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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2102947

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2102947

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2102947
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2021 et le 8 juin 2022, la société Breizh Ile café, représentée par Me Corgas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle la maire de Carantec a refusé sa demande d'autorisation d'occupation temporaire de l'espace public pour l'implantation d'un point de restauration rapide temporaire pour la période estivale 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 23 décembre 2020 laquelle la maire de Carantec a refusé sa demande d'autorisation d'occupation temporaire de l'espace public pour l'implantation d'un point de restauration rapide temporaire pour la période estivale 2021 ;

3°) d'annuler la décision explicite de rejet du 14 mai 2021 par laquelle la maire de Carantec a refusé d'annulation les décisions des 12 juin 2020 et 23 décembre 2020 et a refus de l'indemniser des préjudices subis du fait de ces décisions ;

4°) de condamner la commune de Carantec a lui payer la somme de 27 538,20 euros, à titre subsidiaire la somme de 8 662 euros, en réparation du préjudice subi du fait de l'impossibilité d'exploiter son activité sur les périodes estivales 2020 et 2021 ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Carantec une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Breizh Ile Café soutient que :

- le motif mentionné dans les décisions du 12 juin 2020 et 23 décembre 2020 de protection des commerçants locaux, qui ont été consultés préalablement, constitue un motif illégal de discrimination des commerçants ambulants au profit des commerçants sédentaires locaux, et est contraire au code du commerce ;

- les décisions portent atteinte à la libre concurrence en ce qu'elles ont pour objet et pour effet d'interdire l'accès au marché à de nouveaux acteurs que sont les commerçants ambulants ;

- les décisions attaquées portent atteinte de manière injustifiée à la liberté du commerce et de l'industrie sans avoir pour fondement le maintien de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité publique ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir, le maire usant des prérogatives qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales pour un motif non lié à la protection de l'ordre public ;

- l'installation du container dont l'autorisation était demandée ne contrevenait pas à l'ordre public et ne gênait pas la commodité du passage dans les rues et les places publiques, car elle pouvait se faire en toute sécurité au niveau du parking du Port à l'entrée de la Petite Passe, ou au bout de celle-ci, la circulation et le stationnement y étant interdits l'été, ou encore sur le parking de la Grève blanche ; la prétendue incompatibilité de l'occupation envisagée avec l'affectation des parkings de la Grève blanche et du Port n'est pas démontrée ;

- son préjudice correspond à la perte de résultats nets d'exploitation engendrés par l'absence d'activité durant les campagnes estivales des années 2020 et 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022, les 11 et 26 juillet 2022, la commune de Carantec, représentée par Me Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.

La commune fait valoir que :

- elle demande une substitution de motif tiré du respect de l'affectation du domaine public et de la bonne gestion du domaine public ainsi que du motif tiré de la sauvegarde de l'ordre et de la sécurité publics qui suffisait également à justifier les décisions attaquées ;

- le préjudice invoqué par la requérante est inexistant : la société n'a aucune ancienneté et ne peut justifier de l'existence d'un préjudice direct et certain, son chiffrage reposant sur une simple évaluation.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.

Un mémoire présenté par la commune de Carantec a été enregistré le 22 août 2022 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Moing pour la société Breizh Ile Café, et de Me Le Baron pour la commune de Carantec.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 juin 2020, la société Breizh Ile Café, fondée le 21 avril 2020, a sollicité de la mairie de Carantec la délivrance d'une autorisation d'occupation temporaire afin d'exploiter son activité en installant un conteneur de type " food-truck " sur une plage ou un parking de Carantec pour l'été 2020. Par une décision du 12 juin 2020, la maire de Carantec a refusé sa demande d'autorisation d'occupation temporaire de l'espace public pour la période estivale 2020. Par une décision du 23 décembre 2020, la maire de Carantec a rejeté de nouveau sa demande d'autorisation d'occupation temporaire pour l'implantation d'un point de restauration rapide temporaire sur les parkings du Port et de la grève Blanche pour la période estivale 2021. Enfin, par une décision du 14 mai 2021, la maire de Carantec a refusé d'annulation les décisions des 12 juin 2020 et 23 décembre 2020 et a rejeté la demande préalable d'indemnisation de la société Breizh Ile Café.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, moyennant le paiement de droits fixés par un tarif dûment établi, donner des permis de stationnement ou de dépôt temporaire sur la voie publique, sur les rivières, ports et quais fluviaux et autres lieux publics, sous réserve que cette autorisation n'entraîne aucune gêne pour la circulation, la navigation et la liberté du commerce () ". Enfin, l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales dispose que la police municipale comprend, notamment " () / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; / 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ; (). "

