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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2103085

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2103085

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2103085
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantL'HOSTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juin 2021, 29 janvier 2024, 12 février 2024 et 5 avril 2024, Mme D F épouse H, M. G H, M. B H et M. A H, représentés par Me L'Hostis, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes au paiement des sommes visées dans leur requête à M. B H ;

2°) de juger que ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 17 février 2021, date de leur demande administrative préalable et que les intérêts échus à cette date viendront s'ajouter au capital pour porter à leur tour intérêts, et ce à chaque échéance annuelle ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme de 4 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute du CHRU de Rennes est engagée à raison d'une absence de conformité aux règles de l'art des soins prodigués à B, l'expertise médicale ayant identifié deux fautes successives dans la prise en charge de B ;

- la responsabilité pour faute du CHRU de Rennes est engagée en raison d'un manquement dans son devoir d'information de nature à engager sa responsabilité au titre d'un préjudice d'impréparation ;

- l'expert a reconnu une perte de chance de 75 % ;

- les préjudices patrimoniaux temporaires de B H sont les suivants :

o Dépenses de santé actuelles : 134,13 €

o Assistance par une tierce personne temporaire : 1 187,87 €

- les préjudices patrimoniaux permanents subis par B H à titre professionnel ne peuvent être encore évalués ;

- les préjudices personnels de B H sont ainsi chiffrés :

o Déficit fonctionnel temporaire : 4.734,55 €

o Souffrances endurées : 20 000 €

o Préjudice esthétique temporaire : 3 000 €

o Déficit fonctionnel permanent : 54 000 €

o Préjudice d'agrément : 20 000 €

o Préjudice esthétique permanent : 4 000 €

o Préjudice sexuel : 15 000 €

o Préjudice d'impréparation : 10 000 €

- les préjudices subis par les parents de B H sont évalués à :

' 41 717 € au titre du préjudice patrimonial temporaire :

o Frais d'assistance par un médecin conseil : 890,00 €

o Frais d'assistance par un conseil : 3 854,40 €

o Frais de déplacement : 1 902,60 €

o Pertes de revenus des proches (PRP) : 35 070,00

' 45000 € au titre des préjudices extra-patrimoniaux :

o Préjudice d'affection de Madame H, mère de B : 15 000 €

o Préjudice d'affection de M. G H, père de B : 15 000 €

o Préjudice d'affection de M. H, frère de B : 15 000 € .

Par un mémoire en défense, enregistré les 16 décembre 2021 et 18 mars 2024, le CHRU de Rennes, représenté par Me Chainay, demande au tribunal de juger que le taux de perte de chance ne saurait excéder 75% et réduire à de plus justes proportions l'indemnisation des requérants.

Il fait valoir que :

- il ne conteste pas la responsabilité pour faute lors de l'intervention du 15 mai 2017 ni le défaut d'information ;

- le taux de perte de chance doit être fixé à 75 % comme l'indique l'expertise ;

- il a versé une provision de 20 000 € déjà réglée aux requérants ;

- il convient de réduire l'indemnisation demandée par les requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pottier,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

-et les observations de Me L'hostis, représentant les requérants, et de Me Girault, représentant le CHRU de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Le jeune B H, alors âgé de 15 ans, a fait l'objet le 15 mai 2017 d'une biopsie sur une lésion tumorale de la colonne vertébrale au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes. Un saignement important s'est produit lors de la biopsie, et le 16 mai 2017, suite à des douleurs et difficultés de mobilisation des membres inférieurs, un examen d'imagerie par résonnance magnétique a mis en évidence hématome intra-lésionnel en rapport avec la biopsie ainsi qu'une compression du cône terminal. M. H a subi une intervention de neurochirurgie en urgence le 16 mai 2017. Une expertise amiable a été réalisée le 20 juin 2018. Le 8 octobre 2018, l'assureur du CHRU de Rennes, la Société hospitalière d'assurance mutuelles (SHAM), a admis la responsabilité pour faute du CHRU de Rennes et a versé une provision de 20 000 € à valoir sur l'indemnisation des préjudices définitifs. Le 19 décembre 2019, une mesure d'expertise amiable de consolidation et d'évaluation définitive des préjudices a été réalisée par le Dr E. Après avoir demandé leur indemnisation préalable au CHRU de Rennes le 17 février 2021, les requérants demandent, par la présente requête, que soit reconnue la responsabilité du CHRU de Rennes pour faute et pour défaut d'information et d'autre part, l'indemnisation de leurs préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du CHRU de Rennes :

