 2014, ainsi que du rappel d'impôt sur les sociétés mis à la charge de la même société au titre de l'année 2015. Pour sa part, l'EURL le Chat Bada n'établit pas le caractère exagéré du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période correspondant à l'année 2015.

Sur le bien-fondé de la majoration pour manquement délibéré appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés établis au titre des années 2014 et 2015 :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

17. L'EURL Le Chat Bada, qui disposait durant les années 2014 et 2015 d'une caisse enregistreuse, qu'elle a changée en décembre 2015, n'a conservé ni les tickets Z et les rouleaux de caisse relatifs à ces deux années, ni brouillard de caisse. Elle n'apporte aucune justification à cette situation.

18. Par ailleurs, l'administration souligne également, en matière de taxe sur la valeur ajoutée que les rappels procédant de la vérification de comptabilité représentent, pour 2014, plus de 37 % des droits de la taxe sur la valeur ajoutée déclarée et, pour 2015, plus de 52 % de la taxe sur la valeur ajoutée déclarée ou taxée d'office avant le contrôle.

19. En matière d'impôt sur les sociétés, le service fait valoir que les omissions de recettes hors taxes, constitutives en l'absence de remise en cause des charges, d'un bénéfice supplémentaire représentent, pour 2014, plus de 36 % du chiffre d'affaires hors taxes déclaré et pour 2015, plus de 47 % du chiffre d'affaires hors taxes déclaré. De tels écarts traduits au niveau des bénéfices entre les bénéfices déclarés et les bénéfices reconstitués apparaissent encore plus conséquents.

20. Au regard de l'importance des écarts ainsi constatés, de l'absence de conservation de toute pièce justifiant des recettes, et du caractère répété de ces circonstances sur deux années, l'EURL Le Chat Bada ne pouvait ignorer l'inexactitude des éléments relatifs à ses recettes figurant sur les déclarations de chiffre d'affaires et de résultat qu'elle a déposées au titre des deux années en litige. Par suite, l'administration doit être regardée comme établissant le caractère délibéré de ces manquements et le bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les frais d'instance :

21. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par l'EURL Le Chat Bada sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Le Chat Bada est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me Pauline Collin, en sa qualité de liquidatrice judiciaire de l'EURL Le Chat Bada et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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