3. Il ressort des pièces du dossier que, par deux décisions attaquées des 12 juin et 23 décembre 2020, le maire de Carantec a rejeté la demande d'autorisation temporaire d'occupation du domaine public présentée par la société Breizh Ile Café au motif que l'activité de cette entreprise créerait une concurrence pour les commerçants locaux dans une situation économique difficile liée à la crise sanitaire. La société requérante est fondée à invoquer l'illégalité de ce motif de rejet de sa demande, compte tenu de son caractère discriminatoire et portant atteinte au principe de la libre concurrence.

4. Toutefois l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. En l'espèce, la commune de Carantec demande la substitution à ce motif du motif tiré la commodité de circulation ainsi que notamment de la protection de la sécurité des usagers et des piétons circulant sur le parking du Port et celui de la Grève Blanche qui font l'objet d'une très forte concentration l'été et pour lesquels la société a sollicité l'autorisation d'exploiter un commerce ambulant.

6. Il ressort, en effet, des pièces du dossier que la population de Carantec passe de 3 000 à 15 000 personnes en période estivale, principalement attirées par le bord de mer, que les parkings du Port et de la Grève Blanche ne peuvent accueillir qu'un maximum de 50 véhicules chacun et que la circulation est déjà interdite l'été sur la route menant à l'ile Callot, ainsi d'ailleurs que sur la portion de la rue du Port descendant vers la plage et dénommée la Petite Passe, interdite l'été au stationnement. Ces éléments confirment l'existence de la difficulté, invoquée par la commune, de maintenir de bonnes conditions de circulation et de stationnement de nature à préserver la sécurité publique, en période estivale. Dès lors, compte tenu de la forte affluence de piétons, de vélos, et de véhicules sur ces parkings donnant accès aux plages du Port et de la Grève, très fréquentées l'été, l'installation du conteneur de la société Breizh Ile Café était de nature à générer des problèmes de visibilité sur ces parkings ainsi que des files d'attente de piétons sur des parkings exigus et très fréquentés, circonstances de nature à présenter un risque pour la sécurité publique. Le fait que le container de la requérante présenterait des dimensions modestes de 6 mètres sur 2 mètres et n'occuperait au total que deux places de stationnement sur un parking qui n'en compte au demeurant que 50 n'est pas de nature, au regard de la fréquentation des plages et des parkings concernés, à réduire suffisamment le risque d'encombrement et d'accident que son fonctionnement pourrait générer. Par suite, la demande de substitution des motifs de sécurité publique et de la commodité de la circulation aux motifs initialement avancés par la commune de Carantec dans les décisions attaquées doit être accueillie.

7. Le motif de préservation de la sécurité publique étant de nature à justifier les décisions attaquées, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées sont seulement motivées par l'objectif de protéger les commerces sédentaires déjà implantés en bord de mer de la concurrence, et seraient, de ce fait, entachés d'un détournement de pouvoir et discriminatoire.

8. L'autorité chargée de la gestion du domaine public peut autoriser une personne privée à occuper une dépendance de ce domaine en vue d'y exercer une activité économique, à la condition que cette occupation soit compatible avec l'affectation et la conservation de ce domaine. La décision de délivrer ou non une telle autorisation, que l'administration n'est jamais tenue d'accorder, n'est pas susceptible, par elle-même, de porter atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions de rejet attaquées porteraient atteinte à la liberté de commerce et d'industrie doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Breizh Ile café n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 12 juin 2020 et du 23 décembre 2020, ni de celle du 13 mars 2021, ni, par conséquent, à demander l'indemnisation du préjudice allégué et induit par ces décisions.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Carantec présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Breizh Ile Café est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carantec en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Breizh Ile Café et à la commune de Carantec.

Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. A

Le président,

signé

O. GosselinLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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