Quant à la faute dans la réalisation de l'acte chirurgical de biopsie du 15 mai 2017 :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Il résulte de l'expertise amiable réalisée le 20 juin 2018 que pris en charge pour une biopsie sur une lésion tumorale par le CHRU de Rennes le 15 mai 2017, le jeune B a lors de l'intervention souffert d'un saignement important auquel il a été remédié par des compresses hémostatiques Surgicel qui devaient, selon la notice d'emploi, être retirées après réalisation de l'hémostase, car gonflant au contact d'un liquide, " leur gonflement risqu[ant] d'exercer une pression néfaste ". Or, lors de l'intervention en urgence du 16 mai 2017, réalisée en raison de l'apparition d'un syndrome de la queue de cheval, et d'un hématome entrainant une compression de la moelle épinière, il a été procédé à l'enlèvement d'" une quantité très importante de Surgicel " " de la tumeur " ainsi que compte tenu de l'état des vertèbres, à une arthrodèse T10-T12. Si selon l'expert " l'apparition d'un hématome après une biopsie intra-tumorale est une complication rare mais non exceptionnelle et aurait pu survenir en l'absence de tentative d'hémostase à l'aide de ces compresses de Surgicel ", toutefois il aurait fallu attendre " que l'hémostase se fasse, puis retirer la plus grande partie du Surgicel, pour n'en laisser qu'une fine épaisseur ". En outre, le choix de " la voie d'abord chirurgicale, a été réalisée en regard de T10, T9, T8, T7, soit au-dessus de la zone tumorale " constitue également une faute technique selon l'expert. Ces erreurs ont entrainé, selon l'expertise, une aggravation de la complication post chirurgicale de compression médullaire liée à l'hématome postopératoire. Par suite, la responsabilité pour faute du CHRU de Rennes est engagée à raison de l'intervention du 15 mai 2017.

Quant au défaut d'information :

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. () ". En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

5. Il résulte de l'expertise qu'aucune information n'a été délivrée à B H et à ses parents quant au risque de complication neurologique qui s'est réalisé préalablement à l'intervention de biopsie du 15 mai 2017, le chirurgien ayant essentiellement exposé les risques de saignement que présentait cette intervention. Le CHRU de Rennes ne conteste pas ce défaut d'information et ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'il a satisfait à son obligation d'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Cette faute est de nature à engager sa responsabilité.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne la perte de chance :

6. Il incombe au juge retenant l'existence d'une faute du service public hospitalier lors de la prise en charge d'un patient de déterminer quelles en ont été les conséquences. S'il n'est pas certain qu'en l'absence de faute le dommage ne serait pas advenu, le préjudice qui résulte directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte d'une chance de l'éviter. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si la complication d'hématome est connue et pouvait se réaliser, l'expert a estimé que les erreurs relevées lors de l'intervention chirurgicale à savoir une intervention par une mauvaise voie d'abord et l'utilisation (sans l'enlever ensuite) d'un surplus de produit hémostatique, ont fait perdre à M. B H 75 % de chance d'éviter une telle complication. Il sera ainsi fait une juste appréciation de l'ampleur de la chance perdue d'éviter les séquelles neurologiques de l'intervention et les différents chefs de préjudice en résultant au taux de 75 %.

En ce qui concerne les préjudices de B H :

Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires de B H :

S'agissant des dépenses de santé :

7. Les époux H produisent une facture du CHRU de Rennes de 34,13 € au titre frais de location de fauteuil roulant que le jeune B a dû utiliser dans les semaines suivant son intervention. Il y a lieu par conséquent de les indemniser de cette somme qui sera réduite à 25,60 € pour tenir compte de la part de perte de chance évaluée à 75%.

8. Par ailleurs, s'ils produisent une facture de 56,10 € du CHRU de Rennes pour la période du 15 mai 2017 au 29 mai 2017, ces factures correspondent pour 45 € à des frais de repas d'accompagnant et pour le reste à des actes chirurgicaux et médicaux. Par suite il y a lieu de mettre seulement à la charge du CHRU de Rennes la somme de 11,10 €, qui sera réduite à 8 € pour tenir compte de la part de la perte de chance évaluée à 75 %.

9. Enfin, s'ils produisent une facture d'accès Wifi de 24 € au titre des frais hospitaliers, il n'y a toutefois pas lieu de mettre à la charge du CHRU de Rennes une telle dépense, qui est sans lien direct avec les fautes du centre hospitalier.

S'agissant des dépenses relatives à l'assistance apportée à la victime :

10. Les requérants demandent l'indemnisation du préjudice lié à l'aide apportée par tierce personne au jeune B à hauteur de 1 187,77 €. Il résulte de l'expertise rendue dans le cadre d'une procédure amiable par le Dr C le 20 juin 2018 que suite à l'intervention chirurgicale du 15 mai 2017, l'état du jeune B a nécessité une aide par tierce personne pour la toilette et l'habillage du 29 mai 2017 au 1er août 2017 à raison d'une demi-heure par jour et pour les déplacements scolaires du 1er septembre au 31 décembre 2017 estimée à une demi-heure par jour cinq jours par semaine, hors jours fériés et vacances scolaires. Cette aide qui a été assurée par les parents de B H, devra être ainsi indemnisée au taux de 13,50 € par heure doit être évaluée à la somme de 926 € qui sera réduite à 694 € pour tenir compte de la part de la perte de chance évaluée à 75 %.

S'agissant des préjudices permanents :

11. Si les requérants font valoir que B H subit des pertes de gains professionnels futurs et une incidence professionnelle, toutefois, ces préjudices au demeurant non chiffrés, ne sont pas établis. La demande d'indemnisation présentée à ce titre doit par suite être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices non-patrimoniaux de B H :

Sur les préjudices temporaires :

Quant au préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire (DFT) :

12. Il résulte de l'expertise réalisée par le Dr C le 20 juin 2018 que B H, après avoir subi l'intervention du 16 mai 2017 pour stopper la compression médullaire en urgence et recevoir une arthrodèse T10-T12 , afin de remédier aux conséquences neurologiques de la biopsie du 15 mai 2017, a connu une période de DFT total du 21 mai 2017 au 23 juin 2017, durant laquelle il a été hospitalisé, une période de DFT de classe 3 du 24 juin 2017 au 1er novembre 2017, durant laquelle il a été en hospitalisation de jour jusqu'au 31 août 2017, puis est rentré chez lui équipé d'un fauteuil roulant utilisé jusqu'à la mi-août 2017, puis de béquilles pour se déplacer. Il a enfin connu une période de DFT de classe 1 du 2 novembre 2017 jusqu'au 20 juin 2018. Enfin, il résulte de l'expertise réalisée par le Dr E que son DFT a été de 25 % du 21 juin 2018 au 9 janvier 2019.

13. Il résulte de ce qui précède que le préjudice correspondant aux périodes de DFT doit être évalué à la somme de 3 447 € qui sera réduite à 2 585 € pour tenir compte de la part de perte de chance évaluée à 75 %.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

14. Il résulte de l'expertise que du fait de la faute commise par le CHRU de Rennes B H a dû se déplacer en fauteuil roulant jusqu'à à la mi-août 2017, et porter un corset jusqu'au mois d'août 2017. Il s'est déplacé à l'aide de béquilles jusqu'en septembre 2017 puis d'une seule béquille jusqu'en novembre 2017. L'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire résultant de ces lésions à 1,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant à ce titre une somme de 1 500 € qui sera réduite à 1 125 € pour tenir compte de la part de perte de chance.

Quant aux souffrances endurées :

15. L'expertise réalisée le 31 janvier 2020 a évalué les souffrances endurées depuis l'intervention du 15 mai 2017 à 4 sur 7 en raison du syndrome neurologique post-opératoire, des douleurs neuropathiques, de la rétention urinaire, du déficit moteur des membres inférieurs, et de la nouvelle intervention chirurgicale du 16 mai réalisée en urgence, et la longue période de rééducation qui s'en est suivie. Compte tenu de l'âge de la victime au moment des faits, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 8 000 €, qui sera réduite à 6 000 € après application du taux de perte de chance.

Sur les préjudices permanents de B H :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

16. A la date de la dernière expertise réalisée le 9 décembre 2019, à laquelle B H a atteint ses 17 ans, l'intéressé reste atteint d'un déficit évalué à 18 % du fait qu'il reste affecté d'une perte de mobilité avec légère boiterie à l'effort, des troubles sensitifs persistants de la jambe droite, une constipation et la nécessité de continuer à procéder à quatre autos-sondages urinaires par jour. Compte tenu de l'impact d'un tel handicap et de l'âge de la victime, il y a lieu d'évaluer le préjudice lié à ce DFP à la somme de 30 000 €, qui sera réduite à 22 500 € pour tenir compte du taux de perte de chance.

Quant au préjudice d'agrément :

17. Il résulte des expertises du 20 juin 2018 et 30 janvier 2020 que le jeune B H qui avait des activités sportives et culturelles de type monocycle, mono basket, skateboard, a dû, compte tenu de son handicap, mettre fin à ces activités qu'il exerçait pour certaines en compétition. Il y a lieu d'indemniser son préjudice d'agrément à la somme de 6 000 € qui sera réduite à 4 500 € pour tenir compte du taux de perte de chance.

Quant au préjudice esthétique permanent :

18. Il résulte de la dernière expertise rendue le 30 janvier 2020 que B H reste atteint d'une légère boiterie pour laquelle l'expert a chiffré son préjudice à 1 sur une échelle de 7. Il a lieu d'indemniser le préjudice subi à ce titre à la somme de 2000 € qui sera réduite 1500 € pour tenir compte de la perte de chance.

Quant au préjudice sexuel :

19. Il résulte des expertises réalisées dans le cadre de la procédure amiable que la nécessité où se trouve le jeune B H de procéder à des autos-sondages urinaires quotidiens à partir de l'âge de 16 ans a nécessairement eu un retentissement psychologique sur l'épanouissement de sa sexualité. Il y a lieu, dès lors, d'évaluer ce préjudice à la somme de 8 000 € qui sera réduite à 6 000 € pour tenir compte du taux de perte de chance.

Quant au préjudice d'impréparation :

20. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée. En l'espèce, il est constant que B H n'a pas pu se préparer à la possibilité que suite à la biopsie il se trouve exposé aux complications neurologiques dont il a été atteint. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice lequel doit être intégralement réparé en l'évaluant à la somme de 2 000 €.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices subis par B H doivent être évalués, à la date du présent jugement, à 46 937,60 €, somme dont devra être déduite, le cas échéant si elle a été effectivement versée par la SHAM, assureur du CHRU de Rennes, l'indemnité provisionnelle réparant le préjudice propre à B H.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux dont les époux H demandent réparation :

S'agissant des frais d'assistance par un médecin conseil :

22. Les époux H justifient avoir exposé 890 € au titre des frais d'assistance par médecin conseil pour l'expertise amiable du 19 décembre 2019 qui s'est tenue à Laval. Il y a lieu de les indemniser totalement du montant de cette somme.

S'agissant des frais d'assistance par un avocat :

23. Les époux H justifient par production d'une facture d'honoraires, s'être adjoint l'assistance d'un conseil juridique pour les opérations d'expertise amiable, et la rédaction de la demande préalable, pour un montant de 3 854,40 € TTC, qu'il y a lieu de mettre entièrement à la charge du CHRU de Rennes.

S'agissant des frais de déplacement :

24. Les époux H demandent l'indemnisation de leurs frais de déplacement nécessités par l'état du jeune B dans les suites de son intervention et notamment de sa rééducation, à hauteur de 0,60 € par kilomètre. Ils sont ainsi fondés à demander l'indemnisation des frais de déplacement exposés, pour amener le jeune B au lycée 5 jours par semaine de septembre à décembre 2017, à 20 séances de piscine préconisées par les médecins, et 32 séances de kinésithérapie, préconisées selon l'expert par le spécialiste qui a opéré B le 16 mai 2017. En revanche, il n'y a pas lieu d'indemniser les déplacements induits par les séances d'ostéopathie, d'acupuncture ou de naturopathie, dont les requérants ne justifient pas de la nécessité, en l'absence de tout document médical établissant un lien direct et certains entre ces consultations et les séquelles de B suite à la faute du CHRU de Rennes. Il résulte de ce qui précède, que compte tenu du nombre de jours de cours, à raison de cinq jours par semaine du 1er septembre 2017 au 31 décembre 2017, hors vacances et jours fériés, il sera fait une juste appréciation du préjudice lié à l'ensemble des déplacements précités, indemnisé à hauteur de 0,60 € le kilomètre, à la somme de 800 €, qui sera réduite à la somme de 600 € pour tenir compte du taux de perte de chance.

25. En outre, les époux H sont fondés à demander l'indemnisation de la totalité du préjudice correspondant à leurs frais de déplacement pour expertise à Laval correspondant à 150 km et qui doivent être ainsi indemnisé à hauteur de 90 €.

26. Par ailleurs, les époux H établissent avoir exposé la somme de 147 € pour transporter B au CMP Beaulieu en ambulance durant son hospitalisation. Il y a lieu par conséquent d'évaluer leur préjudice à ce titre à 110,25 € pour tenir compte de la perte de chance.

S'agissant des pertes de revenus subies par les époux H :

27. Il résulte de l'instruction et de l'expertise, ainsi que des attestations des intéressés que les époux H ont dû stopper leur activité pour accompagner leur enfant bouleversé suite aux lourdes et soudaines conséquences médicales de la biopsie, auxquelles il n'avait pas été préparé. Ils sont ainsi demeurés à ses côtés en permanence du 15 au 29 mai, puis durant la journée au centre de rééducation de Beaulieu jusqu'au 31 août, ainsi qu'au lycée de septembre 2017 à janvier 2018 Il ressort notamment des déclarations URSAFF de Mme H dont l'activité professionnelle de vente de matériel pédagogique dans les centres de loisirs et école, implique des déplacements en Ile-de France Normandie et Bretagne, que son chiffre d'affaire qui était supérieur à 38 000 € sur les 2ème, 3ème, et 4ème trimestres 2014, et supérieur à 40 000 € sur ces mêmes trimestres en 2015 et 2016, a été réduit à 27 840 € en 2017, l'intéressée indiquant qu'elle n'a pas repris son activité avant janvier 2018 et n'a pas réalisé de déplacements de plusieurs jours de peur de s'éloigner de son fils. Par ailleurs, M. H a connu lui aussi une baisse de revenus dans la mesure où son activité d'artiste sculpteur s'est arrêtée durant l'hospitalisation et la convalescence de son fils, entrainant une diminution de sa production professionnelle sur plusieurs années, compte tenu de la durée de réalisation de ses projets, et une réduction de la fréquence de sa participation à des ateliers et manifestations, de trois par an sur la période 2014-2016 à seulement une par an pour 2017, 2018 et 2019. Il résulte de ce qui précède que les époux H sont fondés à demander l'indemnisation de la perte de revenus subie en 2017 et liée à l'arrêt des activités consécutives à l'accident médical de B. Il sera fait une exacte appréciation de celle-ci, compte tenu du montant de 72 561 € mentionné sur leur déclaration de revenus en 2016, année au titre de laquelle ils ont payé 503 € d'impôts, et du montant de 54 954 € déclaré en 2017, au titre de laquelle ils ont payé 580 € d'impôts, en l'évaluant à la somme de 17 000 €, somme qui sera réduite à 12 750 € pour tenir compte de la perte de chance.

28. En revanche si les époux H font valoir que leurs revenus de l'année 2018 ont également été réduits du fait de l'accident médical de leur enfant, ils ne justifient pas avoir dû réduire leur activité pour prendre en charge le jeune B en 2018. S'ils font valoir que leur baisse d'activité en 2017 a eu des répercussions sur leur activité en 2018, compte tenu du caractère indépendant de leur activité professionnelle et du caractère pluriannuel de l'activité d'artiste-sculpteur de M. H, toutefois l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'accident médical de 2017 et la diminution d'activité de 2018 ne peut être regardé comme établi. Les conclusions aux fins d'indemnisation de ce préjudice doivent ainsi être rejetées.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice patrimonial subi par les époux H doit être indemnisé à hauteur de 18 294,65 €.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux des époux H et du frère de B :

31. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les parents de B H en l'évaluant à la somme de 5 000 € chacun, qui sera réduite pour tenir compte de la perte de chance, à celle de 3 750 €.

32. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. A H, le grand frère de B, qui a été perturbé par l'accident et le handicap de son frère, l'année de son baccalauréat, en l'évaluant à la somme de 2 000 € qui sera réduite à 1 500 € pour tenir compte de la perte de chance.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

33. Les requérants ont droit aux intérêts sur la somme qui leur est due à compter du 17 février 2021, date de réception de leur demande préalable par le centre hospitalier universitaire de Rennes. Par ailleurs, s'ils ont demandé la capitalisation des intérêts par requête enregistrée le 15 juin 2021, il n'était pas dû à cette date une année d'intérêts. Par suite, les intérêts échus à compter du 17 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés au litige :

34. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Rennes la somme de 1 500 € à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHRU de Rennes versera la somme de 46 937,60 € à B H, déduction faite, le cas échéant, des indemnités provisionnelles déjà versées au titre de son préjudice. Cette somme portera intérêts à compter du 17 février 2021 et les intérêts échus à compter du 17 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le CHRU de Rennes versera la somme de 18 294,65 € à M. G H et Mme D H. Cette somme portera intérêts à compter du 17 février 2021 et les intérêts échus à compter du 17 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le CHRU de Rennes versera la somme de 3 750 € chacun à Mme D H et M. G H, Ces sommes porteront intérêts à compter du 17 février 2021 et les intérêts échus à compter du 17 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le CHRU de Rennes versera la somme de 1 500 € à M. A H. Cette somme portera intérêts à compter du 17 février 2021 et les intérêts échus à compter du 17 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le CHRU de Rennes versera aux consorts H la somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B H, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et au centre hospitalier régional universitaire de Rennes.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

signé

F. Pottier

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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